jeudi 1 janvier 2026

Passage

 
 
Voilà,
j'essaie de comprendre le monde dans lequel je vis. D'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours essayé de le déchiffrer le monde, tant il me semblait énigmatique et souvent insoluble. Toujours je me demandais pourquoi c'était comme ça et pas autrement. Enfin l'énigme pour moi, ce n'était pas tant les arbres, les bêtes, les éléments. Bien sûr le gouffre de la nuit suscitait des vertiges et les orages m'effrayaient, mais les gens, c'était surtout les gens qui suscitaient mes interrogations. Les adultes, je ne les comprenais pas. Ils m'imposaient leurs règles. C'est eux qui définissaient le monde. Bien sûr je ne comprenais pas non plus tous les enfants quand j'étais enfant, mais tout de même, c'était plus facile, nous étions tous dans la même dépendance vis à vis des adultes, et il nous fallait faire notre vie en dehors d'eux. Du moins trouver un moyen de les tenir à distance, de leur échapper. 
J'ai grandi, mais je ne suis jamais devenu adulte. On ne fait pas profession de jouer toute sa vie durant par hasard. J'ai avancé à l'estime comme disent les navigateurs, dans la mesure de mes moyens et sans grande certitudes.   
A présent que ma vie s'approche de son terme je trouve tout de plus en plus absurde. Jamais au cours de mon existence, je n'ai vu la bêtise à l'œuvre avec autant de force. Pourtant il y a des gens qui inventent, qui soignent, qui créent, qui rendent le monde plus sensible. Mais c'est comme si le nombre de cons augmentait à proportion. Et précisément ce sont ceux là qui — souvent avec l'assentiment des foules et des peuples qui aiment rien moins que d'êtres dupés — accèdent aux postes de responsabilités et président à nos destinées. 
Et ce qui effraie aussi, c'est aussi cette fuite en avant de l'humanité vers le pire. Il paraît que nous sommes incapables par nature de penser le long terme. Pendant longtemps, les humains n’ont vécu que quelques décennies : on vivait 30, 40 ans. A présent dans les pays occidentaux on vit 80 ou 90 ans. On attend des gens qu'ils anticipent non seulement dans leur vie, mais qu'ils prédisent aussi ce qui pourrait se passer bien après qu'ils auront cessé de vivre. Or on n’est pas fabriqué pour ça. Le cerveau est surtout fabriqué pour que notre organisme survive et pour transmettre nos gènes, pas forcément pour concevoir un meilleur contexte pour les générations à venir.
Certaines informations donnent parfois une idée du degré d'absurdité caractérisant le monde qui est le notre. En fait la réalité, ce que nous appelons réalité, c'est juste la construction imaginaire délirante de quelques centaines de gens  — pour les uns inventifs pour les autres fortunés, parfois les deux — qui ont décidé de faire de l'humanité un terrain d'expérimentation et de spéculation parfois au mépris du principe de réalité 
-Donc :
un seul centre de données IA de 1 GW coûte 80 milliards de dollars à construire et à mettre en œuvre. Les géants de la technologie prévoient d'en construire 100. Cela représente 100 gigawatts. Cette hypothèse pose déjà un problème qui  a déjà fait l'objet d'un précédent post en Juin (oh putain ! six mois déjà comme le temps passe vite quand on pense lentement).  La production d'énergie moyenne d'une centrale nucléaire est de 1GW. Fabriquons nous des centrales nucléaires au rythme des datacenters ? il ne semblerait pas.
Mais oublions un instant ce problème  et tenons nous en à ces données comptables.
Ces cent data-centers représentent donc 8 000 milliards de dollars d'infrastructures, soit plus que ce que l'ensemble de l'industrie des semi-conducteurs a gagné au cours de son existence. Pour financer cela ? Il faudrait 800 milliards de dollars de bénéfices annuels rien que pour couvrir les intérêts.
Aucune entreprise au monde n'atteint ce chiffre. Pas même les géants (Apple, Microsoft, Google) qui pèsent 3 000 milliards de dollars. Et les centres de données IA ne durent que cinq ans avant que le matériel ne devienne obsolète... Ce qui signifie qu'il faudra reconstruire le système (qui coûte 80 milliards de $) entier encore et encore. 
Pourtant on s'obstine. On fait comme si ces chiffres n'existaient pas. Il y a pourtant eu des précédents :  en 2008 lors de la crise des subprimes, particuliers, banquiers et politiques ont tous pensé que la situation pouvait tenir et ont ignoré les preuves du contraire. C'est comme si on avait tout oublié, que rien ne s'était passé.
Quel est le business model de cela ? Pour le moment personne ne le connaît. L'IA n'a pas prouvé qu'elle peut générer suffisamment de valeur à hauteur de ces dépenses
À l'heure actuelle, l'IA crée des tableaux xcel, des images, des résumés et du code. Est-ce utile ? Bien sûr. Mais est-ce utile à hauteur de 8 000 milliards de dollars ? C'est une question qui mérite d'être posée. L'ensemble du secteur mise sur des gains de productivité futurs qui ne se sont pas encore concrétisés. On reste dans l'économie de la promesse. Pour le grand public on agit comme si ces questions concernant l'économie de l'IA étaient résolues. Mais les financiers quant eux, commencent à paniquer.
Certes, certains investisseurs s'attendent à des rendements de 12 à 18%. Si l'IA offre d'énormes possibilités d'essor de productivité à travers la médecine, la logistique, la fabrication, le codage, la recherche l'automatisation, tous ces gains ne sont pour le moment que spéculations théoriques. Par contre les coûts actuels sont très réels : Processeurs graphiques (GPU), occupation des sols, refroidissement des data-centers existants et le coût écologique induit, coût énergétique, maintenance, obsolescence des puces, infrastructures électriques. Par exemple l'empreinte carbone de l'IA représente pour le moment  un volume annuel comparable aux émissions annuelles liées à l'énergie et au transport de New York (revue Patterns 17/12/2025). Toujours selon la même source La demande en eau liée à l’IA pourrait avoir atteint entre 312 et 765 milliards de litres pour l’année 2025, ce qui équivaut ou même pourrait surpasser la consommation mondiale d'eau en bouteille sur une même période.
La principale question qui se pose est la suivante : l'IA générera-t-elle suffisamment de valeur pour justifier une reconstruction de 8 millions de $ tous les cinq ans ? Si oui ce sera la technologie la plus rentable jamais créée et elle remodèlera notre civilisation. Sinon, elle se transformera en bulle financière dont l'explosion sera catastrophique.
Il s'agit du boom technologique le plus gourmand en énergie et capital de l'histoire humaine. Le seul précédent historique est l'apparition du chemin de fer à la seule différence que la planète n'était pas encore un monde fini. Aujourd'hui on a atteint des limites de viabilité et tous les ans vers la fin juillet l'on a consommé les ressources que la terre peut renouveler en une année
l'avenir de l'IA ne dépend pas des modèles ou des GPU. Cela dépend de l'économie et aussi de l'évolution climatique de notre planète qui elle aussi génère des coûts considérables.
Allez haut les cœurs, on est peut-être une espèce en voie d'extinction, mais pour ma part je n'aurais pas vécu au pire endroit ni à la pire époque Quatre-vingts année de paix relative en Europe ce fut tout de même une chance. Et j'aurais  connu de beaux et paisibles crépuscules. C'est déjà ça. 
Donc dans notre calendrier c'est une année nouvelle. Pour la plupart des espèces vivantes de cette planète, il est probable que ce sera encore un peu plus difficile que l'année passée, excepté pour les humains très riches et leurs animaux domestiques. Et même si les événements présents et la situation internationale ne laissent rien augurer de très fameux, j'espère quand même des occasions de rire et de s'émerveiller. Le monde est fou mais nous n'y sommes que pour passer.
Bien sûr désormais il faudra que je n'oublie pas de mâcher doucement.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

La modération des commentaires a été activée. Les commentaires ne seront publiés qu'après approbation de l'auteur de ce blog.

Publications les plus consultėes cette année