jeudi 30 août 2012

Un cadavre

Pigeons picorant du dégueulis (Paris Août 2007)
Voilà,
c'est étrange tout de même ces éloges posthumes ces larmes versées sur la dépouille encore chaude de Jean-Luc Delarue. Pourtant parmi les pleureuses d'aujourd'hui, beaucoup dans le marigot audiovisuel se sont en un temps pas si lointain, secrètement réjouis de sa chute. Vivant, il ne me semblait pas respectable. En quoi le serait il plus aujourd'hui ? La mort de fait délivre-t-elle un visa pour la rédemption ? La souffrance atroce qui a vraisemblablement du accompagner les derniers mois de sa maladie confère-t-elle soudainement une grandeur qui manquait au vivant ? A moins - c'est peut-être une information qui m'a échappé - qu'en reversant par exemple le montant de ses droits à quelque œuvre de bienfaisance, cette étoile médiatique à l'allure de gendre modèle qui dépensait des fortunes pour sa coke (mais c'était de la bonne) se soit vers la fin de sa vie racheté (j'emploie ce mot à dessein car aujourd'hui tout se marchande) une conduite, une conscience. Donc ce type a prospéré dans l'exhibition obscène de la misère humaine avec son casting d'accidentés de la vie, suscitant auprès du public de ses talk-shows dont il était à la fois producteur et présentateur, une compassion cheap assaisonnée de bons sentiments qui faisaient aussi les bons audimats. Et maintenant le voilà devenu un bienfaiteur un moraliste un Socrate moderne qui aurait accouché les âmes de ses invités pour les purger de leurs turpitudes, alors qu'il n'était en fait qu'un vulgaire pornographe de la pensée, pervers et manipulateur. Avec des histoires présentées comme des informations il a fait son beurre en flattant les plus bas instincts et transformant le téléspectateur crédule et aliéné en voyeur d'un répugnant divertissement où l'illusion d'une possibilité d'expression (ça se discute") ou de liberté ("C'est mon choix") lui semblaient offertes. Et c'est un des principaux agents de cette imposture que, maintenant qu'il n'est plus de ce monde, l'on considère dans la presse, sur les écrans avec une commisération complice. Je suis plutôt ordinairement un gentil garçon ami des fleurs et des nuages, mais là très peu pour moi. Je trouve ça vraiment gerbant. Je laisse ça à d'autres pigeons. 

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