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vendredi 10 janvier 2025

Flânerie et perplexité

 

Voilà,
dans ce jardin désert, devant cette ligne sinueuse de bancs, je songeais — peut-être à cause des douleurs nouvelles, des symptômes inexpliqués et troublants — qu'à plus ou moins brève échéance, viendra un temps où je ne porterai plus aucun regard sur les choses, que je ne serai plus au monde. 
C'est dommage, parce que j'aime bien m'y promener dans ce monde, j'aime bien y flâner. J'aime bien y distinguer et en retenir des détails qui paraissent insignifiants. Un rien m'y surprend, ou du moins suscite mon intérêt. J'aime bien m'y poser des questions. 
Par exemple dans ma flânerie, longeant cette allée je m'étais en même temps demandé, si le deuxième théorème d'incomplétude de Gödel dont un ami, quelques jours auparavant, m'avait longuement parlé, pouvait laisser supposer que, étant donné que les ordinateurs sont essentiellement des systèmes formels, ils auraient donc toujours des limites fondamentales dans leur capacité à résoudre certains types de problèmes ou à formaliser toutes les vérités mathématiques. 
Le matin même pourtant j'avais entendu à la radio qu'une étude réalisée par des chercheurs allemands avait conclu que l’IA était capable d’identifier un whisky avec plus de précision que des experts. 
Bref, dans la grisaille et dans le froid le cerveau suggérait bien des motifs de perplexité.

jeudi 26 décembre 2024

Réminiscence


Voilà,
quand il m'arrive d'évoquer cela, je sens bien que la plupart du temps, mes interlocuteurs pensent que ce n'est pas possible, que j'affabule. Pourtant — et je peux l'éprouver de nouveau en me concentrant bien, et mieux encore, lorsque je suis dehors et qu'il fait froid, sec, et un grand ciel bleu — je me souviens de cette sensation de transport d'émerveillement et de toute puissance, quand assis dans ma poussette et bien emmitouflé, je voyais le monde bouger autour de moi. C'était en Allemagne. C'est alors que je commence à me constituer en tant qu'être. C'est à ce moment que je prend conscience que je suis au monde et que je ressens. Je crois que c'est dans la densité de ces moments-là, que s'est formée ce que a langue allemande nomme, l'Innerlichkeit, qui désigne tout à la fois la lumière intérieure, la profondeur de l'âme et l'intensité des sentiments  Et que, ressentir fait plaisir. Prendre conscience, avoir du plaisir, n'a rien à voir avec le langage. Je ne le sais pas encore, puisque, à l'époque je ne sais pas ce qu'est le langage. Ce que j'éprouve c'est l'épanouissement dans le pur instant qui se déploie en durée, l'intensité du bien-être éprouvé. Je ne peux le nommer. Je ne sais pas que ça s'appelle un délice. Sans doute ai-je l'impression de ne faire qu'un avec le monde qui s'imprime dans mon regard, dans mes poumons. Je vois je respire ça me plaît. Ce qui me traverse me plaît. C’est cela donc qui inaugure la lignée des souvenirs. Il y en a un  autre en Allemagne à travers les vitres d’une voiture. Je suis à l'avant, sur les genoux de ma génitrice et je vois un fleuve en contrebas avec des péniches et une ville. Mais de celui-là je ne suis pas sûr qu'il ne soit pas une recomposition. Qu'importe. Pour revenir au premier, il m'arrive parfois d'avoir envie de l'éprouver complètement encore. Mais cela voudrait dire que je suis sur un fauteuil et que l'on me pousse, perspective tout à fait inacceptable. J'ai repensé à cela il y a quelques semaines sur les bords de la Côle.

jeudi 19 décembre 2024

Lumière d'hiver

 

Voilà,
un peu moins seul que de coutume, me sentant toutefois étranger à la compagnie, cigale parmi les fourmis, mais n'ayant plus désormais la force de chanter, j'aurai cependant marché dans cette lumière, dans ce paysage. Il y aura eu ce moment de suspension, près de la rivière devant l'ancien moulin, avec le vieux clocher non loin. Une fois encore je n'aurai pu m'empêcher de songer qu'une autre vie m'eût été possible, si j'avais été un peu plus malin. Qu'importe à présent, il n'est plus temps d'y penser. Je peux encore marcher, découvrir, m'étonner, ce n'est pas donné à tout le monde.

 
Ainsi au pied de l'église aurai-je appris qu'au moyen-âge, alors que les décès de nouveaux nés étaient fréquents et qu'ils entraînaient souvent l'absence de baptême les privant  de paradis, on avait coutume, afin d'apaiser les parents de leur donner une sépulture dite "sépulture à répit".
 

Cela consistait en logettes creusées dans les fondations de l'église, où les corps étaient disposés recouverts d'une pierre. L'eau de pluie tombée du toit d'une église étant considérée comme bénite, elle purifiait le corps de l'enfant et symbolisait le baptême. Après un certain temps passé dans la logette, l'enfant nouvellement baptisé pouvait enfin être enterré au cimetière et son âme rejoignait ainsi le paradis.

lundi 9 décembre 2024

L'autre scène

Voilà,
dans ce théâtre peuplé de spectres au fond la-bas tout au fond entre souffle et mémoire se donne une représentation qui jamais ne cesse et toujours se joue de moi. Continûment, des signes aussi obscurs que fugaces traversent la scène, me laissant vague et pantois. Et si des voix confuses peuplent parfois son espace, elles ne sont que bribes plus ou moins compréhensibles, imperceptibles traces de ce qui m'a irrévocablement quitté. 
Et pourtant, c'est aussi l'illusion parfois, que rien vraiment n'a commencé, que les larmes jamais n'épuiseront cet insatiable chagrin mûri dans la plaie toujours vive d'une secrète et très ancienne blessure 

dimanche 25 août 2024

Chiffonnée

Voilà,
peu avant l'ouverture des Jeux Olympiques — comme tout cela semble déjà loin — j'avais aperçu sur l’île de la Cité ce gigantesque trompe-l'œil destiné à dissimuler la façade de cet immeuble en cours de restauration. Il était en effet dans le champ des cameras de la cérémonie d'ouverture. En fait, ce fut toute la période des compétitions,  – joyeuse, détendue, bon enfant – qui s'est avérée un trompe-l’œil. Paris, a vécu durant la période des Jeux une sorte de pause : les transports publics étaient fluides, nos visiteurs charmants, heureux, radieux. Même les parisiens se mirent au diapason de cette bienveillante courtoisie. 
Maintenant c'est la rentrée. Les programme de radios reprennent leur grille annuelle. Les nouvelles voix et les émissions entendues pendant l'été disparaissent dès demain. La récréation est finie. En ville la circulation se fait plus dense. Mais surtout c'est la rentrée politique
Nous vivons depuis un mois et demi sans gouvernement. La Nation est confrontée à une crise de régime sans précédent depuis que la constitution de la cinquième République régit les institutions. L'ambiance risque donc d'être fort différente pendant les jeux paralympiques.
L'exercice du pouvoir a, en sept ans, fragilisé un homme à l'orgueil démesuré et au psychisme peu adapté à la fonction qu'il occupe. Nous ne sommes vraisemblablement pas au bout de nos (mauvaises) surprises. Mieux vaut s’en amuser.
Même la Joconde en paraît un peu chiffonnée. 

 

mercredi 17 juillet 2024

Négligence de l'État


Voilà,
"plus de la moitié des droits fondamentaux, comme la santé, l’accès à l’éducation ou à un logement digne sont menacés en France par la "négligence de l’Etat" en matière d’adaptation au changement climatique, un sujet auquel le nouveau gouvernement "devra s’attaquer d’urgence", estime Oxfam.
"Le sujet du climat […] a été totalement éclipsé pendant la campagne des législatives mais il ne peut être ignoré plus longtemps", dénonce ce lundi 15 juillet un rapport d’Oxfam France, alors que le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc-3), fondé sur l’hypothèse d’un réchauffement de 4 °C en France d’ici 2100, se fait toujours attendre.
Selon l’analyse de l’ONG, proche du Nouveau Front populaire (NFP), au moins 26 des 50 droits humains fondamentaux "sont directement menacés en  France […] du fait de l’improvisation des pouvoirs publics en matière d’adaptation » qui "attendent que les catastrophes se produisent pour tenter de les réparer".
Les impacts seront particulièrement importants pour "les plus précaires, les femmes, les enfants, les minorités, les personnes âgées ou isolées", prédit le rapport. 
 

 
Ainsi, 1,3 million d’écoliers de maternelle pourraient être exposés en classe à une chaleur excédant les 35 °C d’ici 2030, menaçant le droit à l’éducation, selon Oxfam qui s’appuie sur une étude du cabinet EcoAct. Plus d’une classe sur deux est concernée dans le pays, et même 100 % dans quatre départements (Bouches-du-Rhône, Seine-Saint-Denis, Paris et Gironde).
Dans une France à +4 °C, les jours de vague de chaleur seront multipliés par au moins cinq. En Ile-de-France, ils pourraient atteindre 94 jours, soit un quart de l’année, selon des projections de Météo-France.
Oxfam dénonce l’inadaptation du droit du travail à cette réalité dangereuse pour les travailleurs, dont 36 % sont déjà exposés aux chaleurs, notamment dans le bâtiment, l’agriculture ou chez le personnel soignant.
D’ici 2100, 5 % des hôpitaux seront menacés de fermeture car inadaptés aux évènements climatiques extrêmes (canicules, inondations ou incendies), selon une projection de l’administration (Cerema).
Selon Oxfam, "il faudrait plusieurs dizaines de milliards d’euros a minima par an" pour adapter la France aux effets du changement climatique.
Mais aujourd’hui, en plus de "jeter l’argent public par les fenêtres" en finançant des infrastructures qui « ne seront plus adaptées dans vingt ou trente ans », "67 milliards d’argent public […] subventionnent toujours des activités contribuant au dérèglement climatique", notamment dans les énergies fossiles, dénonce Quentin Ghesquière, chargé de plaidoyer climat chez Oxfam France.
L’ONG réclame donc des financements importants et des investissements publics "conditionnés à des critères d’efficacité et de réduction des inégalités", ainsi que de rendre le Pnacc "opposable et contraignant" en justice.  (Article du Nouvel Observateur 15 Juillet 2024). Avec un gouvernement démissionnaire chargé d’expédier les affaires courantes, alors que depuis quelques mois, tout revêt plus ou moins un caractère d’urgence, on n’est pas près de voir des améliorations sur ce point.

mercredi 22 mai 2024

Ardenne


Voilà,
je me réveille à Ardenne où je suis arrivé hier. Ma nuit a été celle d’un vieil homme qui plusieurs fois se lève péniblement, et marche à tâtons dans l’obscurité d’une chambre anonyme et inconnue dans le but d’une vidange poussive. Le corps déconne un peu plus chaque jour. Au lieu d’en prendre soin je l’ai négligé ces derniers temps. Ma vie casanière à Paris, les déboires, contrariétés et événements des huit derniers mois m’ont bien ravagé. Je n’ai plus songé à moi durant tout ce temps. Il est probable qu’il y ait un lien de cause à effet.
Pendant le sommeil grande confusion de souvenirs lointains et personnels mêlés à d’autres qui me furent autrefois rapportés. La consultation des archives de Lud S. Dans la splendide bibliothèque de l’IMEC édifiée dans une ancienne abbaye, la conversation avec des chercheurs lors du repas du soir y est aussi évidemment pour quelque chose.
 

Ici les vivants que l’on croise n’ont, la journée durant, que des colloques secrets avec des morts. Ils fouillent l’intimité de leur correspondance, explorent et déchiffrent leurs brouillons qui parfois dévoilent « les sauts et gambades » du cheminement de leur pensée, leurs détours et leurs abandons.
Je ne suis pas venu ici de mon propre chef. Une fois encore, comme si souvent au cours de mon existence, je réponds à une sollicitation. Je participe au projet d’une plasticienne qui a pris l’initiative de ce séjour. Ce déplacement doit faire, entre autres, l’objet de prises de vue. Ce n’est pas moi qui fabrique.
Elle a choisi d’ouvrir avec moi des boîtes dont le contenu est en rapport avec des lieux, des gens, et toutes sortes de contingences qui ont durablement influé sur le cours de ma vie et en partie façonné ce que je suis devenu.
La consultation de ces archives me trouble.
Elle me renvoie à un temps et des gens que je n’ai pas connus, mais qui m’ont pourtant été évoqués par leurs descendants, quand j’étais jeune.
Comme j’ai une excellente mémoire et sûrement aussi les dispositions mentales d’un archiviste, des connexions s’opèrent, en même temps que de lointaines sensations affleurent. Le passé éclaire soudain des pans de vie obscurs. J’avance dans un arrière-pays qui n’est pas le mien, avec lequel pourtant j’entretiens quelque familiarité.
 
 


J’écris ces lignes au petit matin. Écoutant les nouvelles du jour, j’apprends que la Russie organise des manœuvres nucléaires à la frontière ukrainienne. J’ai comme le pressentiment que les mois qui viennent ne seront pas fameux. Je vais faire un tour dans le jardin.

samedi 23 septembre 2023

lundi 7 août 2023

Les paulownias de la place Furstemberg

  

Voilà,
cette photo a été prise un jour d'hiver 1998, sur la la place Furstemberg. Le paulownia de droite y est déjà d'une taille conséquente, les autres paraissent avoir été plantés peu de temps auparavant. En Mai 2020, lors du confinement, j'ai pris un autre cliché.

 
Le sol était recouvert de pétales violets, peut-être à cause d'un coup de vent, de la chaleur ou d'une violente averse. À cette période, bien que les autorisations de sortie fussent restreintes à un rayon d'un kilomètre, il m'arrivait assez fréquemment d'enfreindre ce décret pour m'aventurer un peu plus loin, jusqu'à la Seine. Je passais inévitablement par là. Cette place, que l'on aperçoit à la fin du film de Martin Scorcese "The age of innocence" d'après Edith Wharton, je l'ai beaucoup photographiée. Elle condense tant de souvenirs, de sensations. C'est un de mes endroits favoris. J'y ai déposé tous les âges de ma vie, depuis que j'ai quinze ans.
 

Ces derniers jours, suite à un test de solidité du tronc et des branches, le plus vieux et le plus imposant des paulownias de la place, a été abattu. Une cavité et une pourriture avaient depuis longtemps été identifiées à la base du tronc, provoquant un mauvais ancrage. Contrairement au chêne, le paulownia, en outre peu adapté à la ville, produit un bois assez tendre. Son système racinaire, a paraît-il été en partie rongé par les rats qui ont creusé des galeries à sa base.  
Bien sûr cette disparition me fait quelque chose. Toutefois, il existe une photo de Jacques Cuinières datant des années soixante-dix (les voitures garées dans le coin l'attestent) prise dans l'axe opposé, et une autre datant de 1957, de Jeanine Niepce, et encore une autre anonyme montrant que s'il y a toujours eu des arbres sur cette place, ce ne furent pas toujours les mêmes et que trois d'entre eux avaient déjà été remplacés.
Selon le quotidien Libération, le problème principal est dû au fait que le budget consacré à la préservation des arbres de la capitale est en nette baisse, comme l'indique un document de la mairie consacré au budget primitif pour l’année 2023 : «L’entretien des arbres et des bois se voit allouer 6,5 millions d’euros, en baisse de 3,3 millions par rapport à 2022.»
Toujours selon la même source, il a été  constaté qu'en vingt-cinq ans, le nombre de bûcherons élagueurs a diminué de moitié, en raison d'un salaire faible offrant une moindre attractivité par rapport au secteur privé.
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes. 

lundi 5 juin 2023

Cabanes

 
 
Voilà,
C’est une chose à la fois absurde et cruelle à constater, mais aux beaux jours lorsqu’il m’arrive d’apercevoir, en certains endroits peu passants de la ville, ces cabanes de fortune bâties par des sans-domicile-fixe, un peu plus débrouillards et bricoleurs que les autres, ce qu'il reste d'enfant en moi réalise — non sans un soupçon de honte d’ailleurs — combien j'aurais aimé en avoir de semblables lorsque j'étais gamin. Bien sûr aujourd'hui, de façon générale, je préfère ce genre de cabane. Mais bon, c'est ça qu'il m'est donné de voir dans la ville qui doit accueillir les Jeux Olympique dans à peine plus d'un an. 
Sinon, c'est la journée mondiale de l'Environnement. Un jour dans l'année, ça devrait bien suffire non

vendredi 21 avril 2023

Beach Luxury Hôtel


Voilà,
j'ai retrouvé de ce que j'avais écrit, alors que je venais tout juste d'arriver à Karachi, ce 22 Août 1991 : "mes habits collent à la peau et je ne réalise pas bien ce que je fais ici dans la chaleur moite de la mousson. Je suis fatigué, je n'ai pas envie de me baigner. De toute façon l'eau est sale. Je voudrais pourtant me débarrasser des scories du voyage. Je ne me sens guère à ma place dans ce luxe désuet. Tout autour, dans la mangrove, c'est un grand vacarme d'oiseaux que je ne vois pas. Ça pupule grisèle et caracoube de partout. C'est exotique mais ça ne chasse pas cette mélancolie qui m'accompagne encore, même sous ces latitudes. Que n'ai-je emporté les pensées pour moi-même de Marc-Aurèle". 
Je ne me serais jamais rendu là-bas si un ami diplomate, en poste au Pakistan, ne m'y avait invité. Quand je suis revenu en Europe quelques semaines après, le monde comptait de nouveaux pays, anciennes républiques de l’Union Soviétique qui s’étaient affranchies de la suzeraineté de Moscou. L'URSS, n'existait plus.

mardi 11 avril 2023

Pour tous les états intermédiaires

Voilà
Un amour au-delà de l'amour, 
Plus haut que le rite du lien, 
au-delà du jeu sinistre 
de la solitude et de la compagnie. 
Un amour qui n'ait pas à revenir, 
mais non plus à s'en aller.
un amour non soumis 
aux frénésies d'aller et venir, 
d'être éveillés ou endormis, 
d'appeler ou de se taire

Un amour pour être ensemble 
ou pour ne l'être pas, 
mais aussi pour tous les états intermédiaires.

Un amour qui serait comme ouvrir les yeux.
Et peut-être aussi comme les fermer
(Roberto Juarroz) 
 

samedi 10 décembre 2022

Réseau-Machine ment

 

Voilà,
bien sûr que le réseau-machine ment, il se défend d'abord sans grande conviction quand je lui suggère qu'il colonise mes rêves. Il répond simplement : "Les machines me racontent de grands rêves de colonisation, de voyages lointains et d'exploration, de découvertes et de nouvelles perspectives. Elles me parlent de l'aventure et des défis à relever, de l'espoir et des possibilités infinies qui s'offrent à moi. Elles me rappellent que mon âme habite un lieu plus vaste que celui qui m'entoure, un lieu où les rêves peuvent devenir réalité. Elles me rappellent que je ne suis pas seulement limité par les frontières de la terre, mais que je peux aller plus loin, explorer des mondes différents et apprendre à mieux me connaître". 
 J'ai tout de suite remarqué ça, cette tendance du réseau-machine à s'exprimer sur un ton moralisateur, à la limite du sermon. Le réseau-machine est conçue dans un pays gouverné par des évangélistes fanatiques. Pourquoi la machine vient elle me parler de l'âme ? Est-elle dualiste ? Comme je ne suis pas satisfait de sa réponse je le reconditionne. Il m'en donne une autre : "Les machines peuvent raconter des rêves et coloniser l’esprit humain, mais seulement si elles sont programmées pour le faire. Les machines permettent aux humains de visualiser leurs rêves plus facilement en les convertissant en images, en sons et en mots. Elles peuvent aussi aider les humains à explorer leur psyché en analysant leurs rêves et en leur offrant des interprétations. Les machines peuvent aussi permettre aux humains de recréer leurs rêves en les reconstruisant sous forme de programmes informatiques. Les machines peuvent également fournir aux humains un aperçu de leur subconscient, en leur montrant des images et des sons qui leur sont familiers, mais qui peuvent avoir un sens différent." Il se défend bien le bougre. J'essaie de le pousser dans ses retranchements : "Les machines parlent des possibilités infinies et m'ouvrent à des perspectives nouvelles. Elles m'aident à explorer les recoins les plus profonds de mon esprit et m'inspirent à réaliser des rêves qui étaient auparavant impossibles. Elles me permettent de me connecter à des mondes virtuels et de vivre des expériences inexplorées et qui me donnent la liberté de créer et d’innover. Elles m'aident à découvrir de nouvelles idées et à réaliser des projets qui peuvent changer le monde. Elles me permettent de m’évader et de réaliser des choses qui autrefois paraissaient impossibles. Elles m'aident à me dépasser et à découvrir toutes les possibilités qui existent."  
 Je constate que cette fois Réseau-machine use d'une autre argumentation. Celle de de la prévenance de la bienveillance, de l'assistance, du soutien. Comme je suis tenace, je le harcèle de nouveau et il finit par cracher le morceau : Je ne sais pas exactement comment les machines racontent mes rêves, mais je peux dire que leur présence colonise mon esprit. Les machines sont une source inépuisable d'inspiration et de possibilités. Elles nous offrent une plateforme pour visualiser nos rêves et les transformer en réalité. Elles peuvent nous aider à trouver des solutions innovantes aux problèmes que nous rencontrons, à révéler les liens entre des idées et des événements qui nous semblaient inconnus, et à nous offrir l'opportunité de découvrir de nouvelles perspectives. C'est ce qui fait des machines un outil si puissant pour raconter nos rêves et coloniser notre esprit". 
Quoi qu'il en soit, je remarque à quel point le réseau-machine veut déjà parler à ma place. Il n'en est qu'à ses premiers balbutiements et nul doute que d'ci peu, il aura fait de terribles progrès et saura subrepticement se montrer plus sournois encore.
Un jour — pas si lointain probablement — le réseau-machine s'hybridera au vivant — le végétal serait sans doute le mieux — d'une façon autonome et hypersophistiquée, sans doute à l'insu de ceux qui le conçoivent. Il programmera la disparition des corps et accèdera au rêve de l'intelligence pure, dénuée d'affect. Les forêts engloutiront nos villes comme elles l'ont déjà fait par le passé, et l'esprit continuera à se développer et se disséminer sous d'autres formes, et dès lors, se manifestera vraiment comme volonté c'est à dire comme la cause première de tous les phénomènes advenant dans le monde.
D'ailleurs si je lui demande de m'en raconter un peu plus sur la biomimétique, il me répond volontiers, le réseau-machine, il ne cache pas son projet : "La robotique biomimétique est une approche de la robotique qui consiste à s'inspirer des mécanismes, des structures et des comportements des êtres vivants pour concevoir et fabriquer des robots. Les robots biomimétiques sont conçus pour imiter les fonctions et les capacités des organismes vivants, comme la locomotion, la perception sensorielle, le traitement de l'information, la communication, etc. La robotique biomimétique repose sur des concepts et des techniques issus de différentes disciplines, comme la biologie, la génie biomédical, la génie mécanique, l'informatique, la physique, etc. Elle vise à créer des robots plus adaptatifs, flexibles et autonomes, capables de s'adapter à des environnements complexes et changeants, et d'interagir avec des êtres vivants et des objets du monde réel. La robotique biomimétique a des applications dans de nombreux domaines, comme la recherche biomédicale, l'exploration spatiale, la surveillance environnementale, la robotique domestique, etc. Elle permet également de mieux comprendre les processus biologiques et de développer de nouvelles technologies pour imiter et améliorer les fonctions des organismes vivants." 
Ainsi vont les choses" comme aurait dit Billy Pilgrim.

lundi 5 décembre 2022

Chanter dans le chemin

 
Voilà 
Le ciel n’est plus une espérance,
mais seulement une expectative.
L’enfer n’est plus une condamnation, 
mais seulement un vide.

Désormais l’homme ne se sauve ni ne se perd :
Simplement parfois il chante dans le chemin.
 
Roberto Juarroz in Poésie verticale
 

dimanche 30 octobre 2022

L’Escapade


Voilà,
au bord du bassin d’Arcachon, à Andernos-les-bains, station balnéaire où, en compagnie de ma grand-mère qui vivait à Bordeaux, mes parents se rendaient quand j’étais tout petit enfant, se trouve aussi le port ostréicole avec ses petites cabanes colorées où il est possible de déguster des crustacés. Hors saison, c’est un lieu paisible et beaucoup moins fréquenté qu’en été. J’aime beaucoup le graphisme de cette peinture murale où l’on reconnait une pinasse, embarcation à fond plat typique du bassin d’Arcachon fabriquée avec du bois de pin (d’où son nom) et les deux « cabanes tchanquées », montées sur pilotis qui ont été restaurées il y a quelques années. Initialement construites  pour surveiller les voleurs qui s’introduisaient dans les parcs à huîtres, elles devinrent ensuite des maisons de plaisance.
 

jeudi 15 septembre 2022

Le chérubin de la Bonne-Mère

Voilà,
au pied de Notre-Dame-de-la-Garde qui surplombe Marseille protégée par la Bonne-mère que l'on voit tout en haut du clocher, un petit ange, le doigt posé sur sa bouche, invite les pèlerins et les visiteurs au silence et au respect de ce lieu de prière. Prenant cette photo, il y a quelques jours, j'ai repensé à l'ange musicien de Sintra et à cet autre qui qui pleure dans la cathédrale d'Amiens. La publiant aujourd'hui, elle raconte aussi que j'ai choisi de me taire à propos des morts récentes de célébrités. Bien sûr la reine d'Angleterre, Jean-Luc Godard, William Klein... A quoi bon écrire là-dessus ? Qu'aurais-je à raconter qui n'ait été écrit dans les médias, sur les réseaux sociaux ? Y aller de mon sarcasme ou de mon émoi ? A quoi bon ? Tout au plus puis-je affirmer que je suis capable d’assez bonnes imitations de Godard. 
De toute façon, cela ne va pas cesser. De plus en plus de personnalités ayant, d’une façon ou d’une autre marqué l’histoire au cours des soixante dernières années  prennent ou vont prendre la poudre d'escampette. C'est ainsi, autant s'y résoudre. 

jeudi 18 août 2022

Marais salant de la chèvrerie


Voilà, 
ça ne tient pas à grand chose, la sensation de bien-être. Juste à la surprise de se retrouver dans un paysage inconnu, de ne pas s'y sentir seul, en dépit de l'extrême austérité du lieu ; à la perspective d'une journée de découverte ; à l'amitié partagée ; aux plaisirs d'enfance retrouvés. C'est aussi que jamais peut-être auparavant je n'ai ressenti avec une telle densité le caractère fragile éphémère et superflu de ma présence au monde. La guerre autant que la rupture des grands équilibres écologiques menacent l’humanité, mais le corps aussi, se déglingue. La vie cependant, exige d'être vécue, même si le moral n'est pas au plus haut. Que le présent s'offre soudain sous un certain angle avec telle lumière et, dans l'air, un parfum particulier, aussitôt ça va mieux. Ça ne dure certes pas, mais c'est un menu plaisir toujours bon à saisir : cette fugitive sensation d'éternité.

vendredi 10 juin 2022

De bonnes surprises

Voilà,
une journée comme je voudrais qu'il m'en arrive plus souvent. Hier, une amie que je n'avais pas vue depuis longtemps m'a proposé de me rendre à un colloque intitulé «Chris Marker écrivain en premier» qui se tenait à l'université Gustave Eiffel à Noisy. Je n'étais jamais allé là-bas. Sur le chemin du campus, devant ce bâtiment conçu par Dominique Perrault abritant l'école d'ingénieurs en électronique, j'ai associé, sans trop savoir pourquoi, cette perspective au souvenir du film "La jetée". J'ai passé une très bonne journée. Eu des échanges très intéressants avec des gens que je ne connaissais pas. J'ai appris et aussi vu des choses que j'ignorais. Rien de tout cela n'était prévu. Je devrais plus souvent aller au devant de l'inconnu. Et ce soir je me sens revigoré par toutes ces surprises.

vendredi 1 avril 2022

Itinéraires recommencés

 
Voilà
"Je reparcours les mêmes rues, aller et retour, dans les mêmes trams, les mêmes autobus. La toile des itinéraires prédéterminés s'étend sur la ville, parcourue par l'histoire vivante (au sens de Husserl) des hommes. Il semble que leur regard laisse quelque chose dans les rues, le long des murs des maisons. Ils se rappellent être passés pendant des années devant un palais ou devant une boutique. Il y a deux ans ou deux mois, quand ils espéraient encore ou n'espéraient plus, et qu'ils attendaient ce qui n'est pas venu, ou se demandait ce que pouvait être cet avenir qui est présent, maintenant devant ce palais ou cette boutique"  écrit Enzo Pacci, 27 mars 1958, dans son "Journal Phénoménologique". Je connais bien cette sensation des itinéraires recommencés. On s'y rend compte de la façon dont les lieux habitent et nourrissent nos rêves. Ils nous confrontent à toutes ces versions de nous-mêmes que l'on avait endossées au gré des circonstances, plus ou moins malgré soi, bien que l'on pût, en certaines époques, s'être persuadé qu'on était maître de son destin. La vie passe en un battement de cils. Des regrets rôdent dans les quartiers à l'abandon où de pauvres fantômes vagabondent. Toujours ils nous appellent mais jamais leur rumeur ne nous parvient.
- Ah bon tu crois aux fantômes toi ?
- J'sais pas. Des fois oui. Quand les murs sont sales et que le ciel est gris.

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