jeudi 12 juillet 2012

Marcella Barcelo au travail


Voilà,
ce matin m'est revenue en mémoire l'image de cette jeune artiste de dix-neuf ans, Marcella Barcelo particulièrement talentueuse exposée Rue Guénégaud dans le sixième arrondissement en avril dernier. Une chambre avait été recréée au fond de cette vaste galerie afin qu'elle puisse y travailler paisiblement. Elle avait accepté que je la photographie. On est dans le "cliché" (semble-t-il ouvertement assumé par l'artiste) de la jeune fille de bonne famille à son ouvrage de peinture. Tous les accessoires du luxe bourgeois bohème sont rassemblés dans le cadre. Fille d'un des plus grands peintres catalans contemporains elle bénéficie d'un capital social et symbolique qui favorise bien évidemment son introduction précoce sur le marché de l'art. Mais dans cette pose, et dans le code vestimentaire j'y trouvais aussi quelque chose d'émouvant qui me rappelait un souvenir : Agnès, dessinant autrefois dans sa chambre. J'avais alors pensé à la chance qui était la sienne de grandir dans un environnement favorisant toutes ses dispositions créatrices. Il n'y a pas de hasard, l'accès à l'art, la culture  -  je ne parle pas de la consommation - mais de la pratique artistique et à sa compréhension - du moins en occident - est avant tout une affaire de classe sociale. Hier au détour d'une conversation F. dont j'apprécie le talent d'acteur et la vivacité d'esprit, et qui a été de la grande aventure de la décentralisation avec Chéreau, Vincent dès le lycée Louis le Grand, glisse au détour de la conversation "j'ai alors demandé à ma cousine Edmonde Charles Roux", et aussitôt ce détail opère comme un marqueur : je viens de là, je suis de cette classe là, la classe dominante, celle qui tient son savoir et aussi sa capacité de transgression de l'Argent et des codes du pouvoir. J'ai, dans mes jeunes années, frayé un temps dans ces eaux-là, celles de la bourgeoisie éclairée. Je sais tout ce que j'en ai retiré et de quoi ça m'a sauvé. Mais je n'oublie pas d'où je viens et ce qui me sépare d'eux. C'est une affaire de corps, de maintien d'attitude et qui est la marque même du pouvoir. D'instinct les uns et les autres nous reconnaissons nous comme antagonistes. Mais il y a une catégorie de bourgeois que j'aime, ceux qui conscients de leur héritage sont capables de partage de bienfaits et de dons et de soutien aux artistes. Pour ma part, reclus et solitaire, je me sens plutôt une fraternité obscure avec tous ces bidouilleurs qui s'obstinent à créer coûte que coûte afin d'échapper à leur condition. Et même si j'use de moyens plus sophistiqués ma démarche est la même. Je suis à ma façon un adepte de l'art brut et parfois je pratique l'art pauvre digital.

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