mercredi 28 janvier 2026

Déliquescence


Voilà,

quand on me traitait de pessimiste je répondais souvent que j’étais simplement lucide. En réalité je n’étais ni l’un ni l’autre, mais plutôt nigaud, puisque je n’imaginais pas que la bêtise pourrait se déployer avec une telle puissance et recueillir aussi vite autant d’adhésion un peu partout dans le monde. L’hégémonie du délire évoquée par Cioran dans un de ses aphorismes semble définir assez justement les temps que nous vivons.

Se réveiller tous les matins assailli par les annonces toujours renouvelées de massacres perpétrés un peu partout dans le monde est déjà pénible. Constater l’indifférence des décideurs et des masses face aux problèmes écologiques et environnementaux qui ne cessent de s’amplifier de manière irréversible, accable. Se confronter à la connerie ordinaire et assumée chez des gens dont l’histoire familiale devrait pourtant les en préserver, consterne. 

Ici en France dimanche soir,  avec sa belle tête de con l’avocat Arno Klarsfeld juif et petit-fils de déportés, dont les parents ont consacré leur vie à la traque des bourreaux nazis et à la mémoire des victimes de la Shoah, faisait, la veille de la journée internationale qui leur est dédiée, l’apologie de Trump et des méthodes de ICE proposant même d’organiser "de grandes rafles un peu partout contre les asociaux étrangers qui sont OQTF (obligation de quitter le territoire français), même si on commet des injustices".

Donc aujourd'hui en France, (pays qui en la matière a un certain passif), un homme peut à une heure de grande écoute, se sentir autorisé à prononcer le mot "rafle" sur un plateau de télévision nationale, et à le justifier sans que ne lui soit opposée la moindre objection. Cela prouve une fois encore, après sa complaisance à l'égard du délinquant Sarkozy, l'état de déliquescence intellectuelle et morale qui caractérise une partie de l’espace médiatique français, en particulier celui détenu par Bolloré. Cela montre aussi que dans le peuple soi-disant élu il y aussi une bonne proportion d'abyssale connerie.

Klarsfeld, en un étrange renversement sémantique qui relèverait de la farce grotesque, si ce n'était aussi navrant, congédie la tragédie historique de la déportation et de l'extermination des juifs d'Europe au siècle dernier pour verser dans l'abjection et l'indignité. C'est étrange tout de même de vouloir, avec tant d'ardeur,  infliger, au mépris du droit à d'autres ce que ses aïeux ont subi. Comme l’a constaté la LICRA (ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), le fascisme n’est pas à nos portes, il est déjà dans la maison.

Le lendemain, il était aussi à l’Académie des Sciences morales (où l'on a intronisé il y a peu le milliardaire et fraudeur fiscal Bernard Arnault). L’un des plus gros investisseurs dans la tech américaine, Peter Thiel, figure libertarienne, cofondateur de PayPal  et surtout de l’entreprise Palantir Technologies – géant de l’analyse des données pour les gouvernements –, a été convié par Chantal Delsol, philosophe catholique tenante de l’union de la droite et de l’extrême droite, à intervenir lundi 26 janvier pour parler de l’Antéchrist devant un groupe de travail sur la démocratie. Là encore on est en plein délire, puisque selon lui "l'Antechrist prendrait la forme d’une personne qui répand “des rumeurs de guerres” et effraie les populations “pour que vous lui donniez le contrôle sur la science” et que parmi les figures qui agitent les peurs il pointe dans sa présentation "Greta [Thunberg]” ou encore “les altruistes anti-IA".

Eh oui on en est là. Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles où se mêlent, paraît-il quatre espèces d'hommes ... 

Pour oublier cela, je me réfugie dans la paix de ces formes douces, abstraites et colorées, un peu molles, ectoplasmiques. Leurs apparitions m'offrent un peu de répit.

lundi 26 janvier 2026

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (21)

 
Voilà,
ça me revient,
en Janvier 2010 il était tombé beaucoup de neige au Havre. Je me souviens avoir vu dans cette ville le film de Coppola, "Tetro". Quelques temps auparavant, "L'homme sans âge" adapté d'un roman de Mircea Eliade m'avait beaucoup impressionné. Je m’étais alors promis de lire ultérieurement cet ouvrage, mais je ne l'ai jamais fait. 
De "Tetro", je ne me souviens que de plans sur la route transpatagonienne en noir et blanc. Et aussi que l'ensemble m'avait plu, même si je serais incapable aujourd'hui de raconter l'histoire. C'est aussi à la même époque que j'ai découvert au cinéma de la maison de la Culture un excellent western australien "The proposition" de John Hillcoat dont Nick Cave était le scénariste. J'étais chagriné à l'époque. J'aurais tant voulu partager ces visionnages avec celle qui, partie de l'autre côté de l'Océan, sous des cieux plus cléments avait, quelques semaines auparavant, jugé préférable de mettre un terme à notre relation. Il me semblait alors que nous avions encore tant à découvrir et partager. 
 
ça me revient
 en 1991 fut fêté le bicentenaire de la mort de Mozart. Il y eut donc à cette époque beaucoup de coffrets et de promotions sur les œuvres du compositeur. Dans les années qui suivirent j'en ai beaucoup écouté. Le concerto pour clarinette avait souvent ma préférence

ça me revient 
rue de Vaugirard, non loin de chez Agnès, vivait, dans les années soixante-dix Paul Arzens cet inventeur qui avait crée une automobile biplace appelée "l'œuf électrique". Certains dimanches matins, on pouvait l'apercevoir au volant de son véhicule transparent. Je n'appris que bien plus tard qu'il était aussi le designer de la plupart des locomotives de la SNCF
 
ça me revient 
parfois — mais de façon très fugitive — ces moments où, enfant, j'étais complètement happé par une mélodie, celle de "Hey Jude", ou de "Penny Lane" par exemple, ou encore "Wither shade of pale" ou "Baby love" ou "Only you"
 
ça me revient 
j’ai découvert l’adagio pour cordes de Samuel Barber grâce au film "Éléphant Man". Je me souviens que ce même morceau a été exécuté pour les obsèques de la Princesse Grâce de Monaco. Avant sa version orchestrale ce thème fut initialement composé pour un quatuor à cordes.
 
ça me revient 
il y a fort longtemps j’étais jeune homme, je me suis retrouvé un soir à une table de restaurant en face de Hugues de Courson. C’était un musicien qui était à l’origine d'un groupe appelé Malicorne. Il a en outre composé des chansons avec Patrick Modiano, j'ai d'ailleurs le disque qui est un collector. Plus tard il a entrepris ce formidable projet qui s'appelle "Lambarena Bach to Africa"
 
ça me revient 
le géniteur avait appelé son affreux clébar, un berger allemand "kayser", 
 
ça me revient 
Jérôme Mistler et sa sœur Amélie. Leur mère s'appelait Corinne et leur père était surnommé Vercingétorix parce qu'il ressemblait au chef gaulois. C'était un artisan qui travaillait le cuir. Son logis et son atelier se trouvaient dans un petit mas retiré au fond d'un vallon près de Châteaudouble. Je les ai connus en 1973 lors de mon premier été à Châteaudouble. Je crois que c'est l'année suivante que Vercingétorix et Jérôme ont trouvé la mort dans un accident de voiture. Jérôme était un très beau jeune homme, et avait une merveilleuse complicité avec sa sœur.
 
ça me revient 
j'ai découvert José James à Madeire en 2015 grâce au morceau "While you were sleeping" que j'ai shazamé dans le lobby de l'hôtel où il passait en musique de fond

ça me revient,
les tisanes à la badiane le soir rue des Jonquilles, et aussi le riz aux oignons et à la sauce d’huîtres, notre plat de pauvre de l’époque

ça me revient
les Quatre barbus chantant la pince à linge sur l’air de la cinquième de Beethoven 

ça me revient
il y avait un journaliste qui présentait le dernier journal télévisé sur la troisième chaîne je crois. Il ressemblait à Droopy et parlait un peu comme lui. Il nous faisait beaucoup rire Agnès et moi. Il s'appelait Joseph Poli, et j'ai découvert il y a peu qu'il était enterré dans le petit cimetière de Grenelle.
 
ça me revient
le générique de Radioscopie, l'émission de Jacques Chancel, tous les après-midi vers 17 heures je crois sur France-inter écrit par Georges Delerue et qui ressemblait un peu à du Bach.

ça me revient
Quand j’étais enfant je n’étais absolument jamais intéressé par l’émission "au théâtre ce soir" qui consistait en la retransmission de pièces de boulevard. S'il m’arrivait d’y prêter quelque attention, je me lassais très vite, je n'aimais pas le théâtre, je détestais la façon de parler des acteurs sur une scène de théâtre
 
ça me revient
pendant longtemps j'ai été soigné à l'Institut Arthur Vernes par Jacques Chautemps qui était le grand-père d'Agnès. Lorsqu'il a pris sa retraite, son successeur fut un jeune médecin, le Dr Halopeau. Je me rappelle qu'il fumait dans son cabinet. Je ne l'ai pas vu souvent, car il est mort prématurément chez lui d'un AVC.
 
ça me revient
le manège enchanté à partir de l'année 1964. C'est Jacques Bodoin qui prêtait sa voix au chien Pollux et j'aimais bien l'imiter dans la cour de l'école de Biscarrosse plage

ça me revient
dans "Le château de Barbe bleue" composé par Belà Bartok l'accord qui précède le chant et se répète au cours de la mélodie pour désigner "le lac de larmes" qui se trouve derrière la sixième porte

ça me revient
la galerie Denise René, spécialisée en art optique, se trouvait un peu excentrée par rapport aux autres galeries du quartier latin. Elle se trouvait sur le trottoir droit au 196 du Boulevard Saint-Germain quand on va vers l'Assemblée Nationale. On y trouvait dans les années 70 des tableaux de Vasarely, Yvaral, Carlos Cruz-Diez, Soto 

ça me revient
la galerie La Demeure (mais peut-être à la réflexion en ai-je déjà parlé) qui se trouvait  6 place St Sulpice et qui était spécialisée dans la la tapisserie contemporaine. Les œuvres exposées y étaient monumentales et les murs blancs et irréguliers de la galerie donnaient l'impression qu'on se trouvait dans une grotte. Je crois que c'est devenu une boutique Yves St Laurent, mais je n'en suis pas certain.

ça me revient
les larmes versées par ma fille après la défaite contestable du XV de France contre les Springboks en Octobre 2023, alors qu'elle vivait par ailleurs une épreuve dramatique
 
ça me revient 
la visite de l'exposition Braque un premier Janvier, et aussi "Les nuits blanches" de Visconti à la Cinémathèque Français, les spectacles de la compagnie FC Bergman au festival d'Avignon, ou à la grande halle de La Villette, l'excursion à St Brévin et la course de chars à voile, et cette intense représentation au Palais des Congrès de Nantes le jour de l'invasion de l'Ukraine par l'armée fasciste russe et ce qui lie ces souvenirs les uns aux autres
 
ça me revient
lorsque j'ai eu la rougeole à Châlons-sur-Marne, j'ai eu le droit de passer les journées dans le grand lit de mes parents absents qui travaillaient tous les deux. La génitrice revenait à midi pour me faire à manger et repartait ensuite. Seul à la maison, je lisais des bandes dessinées en écoutant la radio, c'était la belle vie

ça me revient 
sur le film de Jasmina à Genève la régisseuse brésilienne qui me faisait des "cafunés" entre les prises. Et c'est ainsi bien sûr que j'ai appris la signification de ce mot.

ça me revient,
notre voisin dans la cité où nous habitions à Biscarrosse Bourg s’appelait Mr Vigneault et possédait une Peugeot 203 grise

ça me revient
mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe 

samedi 24 janvier 2026

Omission

 
Voilà,
parfois, un film intrigue moins par ce qu’il montre que par ce qu’il dissimule. Un détail s’immisce dans l’esprit grossit et révèle quelque chose de l'ordre du point aveugle. 
Ici donc, il est question de la genèse de "Hamlet", et de son lien avec la mort du fils de Shakespeare. Passons sur le traitement du personnage de Shakespeare. Il apparaît surtout comme un banlieusard appliqué, dont le travail l'occupe à Londres et qui revient à son foyer éloigné quand son agenda le permet.
Une représentation bourgeoise du travail artistique en somme.
On comprend qu'au cours des ans Les affaires s’améliorent. Bientôt il envisage ce qu'aujourd'hui on appellerait un "projet immobilier" à Stratford : une maison plus vaste pour sa famille. Comme quoi on peut-être un génie littéraire et gérer ses affaires "en bon père de famille". Sans doute aussi pour lui une façon de se dédommager de ses absences.
Je passe rapidement sur l'histoire, essentiellement centrée sur la femme et les enfants de Shakespeare. Le fils meurt alors que son père n'est pas là. Il y a du reproche dans l'air, du deuil impossible, le couple s'étiole, et William revient de moins en moins chez lui.
La matérialité du théâtre, elle, reste abstraite. Peu de planches. Peu de corps. Une seule scène de répétition, chichement offerte. Puis arrive le moment où la femme de Shakespeare assiste à la première représentation d'Hamlet dont elle ne sait rien. Cela occupe les dernière vingt minutes du film. On y montre surtout le premier acte ou Hamlet rencontre le spectre de son père joué par Shakespeare. Puis le duel de l'acte V qui révèle la vérité et à l’issue duquel les principaux protagonistes de l’histoire meurent.
Ophélie, en revanche, n’y est jamais évoquée. Aucune scène. Aucun regard. Pas même la première scène de l'acte III entre Hamlet et Ophélie, qui est une scène qui parle du couple de l'amour et du mariage. Étrange oubli, alors que la femme de Shakespeare est présente dans la foule des spectateurs. La correspondance possible entre la fiction et la réalité est écartée.
 Gertrude la mère de Hamlet dans la pièce n'a, elle non plus, droit à aucun gros plan. Même lors de la scène où elle boit par inadvertance la coupe empoisonnée.
Le film est une production américaine. Cela s’entend. Malgré quelques belles scènes, le pathos déborde. La musique souligne, insiste là où il faudrait laisser respirer. C'est en outre une production d’un pays qui censure ses archives, réécrit l'histoire, et bannit des milliers de livres de ses bibliothèques. Une question s’insinue alors. Est-ce parce que les rôles féminins étaient à l’époque élisabethaine, 
tenus par des hommes qu’on ne les montre pas ? Cela pourrait-il offenser aujourd'hui les femmes que leurs rôles soient joués par des hommes ? Ou bien, si l'on l'on respectait strictement la réalité historique n'y aurait-il pas un risque à montrer — ce qui pourrait être préjudiciable à l'exploitation du film — des travestis à l'écran ? Dans ce pays puritain qui, en toute connaissance de cause, a pourtant porté au pouvoir un prédateur sexuel et pédophile notoire, la question du genre est devenue si politique, si inflammable, que la représentation historique elle-même semble devoir être effacée. Comme si l’on préférait l’omission au trouble et à la vraisemblance.  
pendant la projection j'ai repensé à ce très beau film intitulé "Stage Beauty" que j'avais vu et aimé à sa sortie en 2004, et qui raconte précisément le moment où les femmes ont en Angleterre, acquis le droit de monter sur scène.
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mercredi 21 janvier 2026

Nage



Voilà,
quand Clément Rosset a évoqué le malaise qui l'avait saisi dans une crique des Baléares pourtant familière, je me suis alors rappelé ce moment de solitude éprouvé en rejoignant à la nage l'ilot Gosier. Durant cette courte traversée, une légère ivresse mêlée d'inquiétude m'avait alors gagné à l'idée que j'étais peut-être en train d'accomplir un acte au-dessus de mes forces, et qu'après tout je n'étais pas à l'abri d'une défaillance. Finalement l'îlot n'était pas aussi proche qu'il en avait l'air et les bateaux au mouillage plus éloignés les uns des autres que je me l'étais figuré. première publication 11/09/2013 à 00:47
 



Mais bon, une fois parvenu à destination, j'avais aussitôt eu envie de revenir à la nage, sûr que le courant me porterait. Et en effet, le retour avait été un jeu d'enfant et pris beaucoup moins de temps. J'en avais conçu par la suite une certaine fierté, me disant qu'après tout j'étais beaucoup plus robuste et vaillant que je ne me l'imaginais.

mardi 20 janvier 2026

Porcherie

 

Voilà,
il aura suffi d'un an
pour sombrer dans l'irrationnel 
"l'âge d'or de l'effroi"
nous y sommes presque semble-t-il

dimanche 18 janvier 2026

La fresque de la mairie de Cruas

 

Voilà,
dans le bâtiment de la mairie de Cruas, qui regroupe non seulement des services administratifs mais aussi une salle de spectacle faisant  aussi office de cinéma municipal (on en voit la porte d'entrée au  centre de la photo) se trouve une imposante fresque réalisée par André Auclair, dont j'ignorais l'existence avant de venir ici.  Né le 5 mars 1893 à Paris et décédé le 22 novembre 1976 à Saint-Thomé, cet artiste a poursuivi une carrière artistique multidisciplinaire, mêlant peinture, sculpture, céramique et gravure. Après avoir enseigné aux ateliers des Beaux-Arts du 80, boulevard du Montparnasse, formant des élèves renommés tels qu’Édouard Pignon et Marcel Mouly, il s'est retiré en Ardèche. A Cruas un musée à son nom situé dans une belle bâtisse des années 1920 jouxtant un magnifique parc arboré, rassemble paraît-il (je ne l'ai pas visité) plus de 300 de ses œuvres qu'il a léguées à la commune.


J'aime beaucoup le graphisme épuré de cette fresque réalisée en 1965, très dans le goût de l'époque et qui m'évoque à la fois certaines œuvres tissées de Jean Lurçat. et aussi à des peintures rupestres 
 

Cette évocation d'une sorte de paradis, me touche sans que je ne puisse me l'expliquer. Peut-être suscite-t-elle en moi la nostalgie d'une époque où le futur que l'on rêvait alors était plus exaltant et plus riche de merveilleux que le présent qu'il est devenu.

samedi 17 janvier 2026

La Maladie

 
Voilà,
"La maladie se tient tapie sous toute intention comme sous la feuille de l'arbre. Si tu te penches pour la voir et qu'elle se sent découverte, elle bondit, la maigre et muette diablesse, et au lieu d'être fracassée, elle exige d'être fécondée par toi" (Kafka, Journaux)

vendredi 16 janvier 2026

Ivresse de Brume



Voilà,
je ne sais pourquoi je me suis aujourd'hui attardé sur cette photo prise il y a quelques mois et à laquelle je n'avais dans un premier temps accordé qu'une attention distraite. J'aurais aimé l'associer au merveilleux titre d'une anthologie de poèmes bouddhiques "ivresse de brumes, griserie de nuages". écrits entre le XIIIème et le XVIème siècle par des moines coréens. Mais ces figures de pierres convoquent des pensées probablement moins sereines. Elles me touchent parce que la brume les rend tragiques. Le mouvement que je leur devine, suggère un possible effort mêlé d'étonnement pour interroger, saisir ce qui n'a plus ni forme ni sens et qui insidieusement se propage tout comme nous submerge la confuse rumeur de ces temps. Et tout à coup elles deviennent comme les représentations allégoriques de l'angoisse et de l'inquiétude. première publication 11/12/2013 à 20:52

jeudi 15 janvier 2026

Un fantôme du voyage


Voilà,
"Alors que le rêveur de rêve nocturne est une ombre qui a perdu son moi, le rêveur de rêverie, s’il est un peu philosophe, peut, au centre de son moi rêveur, formuler un cogito. Autrement dit, la rêverie est une activité onirique dans laquelle une lueur de conscience subsiste. Le rêveur de rêverie est présent à sa rêverie. Même quand la rêverie donne l’impression d’une fuite hors du réel, hors du temps et du lieu, le rêveur de la rêverie sait que c’est lui qui s’absente – lui, en chair et en os, qui devient un "esprit", un fantôme du passé ou du voyage" écrit Fernando Pessoa  dans Le livre de l'intranquillité. 
Je crois que lorsque je déambulais, que je traînais avec mon appareil photo à la recherche de je ne sais quoi — comme ce fut le cas ce mois de Janvier 2010 au Havre —, moi aussi j'avais alors des manières de fantôme.

mercredi 14 janvier 2026

Tant que c'est possible

 
Voilà.  
ça ne prévient pas ça n'explique pas ça s’installe. Calmement. Je vais rester un peu semble-t-elle suggérer. Au bout de quelques jours tu comprends que cela ne va pas être aussi simple que ça, cette affaire. 
Au début, tu  penses que ça va se régler tout seul, comme beaucoup de choses qu’on préfère ne pas regarder de trop près, qu’il ne s’agit que d’une confusion passagère. Puis les jours passent. Sans tout à fait te le formuler, tu commences à modifier tes plans. Tu annules, tu reportes, tu renonces. Pas par choix réfléchi, plutôt par fatigue. Le corps, jusque-là relativement fiable, devient imprévisible. Certains jours, il coopère. D’autres, non. Impossible de planifier quoi que ce soit avec assurance. Certaines activités quittent discrètement l’agenda. Définitivement, parfois.
Peu à peu, une sensation dérangeante s’installe : tu ne te reconnais plus vraiment. Il te reste le souvenir de qui tu étais. Celui qui agissait sans calculer, qui décidait sans anticiper les conséquences physiques.  Sa présence obsédante épie cette version actuelle avec une curiosité mêlée de perplexité. Qui tu es devenu passe une partie non négligeable de son temps à évaluer des options très simples : rester debout ou s’asseoir, maintenant ou plus tard ?
  
La douleur chronique a des manies de petit fonctionnaire. Elle dresse des listes. Réprtorie avec soin ce qui disparaît : énergie, liberté de mouvement, projets, légèreté. Tout est enregistré. Elle agit aussi avec discrétion. À l’extérieur, rien de flagrant.  Pour ceux que tu croises tu as bonne mine. On s'en tient là pas de commentaire on passe à autre chose.
Quand il t'arrive de socialiser, tu évites les explications, tu simplifies. Par lassitude, surtout. Trop longues, elles fatiguent, les explications ; trop précises, elles pourrait inciter l'interlocuteur à prodiguer des conseils. Les gens n'en sont jamais avares, surtout lorsqu'ils sont inutiles. Alors tu dis avec un petit sourire : ça va, je tiens la rampe, les gens font "ah! ah!  quel déconneur tu fais". Le sujet est clos. 
Les relations se réorganisent. Certaines tiennent. D’autres s’effacent sans conflit. Pas de dispute, pas de scène. Juste moins de messages, moins d’invitations, moins de disponibilité. Tu découvres que la compréhension est une ressource inégalement répartie. Et que l’absence de mauvaise intention n’empêche pas l’incompréhension. 
Avec le temps, tu développes des aptitudes nouvelles. Pas celles que tu aurais désirées, ni ce qui impressionne en société. Plutôt des compétences pratiques et modestes : repérer les chaises disponibles, évaluer la durée acceptable d’une conversation debout, prévoir des sorties de secours. Tu deviens stratège à petite échelle adepte de l’efficacité. Rien d’héroïque ni de spectaculaire, mais du concret.
Progressivement, tu te coupes des gens. Tu apprends à dire au revoir. Sans cérémonie. Un jour, tu peux encore envisager beaucoup de choses. Le lendemain, beaucoup moins. Cette alternance devient familière. L’espoir revient, repart, revient encore, sans prévenir, sans logique apparente. Tu ne sais plus qui tu es vraiment. L'as-tu jamais su d'ailleurs ?
Change aussi ton rapport au temps. Avant, tu pensais en semaines, en projets, en échéances. Maintenant, tu raisonnes par plages supportables. Une heure correcte devient une réussite. Deux, un luxe. Le futur s’organise à court terme, avec des hypothèses prudentes. Tout engagement s'accompagne d’un astérisque mental. 
 Et puis il y a aussi cette comparaison permanente avec toi-même. Les autres, tu les as déjà mis hors concours. Mais ta version antérieure ? Elle se rappelle avec insistance. Chaque journée devient un exercice d’évaluation : est-ce suffisant ? est-ce acceptable ? Puis, parfois, sans que tu ne saches pourquoi, quelque chose se décale. Pas une amélioration franche, non. Plutôt une forme d’ajustement. Tu cesses d’attendre le retour à l’identique. Tu commences à composer avec ce qui est là. Non par sagesse, plutôt par pragmatisme. Ce n’est pas un renoncement glorieux. C’est un accord tacite. On fait avec. Avec ce qui reste possible et surtout  sans tout ce qui manque désormais. Tu avances autrement. Lentement, souvent. Pas pour te rassurer, mais parce que c’est plus viable ainsi.

Renoncer devient donc un principe récurrent. Tu ne t'es pas levé un matin avec cette résolution. C’est plus discret que ça. Tu t'aperçois un beau jour que malgré toi tu as simplement cessé d’insister. Tu ne forces plus certaines situations. Tu arrêtes de chercher à prouver. Te prouver. Tu laisses tomber des objectifs qui demandaient une énergie dont tu es désormais dépourvu. A peine en as tu pris conscence que le mot t'effraie. Renoncer sonne comme un aveu d’échec, une capitulation mal formulée. Puis, à l’usage, il perd un peu de sa charge morale. Tu réalises que renoncer, dans certains cas, consiste surtout à arrêter de se battre contre des contraintes réelles. A quoi bon ? l’entêtement coûte si cher. Il y a les renoncements visibles. Ceux que parfois tu expliques. Une activité qu’on abandonne, un rythme qu’on ralentit, une ambition qu’on met en pause pour une durée indéterminée pour ne pas dire définitive. Et il y a les autres. Ceux que tu ne te formules même pas. Les projections que tu ne fais plus. Les comparaisons que tu évites. Les phrases commençant par plus tard, tu les rayes de son vocabulaire. Renoncer oblige à trier. Tout ne peut plus rester. Certaines choses deviennent non négociables : le repos, les limites, une forme minimale de stabilité. Le reste est soumis à conditions. Ce n’est pas une philosophie élaborée, plutôt une gestion serrée des ressources. Étrangement, renoncer ne produit pas que de la perte. Il y a un soulagement discret à ne plus poursuivre l’impossible. À ne plus expliquer pourquoi on n’y arrive pas. À ne plus promettre ce qu’on ne pourra peut-être pas tenir. Le regard sur soi se modifie légèrement. Moins de reproches, un peu plus de lucidité. Ce n’est pas une victoire. Ce n’est pas non plus une défaite claire. C’est un ajustement permanent. Une manière de rester debout sans s’acharner. Renoncer, n'est pas abandonner toute perspective. Cela consiste juste à choisir ce qui mérite encore d’être tenté — et accepter, sans discours excessif, que tout le reste n’en fait plus partie. 

Vient bien sûr le moment où la mort entre dans le champ de ta réflexion et s’ajoute simplement à la liste des sujets qui méritent qu'on s'y attarde. Avant, elle appartenait à une catégorie abstraite, relevant de l'hypothèse, réservée aux autres, aux statistiques faisant l'objet de considérations métaphysiques entre amis à des heures d'ébriété tardives. Maintenant, elle est là comme une possibilité concevable, en exclusivité pour toi. Pas imminente, certes mais pas si lointaine. Suffisamment pour modifier légèrement les calculs. Ce n’est pas une pensée constante. Elle apparaît par intermittence. Souvent quand le corps rappelle ses limites, ou quand la fatigue rend les projections moins crédibles. Tu ne te dis pas nécessairement je vais mourir bientôt. Tu penses plutôt : et si je ne récupère pas. La nuance est importante. Elle évite le pathos tout en restant inconfortable. La peur, quand elle se manifeste, est assez pragmatique. Pas tant de disparaître que de laisser des choses en suspens. Des phrases non dites. Des décisions repoussées. Des mécompréhensions irrésolues. Des explications jamais formulées parce qu’il restait, pensais-tu, du temps. La mort ne fait pas peur pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle interrompt. Et cette idée devenue présence change aussi le rapport au reste. Certaines préoccupations perdent de leur poids. L’énergie manque pour les maintenir. Les conflits inutiles, les attentes excessives, les obligations sociales mal choisies passent à la trappe sans grand débat intérieur. Il n’y a pas de révélation. Pas de paix définitive. Juste une conscience plus nette de la finitude. Elle ne rend pas la vie plus belle au sens habituel du terme. Elle la rend plus précise. Plus limitée. Et, d’une certaine façon, plus honnête. La mort, finalement, ne devient ni une ennemie déclarée ni une idée réconfortante. Elle reste là, en arrière-plan, rappel silencieux que tout ne sera pas réglé, que tout ne sera pas accompli, et que vivre, dans ces conditions, consiste peut-être simplement à continuer tant que c’est possible. Et tout ne tient plus dès lors que dans ces cinq dernières syllabes. Tant que c'est possible.

lundi 12 janvier 2026

S'adosser à la nuit


Voilà
l'ombre, l'a-t-on simplement choisie parce que la lumière ne voulait pas de nous ? On aimerait s'adosser à la nuit toute crépitante de questions, chuchoter avec les étoiles qui semblent murmurer d'heureux présages, mais non ce ne sont pas les étoiles juste des néons. Comme privé de langage on se cogne aux mots. Continuer pourtant comme un qui titube ivre de fatigue ne trouvant ni ses pas ni son chemin. Et chercher encore chercher dans toute cette confusion à donner forme acceptable à ce qui parfois nous traverse.  (première publication 7/10/2013) à 23:48)

dimanche 11 janvier 2026

Pêle-mêle avec neige

Voilà 
une bien étrange semaine sur le point de s'achever. Elle a commencé lundi dernier avec une jolie surprise, puisque j'ai croisé L. venue des antipodes. Par une froide matinée, nous avons pris un café et marché dans le cinquième arrondissement. La rencontre fut trop brève. Mais la croiser dans le vrai monde après des échanges ponctuels par nos blogs interposés, fut un plaisir.
 Et puis il y a eu la neige sur Paris. Mais j'ai déjà raconté ça dans un article précédent
 
 
 
Ensuite je suis tombé malade ; un de ces foutus virus qui ressemblent à la grippe — je me suis pourtant fait vacciner dès octobre — et qui, pendant trois jours et demi m'a mis dans un état semi-comateux au point que j'étais incapable de faire quoi que ce soit. Je me suis répandu dans un espace limité à mon appartement — mais le plus souvent dans mon lit — et dans un temps élastique traversé d'accès de migraines, entre souvenirs et absences, scrollant parfois sur mon smartphone, retombant de façon récurrente sur les horribles images de Minneapolis, sombrant de nouveau dans le sommeil, écoutant des entretiens de Gavin Bryars à la radio ou en podcast, étant ici et là par le truchement des machines mais la plupart du temps nulle part quand la fièvre m'emportait dans le sommeil vers de confuses contrées. 


L'engourdissement dans lequel m'a plongé ce bref et intense variant de la grippe ou du covid m'a suggéré l'image ci-dessus. il m'a aussi rappelé ce passage dans un excellent livre de Simenon "la neige était sale" : "Rien …Toujours cette grippe qui n’en finit pas, ne se déclare pas, ce mal de tête persistant, ce malaise dans tout le corps, trop vague pour mériter le nom de maladie. Le ciel blanc comme un drap de lit, plus blanc et plus pur que la neige, qui a l’air de s’être durcie et d’où ne tombe qu’un peu de poussière glacée". 
 

Et franchement, je ne me sentais pas sur un petit nuage. Je n'ai d'ailleurs pas trouvé d'échelle pour y accéder comme ce personnage de Seth, aperçu il y a quelques semaines sur la paroi d'un immeuble du 19ème arrondissement.

samedi 10 janvier 2026

Parapluies


Voilà
elles étaient quatre japonaises à visiter Paris par un jour de pluie. Quatre amies partageant le bonheur d'être ensemble dans un pays étranger. Je les ai remarquées sur la place de l'Institut de France où elles ont toutes les quatre en même temps, et à peu près du même endroit, photographié la coupole de l'Académie. Dans ce jour gris et pluvieux, je les ai vues s'éloigner vers l'autre rive du fleuve. Il y avait quelque chose de joyeux et d'enfantin dans leur démarche, Une certaine façon d'aller de l'avant. Au Louvre sans doute. (première publication 2/02/2013

vendredi 9 janvier 2026

Entre quatre murs

 
Voilà,
au fond ça me va de passer la journée comme ça, entre mes quatre murs, sans qu'il ne soit nécessaire de parler à quiconque, en écoutant des émissions à la radio sur Bernard Hermann, les ballets suédois, ou l'œuvre de Camille Saint Saëns. Par ces temps difficiles, c'est bien d'avoir un abri où se retrancher. Et puis dehors il fait bien froid. Pourquoi faudrait-il sortir ?
Être là, juste là. M'occuper à des tâches plus ou moins nécessaires que je la plupart du temps je commence et dont je remets à plus tard l'achèvement. Vivre sans plan ni projet. Dans le déni de ce qui me guette. Lire des poèmes de Benjamin Fondane, des vieux romans de Simenon. Griffonner quelques croquis. Dormir quand j'ai sommeil. Me réveiller au milieu de la nuit. N'avoir de compte à rendre à personne. Savourer le présent tant que c'est possible. Se contenter de ce peu qui est encore la vie. Tant que le corps le permet.

mercredi 7 janvier 2026

Épisode neigeux

 
Voilà
deux ans qu’il n’y avait eu d’épisode neigeux un peu sérieux sur Paris et sa région, je veux dire de ceux qui transforment pour quelques jours le paysage urbain au point qu’on ne puisse s’empêcher de prendre des photos. Le six au cours de l’après-midi la ville est devenue toute blanche et hier il faisait un soleil radieux. Je suis passé en fin d'après-midi par le jardin du Luxembourg ; la lumière était très belle et de nombreux visiteurs se promenaient dans les allées principales et balisées, les autres étant interdites à la circulation. Comme c’est souvent le cas en pareilles circonstances on avait fermé les abords du grand bassin. 
 
 

En dépit de l'incertitude et de l'inquiétude  liées à la situation internationale – j’ai entendu des gens hier matin évoquer près de moi dans le tram les récents événements et commenter tout le long du trajet les déclarations des uns et des autres – il y avait tout de même un je-ne-sais-quoi de facétie et de légèreté. 


Pour ce qui est des joueurs de pétanque du jardin du Luxembourg, rien ne semble contrarier leurs habitudes et ils continuent de se faire plaisir, grand bien leur fasse. Souvent j'envie leur quête : placer les boules — d'ailleurs je propose un petit jeu "retrouver la boule lancée" — au plus près du cochonnet. Je ne suis pas resté à les observer comme j'aime à le faire quelquefois. De ce côté-ci du parc, l'ombre gagnait doucement à mesure que déclinait le soleil. L’air devint un peu plus frisquet. Je me hâtai de rentrer à pied chez moi.

dimanche 4 janvier 2026

Mustn't panic ⸮

 

Voilà 
l’ONU récemment a lancé son alerte la plus grave depuis longtemps : la planète va mal.
C’est touchant.
Mais qui écoute l’ONU ? On la respecte comme une horloge cassée qu'on ne regarde plus mais dont on sait qu'elle a raison deux fois par jour.
Son dernier rapport — l’un des plus complets, donc l’un des plus ignorés — annonce que le changement climatique avance plus vite que nos excuses. Les systèmes naturels fatiguent. Ils ne protestent pas, ils s’épuisent. C’est plus poli.
Les scientifiques parlent de seuils irréversibles. Autrement dit : bientôt, même la mauvaise foi ne suffira plus.
Deux cent quatre-vingt-sept experts, quatre-vingt-deux pays, des milliers de pages… pour conclure que tout va plus vite que prévu. Une information qui, curieusement, ne surprend personne. Le réchauffement accélère, les catastrophes s'amplifient, les écosystèmes perdent patience. Les récifs coralliens meurent avec élégance, le pergélisol fond sans demander l’avis de personne. La planète, elle, ne s’adapte plus : elle encaisse.
À ce rythme, nous irons allègrement vers +3°, peut-être +4°. Un monde plus chaud, mais pas plus chaleureux. L’agriculture hésite, la santé chancelle, l’économie s’inquiète — car elle ne s’émeut que lorsqu’elle tousse. La planète ne se contente plus de se réchauffer : elle se désaccorde.
 L’ONU nous explique que nous sommes entrés en territoire inconnu. C’est vrai : nous avançons avec inconscience dans ce que nous ne comprenons plus. 40 % des terres sont dégradées, les océans s’essoufflent, l’air tue neuf millions de personnes par an. Discrètement, sans faire de vagues.
Quatre crises s’entremêlent : climat, biodiversité, sols, pollution. Une belle équipe. Chacune affaiblit l’autre avec une parfaite solidarité. Quand tout s’écroule en même temps, on appelle cela un système.
Un résumé politique devait accompagner le rapport. Il a été bloqué. Certains pays n’aiment pas les mots "fossiles", "plastiques", "crise", "transformation". Ils préfèrent les termes vagues, comme "croissance", "sécurité," ou "intelligence artificielle".
La science parle. La politique répond  "changeons de sujet".
Les auteurs s’en désolent. Ils sont bien naïfs. Depuis quand la vérité est-elle compatible avec les égoïsmes nationaux et les intérêts économiques à court terme ? Chaque degré compte, dit-on. Certes, certes... Chaque baril aussi.
L’ONU propose malgré tout une transformation profonde : énergie, alimentation, finance, gouvernance… Tout changer, donc. Autant dire : rien. On promet 20 000 milliards de bénéfices futurs si l'on suit ces prescriptions. Trop loin pour être crédible, trop abstrait pour être désirable. À un salut différé l’humanité préfère un désastre immédiat,
On suggère de cesser d’adorer le PIB comme un veau d’or fiévreux. Mauvaise idée : c’est le seul dieu qui accepte les sacrifices humains sans qu'on lui demande d’explication.
Il resterait une fenêtre d’opportunité. Elle se referme. Nous regardons ailleurs. C’est notre manière de méditer.
 Le rapport conclut qu’un autre version de ce monde est encore possible. Mais certains se disent que l'herbe sera plus verte sur Mars où il n'y a que des cailloux.
À en juger par leurs actes, le suicide collectif est le projet qui conserve la faveur de nos dirigeants. Ils sont vieux. Ils veulent que leur no Future soit le nôtre. Ce n’est plus le temps des solutions, mais celui de l’accumulation. Problèmes sur problèmes, conflits sur conflits. Au lieu d'écouter ceux qui cherchent  et suggèrent des solutions L'Humanité par le truchement de ses dirigeants sombre à nouveau dans son vieux tropisme guerrier.  Le droit international, né après le second conflit mondial sert désormais d'ornement dans les discours

 
Je ne me réjouis pas de voir ceux qui se gaussaient de mon pessimisme s'effrayer à présent des jours que nous traversons. J’aurais préféré avoir tort. Même les optimistes commencent aujourd'hui à envisager — avec la même candeur qu’ils mettaient hier à l’ignorer — un conflit sous nos latitudes .
Nous vivons déjà dans la catastrophe : environnementale, intellectuelle, politique. Les accidents nucléaires, climatiques, pandémiques ne sont plus des menaces, mais des hypothèses plausibles. La guerre n’est qu’un souci supplémentaire. Une option parmi d’autres dans le chaos ambiant. La barbarie est déjà là : au Moyen-Orient, en Ukraine que le fasciste Poutine tente de détruire, parfois chez nous, ponctuellement, quand le terrorisme s'y exprime. Elle finira par nous atteindre aussi, malgré nos musées, nos bibliothèques, nos cathédrales restaurées et nos philosophes. L’Europe a déjà connu cette musique. Elle avait juste oublié les paroles.
Rien n’arrivera exactement comme prévu. Mais cela viendra. Le retour de l'époque des illuminés...
 Hier, le président des États-Unis a décidé sans consulter son parlement d'une opération militaire au Vénézuela pour destituer le président de ce pays et faire main basse sur la plus grande réserve pétrolière du monde. Demain la Chine s'occupera de Taïwan, et qui sait ce qui peut se tramer d'autre.
Tout cela coïncide avec le début de l’année, ce moment charmant qui relève moins de la raison que de la pensée magique, où l’on échange des vœux. Alors, payons nous encore de cette illusion  Croire que les mots peuvent réparer ce que les actes s'acharnent méthodiquement à détruire.  

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