samedi 11 décembre 2010

Matin froid


Voilà,
parce qu'ils ne sont pas mon lot quotidien, je trouve une certaine poésie à ces petits matins froids sur le parvis de la Défense, à ce monde en sursis qui semble pourtant si sûr de lui, auquel il m'arrive parfois de me mêler, de participer, acceptant la rétribution qu'il m'accorde pour de menus services. J'aime ces lumières inutiles, cette coûteuse et froide poésie électrique qui témoigne d'un rêve  devenu obsolète et clame avec ostentation une prospérité de façade. Ces places s'accordent à l'esthétique de la modernité à venir qui avait cours dans ma jeunesse, et me procurent la satisfaction fugitive que le futur a bien eu lieu  tel que c'était prévu, du moins en partie,  puisque tout de même on ne se déplace pas sur des scooters à suspension électromagnétique, et que nos vêtements usuels n'ont guère différé dans leur coupe de ceux du siècle dernier. Qu'importe si ces frêles architectures ne feront pas de belles ruines. Il est probable que ce monde issu de l'après-guerre en dépit de ses innombrables découvertes et réalisations laissera, lorsqu'il sombrera dans le chaos, peu de traces d'une durable beauté. Mais il aura eu l'éclat furtif d'un rêve de possession, comme ces images, fragiles mais abondantes, qui naissent à la réalité. Car il est vraisemblable que désormais sur cette planète il ne se passe pas un seul instant  sans qu'un être au moins ne soit en train de photographier quelque chose ou quelqu'un.

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