mercredi 8 novembre 2017

Huit ans, seize ans

Paddock de l'hippodrome d'Auteuil, Novembre 2009
Voilà,
Huit ans donc que je tiens ce blog. En fait pour être plus juste huit ans que c'est lui qui me tient. Au point que je m'efforce de m'en affranchir en me fixant pour objectif de réduire le nombre de mes posts annuels. Là je crois que je suis sur la bonne voie. Si je me débrouille bien j'en aurais publié moins que l'année précédente. Mais on n'est pas à l'abri d'une rechute. Quoiqu'il en soit d'autres sont déjà programmés, dispersés sur les années futures. Je sais c'est complètement absurde. Non que je veuille conjurer l'incertitude où, je me trouve quant à mon propre avenir, mais c'est ma façon de faire diversion de ne pas trop encombrer le présent. Et aussi de ne pas trop coller à l'actualité. Pourtant, là en ce moment j'aurais bien envie.

Évidemment je ne peux m'empêcher de dresser un état des lieux. Le jour où j'ai commencé, ma fille avait la moitié de l'âge qu'elle a aujourd'hui. C'était sa période où elle dévorait les aventures de Tintin. C'est presqu'une jeune femme à présent, qui conquiert son autonomie, et va devenir indépendante d'ici peu. Quelques jours avant de commencer, j'étais allé avec Constance, Christelle, Maria et Odette, passer un après-midi à l'hippodrome d'Auteuil, et c'est la seule fois où je suis allé sur un champ de courses, c'est là que j'ai pris cette photo. J'en avais fait beaucoup d'autres ce mois de Novembre 2009 avec un nouvel appareil que je ne maîtrisais pas vraiment. A l'époque, j''étais encore ce qu'on appelle un comédien qui travaille, je sortais d'une création, je répétais un spectacle l'après-midi, j'en jouais un autre le soir. Mais je pressentais un bouleversement dont finalement je ne me suis jamais vraiment remis. Sans doute ce blog fut il un moyen de ne pas totalement sombrer. Au fur et à mesure il est devenu une sorte d'addiction, en même temps qu'il se constituait en bureau de dépôt et consignation des pensées qui me traversaient, même si ce n'était pas mon projet initial. Je m'en suis tenu au principe qu'il devait y avoir un texte et une image.

L'image me paraissait essentielle et le texte nécessaire. Ou plutôt s'affronter à l'écriture avec le danger d'être lu, voilà ce qui constituait vraiment la nécessité. Mais de ça je m'en suis déjà expliqué. Chaque date anniversaire donnant lieu à des bilans. Sauf l'année dernière où la mort de Léonard Cohen et l'élection de Trump m'ont accablé. Finalement je n'ai rien de plus à évoquer que ce que j'écrivais déjà il y a cinq ans à ce sujet. Je regrette souvent, mais après coup, ma propension à la plainte et au ressassement, jurant que je ne recommencerais plus, ainsi que ma tendance à commenter l'actualité, alors que cela ne sert à rien puisque je n'ai aucune prise dessus, (je ne fais pas partie du ICIJ, le consortium international des journalistes d'investigation, qui sont l'honneur du Journalisme).

Heureusement grâce à ce blog, des liens se sont créés, et des échanges, et des partages. Et finalement c'est cela qui importe : cette possibilité de reconnaissance mutuelle avec des étrangers plus ou moins lointains qui me sont devenus familiers et dont je guette les nouvelles. Maintenant ils font partie de mon paysage sensible. Et c'est bien ainsi.

Et aussi
je me souviens surtout, aujourd'hui à neuf heures du matin, de l'état dans lequel je me trouvais il y a seize ans, après cette nuit étrange, et de cet événement qu'un homme n'éprouve que de manière inévitablement périphérique, parce qu'il ne peut en être que le spectateur ou au mieux l'accompagnateur. Je me rappelle cette petite créature exténuée apparue au cœur de la nuit, et fugitivement posée sur le ventre de sa mère avant d'être mise en couveuse, le retour en moto, le message changé sur le répondeur, cette stupéfaction teintée d'inquiétude, et ce puissant sentiment de réalité, le sommeil bref, le retour au matin à la clinique, le passage à la pharmacie de la porte d'Orléans, les premiers envois de faire-part de naissance que j'avais fabriqués avec photoshop, et ce frémissement permanent, qui m'a fait comprendre une certaine didascalie de Tchékhov...

10 commentaires:

  1. Et moi, j'aime toujours autant découvrir le nouveau texte, la nouvelle image, avec la même impatience que lorsque petit.e on ouvre la fenêtre d'un calendrier de l'avent. Je suis à chaque fois émerveillée par ton acuité, ton regard, ta sensibilité, et puisque c'est un petit check up annuel, appellons un chat un chat, par ton talent.

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  2. oui. Donald, Mickey et Léonard...mais tout de même les mômes de 16 ans on voudrait pas qu'ils en reviennent aux vieux journaux. bon courage.

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  3. oui je comprends cette étrange dépendance et compulsion, et dans ce cas je suis content de toujours le voir :)

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  4. Texte et photo, un plaisir de venir vous rendre visite. A bientôt et bon anniversaire.

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  5. Salut l’ami! Addiction contagieuse mais combien réjouissante!

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  6. Un rapide coup d’œil à tes premiers billets et on voit qu'au début c'était souvent "aucun commentaire".
    Ton blog est attachant, crée une dépendance chez nous aussi sans doute!
    N'essaye pas d'en guérir trop quand même;-))

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  7. Addiction sans doute. Mais pour produire le meilleur effet. Et me sentir moins seul. Ce qui m'est précieux.

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  8. Well, it has been a journey... It's been hard to be hopeful. I'm glad that we have encountered each other, mon ami.

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  9. Tout est dit cher Kwarkito. Hier j'écoutais une émission autour de Derrida. Il disait : L'écriture me sauve. Donc, s'il faut en passer par là ! ce n'est pas la pire des addictions :-)

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  10. Comment ne pas faire écho, kwarkito ? A toi comme aux commentaires, et si nous nous lisons vers cette date, et, sans mentir, si tu te souviens, en mémoire de deux petits nuages d'un soir, isolés dans le ciel bleu ?

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