Voilà
c'était en Mai dernier et cependant cela me paraît étrangement lointain. Revenant de Beauvais, où avait été jouée la petite forme de "Apnée" dont j'assurais la conduite sonore, j'avais demandé à Sophie de me déposer à Saint-Denis. Je m'étais un peu égaré, avant de retrouver enfin une station de métro sur la ligne 13 directe jusqu'à chez moi. C'était une belle journée de printemps et la vision du Stade de France, (réalisation du cabinet d'architectes Zublena-Macary) posé là comme une soucoupe volante sur le bord du canal Saint-Denis m'avait soudainement ému.
La lumière, découpait les éléments du panorama avec une précision presque suspecte. Un instant j'étais resté là, immobile, comme saisi. Quelque chose d'insoupçonné, s’était alors opéré en moi. Comme si j’avais déjà vu tout cela, ailleurs, dans une
autre version du monde où les choses suivent une logique légèrement
différente. Une fraction de seconde avait suffi et une brèche infime s'était ouverte sur un mystère. Ce n’était pas le stade en lui-même, mais la manière dont il m'apparaissait : comme une anomalie. Autrement qu'il aurait dû vraiment être.
Je m'étais demandé, sans y croire tout à fait, si ce n’était pas moi qui avais changé d’âge, si je ne m'étais pas glissé sans transition dans une vie parallèle dont j’ignorais tout. Il y avait cette sensation étrange — familière et pourtant dérangeante — d’être à la fois présent et en retard sur moi-même. Puis un léger coup de vent effaça cette étrange intense sensation. Le stade était redevenu ce stade. Mais quelque chose avait eu lieu, j’en étais certain. Et le plus troublant, c’est que je ne pouvais pas dire quoi — un léger déplacement, une vague translation. J'eus alors la certitude fugace — presque douce — qu'un être, quelque part, à cet instant précis, se souvenait de moi avec une ferveur particulière, sans toutefois se rappeler mon nom, se demandant même s'il n'était pas en train de m'imaginer.
You describe that feeling very well.
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