lundi 24 janvier 2011

Transaction

Voilà
il ne comprend toujours pas l'intérêt ni le sens de cette transaction. Ni pourquoi il a été convié à y assister. Sa présence a été en quelque sorte requise, mais toute suggestion d'aide ou de solution qu'il avait pu préalablement proposer,  s'est heurtée à un aimable mais ferme refus. Il lui semble que tout s'est fait dans la précipitation et avec une certaine incohérence. Comme si, plutôt que de réfléchir au problème il s'était agi de s'en débarrasser au plus vite. Là de ce point de vue c'est assez réussi ça n'a pas duré plus d'un quart d'heure. 
Jean-Louis Meunier a l'impression vague qu'il y a eu plus de perte que de gain dans cette opération. Des chiffres ont été avancés bon les chiffres ce n'est pas vraiment son affaire mais tout de même. Il voit les litiges qui ne tarderont pas à se profiler. Certains nomment pessimisme, ce que lui appelle plutôt lucidité inutile de revenir sur cette affaire.
Plus tard dans la rue, incapable de dissiper son malaise il n'ose regarder l'ami qui lui a demandé de l'accompagner. Lui si clairvoyant parfois sur les problèmes des autres ne s'aveugle-t-il pas sur les siens propres ?
Une peine indéfinissable le submerge. Il fait froid, le ciel est bas. Après tout à lui aussi il est arrivé d'être inconséquent persuadé cependant que son intuition était juste. Mais bon, son ami a tout à la fois le privilège de la jeunesse et celui des héritiers ; le monde lui appartient.
Il souhaiterait juste que cet ami lui accorde un peu d'attention et le serre dans ses bras. Mais l'ami, celui là même qui lui avait fait une fois reproché d'être trop souvent dans la plainte, dit qu'il se sent faible et fatigué, et demande que l'on ralentisse le pas. Alors il ralentit le pas, lui aussi. Un douloureux secret le ronge mais qu'importe. il ne peut se débarrasser de cette peur. il voudrait que quelqu'un l'entende, mais il n'y a personne. C'est étrange, d'ici peu le monde continuera sans lui, il ne sera plus là, le monde existera, mais plus lui, des gens peut-être parleront de lui, diront des mots qu'il a prononcés, mais lui sera cendre ou pourriture il n'a pas décidé, il ne marchera plus sur ce parquet, n'allumera plus la lumière, ne redisposera plus les coussins sur le divan, ne saisira plus les livres dans la bibliothèque, et l'ami qui se sent aujourd'hui fatigué, marchera vers son avenir... Mais se souviendra-t-il des jours autrefois partagés, avec autant d'intensité que celle qui le saisit aujourd'hui ?



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