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mardi 4 août 2026

Ce qui me gomme

 

Voilà
ce qui me gomme
à grande rafale 
me lacère au-dedans
me chignole et me tronçonne
ce qui m’esquiche me pèle me râpe 
ce qui me ronge les os
me dévore la moelle me grignote et me mastique
avide gourmand
ce qui file rapide sous la viande
Comme un arc électrique 
 quand je cherche les mots
pour savoir où j'en suis
si je suis encore
ce qui me pousse et me presse
me piétine et m’écrase
ce qui m’étire me tord me vrille
m’explose comme grenade
et me brûle et me glace tout à la fois
m'émiette me calcine me disperse 
cendres que vent éparpille
ce qui hurle en moi, me perce, m’assourdit
me chavire, dérive dans l’incertain dans l’opaque puis se dilue
ce qui enserre et comprime le thorax 
ce qui arrache griffe déchire
ce qui saigne en silence
me transforme en ombre me rend étranger
à moi-même autant qu'aux autres
que je ne reconnais plus
ce qui me cherche autant que je le cherche
ce qui me défie, m’épuise, me hante
ce qui, toujours, m’échappe.
ce qui me broie m’émiette me précipite
sans fin s’effondre s’écrase sans fin éclate 
pas silence mais bruit fracas tambourin.
ce qui me pompe la sève 
pas lentement
non vite bien trop vite 
qui tout aspire tout avale tout engloutit 
moi ni dedans ni dehors 
moi rien  
moi rien .
ce qui tourne 
non pas tourne mais vrille en boucle 
non pas boucle mais spirale 
Ce qui
creuse tire tout hors moi 
dedans plus rien.
ce qui charcle 
pas la peau mais dedans 
chair os moelle 
qui sans fin craque me vide me ronge 
me crie dedans-dehors partout.
Ce qui ne court pas mais hurle fond 
non pas comme neige 
mais plomb bouillant 
coule dans veines casse crâne fait éclat dedans.
Ce qui moi plus moi mais éclat poussière 
cri sans son mais hurlement constant fracture.
arraché
harassé
ce qui
ce qui

lundi 20 juillet 2026

Vivre du rêve

 

Voilà,
"Vivre du rêve et pour le rêve, en démontant l’univers et en le recomposant, discrètement, selon le flux et le reflux, des instants où nous rêvons. Faire cela, tout en étant bien conscient, parfaitement conscient, de la totale inutilité de cette activité.
 

Ignorer la vie avec tout son corps, se couper de la réalité avec tous ses sens, Renoncer à l’amour, avec toute son âme. Emplir de sable vain, les vases que nous portons à la fontaine, les vider, puis les remplir à nouveau, le tout avec la plus extrême futilité.
Tisser des guirlandes pour, sitôt, achevées, les défaire entièrement, minutieusement.
Prendre nos couleurs et les mélanger sur la palette, sans avoir devant nous, la moindre toile à peindre."  Fernando Pessoa, Livre de l'Intranquillité, 41 

samedi 11 juillet 2026

Substituer l'intelligence à l'énergie

 
 
Voilà,
"Substituer l’intelligence à l’énergie, rompre le lien entre la volonté et l’émotion, en ôtant tout intérêt aux actes de la vie matérielle, voilà ce qui, une fois obtenu vaut plus que la vie même, car il est bien difficile de la posséder entièrement, et si triste de ne la posséder que partiellement". Pessoa (Le Livre de l'Intranquillité §124)
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mercredi 24 juin 2026

Apothéose du sommeil

 
 
Voilà,
"Si je pouvais atteindre un jour à une envolée de style qui concentrerait en moi toute la puissance de l’art – j’écrirais alors une apothéose du sommeil. Je ne connais pas de plus grand plaisir, dans toute mon existence, que celui de pouvoir dormir. L’abolition intégrale de la vie et de l’âme, l’éloignement total des êtres et des gens, la nuit sans mémoire et sans illusions – et n’avoir plus, enfin, ni passé ni avenir… " Fernando Pessoa, in Le livre de l'Intranquillité
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dimanche 12 avril 2026

Persister tenacement


Voilà,
"La seule attitude digne d'un homme supérieur, c'est de persister tenacement dans une activité qu'il sait inutile, respectant une discipline qu'il sait stérile, et s'en tenir à des normes de pensée, philosophique et métaphysique, dont l'importance lui apparaît totalement nulle". Sans aucunement aspirer au statut d’homme supérieur – notion qui m’est parfaitement étrangère – il me paraît parfois que poursuivre la rédaction de ce blog s'apparente à ce que décrit Pessoa dans le fragment 89 du Livre de l'Intranquillité.
J'entretiens à l'égard de cette entreprise une attitude de plus en plus ambigüe. Lorsque je publie des textes comme celui-ci ou celui-là ou encore cet autre, je suis plutôt content. Je me dis que cela ressemble à ce à quoi j'aspirais lorsque j'ai commencé. Toutefois de plus en plus souvent, j'éprouve — comme je m'en suis déjà ouvert il y a quelques mois — une sorte de découragement mêlé de lassitude, raison sans doute pour laquelle ces derniers temps, je publie souvent d'anciens posts. Car ces exercices d'hygiène mentale me prennent de plus en plus de temps. Trop de pensées tohubohutent dans ma tête ; les mettre correctement en forme requiert une force et une énergie qui m’abandonnent. Je le déplore. Parfois j'ai envie de prendre congé mais une part de moi ne veut pas (ou est incapable) de lâcher l'affaire. C’est que je redoute de ne plus être physiquement en mesure d’écrire d’ici peu. Tout est si laborieux. Même sortir du lit le matin. Alors je m’accroche à l’idée qu’il faut persévérer. 
Pourtant je diffère sans cesse la publication de certains posts déjà rédigés parce qu’ils me semblent inadéquats. Quoi qu’il en soit, tôt ou tard, il viendra bien le moment où je ne maîtriserai plus rien...
Là, présentement, au moment où je rédige ces quelques lignes, je voudrais juste en savoir un peu plus sur les mystères de la comète 3I/Atlas et sur les énigmes soulevées par les phénomènes qu'elle a manifestés depuis son apparition dans notre système solaire. J'ai lu quelques trucs troublants sur les réseaux à ce sujet, mais je n'ai pas assez de connaissances pour faire la part du vrai du faux et du plausible dans ce que je lis. J'espère que lorsque je serai devenu une abstraction, comme cette image, j'aurais accès aux réponses qui, au cours de  mon existence, n'ont jamais rencontré leurs questions. Allez, un petit peu de Bach pour se calmer

lundi 16 février 2026

Chatoiement


Voilà,
je me souviens du livre de Cees Noteboom "Rituels". Lu en 1988, il m’avait alors durablement impressionné. Il en fut de même pour ses ouvrages ultérieurs. Et puis je me me rappelle aussi le Festival de Chateauvallon en Août 1973. En première partie de Cecil TaylorLe Michel Portal Unit, avec parfois d'étranges instruments. Ce fut mon premier concert de Jazz. Assez déconcertant. J'ai retrouvé sur le net une trace de cette performance. Je suis quelque part dans le public avec Agnès. Portal et Noteboom ont l'un et l'autre disparu la semaine dernière. D'eux subsistent encore les chatoyantes impressions que leurs créations ont fixées dans ma mémoire. 

mercredi 28 janvier 2026

Déliquescence


Voilà,

quand on me traitait de pessimiste je répondais souvent que j’étais simplement lucide. En réalité je n’étais ni l’un ni l’autre, mais plutôt nigaud, puisque je n’imaginais pas que la bêtise pourrait se déployer avec une telle puissance et recueillir aussi vite autant d’adhésion un peu partout dans le monde. L’hégémonie du délire évoquée par Cioran dans un de ses aphorismes semble définir assez justement les temps que nous vivons.

Se réveiller tous les matins assailli par les annonces toujours renouvelées de massacres perpétrés contre des civiles un peu partout dans le monde est déjà pénible. Constater l’indifférence des décideurs et des masses face aux problèmes écologiques et environnementaux qui ne cessent de s’amplifier de manière irréversible, accable. Se confronter à la sottise ordinaire et assumée chez des gens dont l’histoire familiale devrait pourtant les en préserver, consterne. Si l'on est ici pour quelques temps encore préservé des bombes, on est tout de même submergé par la connerie.

Ici en France dimanche soir, avec sa belle tête de con l’avocat Arno Klarsfeld, juif et petit-fils de déportés, dont les parents ont consacré leur vie à la traque des bourreaux nazis et à la mémoire des victimes de la Shoah, faisait, la veille de la journée internationale dédiée aux martyrs du génocide, l’apologie de Trump et des méthodes de ICE proposant même d’organiser "de grandes rafles un peu partout contre les asociaux étrangers qui sont OQTF (obligation de quitter le territoire français), même si on commet des injustices".

Donc aujourd'hui en France, (pays qui en la matière a un certain passif), un homme peut à une heure de grande écoute, se sentir autorisé à prononcer le mot "rafle" sur un plateau de télévision nationale, et à le justifier sans que ne lui soit opposée la moindre objection. Cela prouve une fois encore, après sa complaisance à l'égard du délinquant Sarkozy, l'état de déliquescence intellectuelle et morale qui caractérise une partie de l’espace médiatique français, en particulier celui détenu par Bolloré. Cela montre aussi que dans le peuple soi-disant élu il y aussi une bonne proportion d'abyssale connerie.

Klarsfeld, en un étrange renversement sémantique qui tiendrait de la farce grotesque, si ce n'était aussi navrant, congédie la tragédie historique de la déportation et de l'extermination des juifs d'Europe au siècle dernier pour verser dans l'abjection et l'indignité. C'est étrange tout de même de vouloir, avec tant d'ardeur et au mépris du droit, infliger à d'autres ce que ses aïeux ont subi. Comme l’a constaté la LICRA (ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), le fascisme n’est pas à nos portes, il est déjà dans la maison.

Le lendemain, il était aussi à l’Académie des Sciences morales (où l'on a intronisé il y a peu le milliardaire et fraudeur fiscal Bernard Arnault). L’un des plus gros investisseurs dans la tech américaine, Peter Thiel, figure libertarienne, cofondateur de PayPal  et surtout de l’entreprise Palantir Technologies – géant de l’analyse des données pour les gouvernements –, a été convié par Chantal Delsol, philosophe catholique tenante de l’union de la droite et de l’extrême droite, à intervenir lundi 26 janvier pour parler de l’Antéchrist devant un groupe de travail sur la démocratie. Là encore on est en plein délire, puisque selon lui "l'Antechrist prendrait la forme d’une personne qui répand “des rumeurs de guerres” et effraie les populations “pour que vous lui donniez le contrôle sur la science” et que parmi les figures qui agitent les peurs il pointe dans sa présentation "Greta [Thunberg]” ou encore “les altruistes anti-IA".

Eh oui on en est là. Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles où se mêlent, paraît-il quatre espèces d'hommes ...

Pour oublier cela, je me réfugie dans la paix de ces formes douces, abstraites et colorées, un peu molles, ectoplasmiques. Leurs apparitions m'offrent un vague répit.

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samedi 17 janvier 2026

La Maladie

 
Voilà,
"La maladie se tient tapie sous toute intention comme sous la feuille de l'arbre. Si tu te penches pour la voir et qu'elle se sent découverte, elle bondit, la maigre et muette diablesse, et au lieu d'être fracassée, elle exige d'être fécondée par toi" (Kafka, Journaux)

dimanche 11 janvier 2026

Pêle-mêle avec neige

Voilà 
une bien étrange semaine sur le point de s'achever. Elle a commencé lundi dernier avec une jolie surprise, puisque j'ai croisé L. venue des antipodes. Par une froide matinée, nous avons pris un café et marché dans le cinquième arrondissement. La rencontre fut trop brève. Mais la croiser dans le vrai monde après des échanges ponctuels par nos blogs interposés, fut un plaisir.
 Et puis il y a eu la neige sur Paris. Mais j'ai déjà raconté ça dans un article précédent
 
 
 
Ensuite je suis tombé malade ; un de ces foutus virus qui ressemblent à la grippe — je me suis pourtant fait vacciner dès octobre — et qui, pendant trois jours et demi m'a mis dans un état semi-comateux au point que j'étais incapable de faire quoi que ce soit. Je me suis répandu dans un espace limité à mon appartement — mais le plus souvent dans mon lit — et dans un temps élastique traversé d'accès de migraines, entre souvenirs et absences, scrollant parfois sur mon smartphone, retombant de façon récurrente sur les horribles images de Minneapolis, sombrant de nouveau dans le sommeil, écoutant des entretiens de Gavin Bryars à la radio ou en podcast, étant ici et là par le truchement des machines mais la plupart du temps nulle part quand la fièvre m'emportait dans le sommeil vers de confuses contrées. 


L'engourdissement dans lequel m'a plongé ce bref et intense variant de la grippe ou du covid m'a suggéré l'image ci-dessus. il m'a aussi rappelé ce passage dans un excellent livre de Simenon "la neige était sale" : "Rien …Toujours cette grippe qui n’en finit pas, ne se déclare pas, ce mal de tête persistant, ce malaise dans tout le corps, trop vague pour mériter le nom de maladie. Le ciel blanc comme un drap de lit, plus blanc et plus pur que la neige, qui a l’air de s’être durcie et d’où ne tombe qu’un peu de poussière glacée". 
 

Et franchement, je ne me sentais pas sur un petit nuage. Je n'ai d'ailleurs pas trouvé d'échelle pour y accéder comme ce personnage de Seth, aperçu il y a quelques semaines sur la paroi d'un immeuble du 19ème arrondissement.

vendredi 9 janvier 2026

Entre quatre murs

 
Voilà,
au fond ça me va de passer la journée comme ça, entre mes quatre murs, sans qu'il ne soit nécessaire de parler à quiconque, en écoutant des émissions à la radio sur Bernard Hermann, les ballets suédois, ou l'œuvre de Camille Saint Saëns. Par ces temps difficiles, c'est bien d'avoir un abri où se retrancher. Et puis dehors il fait bien froid. Pourquoi faudrait-il sortir ?
Être là, juste là. M'occuper à des tâches plus ou moins nécessaires que je la plupart du temps je commence et dont je remets à plus tard l'achèvement. Vivre sans plan ni projet. Dans le déni de ce qui me guette. Lire des poèmes de Benjamin Fondane, des vieux romans de Simenon. Griffonner quelques croquis. Dormir quand j'ai sommeil. Me réveiller au milieu de la nuit. N'avoir de compte à rendre à personne. Savourer le présent tant que c'est possible. Se contenter de ce peu qui est encore la vie. Tant que le corps le permet.

samedi 15 novembre 2025

Miroirs temporels

 
 
 
Voilà,
on n'a pas beaucoup l'occasion de rêver, mais des nouvelles comme celle-ci rendent la réalité plus poétique. Selon des scientifiques des "miroirs temporels" existeraient, révélant ainsi la dimension cachée de la lumière. Depuis des générations, le temps est considéré comme une voie à sens unique, avançant sans fin. Mais récemment des physiciens ont constaté un phénomène étonnant qu'ils ont nommé "miroirs temporels" : les ondes lumineuses peuvent être réfléchies non pas dans l'espace, mais dans le temps lui-même.
Cette découverte ne remet pas seulement en question notre conception de la physique, elle ouvre une fenêtre entièrement nouvelle sur la nature de la réalité. Dans les miroirs ordinaires, la lumière rebondit lorsqu'elle frappe une surface réfléchissante, créant ainsi l'image que nous voyons. Un miroir temporel, en revanche, réfléchit une onde vers l'arrière dans sa ligne temporelle, modifiant ses propriétés comme si le passé était brièvement réécrit. À l'aide de matériaux soigneusement conçus et d'impulsions électromagnétiques, les chercheurs ont réussi à créer ces réflexions temporelles insaisissables en laboratoire, prouvant ainsi ce qui semblait autrefois relever de la science-fiction. Les implications sont stupéfiantes. Les miroirs temporels pourraient permettre des avancées dans le domaine des communications, en permettant de restructurer et de transmettre les signaux avec une précision bien supérieure. Ils pourraient également nous aider à percer les mystères de la mécanique quantique, où les règles de cause à effet sont floues. Concrètement, la capacité à manipuler les ondes dans le temps pourrait transformer des technologies telles que le radar ou l'imagerie médicale, nous offrant ainsi des outils plus précis pour observer et comprendre le monde.
Par rapport aux concepts physiques traditionnels, qui traitent le temps comme un flux fixe, cette découverte suggère que, dans des conditions appropriées, le temps peut être courbé et remodelé tout comme l'espace. Elle nous rappelle que l'univers est bien plus étrange et flexible que ne le suggère notre expérience quotidienne. 
Je ne suis bien évidemment pas en mesure de confirmer la validité scientifique de telles spéculations qui apparaissent depuis peu sur le net, mais je les trouve néanmoins très séduisantes et stimulantes ; elles m'encouragent à continuer ces explorations graphiques que j'entreprends depuis quelques mois,  comme celle-ci  ou bien encore celle-là. Souvent d'ailleurs je me sens obligé de les associer à d'autres images plus conventionnelles ;  seules elles ne suscitent pas beaucoup de réactions. Je ne le fais pas pour cela, mais c'est, à mes yeux ce que je publie tout de même de plus intéressant et ce dont je suis le plus fier. Mais qu'importe, tout cela n'a guère d'importance. Il convient de traiter ces choses là avec légèreté.

vendredi 3 octobre 2025

Le Présent

 
 
Voilà,
le présent n’est qu’un leurre, un rêve qui s’efface
l’avenir le passé y sont liés à jamais
et l’univers se tient, immobile et fugace 
flaque de lumière où tout déjà demeurait

dimanche 18 mai 2025

En traînant dans Draguignan

  

 
Voilà,
alors que je me trouvais il y a quelques jours à Draguignan, je suis passé de bon matin par cette rue qui a la particularité d'être peinte au sol. C'est la rue de Trans. Trans est le nom d'un village en Provence (je crois que c'est là, que je suis allé pour la première fois de ma vie, un matin d'Août 1973 dans une salle de ventes, ou peut-être était-ce au village voisin des Arcs). 
Je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux Etats-Unis. Je me suis dit que si l'on était gouvernés par des tarés du même acabit que ceux qui sont aux affaires aux USA, il faudrait peut-être débaptiser ce village dont le nom paraîtrait désormais suspect. 
A propos des États-Unis, il faudrait qu'un cinéaste inspiré réalise, en contrepoint du film de Griffith, un autre qui s'intitulerait "Suicide d'une nation". Car depuis cinq mois c'est bien à cela que nous assistons. Quand je pense que Trump est persuadé que le fait d'avoir échappé à un attentat, est un signe que Dieu l'a désigné pour conduire les destinées de son pays, cela inciterait plutôt à l'apostasie. Il ne se passe pas une journée sans qu'une décision délirante ne soit prise par lui ou un de ses affidés outre-Atlantique. C'en est presque fatiguant. Jamais on aurait imaginé qu'autant de crétins soient aux responsabilités dans ce pays.
 

Sinon les motifs que les hasards de la promenade peuvent parfois offrir constituent une distraction opportune. Pour se reposer du flot incessant et accablant des nouvelles du monde, toutes plus anxiogènes les unes que les autres, le cerveau recompose à partir de menus détails une réalité intersticielle où trouver refuge et apaisement. Il suffit de se tenir comme un idiot devant le mur et attendre que la pression retombe.

lundi 28 avril 2025

Bricolage

Voilà,
45 ans que j'ai réalisé ce collage, réinterprété il y a quelques semaines en estompant les formes et les contours comme j'aime à le faire depuis quelques années. Et pourtant il reste étonnamment présent pour moi. De cela je peux encore dire, comme dans la chanson, "ça c'est vraiment moi". Oui bien sûr, on peut aisément y déceler les influences, les inspirations, et sans doute n'est-il pas si original, mais je m'en fous. L'image me plaît encore. Sa composition, le mélange de courbes et de droites. Je suis content de l'avoir faite. C'était alors mon théâtre intime. Celui que j'avais envie de voir. Qui ne s'encombrait pas de mots. 
 
 
Aujourd'hui, je ne me sens guère différent de celui que j'étais alors. Les formes ont changé. Les outils aussi. La persévérance demeure toujours la même. Et aussi l'étonnement devant ma propre obstination à trouver de formes, à établir des relations entre des volumes. Tant d'années se sont écoulées entre ces deux images. Le monde alentour a tellement changé. C'est pourtant toujours le même bricolage pour tenter de m'en soustraire et me rendre la vie plus supportable. Même si parfois cela ne me semble plus marcher autant qu'autrefois. Je me lasse très vite de ce que je fabrique.

mardi 15 avril 2025

En pensant à Moholy-Nagy

Voilà, 
parfois l'espace n'est plus que géométrie. 
L'instant impose sa forme.
Des idées germent alors 
qui plus tard deviennent des images
 

lundi 14 avril 2025

Quelque chose d'organique



Voilà
je ne sais pas c'est quelque part dans les tissus dans les chairs dans la moiteur des organes dans le frémissement de la matière c'est un léger remuement une pulsation un battement c'est vivant depuis longtemps vivant se transforme se métamorphose s'éparpille se répand se contracte ça bat ça pulse c'est comme un souffle une effervescence et puis s'opacifie change de densité aussitôt devient fluide et furtif bientôt presque transparent puis de nouveau fibres filaments feuille aussi peut-être à la fois espace et temps où quelque chose de sensible se modèle sans parole mais non sans devenir comme une impalpable mémoire qui ne cesse de se recomposer c'est un univers invisible à travers les choses infra-réel dans lequel respire toute la mémoire du monde c'est le jardin des équations, la forêt des énigmes, la jungle des possibles et des virtualités inaccomplies

dimanche 13 avril 2025

Pêle-mêle avec jardins parisiens

 

Voilà,
un jour de mai 2023, j'avais fait une longue promenade en compagnie de Sophie. notre périple nous avait mené du jardin des Tuileries, à la place Vendôme, et passant devant cet immeuble, — appartenant je crois à Vuitton mais je n'en suis pas certain — il y avait eu cette façade joyeusement décorée.  Plus tard nous avions humé des parfum Diptyque dans leur boutique de la rue St Honoré. Je me souviens que pour moi c'était une époque pleine d'illusions et agrémentée de quelques perspectives qui ne furent hélas pas confirmées
 
*
 

 
Il y a quelque jours, au téléphone, alors que je traînais au jardin du Luxembourg, m'étonnant qu'à plus d'un siècle d'écart les mêmes jeux attirent les enfants autour du grand bassin, un ami me parle d'un nouveau traitement qu’on lui administre. Je crois comprendre que c’est cette thérapie révolutionnaire imaginée par Michel Sadelain dont j’ai entendu parler pour la première fois il y a quelques mois. Mon ami me dit qu’on appelle "carticèles" le produit qu'on lui injecte. Je note ce mot étrange et beau sur un papier. Je ne percute pas immédiatement. En fait il s’agit de CAR-T cells. L'histoire de cette avancé thérapeutique est tout à fait surprenante. Elle a germé dans la tête d'un chercheur dont personne pendant dix ans ne prenait les travaux au sérieux. Lorsqu'il a émis l'idée qu’il serait intéressant d'aider les cellules immunitaires à combattre les tumeurs en leur donnant une instruction génétique, ses pairs oncologues et immunologistes ont jugé ses travaux "saugrenus", "inutiles", "sans avenir", et "stupides". Sadelain nommera « récepteur chimérique à l’antigène » (CAR) le produit de cette instruction génétique, qui donne à certaines de nos cellules immunitaires, les lymphocytes T, la mission de débusquer, cibler et éliminer le cancer qui se propage masqué. Des lymphocytes T prélevés chez le patient, génétiquement éduqués en laboratoire, puis réinjectés à ce même patient, chez qui ils traqueront et détruiront leurs cibles cancéreuses, tout en grossissant leurs rangs. Pendant que des idiots patentés comme l'agent orange et sa clique de crétins décérébrés s'acharnent à tout détruire (la recherche, l'éducation la culture le droit international et l'on n'est pas au bout de nos surprises), – enfin à quoi bon reparler de ça tout le monde en voit les ravages depuis des semaines –, il y a des gens dont le but est d'améliorer le bien-être de l'humanité. Ils sont ce que notre espèce peut produire de mieux. Mais s'ils sont précieux, ils demeurent aussi bien trop rares.

*
 

 
Sinon, au Jardin des plantes les cerisiers et le prunus shirotae sont en fleurs. Dimanche dernier cela a attiré une foule considérable. J'ai réussi à isoler cette jeune femme avec sa jolie robe printanière qui tentait de fixer son portable sur une branche pour un selfie. J'ai repensé à ce poème de Kobayashi Issa
Puisqu’il le faut
Entraînons-nous à mourir
À l’ombre des fleurs.

*


À part ça je continue mes explorations abstraites quand j'ai le courage de travailler. La plupart du temps, j'ai envie de dormir et tout me prend un temps considérable, en particulier les tâches ménagères, mais aussi ce blog. Je crois que ces dernières semaines j'ai pris un coup de vieux.  

jeudi 10 avril 2025

J’aime / je n’aime pas (18)

 
 
Voilà,
j’aime la deuxième face de "yellow submarine" des Beatles avec les morceaux de Georges Martin orchestrés par lui et que je trouve délicieusement british. Ils ont le charme désuet de certains salons de thé peuplés de vieilles anglaises aux cheveux bleus sentant des parfums poudrés, ils évoquent des images d’Alice au pays des merveilles. Il me semble que Pepperland était aussi le générique (on disait alors indicatif musical) d’une émission de radio de Françoise Dolto ou de Ménie Grégoire.

Je n’aime pas, et c’est peu de le dire, tous ces "reels" avec leurs commentaires dits par une voix synthétique cheap (souvent la même) qui polluent les réseaux sociaux

J’aime réécouter des vieilles chansons de Robert Charlebois, surtout celles écrites par Réjean Ducharme, le célèbre romancier québecois

Je n’aime pas que les acteurs ou les actrices fassent des clics de langue ou tapent de la main sur la table lors d'une lecture par exemple pour appuyer leurs intentions. Je trouve cela atrocement ringard.

J’aime la photo de ce jeune couple prise à la fin de l'année dernière à la Fondation Vuitton lors de l'exposition consacrée à Tom Wesselman qui m'avait beaucoup plu

Je n’aime pas mais vraiment pas du tout que des artistes s’emparent de chansons populaires sur le mode lyrique comme par exemple les feuilles mortes chantées par Benjamin Bernheim, Robero Alagna. Il n’y a que Jessye Norman chantant des blues qui ne trahissait rien. Peut-être parce qu’en tant qu’afro-americaine elle avait le blues à la fois dans l’âme et chevillé au corps.

J’aime faire parfois la grasse matinée et profiter de journées où je ne m'assigne aucun objectif prédéfini, aucune contrainte. En fait je suis un gros paresseux et j'y trouve du plaisir

Je n’aime pas que les gens dans les expositions surpeuplées se posent devant une toile et continuent à tailler le bout de gras sans se préoccuper des gens autours d'eux et surtout derrière eux.

J’aime l'allegro du "Concerto pour violon et hautbois BWV 1060," de Jean-Sebastien Bach. Il a le pouvoir de me transporter bien des années en arrière, dans l'immense salon de l'appartement parisien de Philippe et Dominique. Il passait souvent le dimanche en fin d'après-midi lorsque nous arrivions pour le repas dominical en famille et avec des amis servi parfois à la grande table du salon avec ses deux bancs, quand il y avait du monde, mais le plus souvent dans la cuisine, parfois en comité restreint avec juste les parents les filles et leurs petits copains respectifs

Je n’aime pas quand les gens vous sollicitent et font des propositions remplies de restrictions qui laissent sous entendre qu'en fait ils n'ont aucune envie de vous associer à leur demande. Cette façon de faire miroiter une possibilité et de l'annuler dans le même temps et une forme de perversité mentale insupportable. J'ai connu un metteur en scène spécialiste de ce genre de pratique. 

J'aime regarder les matches de pré-saison du super rugby pacific qui opposent au cœur de l’été austral des équipes néo-zélandaises dans des petits stades de province devant des spectateurs assis sur des pelouses

Je n’aime pas que les gens descendent de la rame de métro ou bien y montent l’œil rivé sur leur smartphone

J’aime regarder le foot ou le rugby à la télé avec ma fille, confortablement vautré sur le canapé et gentiment persifler ensemble sur les joueurs ou les commentateurs 

Je n’aime pas lorsque les gens vous répondent "c’est une excellente question"  à celle que vous leur posez. C’est une formule prétentieuse, vaguement offensante, qui laisse supposer que toutes les questions précédentes étaient stupides ou médiocres, ou que l'on présume que vous puissiez en poser de mauvaises.

J'aime marcher dans de vieilles bonnes chaussures bien à mon pied que je n'ai pas utilisées depuis longtemps

Je n'aime pas ces gens qui, tant qu'on est d'accord avec eux vous témoignent de l'estime mais vous déconsidèrent dès que l'on l'on émet la moindre objection sur un de leurs propos

J'aime entendre chanter les oiseaux dans une ville juste avant l'aube

je n'aime pas devoir m'occuper de papiers administratifs

J'aime l'odeur de la pinède lorsque le ciel est gris et que l'air est doux

je n'aime pas, lorsque l'on photographie la mer, que la ligne d'horizon soit oblique sur l'image

J’aime savoir qu'en Suisse il y a encore des gens qui cultivent le safran selon des méthodes ancestrales

Je n'aime pas le fait que je doive prendre autant de médicaments chaque jour.

j'aime ce proverbe africain qui dit "c’est quand le fou n’est pas de ta famille que sa danse te fait rire"
 
Je n'aime pas succomber à des crises de boulimie
 

J'aime lorsque l'inspiration me visite et que le résultat me satisfait, comme c'est le cas pour cette image réalisée récemment
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lundi 7 avril 2025

Pourvu que cela soit beau

 Voilà,
Il semblerait que désormais notre monde soit de plus en plus souvent couleur d'acier. 
Je me souviens de paysages anciens
mais
tel un Treplev vieillissant 
je songe à des formes nouvelles
je veux dire des formes nouvelles pour moi. 
 
 
Pendant que je les cherche et travaille à les faire émerger
je ne songe à rien d'autre 
le chaos du monde sort de mon esprit.
Ne m'occupent que des questions techniques
des histoires d'équilibre de masses
de grain et de lissage
Les angoisses pour un temps se dissipent 
oui se dissipent comme le cirrus s'effaçant dans le bleu du ciel
elles reviendront bien sûr 
mais pour le moment 
— et c'est tant mieux —
rien d'autre ne compte
que le mystère de cette image 
et ce mystère me comble me soulage
Bien sûr je sais que secrètement par là je conjure
 ce que l'on n'ose en général guère énoncer pour soi
ce mot qui trop a été prononcé à travers les âges
qui dit toute notre terreur d'être au monde
mais qu'importe pourvu que 
cela soit beau comme la mer et la lumière

mercredi 19 mars 2025

Esplanade

Voilà,
je suis retombé sur une série  que j'avais réalisée il y a longtemps sur l'esplanade du Trocadero. Les gens étaient encore assez peu nombreux à posséder des smartphones, qui venaient tout juste de faire leur apparition en Europe. Ils se prenaient alors en photo avec des appareils numériques. Certains cadraient encore dans le viseur, mais beaucoup déjà tenaient leur appareil à distance regardant l'écran au dos de leur camera. Quoi qu'il en soit , au début des années 2000, Philippe Halsman, avait encore des adeptes.
Aujourd'hui je ne regarde plus le monde de la même façon. Je n'ai plus très envie de le regarder d'ailleurs. Il a tellement changé depuis cet été 2009 quand cette photo fut prise


La réalité ne me passionne plus guère. Depuis quelques semaines, j'ai de nouvelles idées, et ça quand même c'est bon pour le moral. Je suis reconnaissant à la nature de me permettre encore de telles dispositions. J'ai envie de rendre compte de paysages intérieurs, d'espaces imaginaires, de topologies improbables, de formes émergentes et rêvées sans histoire ni anecdotes.

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