mercredi 31 décembre 2014

See U Next Year


Voilà,
l'une se termine, une autre commence
que l'année qui vient soit meilleure que l'année qui va

mardi 30 décembre 2014

Tunnel volaille et fruits exotiques


Voilà,
je marche d'un pas plutôt allègre car le danger semble – du moins pour un moment – s'être éloigné. Et ça, c'est une sacrée bonne nouvelle. J'ai néanmoins l'esprit occupé par une lubie qui souvent me saisit à cette époque de l'année : je veux au plus vite trouver des fruits exotiques, en particulier des tamarillos qui sont à la couleur orange ce que les kiwis sont au vert, je parle de la pulpe bien sûr. En dépit de toutes ces choses à faire, laissées en plan et négligées depuis des mois, c'est ça l'objectif que je me suis imposé pour la journée. J'ai une adresse qui me semble fiable. En remontant le boulevard, j'aperçois une fille ordinaire ni belle ni moche, (vraiment le look de la girl-next-door) plutôt jeune d'apparence  - je lui donnerais à peine plus de 25 ans -  sortant d'un Love Store (enfin c'est ce qu'il y a marqué sur la devanture) avec deux gros sacs bien remplis. Apparemment elle a bien fait chauffer la carte bleue. Je me demande alors si elle a juste acheté de la lingerie sexy pour Noël ou bien aussi des sextoys ou que sais-je encore d'autres accessoires. Cela occupe mes pensées un bon moment parce que je suis comme ça moi, je me demande souvent comment font les autres, et aussi ce qu'ils sont vraiment, qu'est ce qui les travaille au fond et quelle peut bien être leur vie sexuelle.... Après m'être égaré – c'est normal, les questions parfois ça égare – je parviens enfin à trouver le magasin que je cherchais. Bien moins achalandé que je ne le supposais je n'en rapporte que des narangilles surgelées, une bouteille de nectar de baobab et un pack d'Inca-Cola, un soda sud-américain que j'ai acheté à cause de la couleur jaune de son emballage et qui risque bien de me durer quelques semaines, sinon plus, tant c'est dégueulasse (mais ça c'est une autre histoire). Sur le chemin du retour, il y a ce paysage qui se fige dans mon regard. L'inquiétante banalité du lieu, le ciel chargé de nuages et la volaille perchée sur le panneau exigent une trace. Je fais la photo pour répondre à cette muette et pressante injonction, sans doute aussi pour justifier l'incongruité, sinon l'absurdité de ma présence ici, à ce moment. J'ai comme l'impression d'avoir perdu mon temps. En tout cas je n'ai pas trouvé ce que je cherchais.

lundi 29 décembre 2014

A propos d'un grognement


Voilà,
je le savais bien qu'il était tout à fait déraisonnable de laisser la porte ouverte avec, posés bien en évidence sur la petite table visible de l'entrée, mon smartphone et mon appareil photo, mais je l'ai quand même fait. Je n'avais pas voulu écouter les conseils, et bien évidemment ce qui devait arriver arriva. Un voleur s'est subrepticement introduit et les a dérobés. Je l'ai vu sortir et me suis aussitôt mis à ses trousses en essayant d'alerter des passants. Mais il allait beaucoup trop vite. L'espace s'est diffracté en une multitude de lieux, mon voleur s'est effacé comme une ombre et a disparu. J'ai renoncé, réalisant que les mots que j'avais cru prononcer ressemblaient au ridicule couinement d'un chihuahua sur lequel on vient de marcher : une sorte de râle grotesque et inarticulé. Je me suis rassuré en supposant que l'on ne m'avait en réalité rien volé puisque je m'étais entendu grogner dans mon sommeil. Une main bienveillante s'est d'ailleurs aussitôt posée sur moi et j'ai compris que j'étais dans un lit et que je n'y étais pas seul. Un long moment cependant, je suis demeuré en état de veille, inquiet et aussi honteux de ce que je venais d'entendre : ce qui était sorti de moi avait voulu être une phrase et s'était réduit à un grommellement incompréhensible. Je songeais à Baudelaire devenu aphasique qui ne savait plus dire que "crénom !", à ceux qui ne peuvent plus parler à cause d'un accident cérébral, à cette sensation que j'éprouve souvent de ne plus être en mesure de formuler une pensée un peu complexe, aux forces qui décroissent avec l'âge et à tous les renoncements que cela implique. Je me sentais aussi terriblement vulnérable à cause de ce cri, comme démasqué. Je me suis dit qu'il ne fallait pas perdre de temps. Écrire, continuer de développer des photos, dessiner, réaliser des montages, persévérer à imaginer, à réfléchir, même sur les choses apparemment insignifiantes, faire travailler son cerveau, exciter les sens, emmagasiner des émotions, les transformer, leur donner une forme, indifférent aux regards condescendants de ceux qui consacrent leur temps à des tâches plus concrètes plus utiles et plus lucratives. Il m'est si souvent arrivé d'être "utile" ces derniers mois que j'ai juste envie aujourd'hui de joindre comme le disait, François Morel, je crois mais je n'en suis pas sûr, le futile à l'agréable. 

dimanche 28 décembre 2014

Tard dans la nuit


Voilà, 
tard dans la nuit rentrer quoiqu'il en coûte, même si l'on voudrait être ailleurs, terriblement, rentrer donc, tout en songeant à ce que Kafka écrivait à propos des lettres et qui peut-être aussi vaut aujourd'hui pour les posts et les réseaux sociaux en général : "La grande facilité d’écrire des lettres doit avoir introduit dans le monde - du point de vue purement théorique - une terrible dislocation des âmes : c’est un commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre ; le fantôme grandit sous la main qui écrit, dans la lettre qu’elle rédige, à plus forte raison dans une suite de lettres, ou l’une corrobore l’autre et peut l’appeler à témoin. Comment a pu naître l’idée que des lettres donneraient aux hommes le moyen de communiquer ? On peut penser à un être lointain, on peut saisir un être proche : le reste passe la force humaine. Ecrire des lettres, c’est se mettre nu devant les fantômes ; ils attendent ce moment avidement. Les baisers écrits ne parviennent pas à destination, les fantômes les boivent en route. C'est grâce à cette copieuse nourriture qu'ils se multiplient si fabuleusement ...". 

samedi 27 décembre 2014

Vivre, c'est être un autre


Voilà,
"vivre, c’est être un autre. Et sentir n’est pas possible si l’on sent aujourd’hui comme l’on a senti hier : sentir aujourd’hui la même chose qu’hier, cela n’est pas sentir – c’est se souvenir aujourd’hui de ce qu’on a ressenti hier, c’est être aujourd’hui le vivant cadavre de ce que fut hier la vie, désormais perdue." (Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité")

mercredi 24 décembre 2014

Un Sacré Gabarit


Voilà,
un jour sur un quai de gare j'ai aperçu cette silhouette. La première pensée qui m'est alors venue fut (et là je le précise pour les obsédés de la ponctuation il m'arrive parfois de penser en italiques fermez la parenthèse) : "tout de même, là, c'est un sacré gabarit !" Un peu comme le Père Noël si l'on y songe. Car si mes informations s'avèrent exactes, c'est bien le moment d'y songer non ?

mardi 23 décembre 2014

Le Chaos domestique


Voilà,
si j'avais alors d'étranges visions, je ne passais pas un temps considérable à trier des ordures, à jeter des papiers inutiles - vieux programmes, invitations périmées -. Je ne me sentais pas le devoir de répondre à des sollicitations trop souvent ennuyeuses. Je n'étais pas contraint de batailler contre la poussière envahissante (et c'est un combat qui jamais ne cesse) ni de lutter contre le chaos domestique toujours menaçant. La question d'avoir une maison pas trop mal rangée où toute chose serait relativement à sa place ne se posait pas. Chercher un livre dans la bibliothèque ne constituait pas en soi un problème ; maintenant la plupart du temps c'est l'expédition Amazone Orénoque. A l'époque, je vivais de peu et, somme toute n'étais pas trop mal organisé.... Bref, je me demande si je ne suis pas en train de m'apprêter à prendre une résolution pour l'année qui vient.

dimanche 21 décembre 2014

N'être qu'un rêveur


Voilà, 
"Je n’ai jamais rien fait que rêver. Cela, et cela seulement, a toujours été le sens de ma vie. Je n’ai jamais eu d’autre souci véritable que celui de ma vie intérieure. Les plus grands chagrins de mon existence se sont estompés dès lors que j’ai pu, ouvrant la fenêtre qui donne sur moi-même, m’oublier en contemplant son perpétuel mouvement. Je n’ai jamais voulu être rien d’autre qu’un rêveur. Si l’on me parlait de vivre, j’écoutais à peine. J’ai toujours appartenu à ce qui n’est pas là où je me trouve, et à ce que je n’ai jamais pu être. Tout ce qui n’est pas moi – si vil que cela puisse être – a toujours eu de la poésie à mes yeux. Je n’ai jamais aimé que rien. Je n’ai jamais souhaité que ce que je ne pouvais pas même imaginer. Je n’ai jamais demandé à la vie que de m’effleurer, sans que je la sente passer." (Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité")

samedi 20 décembre 2014

Place des Fleurs


Voilà,
chaque pas sera précieux tant qu'il y aura des pas. Vais-je choisir de marcher plutôt que m'asseoir et écrire ? J'ai envie de gravir encore les collines de Lisbonne de retourner un jour sur la petite praça das flores, louer une chambre non loin, y entendre comme le dit si tendrement Louis-René des Forêts "les vocalises jubilantes des oiseaux comme autant de louanges au soleil pourvoyeur de vie". 

jeudi 18 décembre 2014

Au Bureau


Voilà,
"On travaille si excessivement au bureau qu’on finit par être trop fatigué pour bien jouir de ses vacances. Mais tout ce travail ne vous donne encore aucun droit à être traité par chacun avec amour, on est seul au contraire, totalement étranger aux autres, simple objet de leur curiosité. Et tant que tu dis "On" au lieu de dire "Je", cela va encore et tu peux réciter cette histoire comme une leçon apprise, mais dès que tu t’avoues que ce "On" est toi-même cela te transperce littéralement et tu es épouvanté…" (Franz Kafka)

mardi 16 décembre 2014

Les temps changent

Voilà,
c'est bien de parler des choses objectives de temps en temps d'évacuer la complaisance du moi-je les confessions à la mords-moi-le-nœud les nostalgies oniriques les branlettes sentimentalo-sirupeuses (quoiqu'une branlette c'est toujours quand même un peu sirupeux) n'est pas Kafka Montaigne ou Pessoa qui veut en tout cas pas moi. Une aimable lectrice croisée un jour dans un théâtre me fit remarquer que mes posts n'étaient pas assez aérés que ça manquait de paragraphes et de ponctuation eh bien ces cinq premières lignes sont pour toi Marie. Dis-toi puisque tu es comédienne qu'il faut prendre son souffle à chaque début de phrase ne pas lâcher jusqu'au point suivant et aussi que dans les moments de grand désarroi le Drillon je m'assieds dessus. Car aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres : il est le lendemain d'une grande déception : la Hune, la librairie la Hune, qui avait déjà déménagé vers la rue Bonaparte il y a quelques années, pour céder son local à Vuitton et qui était une institution à St Germain des prés, la Hune chasse ses clients à 20 heures putain oui La Hune n'ouvre plus jusqu'à minuit. C'est comme si, au Mont St Michel la Mère Poulard rayait son omelette de la carte. Il reste par bonheur la librairie "L'Écume des Pages" un peu plus haut sur le Bd St Germain (bien plus belle d'ailleurs) où l'on pourra continuer de traîner en attendant un jour nouveau. Voilà, rien ne dure. C'est comme ça. 




Sinon je laisse cette photo qui n'est absolument pas d'actualité, prise sur la place St Germain des Prés. Je ne crois pas l'avoir déjà publiée. C'était vers Noël, en 2011. Vuitton était déjà bien implanté et j'avais alors encore assez d'argent pour aller chez le dentiste. Je ne sais malheureusement pas qui est l'auteur de cette sculpture. Allez bon baisers.

dimanche 14 décembre 2014

La Prairie

Paysage du Cantal
Voilà
ce que Borgès écrit quelque part (cette phrase je l'ai notée il y a longtemps sur un carnet et je ne sais plus de quel ouvrage elle est extraite). "Il existe une heure de la soirée où la prairie va dire quelque chose. Elle ne le dit jamais. Peut-être le dit-elle infiniment et nous ne l'entendons plus, ou nous l'entendons, mais ce quelque chose est intraduisible comme une musique..." À cette pensée remémorée la nuit dernière (et qui sans doute fut inspirée par un autre genre de relief), j'ai associé ce paysage ressemblant à celui devant lequel, il y a peu de temps, je me suis retrouvé en rêve, auprès d'une personne qui vit aujourd'hui des heures douloureuses. Je n'avais pas alors à chasser de mon esprit toutes les inquiétudes la concernant et qui me hantent à présent. Nous étions là tous les deux, assis côte à côte sur un rocher, après avoir cheminé ensemble, sans doute sur un de ces sentiers menant à St. Jacques de Compostelle. Les foins embaumaient dans l'air tiède et l'on pouvait entendre au loin tinter ces cloches que l'on appelle clarines et qui sont attachées au cou des vaches. D'un mouvement de bras plutôt nonchalant, nous chassions parfois les moucherons qui nous approchaient. Je me souviens juste de ce "c'est bien" qu'elle avait prononcé à mi-voix et de la façon si singulière qu'elle avait eue de saisir ma main et s'emparer délicatement de chacun de mes doigts l'un après l'autre. Puis nous étions restés un long moment muets avec cette paisible sensation de communier dans un état sans mesure, d'être comme accomplis dans ce présent qui seul importait. À l'heure où j'écris ces lignes je voudrais être auprès d'elle qui, ensevelie dans sa souffrance, ne souhaite aune visite dans sa chambre d'hôpital. Auprès d'elle oui et à mon tour juste tenir sa main.

samedi 13 décembre 2014

Tribulation


Voilà
il va son chemin
ne sait où le portent ses pas
et s'il suit le cours de sa tribulation il n'en devine ni l'objet ni le sens

Qui parle qui avance
Qui s'étonne et s'égare dans le voisinage des spectres
Qui s'éparpille et se dissipe dans la cohorte de silhouettes à peine reconnaissables

Parfois
sur le bois humide des portes
sur le marbre des tombes recouvertes de mousse
dans les les pages moisies de vieux annuaires
il cherche un nom


mais qu'apparaisse un paysage


un rêve appareille aussitôt

vendredi 12 décembre 2014

La Confession


Voilà,
une vie qu'on ne peut se résoudre à taire même s'il est probable que toute parole tient du leurre.
Paysages de mots. Finalement c'est peut-être ça la bonne option. Je ne sais pas. Y réfléchir

jeudi 11 décembre 2014

Le Chemin d'une question


Voilà,
"aux aguets, craintive, une réponse rôde autour de la question avec espoir, scrute désespérément son visage inaccessible, la suit sur les chemins les plus insensés, c'est à dire ceux qui vont chercher au plus loin de la réponse" (Franz Kafka in "les aphorismes de Zürau")

mercredi 10 décembre 2014

A cause de Crevel


Voilà
dit-il, "tout ça, c'est à cause de Crevel je pense, oui René Crevel lu trop jeune lu trop tôt. Crevel  qui portait dans son prénom l'idée de renaissance et dans son patronyme celle de mort, Crevel donc, à cause de ce titre sans doute, "Mon corps et moi" et dès lors j'ai vraiment pensé ou cru pendant de longues années que j'étais distinct de mon corps. Maintes fois il m'a semblé qu'il n'était pas toujours mon allié, mais la plupart du temps un compagnon capricieux et trop souvent récalcitrant. J'ai mis des années à réaliser que mon corps et moi c'était la même chose, que j'étais un corps pensant et que la pensée n'était rien d'autre que l'expression du corps traversé de sensations d'informations de valeurs de contraintes d'expériences, que je n'étais que matière et la pensée son émanation, que tout passait par là et y revenait que les mots n'étaient qu'une affaire de corps de ce corps". J'ai comme la sensation qu'il essaie de me dire autre chose, mais je n'en suis pas très sûr.

lundi 8 décembre 2014

Il faut que l'un veille


Voilà,
ce soir en rentrant - je ne sais pas pourquoi (ou peut-être ne le sais-je que trop bien sans toutefois vouloir me le formuler) - je me suis rappelé de cette image conçue au début des années 80 et j'ai réalisé que je ne l'avais jusqu'à présent jamais mise en ligne. Elle me ressemble vraiment. Aujourd'hui encore, je la considère comme une sorte d'autoportrait. Il est possible d'ailleurs que je sois toujours plus ou moins à la même place à convoiter la sagesse de la pierre, impassible au bord du chemin.
En même temps je ne peux m'empêcher de l'associer à ce bref texte de Kafka qui continue de m'émouvoir : "Tout autour dorment les hommes. Une petite comédie, une innocente illusion qu'ils dorment dans des maisons, dans des lits solides, sous des toits solides, étendus ou blottis sur des matelas, dans des draps, sous des couvertures! Ils se sont en réalité rassemblés comme jadis et comme plus tard dans le désert, un camp en plein vent, un nombre incalculable d'hommes, une armée, un peuple sous un ciel froid, sur la terre froide ; des hommes que le sommeil avait jetés à terre à l'endroit même où ils se trouvaient, le front pressé sur le bras, le visage contre le sol, respirant tranquillement... Et toi, tu veilles, tu es un des veilleurs, tu aperçois le plus proche à la lueur de la torche que tu brandis du feu brûlant à tes pieds... Pourquoi veilles-tu ? Il faut que l'un veille, dit-on! Il en faut un!". Ce fut un temps heureux, celui ou nuit et jour, je baignais dans l'œuvre de Kafka

dimanche 7 décembre 2014

Transparence


Voilà,
c'est juste que la réalité parfois semble plus mystérieuse et surprenante dans un reflet inscrit sur la transparence d'une chaise. Après tout, comme l'écrivait Borgès : "Personne ne peut savoir si la réalité appartient au genre fantastique ou réel et si non plus il existe une différence entre vivre et rêver". Aussi est-il bon parfois de s'imaginer n'être que le songe d'un objet, fût-il en polycarbonate.

jeudi 4 décembre 2014

Au Grand Wazoo



Voilà,
cela fait 21 ans que Frank Zappa et son Grand Wazoo se sont envolés
même si ça ne tombe pas juste, une petite pensée quand même

mercredi 3 décembre 2014

Hantise


Voilà,
hébétée dans cette sorte de fourmilière, elle ne peut s'empêcher de songer, non sans effroi, à ceux qui, voyageant tout comme elle, furent un jour surpris par la violence de la déflagration et, sans même le réaliser, passèrent aussitôt de vie à trépas. Mais aussi : visions des corps déchiquetés, des peaux brûlées qui suppurent, des membres arrachés, du sang répandu, de ceux qui se tordent de douleur incapables de comprendre ce qui leur arrive. Les cris les hurlements, et dans une indescriptible panique certains cramponnés à leur smartphone essaient encore d'appeler quelqu'un. Et puis les corps inertes, casque audio encore fixé aux oreilles, le visage crispé, saisis dans l'horreur. Si souvent ils esquivaient la misère quand elle mendiait quelques pièces ou un ticket restaurant, espérant ainsi se protéger du monde en détournant le regard, eh bien le monde a fini par venir à leur rencontre. Oui c'est à cela que pense Chantal Dobričić, c'est ça qu'elle ne peut s'empêcher de projeter dans la morose torpeur du wagon. Car soudain, tout est devenu suspect. Une fraction de seconde, le reflet multiplié de l'homme debout lisant son journal a fait ressurgir la terreur ancienne, la vision du carnage, restée là, tapie, menaçante, planquée dans la mémoire depuis l'enfance et qui en fait jamais ne l'a quittée.

lundi 1 décembre 2014

Jeanne d'Arc is back in town


Voilà,
un jour, oui c'est un jour d'été à l'heure de la sieste, je me retrouve dans un rêve qui ça j'en suis certain n'est pas le mien mais celui de cette fille qui se prend pour la réincarnation de Jeanne d'Arc bien qu'elle ne soit plus vierge depuis longtemps, et de cela je suis certain à cause de son petit sourire qui en dit long sans vraiment le dire. Beaucoup plus vieux que je ne le suis maintenant et que je ne le serais peut-être jamais, tranquille peinard (etc...), je lis un journal sportif étranger dont je ne reconnais pas la langue mais où il est vaguement question d'un joueur de football albinos promis à un très grand avenir, un avant-centre je crois. "Julio, Julio" dit elle "tu n'entends pas". Je comprends que c'est à moi qu'elle s'adresse, mais je ne daigne pas relever la tête, car dans son rêve je suis affublé d'un chapeau ridicule qui me déplaît particulièrement et qu'en m'appelant Julio je vois très bien où elle veut en venir. Elle veut me faire chanter. "Les voix, les voix", dit-elle "tu ne les entends pas" ?"
- Bien sûr que je les entends
- Que disent elles ?
- Tu devrais te taire voilà ce qu'elles disent
Que je sois soudain si désagréable avec Jeanne d'Arc, n'a rien d'étonnant. Elle ressemble à une actrice très antipathique avec laquelle j'ai autrefois travaillé, et je ne supporte pas sa façon de répéter le début de ses phrases.
- oui tu devrais te taire parce que tu joues faux. Quand ils bêlent, tes moutons sont plus intéressants que toi quand tu parles.
Ça c'est envoyé. Il n'y a pas à dire, je suis vraiment très remonté.
"En tout cas" me répond-elle, "ce n'est pas ce que m'a dit St Michel. Ni Charles Péguy".
Là c'en est trop je la gifle pour qu'elle se réveille. Et tout à coup je m'aperçois qu'elle est morte depuis des années.