vendredi 24 mai 2024

Entr'acte



Voilà
Une vieille connaissance depuis longtemps perdue de vue, mais que je reconnais néanmoins malgré ma prosopagnosie récurrente (je suis content de le placer ce mot là je viens tout juste de le découvrir) me dit, au cours de l'entr'acte que je dois souffrir. Je suis un peu déconcerté, la rumeur va vite. Comme je ne sais pas de quoi il s'agit je réponds "pas plus que d'habitude". Puis elle m'explique que le spectacle que nous sommes en train de voir, ressemble beaucoup au spectacle sur les "rêves de Kafka" auquel j'ai participé il y a fort longtemps, (autant dire dans une autre vie) et dont elle garde un souvenir si intense. Ce qu'elle vient de voir est tellement moins bien dit-elle. Pour ma part, je ne vois pas trop le rapport. Je suis tenté par un peu de provoc'... Lui dire que de toute façon les gens qui sont dans la salle ne savent même pas que le spectacle qu'elle évoque a existé. Et aussi que ce n'est pas ce qu'on voit qui est moins bien mais nous probablement. Parce que nous n'avons plus la jeunesse qui anime ces acteurs sur le plateau, nous n'avons plus non plus pour les uns les couilles bien pleines, pour les autres les ovaires au top, ni les muscles tendus la peau fraîche et souple et tous nos cheveux. On ne peut plus danser des heures d'affilée, on a besoin de lunettes pour lire les programmes et on a perdu l'insolence de cet âge où on imagine que tout est possible sans savoir que le temps passe vite, envie de lui dire qu'à notre époque aussi il devait y avoir des vieux cons pour trouver que ce qui se faisait avant était mieux, mais bon, je n'ai même pas envie de polémiquer... Est-ce la sagesse ou bien la fatigue ? 
Une chose est sûre, c'est bien dans ces années-là que j'ai fait cette photo de gens très intéressés par une sculpture hyperréaliste de John de Andrea où on voit très distinctement je m'en rappelle une petite veine bleue sur l'un des seins du modèle. Une autre chose est certaine : dans vingt cinq ans ni la spectatrice croisée à l'entr'acte ni moi ne serons plus là pour parler de ce que nous avons vu aujourd'hui. 
Il y a toujours trop d'escaliers dans les théâtres.
première publication 3/12/2011 à 23:50

mercredi 22 mai 2024

Ardenne


Voilà,
je me réveille à Ardenne où je suis arrivé hier. Ma nuit a été celle d’un vieil homme qui plusieurs fois se lève péniblement, et marche à tâtons dans l’obscurité d’une chambre anonyme et inconnue dans le but d’une vidange poussive. Le corps déconne un peu plus chaque jour. Au lieu d’en prendre soin je l’ai négligé ces derniers temps. Ma vie casanière à Paris, les déboires, contrariétés et événements des huit derniers mois m’ont bien ravagé. Je n’ai plus songé à moi durant tout ce temps. Il est probable qu’il y ait un lien de cause à effet.
Pendant le sommeil grande confusion de souvenirs lointains et personnels mêlés à d’autres qui me furent autrefois rapportés. La consultation des archives de Lud S. Dans la splendide bibliothèque de l’IMEC édifiée dans une ancienne abbaye, la conversation avec des chercheurs lors du repas du soir y est aussi évidemment pour quelque chose.




Ici les vivants que l’on croise n’ont, la journée durant, que des colloques secrets avec des morts. Ils fouillent l’intimité de leur correspondance, explorent et déchiffrent leurs brouillons qui parfois dévoilent « les sauts et gambades » du cheminement de leur pensée, leurs détours et leurs abandons.
Je ne suis pas venu ici de mon propre chef. Une fois encore, comme si souvent au cours de mon existence, je réponds à une sollicitation. Je participe au projet d’une plasticienne qui a pris l’initiative de ce séjour. Ce déplacement doit faire, entre autres, l’objet de prises de vue. Ce n’est pas moi qui fabrique.
Elle a choisi d’ouvrir avec moi des boîtes dont le contenu est en rapport avec des lieux, des gens, et toutes sortes de contingences qui ont durablement influé sur le cours de ma vie et en partie façonné ce que je suis devenu.
La consultation de ces archives me trouble.
Elle me renvoie à un temps et des gens que je n’ai pas connus, mais qui m’ont pourtant été évoqués par leurs descendants, quand j’étais jeune.
Comme j’ai une excellente mémoire et sûrement aussi les dispositions mentales d’un archiviste, des connexions s’opèrent, en même temps que de lointaines sensations affleurent. Le passé éclaire soudain des pans de vie obscurs. J’avance dans un arrière-pays qui n’est pas le mien, avec lequel pourtant j’entretiens quelque familiarité.



J’écris ces lignes au petit matin. Écoutant les nouvelles du jour, j’apprends que la Russie organise des manœuvres nucléaires à la frontière ukrainienne. J’ai comme le pressentiment que les mois qui viennent ne seront pas fameux. Je vais faire un tour dans le jardin.

dimanche 19 mai 2024

En vrac

 
 
Voilà,
en regardant ces photos prises aux alentours de la rue du Temple il y a quelques semaines, je songe qu'il suffit de peu temps pour passer auprès de certaines personnes capricieuses (ce coin de rue m’évoque l’une d’entre elles) du statut de bonne surprise à celui d'indésirable. Mieux vaut s’en amuser que de le déplorer. La versatilité est un signe des temps. On voit d’ailleurs comment les gens votent.

  

Cette image est l'œuvre d'Andrea Aversa une plasticienne dont on peut admirer les intéressants travaux sur cette page. Je ne connaissais rien d'elle, et je trouve sa démarche artistique très pertinente.

 *

 Sinon, à l'angle de la rue Caumartin et de la rue Boudreau, dans le 9me arrondissement, j'ai aperçu cette mosaïque très champêtre, qui se trouve de fait à la terrasse de la brasserie « le Paris Madère ». L’idée que, tout comme moi, des gens, pouvaient, dès le milieu du siècle dernier et peut-être même avant) admirer et s’étonner de ce travail artisanal me touche..


  *
 
Que dire d'autre, si ce n'est que depuis huit mois je suis neutralisé, empêché, incapable d'écrire quoi que ce soit. Parfois j’ai l’impression que je ne serai jamais plus capable que de collecter des listes ou d’accumuler des recensions de faits.
Je vis désormais dans ce qu’il me reste de temps. Et ce reste du temps je l’occupe comme je peux. En fait je ne l’occupe pas, j’y dérive. Je m’abîme dans le sommeil. Je vais au cinéma. Je vois des expositions. Je travaille de temps à autre parce qu’il le faut bien.
Je croise des gens parfois. Je socialise en trompe l’œil sans vraiment y être.
 
 

Il faudrait que je fasse de nouvelles connaissances, mais c'est difficile, j'ai tant de mal à me projeter dans le futur. Autant taire ce qui me passe par la tête à ce sujet. 
Et tout seul je n'ai plus envie de rien. La plupart du temps je manque d'inspiration. Quand des idées affleurent il y a trop de fatigue pour passer à l'acte. Je me sens inutile.
Pendant ces derniers mois j’ai réalisé quelques images digitales abstraites et colorées. Par exorcisme. Même cela désormais je n’y parviens plus. 
Quant à ce blog, il m'embarrasse désormais. J’y programme de plus en plus souvent, de vieilles photos qui auraient mérité plus d’intérêt à leur première publication.
 
 
*

 
 
Je traîne donc beaucoup sur le net, par désœuvrement. Parfois on y découvre des phrases absurdes mais néanmoins pourvues d'une indéniable puissance poétique. Celle-ci, par exemple : "L'hypothèse de la désintégration du vide constitue l'un des scénarios les plus effrayants envisagés pour la fin de l'Univers. Des chercheurs ont récemment produit la première preuve expérimentale de ce concept". Il y a donc des gens qui ont des vies très remplies et des préoccupations à très long terme. 
Pour ma part, je suis incapable de me projeter sur le mois qui vient. 
Cette prose du monde, forme un continuum insensé d’informations toutes plus effrayantes les unes que les autres. 
Ceci par exemple : notre planète se dirige vers un réchauffement climatique catastrophique. Près de 80% des experts interrogés prévoient une augmentation des températures mondiales d'au moins 2,5°C d'ici la fin du siècle, bien au-delà des objectifs fixés par l'Accord de Paris.
Un sondage, réalisé auprès des principaux auteurs et éditeurs des’ rapports du GIEC depuis 2018, met en lumière l'ampleur du désespoir qui règne au sein de la communauté scientifique. Les experts, confrontés à l'inaction des gouvernements et aux intérêts des entreprises, se disent "désespérés", "en colère" et "effrayés".
"Je pense que nous nous dirigeons vers des perturbations sociétales majeures dans les cinq prochaines années", déclare Gretta Pecl, chercheuse à l'Université de Tasmanie.
Les conséquences d'un tel réchauffement sont déjà visibles, avec des vagues de chaleur, des incendies, des inondations et des tempêtes d'une intensité inédite. Mais ce n'est qu'un début. Les scientifiques interrogés prédisent un avenir "semi-dystopique", marqué par des famines, des conflits et des migrations massives.
Malgré ce constat alarmant, les scientifiques soulignent l'importance de poursuivre le combat. Chaque dixième de degré évité réduira les souffrances humaines. Il est désormais crucial de mettre en place des mesures d'adaptation massives pour protéger les populations des catastrophes à venir.
"Je suis extrêmement inquiète des coûts en vies humaines", déclare Leticia Cotrim da Cunha, de l'Université d'État de Rio de Janeiro. Les scientifiques appellent à une action urgente et ambitieuse pour limiter les dégâts, tout en se préparant à un avenir climatique de plus en plus chaotique.
Les raisons de cette inaction politique sont multiples. Les scientifiques citent notamment le manque de volonté politique, les intérêts corporatistes, les inégalités et l'incapacité des pays riches à aider les pays pauvres, qui sont les plus touchés par les conséquences du changement climatique.
Pourtant, certains scientifiques gardent un espoir ténu. Ils misent sur les nouvelles générations, plus conscientes des enjeux climatiques, et sur les solutions technologiques qui pourraient émerger. Mais le temps presse et la fenêtre d'opportunité pour éviter le pire se referme rapidement
Ainsi tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles 

vendredi 17 mai 2024

Une maison abandonnée

 


Voilà,
soudain la maison de village où durant son enfance il avait passé quelques étés lui était soudainement apparue sans qu'il ne le réalise tout de suite. Il avait fallu un certain temps pour que son regard accommode cette ruine aux souvenirs qui s'y rattachaient : cette grand-tante qui n'avait jamais eu d'enfant et dont la compagnie était si douce. Les promenades avec elle le long de la voie ferrée, sur ce qu'elle appelait "le chemin vert". Elle s'installait sur son pliant et tricotait. C'est là qu'il avait appris à fabriquer des danseuses avec des fleurs de coquelicots. Il jouait aux petites voitures, ou bien dévorait son "Spirou" hebdomadaire qui était sa lecture de l'été. Il se souvenait des petits livres à fabriquer soi-même, de son grand-oncle qui lui avait appris à faire de la musique avec un peigne et une feuille de tabac à rouler, des excursions en micheline jusqu'à Niort pour aller au marché, et aussi de tous ces pots de fleurs dans la courette, du lait qu'il allait chercher à la ferme directement à l'étable, des bateaux qu'ils se fabriquait dans une écorce et qu'il faisait flotter dans le petit ru. Il était rentré dans cette bicoque. Le lit où ils dormaient était encore là. Quelque chose d'un monde ancien survivait... Des objets, rien que des objets abandonnés, et quelques lettres... première publication 28/09/2013 à 00:12


shared with the weekend in black and white - my sunday best

jeudi 16 mai 2024

Jardin du Palais Galliera

Voilà,
l'étonnement parfois de découvrir, dans la ville pourtant si familière, un point de vue que jamais encore mon regard n'avait saisi. N'être rien d'autre soudain que la concordance d'un lieu et d'un moment. Éprouver soudain le désir de partager cette infime fraction de seconde. À cause de la lumière, à cause du ciel. Ou du désir informulé que cette ville disparaisse sous un gigantesque jardin et ressemble à une idée du Paradis. Avec cette forme pure au loin, comme un élan, la trace d'un geste fou lancé vers le ciel, quatre courbes se rejoignant à la verticale pour filer invisibles vers l'infini.

mercredi 15 mai 2024

Format SX 70


Voilà
j'ai un rapport totalement fétichiste au format Polaroïd SX 70. D'une certaine façon peu importe l'image dans le cadre, ce qui m'émeut c'est précisément le cadre. Il y a trente ans déjà, je fabriquai des faux Polaroïds en inscrivant des photos trafiquées, des collages dans cet enclos. 


J'aimais l'idée de concevoir des instantanés d'un temps qui n'existait pas. Et puis la machine, l'objet était magnifique. Je me souviens  du film de Wenders "Alice dans les villes" et de Rudiger Vogler prenant des polaroïds dans les rues de New York. C'était nouveau cet aspect ludique et immédiat. Le côté mécanique, et le développement en plein air, la légère attente de l'apparition préservaient encore un peu de lenteur dans cette vitesse toute relative au regard de celle qui aujourd'hui nous aliène et nous assigne à une immédiateté presque contrainte.  Et puis il y avait aussi cette possibilité de bidouiller les tirages. On pouvait mettre la photo au congélateur pour interrompre l'émulsion afin d'obtenir des couleurs pastel. Ou bien on la faisait chauffer au dessus d'un grille pain et l'on intervenait à même la surface avec une spatule pour déformer le sujet. Ralph Steadman le célèbre dessinateur anglais a fait un album intitulé "Paranoïds" qui utilise ce procédé. Maintenant on fait tout aussi bien avec la fonction "doigt" d'un logiciel de traitement d'image.


 
Avec les nouveaux procédés, la variété immense des applications smartphone, on peut retrouver le plaisir facile de l'image immédiate et celui du traficotage. Bien sûr, l'objet même à disparu, son relief, son côté périssable, mais le charme demeure, et la fascination aussi. 
première publication 24/09/2011 à 14:34

mardi 14 mai 2024

Squero di San Trovaso




Voilà,
aujourd'hui je me suis réveillé avec le souvenir du Squero di San Trovaso, l'atelier où l'on répare les gondoles à Venise. Discret, à l'écart des splendeurs de la ville, ce lieu modeste dégage un charme singulier et particulièrement apaisant. Je me souviens avoir, un matin, ressenti là-bas dans la tiédeur des premiers beaux jours, le tendre enchantement d'un printemps encore timide et, touché alors par cette grâce fugitive que les japonais appellent kensho, immobile, accoudé au parapet d'un pont, avoir docilement accepté la caresse du soleil sans plus songer à rien.
première publication 29/03/2013 à 9:08

dimanche 12 mai 2024

Pêle-mêle avec zèbres et moustiques



 
Voilà,  
non loin de la mairie du XIV arrondissement, rue Boulard, le mur d'une école offre cette fresque étrange, de facture très classique signée Clémence Arnold. Je suis allé voir son site, très complet et j'ai été touché par la qualité de se travaux. Elle parle aussi de son parcours sur la page des ateliers Daguerre, qui lui ont commandé cette œuvre murale.
 
*
 
Hier soir, je suis resté un long moment abasourdi, sidéré devant la numération bien au dessus de la norme, apparue sur l'écran. Je ne m'y attendais pas. La fatigue des derniers mois était peut-être associée à d'autres causes que je ne soupçonnais pas. J'ai aussi réalisé que pendant quatre jours je n'avais parlé avec personne, à part une conversation avec Françoise M. que j'ai croisée par hasard (je ne l'ai pas immédiatement reconnue, elle était en scooter avec son casque, et s'est garée sur le bas côté) et une autre, brève, au téléphone avec ma fille, actuellement à Prague.
 

Je ne sais pas pourquoi, avant d'aller me coucher hier soir j'ai repensé à cette phrase de Peter Handke  dans son recueil de notes "L'histoire du crayon" : Ayant oublié la gaieté des formes il vivait dans l'inquiète légèreté de l'absence de forme. Je ne me sens pourtant pas particulièrement léger depuis huit mois.
 
*

 La semaine dernière, les rues de Paris étaient désertes en raison d'un pont (spécialité bien française) puisque c'était la fête de la victoire le 8 mai, et le jeudi de l'ascension le 9 qui sont deux jours fériés et ensuite le week-end. En posant un jour de congé le vendredi cela fait quatre jours de vacances. J'écris cela pour mes correspondant étrangers que cela pourrait étonner. La France est un pays soit-disant laïc mais les fêtes catholiques y sont pléthore ; il reste encore la pentecôte et son lundi. En fait en France le mois de Mai est un mois où l'on ne branle rien. Avec ces jours fériés cumulés, on est sûr qu'il n'y aura plus d'effervescence sociale comme en 1968. Alors, j'en ai profité pour — bien que je ne sois pas un as dans ce domaine là — bricoler, et j'ai installé des moustiquaires devant mes fenêtres. Cela faisait longtemps que cela me trottait dans la tête, de façon presque obsessionnelle. C'est un peu empirique mais ça tient. 
 

  - What need is there to stay in a world where you no longer have your place?
- oh dear, I have a feeling you're going to try a kamikaze raid
 
Je ne sais pas si c'est lié au traumatisme de l'année dernière où j'ai été attaqué durant tout le festival d'Avignon par des moustiques-tigres, dont on sait qu'ils remontent vers le Nord, ou bien parce que j'ai lu il y a quelques semaines que l'Argentine subissait sa pire épidémie de dengue dix fois plus puissante que l’année précédente à la même époque — selon des chiffres de la mi-avril plus de deux cents personnes en seraient mortes et 270 000 infectées —, j'ai donc été pris d'une frénésie d'aménagement local. 
 
*
 

Sinon parfois, dans la rue il arrive qu'on soit confronté à d'étranges apparitions, un peu déconcertantes, qui donnent de la fantaisie et de la poésie à ce monde qui en manque tant, car tout de même, on ne peut pas dire que les nouvelles de la planète soient particulièrement réjouissantes ces temps-ci.
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.

vendredi 10 mai 2024

Villa "Les Arbouses"


Voilà
maintenant elle n'existe probablement plus, (je confirme j'ai vérifié sur google view) et lorsque j'ai pris cette photo à l'été 96, c'était une ruine. C'est la deuxième maison habitée à Biscarrosse plage : la villa "Les Arbouses", après la villa "La Jamaïque". C'était un meublé pas cher, terriblement humide dans lequel nous avons vécu à l'étroit pendant un an car mes parents y avaient entassé un partie de leur mobilier dans l'attente d'une de ces villas (à l'américaine comme disait ma mère) qui nous était déjà attribuée par l'armée. Sa construction n'était pas encore achevée, mais nous y habiterions incessamment sous peu. Je garde de ce logis qui dégageait une forte odeur de moisi un souvenir à la fois tendre et mélancolique et aussi très heureux en raison du sentiment de liberté éprouvé durant cette année là. J'étais la plupart du temps livré à moi-même. Je sortais de l'école, rentrais chez moi où mes parents qui travaillaient tous les deux n'étaient pas encore arrivés et j'allumais la radio a l'heure où passait l'émission "Salut les copains". Je faisais vaguement mes devoirs, lisais "le journal de Tintin" qui paraissait le mercredi c'est à dire la veille du jour de repos qui était alors le jeudi, m'attardant en particulier sur les aventures de Michel Vaillant, un pilote de courses. L'histoire en cours s'appelait "Suspense à Indianapolis", et elle était en effet haletante. Je dévorais aussi les anciens numéros du journal de Tintin que mon père avait reliés avec du chatterton vert, et je me souviens avoir, dans l'un de ces albums, découvert l'existence de Graham Hill le coureur automobile qui devint aussitôt mon héros car il était né la même année que lui (ce n'est qu'un peu plus tard que je me suis rendu compte du genre de type qu'il était vraiment). Graham Hill était déjà un des plus vieux pilotes du circuit mais réputé pour son flegme (c'est a cette époque sûrement que j'ai appris la signification de ce mot). Il conduisait une BRM avec le numéro 8 qui est depuis resté un de mes chiffres fétiches, et portait un casque facile à identifier à cause de sa décoration. Dans ces années-là j'étais incollable sur les pilotes et les voitures de courses. J'associe encore cette maison à des refrains des Supremes qui passaient souvent en radio et je crois qu'une part de moi vit encore dans ces chansons devenues une sorte d'invisible territoire. Évidemment je ne savais pas non plus à quoi ressemblaient ces chanteuses (peut-être alors ma libido en eût-elle été transformée). Bien des sensations, des émotions de ce temps-là remontent au présent quand j'entends "Baby love" par exemple, mais aussi la chanson de Gainsbourg "Couleur café". C'est la dune de Biscarrosse-Plage, le souvenir de son église ou encore le cinéma Atlantic, les parties de Rugby derrière la poste, l'école et sa cour de récréation recouverte d'aiguilles de pin... Oui c'est à cela qu'elles servent les chansons, à nous faire voyager dans le temps, à ranimer les braises dormantes de la mémoire. 
 première publication 25/4/2014 à 20:23

jeudi 9 mai 2024

Un souvenir doux amer

 

Voilà,
c'était en Août dernier, un dimanche je crois. Nous avons fait une balade en vélo du côté du bois de Boulogne, ma fille et moi. Août à Paris, c'est agréable, il n'y a jamais beaucoup de monde. En plus l'année dernière il ne faisait pas particulièrement chaud. Ça m'allait parfaitement après la fournaise avignonnaise. Lorsque nous sommes passés à proximité de la Fondation Vuitton, on a vu qu'il n'y avait pas trop de monde dans la file d'attente. Alors, comme ça, au débotté, nous sommes allés voir l'exposition Warhol/Basquiat. Ensuite, nous avons fait un tour au jardin d'acclimatation. La lumière était belle, la promenade fut paisible. 
En regardant cette photo maintenant, je ne peux m'empêcher de penser que nous ne savions rien encore de ce qui sournoisement faisait déjà son sale travail. "Le temps est passé mais l'émotion demeure intacte..."
Je me souviens que j'ai attendu un petit moment avant de déclencher car je voulais avoir dans mon cadre le passage de l'une des nacelles du manège.

mardi 7 mai 2024

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (14)


 
Ça me revient
quand j'étais enfant les épreuves de ski alpin étaient retransmises à la télévision, c'était l'époque de Jean-Claude Killy, Karl Schranz, Guy Périllat, Annie Famose, les sœurs Goitschel

ça me revient
dans le film "Pauvres Créatures", le savant qui dit au moment de mourir "c'est très intéressant ce qui se passe là". Je trouve que c'est la meilleure réplique du film
 
ça me revient
Le choc ressenti en lisant "Le Démon" d’Hubert Selby Jr

ça me revient
la première fois où j’ai vu, lors de cette émission du dimanche soir, intitulé le ciné club de Claude-Jean Philippe, le film "Hangover Square"  de John Brahm avec cet extraordinaire acteur Laird Creggar et la musique de Bernard Hermann

ça me revient
la fois où j'étais tout content de faire écouter à ma fille "a rainbow in curved air" de Terry Riley, parce que je trouvais qu'après toute ces années ça tenait encore la route, et qu'elle m'a ironiquement répondu que ça ressemblait à une sonnerie de téléphone 

ça me revient
quand le président Pompidou est mort, j'étais en vacances avec mes parents et mon frère cadet (le benjamin était en route). Je me souviens que quelques mois auparavant, Roger Wen, avait dit à Philippe et Dominique, qu'il tenait de source sûre que Pompidou était très malade
 
ça me revient
Au 136 bd Montparnasse il y avait une galerie qui exposait des trompe l’œil. Elle avait un nom italien dont je ne me souviens pas, Gualtieri, peut-être, il faudrait vérifier sur un vieil annuaire.

ça me revient
L’actrice Clémentine Celarié lors du sidaction 1994 avait embrassé un malade du sida sur la bouche pour prouver que cela ne se transmettait pas par un baiser.
 
ça me revient 
la cassette de "Rhapsody in Blue" de George Gerschwin par Michel Legrand, que j'avais achetée pour mon père et que finalement j'écoutais tout seul dans ma chambre
 
ça me revient
lorsque dans le confortable et moderne salon de la rue de Vaugirard, le dimanche soir, nous regardions avec Philippe et Dominique les émissions de Bruno Monsaingeon sur Glenn Gould 
 
ça me revient
le premier match de Zidane en équipe de France, c'était à Bordeaux, contre la Tchécoslovaquie, l'affaire était plutôt mal engagée, il en rentré en cours de match et il a collé deux buts en 5 mn en toute fin de partie qui ont rétabli la situation et permis un match nul
 
ça me revient
le groupe québecois Beau Dommage que j'ai découvert lorsque Sophie Bernard m’avait prêté son appartement à l'été 77 avant que je n'emménage avec Agnès, et l'émerveillement que ce fut.
 
ça me revient
Oxymorron du groupe allemand Guru-Guru. Dans ma jeunesse, la partie instrumentale me faisait rêver, voyager intérieurement et très profondément, suscitant, lorsque j'avais un peu fumé, des images mentales très étonnantes. Il y avait aussi sensiblement à la même époque cette incroyable version très rock et survitaminée de "down in the the flood" de Bob Dylan, par le duo Finnegan & Wood sur leur album "crazed hipsters

ça me revient
la rue de l'Échaudé pendant le confinement, lorsqu'on n'avait le droit de se promener que dans un périmètre d'un kilomètre, qu'on était en quelque sorte tous dans la situation de prisonniers assignés à résidence avec un bracelet électronique, j'ai pris cette photo parce que j'enviais l'apparente insouciance de ces enfants.

ça me revient 
soudain le nom de John Surtees, un pilote de formule1, anglais je crois, du début des années soixante et qui conduisit pendant un temps une Lola climax avant de devenir champion du monde en 1964 sur Ferrari
 
ça me revient
l’engouement d’Agnès lorsqu’elle avait quinze ans pour le film "Harold et Maud" d’Al Hasby. Elle l'avait vu bien avant que je ne la connaisse, et cela faisait partie de ses films préférés, avec "L'enfant sauvage" de Truffaut

ça me revient
dans "le Journal de Mickey" version française, du début des années soixante, il y avait une bande dessinée intitulée "Les cinq sous de Lavarède". Après vérification, il s'agissait de l'adaptation d'un roman d'aventures paru en 1894 écrit par Paul d'Ivoi et Henri Chabrillat
 
ça me revient
mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe 

lundi 6 mai 2024

Gentillesse


Voilà,
j'avais rencontré beaucoup de gentillesse cette fin d'après-midi de Janvier au fond de ce café. Juste une heure partagée, une présence, quelques mots de réconfort dont j'avais tant besoin et ce sourire si singulier. Je fus vraiment désarmé par tant de bonté, de générosité et de désintéressement. En chinois le mot Cheng désigne l'authenticité parfaite.

dimanche 5 mai 2024

Maison de la Radio

 
Voilà,
en Janvier dernier, la dernière fois où je me suis rendu à la Maison de la Radio pour y enregistrer des « voice over » pour une émission, comme il m'arrive quelquefois — trop rarement — de le faire, ces fresques joyeuses et colorées dans le hall d'accueil et dans l'escalier qui menait au bar, ont piqué ma curiosité car je ne les avais jamais vues auparavant. Je crois qu'elles avaient été réalisées pour un événement festif qui devait se dérouler dans ces murs durant le weekend qui allait suivre. Je ne sais pas si elles s'y trouvent encore.

 
J'aime particulièrement la maison de la Radio. Elle fut inaugurée en 1963 par De Gaulle et c'était alors le siège de ce qui s'appelait la RTF. Cet édifice représentait à mes yeux une idée du futur, sans doute en raison de son architecture et j'étais même allé le visiter peu de temps après mon arrivée à Paris. Durant mon enfance, dans le "Journal Tintin" que j'achetais tous les mercredi, des articles lui avaient été consacrés. La radio de mes jeunes années avait pourtant été Europe1, celle de SLC  salut les copains et continuerait d'être celle de ma préadolescence à cause de Campus l'émission du soir de Michel Lancelot. Ce n'est que plus tard vers 1972 ou 1973 que j'ai découvert le pop club de José Artur avec son délicieux générique de Claude Bolling, chanté par les Parisiennes dont le refrain joyeux et entraînant me rappelle l'année où je suis arrivé dans les Landes, et la période la plus sereine de mon enfance.
 
 

 
Ce bâtiment où il m'arrive donc occasionnellement de travailler reste toujours aussi fascinant, sans doute en raison de son caractère labyrinthique (je n'ai jamais su m'y orienter) et conserve quelque chose d'irréel est énigmatique. C'est aussi l'image d'un futur qui n'a pas eu lieu, celui que mon enfance imaginait Ces mondes qui ne sont pas advenus et que je portais en moi ne constituent autant que les actes que j'ai pu poser tout au long de ma vie. Ils n'en demeurent pas moins à leur façon, des événements — secrets, fantômes — mais des événements tout de même. D'ailleurs, comme le faisait remarquer Borges, on ne sait si la réalité relève du genre réaliste ou du genre fantastique.
Sur la photo, on peut remarquer sous l'esplanade les tentes de sans-abri, en bordure de la voie rapide qui longe la Seine. ça par contre c'est du genre réaliste et bien sordide.

jeudi 2 mai 2024

Rien qui m’appartienne

 

Voilà,
j'aimerais pouvoir dire et penser comme Kobayash Issa
Rien qui m'appartienne
Sinon la paix du cœur
Et la fraîcheur de l'air.
Je n’ai hélas ni cette légèreté ni cette capacité d’abandon
Un paysage parfois peut me donner l’illusoire et furtive impression
d’accéder à une forme de sérénité.
Mais ce qui se dissipe un moment ne tarde pas à revenir 
Et il est bien lourd le poids des fantômes dans la sarabande des souvenirs

mercredi 1 mai 2024

Un autre premier Mai


Voilà,
c'était le premier mai 2019 sur la place Edgar Quinet, cinq ans déjà. J'avais alors entrepris une liste des étonnements. Je devrais recommencer. Les listes c'est bien pratique lorsqu'on n'a pas d'idée. En ce moment j'éprouve ce que les grecs nommaient Aporia qui ne signifie pas simplement une difficulté à résoudre un problème, une contradiction insoluble dans un raisonnement, sens que le français a donné au mot aporie. Non c'est quelque chose de plus ample. C'est aussi l'incapacité de se rendre quelque part, de joindre quelqu'un. C'est le doute réel éprouvé concernant ce qu'on est, ce qu'on doit faire, qu'on doit dire. C'est la sensation de désarroi, d'angoisse même, face aux trois questions kantiennes "Que puis je croire ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ?". Questions qui autrefois constituaient un motif de blague. La réponse se résumait en général à "pas grand chose". 
À présent,
je consulte des sites spécialisés, je cherche des réponses. Des raisons d'espérer. Mais lorsqu'elles me sont données elles sont si complexes qu'elles me paraissent incompréhensibles.
Je n'ai plus envie de me lever, de bouger. Je prends du poids. Fatigue, torpeur. Insomnie.
Comment cette fois-ci en sortir ? 

dimanche 28 avril 2024

Un coup de crayon enlevé qu'ils disent

 
Voilà,
Je me fais que citer le cartel situé à l’entrée du magasin Van Cleef & Arpels qui prétend «faire souffler un vent de fraîcheur sur la place Vendôme ! Depuis sa fondation en 1906, la Maison célèbre chaque année l'éveil de la nature et s'inspire de la vitalité de la faune et de la flore dans ses créations. Complice de Van Cleef & Arpels ce depuis 2020, l'artiste Alexandre Benjamin Navet a imaginé un univers coloré. Son coup de crayon enlevé habille ainsi la façade des salons Vendôme, de fleurs élancées accompagnant avec poésie le retour du printemps.
Ils ne se sont quand même pas beaucoup foulés pour le texte, mais bon ! Paris sera toujours Paris, capitale du luxe et de la frivolité. D'ailleurs place Vendôme, où se trouvent enseignes de bijoutiers et de haute-couture et Grands Hôtels, le Ministère de la Justice constitue une sorte d'anomalie.

vendredi 26 avril 2024

Sun Sing Theatre


Voilà,
j'ai pris cette photo en février 1994, et franchement je ne me souviens absolument pas pourquoi je traînais la nuit dans Chinatown.
"Le Sun Sing Theatre était une salle situé au 75-85 East Broadway, sous le pont de Manhattan, dans le quartier chinois de New York. Comme quelques autres cinéma en langue chinoise, il offrait aux immigrés chinois la rare possibilité de se rencontrer en toute sécurité, de se rapprocher de leur pays d'origine, de découvrir la culture de la génération précédente ou de participer à l'engouement pour le cinéma dans leur langue maternelle.
La salle a ouvert ses portes en 1911 sous le nom de Florence Theater. Elle accueillit d'abord des spectacles de vaudeville et des films yiddish. Au fur et à mesure que la population du quartier changeait, la nature des pièces a évolué. En 1942, l'endroit a été rebaptisé New Canton et a commencé à présenter des spectacles d'opéra chinois. Une troupe professionnelle d'opéra de Hong Kong, bloquée à New York pendant la Seconde Guerre mondiale, contribua à maintenir le théâtre en vie pendant dix ans grâce à des représentations nocturnes. En 1950, le lieu devient un cinéma et passe à la projection exclusive de films. C'est alors qu'il est rebaptisé Sun Sing Theater.
En 1960, la ville ayant prévu d'ajouter un pont supérieur au Manhattan Bridge, la démolition du théâtre est programmée. Mais les ingénieurs parviennent à trouver un moyen de bâtir les supports du pont tout en sauvant la salle à condition de réduire la jauge. Passant d'environ 900 à un peu moins de 700 places, le théâtre survit. En 1972 pour tenter de concurrencer d'autres marchés du divertissement en pleine expansion, tels que le karaoké, les jeux d'argent, les programmes en langue chinoise sur la télévision par câble et les locations de vidéo, la direction rétablit des spectacles sur scène. Le Sun Sing Theatre finit toutefois par fermer définitivement ses portes en 1993, en même temps qu'un grand nombre de ses semblables.
Le Museum of Chinese in America (MOCA) a conservé un certain nombre d'objets du théâtre, notamment des billets, des panneaux de signalisation, des timbres, des uniformes et un tableau de cartes de titre manuscrites utilisées pour suivre les expéditions de films vers différents théâtres". (article du Museum of Chinese in America)

mercredi 24 avril 2024

Sous le ciel de Paris

 

Voilà,
il est malheureusement probable que la beauté ne sauvera pas le monde, tant les maîtres du monde s'acharnent à la détruire partout où ils le peuvent. Tout au plus peut-elle nous donner, lorsqu'on la trouve ou qu'on la crée, l'illusoire sensation de nous préserver de cette frénésie de carnage et de prédation qui désormais se propage un peu partout sur cette planète. 
"Plus d'un signe annonce l'hégémonie du délire" écrivait Cioran. 
J'aurai pourtant planté des fleurs, cet après midi, sous le ciel de Paris
 

dimanche 21 avril 2024

Cave des grands vins

 

Voilà,
sur le tronçon du Boulevard Montparnasse situé entre la carrefour Vavin et Port-Royal, trottoir de droite lorsqu'on se dirige précisément vers Port-Royal cette cave à vins lorsqu'elle est fermée offre au regard cet amusant rideau de fer peint par TocToc dont j'avais déjà, il y a fort longtemps publié une peinture murale. Ce n'est pas la partie du Boulevard que je fréquente le plus, mais elle me rappelle les premiers mois où de mon histoire avec A. que j'allais alors chercher à son école avant de revenir à pied vers chez elle. Je ne crois pas que cette cave à vin existait déjà à l'époque

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