jeudi 15 janvier 2026

Un fantôme du voyage


Voilà,
"Alors que le rêveur de rêve nocturne est une ombre qui a perdu son moi, le rêveur de rêverie, s’il est un peu philosophe, peut, au centre de son moi rêveur, formuler un cogito. Autrement dit, la rêverie est une activité onirique dans laquelle une lueur de conscience subsiste. Le rêveur de rêverie est présent à sa rêverie. Même quand la rêverie donne l’impression d’une fuite hors du réel, hors du temps et du lieu, le rêveur de la rêverie sait que c’est lui qui s’absente – lui, en chair et en os, qui devient un "esprit", un fantôme du passé ou du voyage" écrit Fernando Pessoa  dans Le livre de l'intranquillité. 
Je crois que lorsque je déambulais, que je traînais avec mon appareil photo à la recherche de je ne sais quoi — comme ce fut le cas ce mois de Janvier 2010 au Havre —, moi aussi j'avais alors des manières de fantôme.

mercredi 14 janvier 2026

Tant que c'est possible

 
Voilà.  
ça ne prévient pas ça n'explique pas ça s’installe. Calmement. Je vais rester un peu semble-t-elle suggérer. Au bout de quelques jours tu comprends que cela ne va pas être aussi simple que ça, cette affaire. 
Au début, tu  penses que ça va se régler tout seul, comme beaucoup de choses qu’on préfère ne pas regarder de trop près, qu’il ne s’agit que d’une confusion passagère. Puis les jours passent. Sans tout à fait te le formuler, tu commences à modifier tes plans. Tu annules, tu reportes, tu renonces. Pas par choix réfléchi, plutôt par fatigue. Le corps, jusque-là relativement fiable, devient imprévisible. Certains jours, il coopère. D’autres, non. Impossible de planifier quoi que ce soit avec assurance. Certaines activités quittent discrètement l’agenda. Définitivement, parfois.
Peu à peu, une sensation dérangeante s’installe : tu ne te reconnais plus vraiment. Il te reste le souvenir de qui tu étais. Celui qui agissait sans calculer, qui décidait sans anticiper les conséquences physiques.  Sa présence obsédante épie cette version actuelle avec une curiosité mêlée de perplexité. Qui tu es devenu passe une partie non négligeable de son temps à évaluer des options très simples : rester debout ou s’asseoir, maintenant ou plus tard ?
  
La douleur chronique a des manies de petit fonctionnaire. Elle dresse des listes. Réprtorie avec soin ce qui disparaît : énergie, liberté de mouvement, projets, légèreté. Tout est enregistré. Elle agit aussi avec discrétion. À l’extérieur, rien de flagrant.  Pour ceux que tu croises tu as bonne mine. On s'en tient là pas de commentaire on passe à autre chose.
Quand il t'arrive de socialiser, tu évites les explications, tu simplifies. Par lassitude, surtout. Trop longues, elles fatiguent, les explications ; trop précises, elles pourrait inciter l'interlocuteur à prodiguer des conseils. Les gens n'en sont jamais avares, surtout lorsqu'ils sont inutiles. Alors tu dis avec un petit sourire : ça va, je tiens la rampe, les gens font "ah! ah!  quel déconneur tu fais". Le sujet est clos. 
Les relations se réorganisent. Certaines tiennent. D’autres s’effacent sans conflit. Pas de dispute, pas de scène. Juste moins de messages, moins d’invitations, moins de disponibilité. Tu découvres que la compréhension est une ressource inégalement répartie. Et que l’absence de mauvaise intention n’empêche pas l’incompréhension. 
Avec le temps, tu développes des aptitudes nouvelles. Pas celles que tu aurais désirées, ni ce qui impressionne en société. Plutôt des compétences pratiques et modestes : repérer les chaises disponibles, évaluer la durée acceptable d’une conversation debout, prévoir des sorties de secours. Tu deviens stratège à petite échelle adepte de l’efficacité. Rien d’héroïque ni de spectaculaire, mais du concret.
Progressivement, tu te coupes des gens. Tu apprends à dire au revoir. Sans cérémonie. Un jour, tu peux encore envisager beaucoup de choses. Le lendemain, beaucoup moins. Cette alternance devient familière. L’espoir revient, repart, revient encore, sans prévenir, sans logique apparente. Tu ne sais plus qui tu es vraiment. L'as-tu jamais su d'ailleurs ?
Change aussi ton rapport au temps. Avant, tu pensais en semaines, en projets, en échéances. Maintenant, tu raisonnes par plages supportables. Une heure correcte devient une réussite. Deux, un luxe. Le futur s’organise à court terme, avec des hypothèses prudentes. Tout engagement s'accompagne d’un astérisque mental. 
 Et puis il y a aussi cette comparaison permanente avec toi-même. Les autres, tu les as déjà mis hors concours. Mais ta version antérieure ? Elle se rappelle avec insistance. Chaque journée devient un exercice d’évaluation : est-ce suffisant ? est-ce acceptable ? Puis, parfois, sans que tu ne saches pourquoi, quelque chose se décale. Pas une amélioration franche, non. Plutôt une forme d’ajustement. Tu cesses d’attendre le retour à l’identique. Tu commences à composer avec ce qui est là. Non par sagesse, plutôt par pragmatisme. Ce n’est pas un renoncement glorieux. C’est un accord tacite. On fait avec. Avec ce qui reste possible et surtout  sans tout ce qui manque désormais. Tu avances autrement. Lentement, souvent. Pas pour te rassurer, mais parce que c’est plus viable ainsi.

Renoncer devient donc un principe récurrent. Tu ne t'es pas levé un matin avec cette résolution. C’est plus discret que ça. Tu t'aperçois un beau jour que malgré toi tu as simplement cessé d’insister. Tu ne forces plus certaines situations. Tu arrêtes de chercher à prouver. Te prouver. Tu laisses tomber des objectifs qui demandaient une énergie dont tu es désormais dépourvu. A peine en as tu pris conscence que le mot t'effraie. Renoncer sonne comme un aveu d’échec, une capitulation mal formulée. Puis, à l’usage, il perd un peu de sa charge morale. Tu réalises que renoncer, dans certains cas, consiste surtout à arrêter de se battre contre des contraintes réelles. A quoi bon ? l’entêtement coûte si cher. Il y a les renoncements visibles. Ceux que parfois tu expliques. Une activité qu’on abandonne, un rythme qu’on ralentit, une ambition qu’on met en pause pour une durée indéterminée pour ne pas dire définitive. Et il y a les autres. Ceux que tu ne te formules même pas. Les projections que tu ne fais plus. Les comparaisons que tu évites. Les phrases commençant par plus tard, tu les rayes de son vocabulaire. Renoncer oblige à trier. Tout ne peut plus rester. Certaines choses deviennent non négociables : le repos, les limites, une forme minimale de stabilité. Le reste est soumis à conditions. Ce n’est pas une philosophie élaborée, plutôt une gestion serrée des ressources. Étrangement, renoncer ne produit pas que de la perte. Il y a un soulagement discret à ne plus poursuivre l’impossible. À ne plus expliquer pourquoi on n’y arrive pas. À ne plus promettre ce qu’on ne pourra peut-être pas tenir. Le regard sur soi se modifie légèrement. Moins de reproches, un peu plus de lucidité. Ce n’est pas une victoire. Ce n’est pas non plus une défaite claire. C’est un ajustement permanent. Une manière de rester debout sans s’acharner. Renoncer, n'est pas abandonner toute perspective. Cela consiste juste à choisir ce qui mérite encore d’être tenté — et accepter, sans discours excessif, que tout le reste n’en fait plus partie. 

Vient bien sûr le moment où la mort entre dans le champ de ta réflexion et s’ajoute simplement à la liste des sujets qui méritent qu'on s'y attarde. Avant, elle appartenait à une catégorie abstraite, relevant de l'hypothèse, réservée aux autres, aux statistiques faisant l'objet de considérations métaphysiques entre amis à des heures d'ébriété tardives. Maintenant, elle est là comme une possibilité concevable, en exclusivité pour toi. Pas imminente, certes mais pas si lointaine. Suffisamment pour modifier légèrement les calculs. Ce n’est pas une pensée constante. Elle apparaît par intermittence. Souvent quand le corps rappelle ses limites, ou quand la fatigue rend les projections moins crédibles. Tu ne te dis pas nécessairement je vais mourir bientôt. Tu penses plutôt : et si je ne récupère pas. La nuance est importante. Elle évite le pathos tout en restant inconfortable. La peur, quand elle se manifeste, est assez pragmatique. Pas tant de disparaître que de laisser des choses en suspens. Des phrases non dites. Des décisions repoussées. Des mécompréhensions irrésolues. Des explications jamais formulées parce qu’il restait, pensais-tu, du temps. La mort ne fait pas peur pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle interrompt. Et cette idée devenue présence change aussi le rapport au reste. Certaines préoccupations perdent de leur poids. L’énergie manque pour les maintenir. Les conflits inutiles, les attentes excessives, les obligations sociales mal choisies passent à la trappe sans grand débat intérieur. Il n’y a pas de révélation. Pas de paix définitive. Juste une conscience plus nette de la finitude. Elle ne rend pas la vie plus belle au sens habituel du terme. Elle la rend plus précise. Plus limitée. Et, d’une certaine façon, plus honnête. La mort, finalement, ne devient ni une ennemie déclarée ni une idée réconfortante. Elle reste là, en arrière-plan, rappel silencieux que tout ne sera pas réglé, que tout ne sera pas accompli, et que vivre, dans ces conditions, consiste peut-être simplement à continuer tant que c’est possible. Et tout ne tient plus dès lors que dans ces cinq dernières syllabes. Tant que c'est possible.

lundi 12 janvier 2026

S'adosser à la nuit


Voilà
l'ombre, l'a-t-on simplement choisie parce que la lumière ne voulait pas de nous ? On aimerait s'adosser à la nuit toute crépitante de questions, chuchoter avec les étoiles qui semblent murmurer d'heureux présages, mais non ce ne sont pas les étoiles juste des néons. Comme privé de langage on se cogne aux mots. Continuer pourtant comme un qui titube ivre de fatigue ne trouvant ni ses pas ni son chemin. Et chercher encore chercher dans toute cette confusion à donner forme acceptable à ce qui parfois nous traverse.  (première publication 7/10/2013) à 23:48)

dimanche 11 janvier 2026

Pêle-mêle avec neige

Voilà 
une bien étrange semaine sur le point de s'achever. Elle a commencé lundi dernier avec une jolie surprise, puisque j'ai croisé L. venue des antipodes. Par une froide matinée, nous avons pris un café et marché dans le cinquième arrondissement. La rencontre fut trop brève. Mais la croiser dans le vrai monde après des échanges ponctuels par nos blogs interposés, fut un plaisir.
 Et puis il y a eu la neige sur Paris. Mais j'ai déjà raconté ça dans un article précédent
 
 
 
Ensuite je suis tombé malade ; un de ces foutus virus qui ressemblent à la grippe — je me suis pourtant fait vacciner dès octobre — et qui, pendant trois jours et demi m'a mis dans un état semi-comateux au point que j'étais incapable de faire quoi que ce soit. Je me suis répandu dans un espace limité à mon appartement — mais le plus souvent dans mon lit — et dans un temps élastique traversé d'accès de migraines, entre souvenirs et absences, scrollant parfois sur mon smartphone, retombant de façon récurrente sur les horribles images de Minneapolis, sombrant de nouveau dans le sommeil, écoutant des entretiens de Gavin Bryars à la radio ou en podcast, étant ici et là par le truchement des machines mais la plupart du temps nulle part quand la fièvre m'emportait dans le sommeil vers de confuses contrées. 


L'engourdissement dans lequel m'a plongé ce bref et intense variant de la grippe ou du covid m'a suggéré l'image ci-dessus. il m'a aussi rappelé ce passage dans un excellent livre de Simenon "la neige était sale" : "Rien …Toujours cette grippe qui n’en finit pas, ne se déclare pas, ce mal de tête persistant, ce malaise dans tout le corps, trop vague pour mériter le nom de maladie. Le ciel blanc comme un drap de lit, plus blanc et plus pur que la neige, qui a l’air de s’être durcie et d’où ne tombe qu’un peu de poussière glacée". 
 

Et franchement, je ne me sentais pas sur un petit nuage. Je n'ai d'ailleurs pas trouvé d'échelle pour y accéder comme ce personnage de Seth, aperçu il y a quelques semaines sur la paroi d'un immeuble du 19ème arrondissement.

samedi 10 janvier 2026

Parapluies


Voilà
elles étaient quatre japonaises à visiter Paris par un jour de pluie. Quatre amies partageant le bonheur d'être ensemble dans un pays étranger. Je les ai remarquées sur la place de l'Institut de France où elles ont toutes les quatre en même temps, et à peu près du même endroit, photographié la coupole de l'Académie. Dans ce jour gris et pluvieux, je les ai vues s'éloigner vers l'autre rive du fleuve. Il y avait quelque chose de joyeux et d'enfantin dans leur démarche, Une certaine façon d'aller de l'avant. Au Louvre sans doute. (première publication 2/02/2013

vendredi 9 janvier 2026

Entre quatre murs

 
Voilà,
au fond ça me va de passer la journée comme ça, entre mes quatre murs, sans qu'il ne soit nécessaire de parler à quiconque, en écoutant des émissions à la radio sur Bernard Hermann, les ballets suédois, ou l'œuvre de Camille Saint Saëns. Par ces temps difficiles, c'est bien d'avoir un abri où se retrancher. Et puis dehors il fait bien froid. Pourquoi faudrait-il sortir ?
Être là, juste là. M'occuper à des tâches plus ou moins nécessaires que je la plupart du temps je commence et dont je remets à plus tard l'achèvement. Vivre sans plan ni projet. Dans le déni de ce qui me guette. Lire des poèmes de Benjamin Fondane, des vieux romans de Simenon. Griffonner quelques croquis. Dormir quand j'ai sommeil. Me réveiller au milieu de la nuit. N'avoir de compte à rendre à personne. Savourer le présent tant que c'est possible. Se contenter de ce peu qui est encore la vie. Tant que le corps le permet.

mercredi 7 janvier 2026

Épisode neigeux

 
Voilà
deux ans qu’il n’y avait eu d’épisode neigeux un peu sérieux sur Paris et sa région, je veux dire de ceux qui transforment pour quelques jours le paysage urbain au point qu’on ne puisse s’empêcher de prendre des photos. Le six au cours de l’après-midi la ville est devenue toute blanche et hier il faisait un soleil radieux. Je suis passé en fin d'après-midi par le jardin du Luxembourg ; la lumière était très belle et de nombreux visiteurs se promenaient dans les allées principales et balisées, les autres étant interdites à la circulation. Comme c’est souvent le cas en pareilles circonstances on avait fermé les abords du grand bassin. 
 
 

En dépit de l'incertitude et de l'inquiétude  liées à la situation internationale – j’ai entendu des gens hier matin évoquer près de moi dans le tram les récents événements et commenter tout le long du trajet les déclarations des uns et des autres – il y avait tout de même un je-ne-sais-quoi de facétie et de légèreté. 


Pour ce qui est des joueurs de pétanque du jardin du Luxembourg, rien ne semble contrarier leurs habitudes et ils continuent de se faire plaisir, grand bien leur fasse. Souvent j'envie leur quête : placer les boules — d'ailleurs je propose un petit jeu "retrouver la boule lancée" — au plus près du cochonnet. Je ne suis pas resté à les observer comme j'aime à le faire quelquefois. De ce côté-ci du parc, l'ombre gagnait doucement à mesure que déclinait le soleil. L’air devint un peu plus frisquet. Je me hâtai de rentrer à pied chez moi.

mardi 6 janvier 2026

Juste apercevoir



Voilà,
c'est une attention distraite et flottante que je porte désormais sur les choses. Non qu'elles ne m'intéressent, mais je ne les vois plus tout à fait. La réalité perd de son grain, devient floue et parfois lointaine. Quant aux lieux propices à la réflexion, à la stimulation intellectuelle, je les parcours plus que je ne les visite. Bien sûr ils éveillent encore ma curiosité, mais ce que j'y cherche surtout c'est un état, une disponibilité, une forme de vacance, d'égarement, d'errance qui me permet de voyager à peu de frais dans un espace sinon peuplé, du moins habité. Ainsi dans les musées je ne me sens pas seul, même si la possibilité d'échange y est quasi nulle. Je ne m'y rends plus pour voir ou regarder, mais juste pour apercevoir. "Ne plus s'agiter, mais effleurer" disait je crois Rousseau dans "Les rêveries du promeneur solitaire". Donc j'effleure, je frôle, je butine je grappille.... L'esprit du papillon toujours m'accompagne. 
 (première publication 12/02/2014 à 18:46)

dimanche 4 janvier 2026

Mustn't panic ⸮

 

Voilà 
l’ONU récemment a lancé son alerte la plus grave depuis longtemps : la planète va mal.
C’est touchant.
Mais qui écoute l’ONU ? On la respecte comme une horloge cassée qu'on ne regarde plus mais dont on sait qu'elle a raison deux fois par jour.
Son dernier rapport — l’un des plus complets, donc l’un des plus ignorés — annonce que le changement climatique avance plus vite que nos excuses. Les systèmes naturels fatiguent. Ils ne protestent pas, ils s’épuisent. C’est plus poli.
Les scientifiques parlent de seuils irréversibles. Autrement dit : bientôt, même la mauvaise foi ne suffira plus.
Deux cent quatre-vingt-sept experts, quatre-vingt-deux pays, des milliers de pages… pour conclure que tout va plus vite que prévu. Une information qui, curieusement, ne surprend personne. Le réchauffement accélère, les catastrophes s'amplifient, les écosystèmes perdent patience. Les récifs coralliens meurent avec élégance, le pergélisol fond sans demander l’avis de personne. La planète, elle, ne s’adapte plus : elle encaisse.
À ce rythme, nous irons allègrement vers +3°, peut-être +4°. Un monde plus chaud, mais pas plus chaleureux. L’agriculture hésite, la santé chancelle, l’économie s’inquiète — car elle ne s’émeut que lorsqu’elle tousse. La planète ne se contente plus de se réchauffer : elle se désaccorde.
 L’ONU nous explique que nous sommes entrés en territoire inconnu. C’est vrai : nous avançons avec inconscience dans ce que nous ne comprenons plus. 40 % des terres sont dégradées, les océans s’essoufflent, l’air tue neuf millions de personnes par an. Discrètement, sans faire de vagues.
Quatre crises s’entremêlent : climat, biodiversité, sols, pollution. Une belle équipe. Chacune affaiblit l’autre avec une parfaite solidarité. Quand tout s’écroule en même temps, on appelle cela un système.
Un résumé politique devait accompagner le rapport. Il a été bloqué. Certains pays n’aiment pas les mots "fossiles", "plastiques", "crise", "transformation". Ils préfèrent les termes vagues, comme "croissance", "sécurité," ou "intelligence artificielle".
La science parle. La politique répond  "changeons de sujet".
Les auteurs s’en désolent. Ils sont bien naïfs. Depuis quand la vérité est-elle compatible avec les égoïsmes nationaux et les intérêts économiques à court terme ? Chaque degré compte, dit-on. Certes, certes... Chaque baril aussi.
L’ONU propose malgré tout une transformation profonde : énergie, alimentation, finance, gouvernance… Tout changer, donc. Autant dire : rien. On promet 20 000 milliards de bénéfices futurs si l'on suit ces prescriptions. Trop loin pour être crédible, trop abstrait pour être désirable. À un salut différé l’humanité préfère un désastre immédiat,
On suggère de cesser d’adorer le PIB comme un veau d’or fiévreux. Mauvaise idée : c’est le seul dieu qui accepte les sacrifices humains sans qu'on lui demande d’explication.
Il resterait une fenêtre d’opportunité. Elle se referme. Nous regardons ailleurs. C’est notre manière de méditer.
 Le rapport conclut qu’un autre version de ce monde est encore possible. Mais certains se disent que l'herbe sera plus verte sur Mars où il n'y a que des cailloux.
À en juger par leurs actes, le suicide collectif est le projet qui conserve la faveur de nos dirigeants. Ils sont vieux. Ils veulent que leur no Future soit le nôtre. Ce n’est plus le temps des solutions, mais celui de l’accumulation. Problèmes sur problèmes, conflits sur conflits. Au lieu d'écouter ceux qui cherchent  et suggèrent des solutions L'Humanité par le truchement de ses dirigeants sombre à nouveau dans son vieux tropisme guerrier.  Le droit international, né après le second conflit mondial sert désormais d'ornement dans les discours

 
Je ne me réjouis pas de voir ceux qui se gaussaient de mon pessimisme s'effrayer à présent des jours que nous traversons. J’aurais préféré avoir tort. Même les optimistes commencent aujourd'hui à envisager — avec la même candeur qu’ils mettaient hier à l’ignorer — un conflit sous nos latitudes .
Nous vivons déjà dans la catastrophe : environnementale, intellectuelle, politique. Les accidents nucléaires, climatiques, pandémiques ne sont plus des menaces, mais des hypothèses plausibles. La guerre n’est qu’un souci supplémentaire. Une option parmi d’autres dans le chaos ambiant. La barbarie est déjà là : au Moyen-Orient, en Ukraine que le fasciste Poutine tente de détruire, parfois chez nous, ponctuellement, quand le terrorisme s'y exprime. Elle finira par nous atteindre aussi, malgré nos musées, nos bibliothèques, nos cathédrales restaurées et nos philosophes. L’Europe a déjà connu cette musique. Elle avait juste oublié les paroles.
Rien n’arrivera exactement comme prévu. Mais cela viendra. Le retour de l'époque des illuminés...
 Hier, le président des États-Unis a décidé sans consulter son parlement d'une opération militaire au Vénézuela pour destituer le président de ce pays et faire main basse sur la plus grande réserve pétrolière du monde. Demain la Chine s'occupera de Taïwan, et qui sait ce qui peut se tramer d'autre.
Tout cela coïncide avec le début de l’année, ce moment charmant qui relève moins de la raison que de la pensée magique, où l’on échange des vœux. Alors, payons nous encore de cette illusion  Croire que les mots peuvent réparer ce que les actes s'acharnent méthodiquement à détruire.  

samedi 3 janvier 2026

Comme une cicatrice dans le bleu



Voilà,
les choses si ténues si insignifiantes pour tant d'autres, elles me touchent, moi. Un détail infime suffit à m'émouvoir. Cette fissure aperçue sur un rebord de fenêtre dans ce bleu, par exemple, cet accident, il retient mon attention. Pour quelle raison je l'ignore. Qu'y a-t-il dans cette agencement qui fait que d'une certaine façon je m'y reconnais ? J'y trouve quelque chose d'essentiel que je ne saurai qualifier, et qui recèle une vérité latente que je pressens bien qu'elle me soit dérobée. C'est que je suis ça aussi : le simple, l'idiot du village celui qui regarde le doigt plutôt que la lune qu'on lui montre, c'est moi. Le rêveur égaré dans un monde où tout à valeur d'énigme, c'est moi. L'enfant qui pense être le roi de tous les cailloux c'est encore moi. Ou peut-être ce petit accident est-il l'image-écho d'un geste, d'un simple petit geste auquel il m'arrive encore de penser parfois en dépit des années passées. Je ne devais même pas avoir vingt ans. Assis sur ce strapontin du métro, avais-je l'air triste ? tourmenté ? égaré ? gêné ? Sans m'en être aperçu j'avais été observé, car juste avant de descendre un jeune trisomique auquel je n'avais pas prêté attention — ou bien avais-je craint de croiser son regard ? — était venu caresser gentiment ma tête en me souriant. Surpris, j'ai pris ça comme un témoignage d'affection. Avait-il vu en moi quelque chose que j'ignorais ? Peut-être étais-je à l'époque plus désespéré que révolté.... Oui un jour quelqu'un que je ne connaissais pas est venu me signifier que j'existais, avec son sourire, ses yeux grand ouverts sur le monde — un de ceux qu'on qualifiait autrefois d'idiot parce que les mots ne viennent pas toujours à eux —. Parfois c'est lui qui me montre ce que je dois voir. première publication 26/08/2013 à 12:51

vendredi 2 janvier 2026

Gravissant un chemin


Voilà,
en rêve cette nuit je suis revenu là dans la lumière d'un grand midi. J'étais comme dissocié de moi. À peine quelqu'un. Je me voyais marcher ou plutôt voyais mon corps marcher comme s'il était l'autre de moi-même — ce qu'il est d'ailleurs en réalité —. Je me demandais combien de temps encore il pourrait aller celui-là, seul par les chemins. Je n'éprouvais cependant aucune inquiétude, juste une petite gêne à cause de cette pente à gravir et d'un petit caillou dans ma chaussure. Mais au bout de la ruelle je trouverais mon "salut" de cela j'étais persuadé. Peut-être même supposé-je alors, ce petit désagrément en était-il la nécessaire condition. Une phrase tournait en rond dans ma tête : "le bonheur en toi ainsi que le printemps dans l'éclat du bourgeon". L'avais-je autrefois apprise ou bien inventée ? Je ne voulais surtout pas l'oublier. Les grillons chantaient tout près. Au loin les clochettes essaimaient leurs tintements. (première publication 27/08/2013 à 10:18)

jeudi 1 janvier 2026

Passage

 
 
Voilà,
j'essaie de comprendre le monde dans lequel je vis. D'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours essayé de le déchiffrer le monde, tant il me semblait énigmatique et souvent insoluble. Toujours je me demandais pourquoi c'était comme ça et pas autrement. Enfin l'énigme pour moi, ce n'était pas tant les arbres, les bêtes, les éléments. Bien sûr le gouffre de la nuit suscitait des vertiges et les orages m'effrayaient, mais les gens, c'était surtout les gens qui suscitaient mes interrogations. Les adultes, je ne les comprenais pas. Ils m'imposaient leurs règles. C'est eux qui définissaient le monde. Bien sûr je ne comprenais pas non plus tous les enfants quand j'étais enfant, mais tout de même, c'était plus facile, nous étions tous dans la même dépendance vis à vis des adultes, et il nous fallait faire notre vie en dehors d'eux. Du moins trouver un moyen de les tenir à distance, de leur échapper. 
J'ai grandi, mais je ne suis jamais devenu adulte. On ne fait pas profession de jouer toute sa vie durant par hasard. J'ai avancé à l'estime comme disent les navigateurs, dans la mesure de mes moyens et sans grande certitudes.   
A présent que ma vie s'approche de son terme je trouve tout de plus en plus absurde. Jamais au cours de mon existence, je n'ai vu la bêtise à l'œuvre avec autant de force. Pourtant il y a des gens qui inventent, qui soignent, qui créent, qui rendent le monde plus sensible. Mais c'est comme si le nombre de cons augmentait à proportion. Et précisément ce sont ceux là qui — souvent avec l'assentiment des foules et des peuples qui aiment rien moins que d'êtres dupés — accèdent aux postes de responsabilités et président à nos destinées. 
Et ce qui effraie aussi, c'est aussi cette fuite en avant de l'humanité vers le pire. Il paraît que nous sommes incapables par nature de penser le long terme. Pendant longtemps, les humains n’ont vécu que quelques décennies : on vivait 30, 40 ans. A présent dans les pays occidentaux on vit 80 ou 90 ans. On attend des gens qu'ils anticipent non seulement dans leur vie, mais qu'ils prédisent aussi ce qui pourrait se passer bien après qu'ils auront cessé de vivre. Or on n’est pas fabriqué pour ça. Le cerveau est surtout fabriqué pour que notre organisme survive et pour transmettre nos gènes, pas forcément pour concevoir un meilleur contexte pour les générations à venir.
Certaines informations donnent parfois une idée du degré d'absurdité caractérisant le monde qui est le notre. En fait la réalité, ce que nous appelons réalité, c'est juste la construction imaginaire délirante de quelques centaines de gens  — pour les uns inventifs pour les autres fortunés, parfois les deux — qui ont décidé de faire de l'humanité un terrain d'expérimentation et de spéculation parfois au mépris du principe de réalité 
-Donc :
un seul centre de données IA de 1 GW coûte 80 milliards de dollars à construire et à mettre en œuvre. Les géants de la technologie prévoient d'en construire 100. Cela représente 100 gigawatts. Cette hypothèse pose déjà un problème qui  a déjà fait l'objet d'un précédent post en Juin (oh putain ! six mois déjà comme le temps passe vite quand on pense lentement).  La production d'énergie moyenne d'une centrale nucléaire est de 1GW. Fabriquons nous des centrales nucléaires au rythme des datacenters ? il ne semblerait pas.
Mais oublions un instant ce problème  et tenons nous en à ces données comptables.
Ces cent data-centers représentent donc 8 000 milliards de dollars d'infrastructures, soit plus que ce que l'ensemble de l'industrie des semi-conducteurs a gagné au cours de son existence. Pour financer cela ? Il faudrait 800 milliards de dollars de bénéfices annuels rien que pour couvrir les intérêts.
Aucune entreprise au monde n'atteint ce chiffre. Pas même les géants (Apple, Microsoft, Google) qui pèsent 3 000 milliards de dollars. Et les centres de données IA ne durent que cinq ans avant que le matériel ne devienne obsolète... Ce qui signifie qu'il faudra reconstruire le système (qui coûte 80 milliards de $) entier encore et encore. 
Pourtant on s'obstine. On fait comme si ces chiffres n'existaient pas. Il y a pourtant eu des précédents :  en 2008 lors de la crise des subprimes, particuliers, banquiers et politiques ont tous pensé que la situation pouvait tenir et ont ignoré les preuves du contraire. C'est comme si on avait tout oublié, que rien ne s'était passé.
Quel est le business model de cela ? Pour le moment personne ne le connaît. L'IA n'a pas prouvé qu'elle peut générer suffisamment de valeur à hauteur de ces dépenses
À l'heure actuelle, l'IA crée des tableaux xcel, des images, des résumés et du code. Est-ce utile ? Bien sûr. Mais est-ce utile à hauteur de 8 000 milliards de dollars ? C'est une question qui mérite d'être posée. L'ensemble du secteur mise sur des gains de productivité futurs qui ne se sont pas encore concrétisés. On reste dans l'économie de la promesse. Pour le grand public on agit comme si ces questions concernant l'économie de l'IA étaient résolues. Mais les financiers quant eux, commencent à paniquer.
Certes, certains investisseurs s'attendent à des rendements de 12 à 18%. Si l'IA offre d'énormes possibilités d'essor de productivité à travers la médecine, la logistique, la fabrication, le codage, la recherche l'automatisation, tous ces gains ne sont pour le moment que spéculations théoriques. Par contre les coûts actuels sont très réels : Processeurs graphiques (GPU), occupation des sols, refroidissement des data-centers existants et le coût écologique induit, coût énergétique, maintenance, obsolescence des puces, infrastructures électriques. Par exemple l'empreinte carbone de l'IA représente pour le moment  un volume annuel comparable aux émissions annuelles liées à l'énergie et au transport de New York (revue Patterns 17/12/2025). Toujours selon la même source La demande en eau liée à l’IA pourrait avoir atteint entre 312 et 765 milliards de litres pour l’année 2025, ce qui équivaut ou même pourrait surpasser la consommation mondiale d'eau en bouteille sur une même période.
La principale question qui se pose est la suivante : l'IA générera-t-elle suffisamment de valeur pour justifier une reconstruction de 8 millions de $ tous les cinq ans ? Si oui ce sera la technologie la plus rentable jamais créée et elle remodèlera notre civilisation. Sinon, elle se transformera en bulle financière dont l'explosion sera catastrophique.
Il s'agit du boom technologique le plus gourmand en énergie et capital de l'histoire humaine. Le seul précédent historique est l'apparition du chemin de fer à la seule différence que la planète n'était pas encore un monde fini. Aujourd'hui on a atteint des limites de viabilité et tous les ans vers la fin juillet l'on a consommé les ressources que la terre peut renouveler en une année
l'avenir de l'IA ne dépend pas des modèles ou des GPU. Cela dépend de l'économie et aussi de l'évolution climatique de notre planète qui elle aussi génère des coûts considérables.
Allez haut les cœurs, on est peut-être une espèce en voie d'extinction, mais pour ma part je n'aurais pas vécu au pire endroit ni à la pire époque Quatre-vingts année de paix relative en Europe ce fut tout de même une chance. Et j'aurais  connu de beaux et paisibles crépuscules. C'est déjà ça. 
Donc dans notre calendrier c'est une année nouvelle. Pour la plupart des espèces vivantes de cette planète, il est probable que ce sera encore un peu plus difficile que l'année passée, excepté pour les humains très riches et leurs animaux domestiques. Et même si les événements présents et la situation internationale ne laissent rien augurer de très fameux, j'espère quand même des occasions de rire et de s'émerveiller. Le monde est fou mais nous n'y sommes que pour passer.
Bien sûr désormais il faudra que je n'oublie pas de mâcher doucement.

dimanche 28 décembre 2025

Deux Rombières



Voilà,
c'était en février 2015. A cette époque, pour faire sa promotion, un institut de langues étrangères affichait de mauvais jeux de mots sur ses panneaux publicitaires exclusivement placardés dans les wagons du métro parisien. Lorsque j'ai volé cette photo, j'étais en bonne compagnie. C'était une heure tardive, au retour d'un spectacle et ces deux femmes, (surtout celle avec sa fourrure), parlant de leur déboires familiaux – le mot argent revenant souvent dans leurs propos – m'ont immédiatement paru dignes d'intérêt. première publication 14/10/2016 à 21:30

mercredi 24 décembre 2025

Bethléem en Palestine

 
Voilà,
l'année dernière, à la même époque, la paroisse St Sulpice, en plein sixième arrondissement, quartier on ne peut plus bourgeois, avait présenté cette crèche, pour évoquer l'étable où naquit Yeshua, fils de Youssouf et Myriam. Bethléem, en Cisjordanie occupée par l'armée et les colons israéliens, sera cette année, après deux ans d'interruption, de nouveau accessible aux pèlerins pour les fêtes de la Nativité. 
Par contre à Gaza, de nouvelles règles administratives imposées aux ONG ont déjà entraîné l’exclusion de plusieurs d’entre elles de l’enclave palestinienne. Les agences de l’ONU ont rappelé que leur exclusion aurait "un impact catastrophique sur l’accès aux services de base", nécessaires aux quelques deux millions de Palestiniens qui survivent au milieu des ruines, des inondations de l’hiver et d’un fragile cessez-le-feu après deux ans d’une guerre d’anéantissement menée par l’armée israélienne à la suite des attaques terroristes du Hamas le 7 octobre 2023.

dimanche 21 décembre 2025

Loup blanc


Voilà,
en passant hier rue de la Mare, j'ai vu ce nouveau mural peint par Louyz, dont j'aime beaucoup le travail d'ailleurs souvent mentionné dans ces pages. Son terrain de jeux est plutôt dans le treizième et surtout vers la butte aux cailles mais ce fut une heureuse surprise de la trouver du côté de Belleville. J'ai repensé à cette phrase de Pessoa "Fictions d’interlude, qui viennent couvrir, multicolores, le marasme et l’aigreur de notre intime incroyance" (Livre de l'Intranquillité 325).
Sinon je suis très content que l'on ait enfin atteint le solstice d'hiver. Désormais la tendance va s'inverser, les jours vont cesser de diminuer, les énergies vont nous porter vers l'éclosion. Dans le Yi-Jing, "le livre des mutations" le solstice correspond à l’hexagramme (, “Retour”). Il annonce le retour du Yang, fragile mais porteur de renouveau. Le solstice d’hiver nous enseigne que l’obscurité n’est jamais définitive : elle est le berceau du jour. "Selon Lao Tseu "Dans chaque hiver, il y a un printemps qui sommeille". C'est quand même le moment où il faut faire preuve d'un peu d'optimisme, se relier au cosmos et se rappeler que si on n'est que poussière c'est quand même de la poussière d'étoile ! En Médecine Traditionnelle Chinoise, c’est le moment de préserver son énergie, de se nourrir de chaleur intérieure et d’accueillir le cycle du renouveau. Allez hop ! On sourit.

dimanche 14 décembre 2025

Continuer la lutte


 
Voilà,
le repas est sympathique, la nourriture excellente, les convives à parité de sexe, entre soixante et soixante-dix ans. Pourquoi faut-il qu'à un moment la conversations dévie sur le mouvement #meetoo et que d'un coup cela suscite le sarcasme voire le mépris de certaines personnes autour de la table, femmes et hommes ? "Il n'est pas bon de livrer des personnes à la vindicte populaire féministe il faut laisser faire la justice" dit quelqu'un. 
Rappeler que selon une étude de l'institut des politiques publiques le taux de classement sans suite atteint 86 % dans les affaires de violences sexuelles, et 94 % pour les viols – un taux en hausse ces dernières années — au prétexte qu'elles sont insuffisamment caractérisées, et que le nombre de condamnés pour viols par rapport au nombres d'affaires jugées est misérable, ne suffit à infléchir les avis. Parler de société patriarcale (que le "procès de Mazan" a dévoilé dans toute son ampleur et son horreur) est un gros mot qui vous taxe de wokisme, de la part de gens qui par ailleurs se proclament de gauche et dont certains ont pourtant eu à souffrir de discrimination en raison de leur orientation sexuelle. Bref je ne développe pas l'argumentaire de ces vieux esprits soit-disant libérés. "Le féminisme oui, mais il ne faut pas exagérer". 
J'ai beau arguer de ce que je sais et de ce que j'ai un peu vu dans le milieu du théâtre et du cinéma, rien n'y fait. Au fond, ce qui est pathétique c'est que des gens tous retraités se perdent dans de telles discussions, alors que le monde ne leur appartient plus. Nous sommes sans futur, mais la forme que prennent aujourd'hui ces mouvements remettent en questions le système de représentations dans lequel nous avons vécu. C'est une erreur de penser que ce dernier valait mieux que celui où nous sommes. Il était juste différent, on s'y exprimait autrement, et sans doute paraît-il à certains, meilleur parce qu'ils y étaient jeunes et y prenaient alors leur part. 
Ce qui me navre, c'est de constater que comme il en fut pour nos aînés dont nous trouvions souvent les idées débiles et rétrogrades, certains deviennent à leur tour de vieux cons, avec des points de vue bien arrêtés (peut-être ont-ils juste cessé de penser) alors que le monde a gagné en complexité. 
Pourtant, s'il y a bien un aspect intéressant et positif dans le monde contemporain c'est celui des luttes féministes dans nombre d'endroits de la planète alors que les femmes sont encore terriblement opprimées voire niées dans bien des pays, et que même dans des nations dites évoluées, leur droits sont menacés à la moindre occasion. 
Je n'oublie pas non plus toutes ces femmes-médecins, (dont celle qui a initié et pris en charge son traitement) que ma fille a croisées ces derniers mois et qui ont concouru à son rétablissement. Cela n'avait pas cours dans ce pays il y a quarante ans. Alors oui qu'elles continuent la lutte, pour plus de reconnaissance encore, pour l'égalité des droits la parité des salaires, pour le respect des corps, et le droit d'en disposer. Pour que cette chanson de John Lennon puisse ne plus être d'actualité un jour. 
Ce texte, je l’avais écrit il y a quelques mois. Finalement je le publie. M'y incitent les récentes déclarations  qui n'auraient pas du fuité de de la femme du président traitant des féministes de"sales connes". 
J'aime sur ce mur, que l'image de cette femme ne se laisse pas effacer. Qu'elle résiste en quelque sorte.
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samedi 6 décembre 2025

Nougat


Voilà, 
il était inévitable de croiser à Montélimar, une fresque honorant la spécialité locale. C'est l'atelier-royal qui l'a réalisée mettant l'eau à la bouche du passant pour cette friandise riche en calories et redoutable pour les dents. Si je suis toutefois parvenu à échapper à la tentation du nougat j'ai en revanche. succombé à celle de la crème de marrons de l'Ardèche. Mélangé à du fromage blanc c'est excellent. 
 

Pour mes lecteurs anglo-saxons ou asiatiques qui l'ignoreraient le nougat est une confiserie typique des pays du bassin méditerranéen à base de blanc d'œuf, de miel et d'amande. Il peut être blanc (avec blanc d'œuf monté en neige) ou noir (sans blanc d'œuf). Il contient du miel ou du sucre, des fruits à coque ou des fruits secs, entiers, cassés ou moulus (amandes, pistaches, noix, etc.) et des parfums. Sa pâte, allant de molle à dure, est généralement posée entre deux feuilles de pain azyme.  L'équivalent du nougat de Montélimar, est en Espagne, le turrón de Xixona ou d'Alicante, mais aussi d'Agramunt. On en trouve aussi en Italie : torrone, copeta, mandorlato ou cubbaita. Il s'appelle jabane au Maroc, jawzia en Algérie, mandolato en Grèce.
En réalité, les premières recettes de nougat blanc proviennent d'un livre arabe de Bagdad du dixième siècle. Le nougat s'appelle alors nātif. L'une de ces recettes indique que le nātif est originaire d'Harran, une ville située entre Urfa au sud de la Turquie actuelle et Alep en Syrie actuelle. On trouve une seconde mention de ce nātif dans un triangle entre Urfa, Alep et Bagdad : à la fin du dixième siècle, le voyageur et géographe Mohammed Abul-Kassem ibn Hawqal dit avoir mangé du nātif à Manbij, ainsi qu'à Boukhara, en Ouzbékistan.
 


Il existe en Provence une tradition des treize desserts de Noël. La présence du nougat y est attestée depuis le XVIIème siècle. (source wikipedia).

jeudi 4 décembre 2025

Crépuscule

 
Voilà,
"À quoi bon contempler des crépuscules, puisque j’ai en moi des milliers de crépuscules différents – sans compter ceux qui n’en sont pas – puisque non seulement, je les compte en moi, mais encore, puisque je les suis en moi-même ?"  Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité"

lundi 1 décembre 2025

Un gant


Voilà,
Il n’a aucune prétention à être retrouvé. 
Il ne réclame pas sa place. 
L'air de vaguement insulter le monde, il repose à présent
 dans l’angle aveugle des choses qui ne reviennent pas. 
Il y a peu, il était encore dans l’hiver de quelqu’un.
L‘objet tombé, le poids d’une saison.
Enroulée dans de la fausse fourrure, juste une absence réduite à la forme tourmentée d’une main. Mais d'une main qui se donnerait des airs de tortue.
La fenêtre n’a rien retenu. Les gants les mouchoirs les promesses, même les gens la laissent indifférente. Son rebord non plus ne fait pas dans le sentiment. Il est rare que les murs compatissent. 
On oublie toujours. Les petites choses d’abord. Ensuite viennent les grandes
. 
J’imagine le froid mordant, 
le pas précipité,
 le cœur ailleurs.
 
Une distraction peut devenir une perte.

 On s’arrête parfois dans sa propre vie
 sans trop comprendre pourquoi et il vous prend soudain comme une terrible envie de pleurer.

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