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jeudi 3 septembre 2026

Avant de repartir



Voilà,
bye-bye l'été, bye-bye la glandouille, les grasses matinées, les siestes. J'ai essayé d'oublier le cours ordinaire des choses, j'y suis parfois parvenu, mais c'est tout de même difficile quand le monde alentour est si confus, incertain, tellement lourd de menaces. L'été on fait l'autruche, mais, c'est souvent l'été que les grands bouleversements se profilent. Maintes fois à la fin de l'été, je me demande, "Y aura-t-il un autre été ?" — je veux dire un été où la dose d'inquiétude est supportable. J'ai beaucoup rêvé autrefois, lorsque j'étais en classe, et j'ai naïvement cru aux illustrations qui me laissaient imaginer un monde stable et pérenne qui sans doute correspondait à mon désir de paix et de stabilité. Ce n'est peut-être pas la tonalité de cette image, mais elle me plaît bien avec son palmier kitsch, son vieux-beau tenant sa canette, l'entrepôt au fond, ces courbes et ces rondeurs en premier plan, le ballon des vacances, et les traînées persistantes des avions dans le ciel. Un peu caustique peut-être, mais bon, il faut s'armer pour la rentrée. De toute façon, ces gens parlaient très fort et disaient beaucoup de conneries. Quoi qu'il en soit, ce fut la dernière image des vacances. première publication 26/8/2014 à 11:03 

lundi 27 juillet 2026

Meurtrissure

Voilà,
j'ai passé les plus belles années de mon enfance à Biscarrosse dans les Landes. Je me suis promené en vélo sur des routes traversant des forêts de pins qui aujourd'hui sont réduites en cendres. J'ai puisé là des sensations et des souvenirs qui m'accompagneront jusqu'à ma mort. Je me suis en partie construit sur les émotions intenses que j'ai éprouvées au contact de cette nature. L'odeur de la forêt landaise me bouleverse, quel que soit le temps qu'il fait. Je me souviens aussi de mon bonheur d'avoir fait découvrir à Agnès cette région. Et puis aussi de ces quinze premiers jours de Septembre 1996 à Biscarrosse, avec Christelle qui plus tard m'a donné ma fille.
Et de ces années où ensemble nous descendions vers Pau. Nous faisions toujours étape à l'hôtel des grottes de Matata en Charente maritime. Le lendemain nous prenions le bac, pour traverser l'estuaire. C’était comme un rituel. Vraiment le début des vacances. Depuis le Verdon nous redescendions par la forêt de Gironde, sur les routes départementales. Souvent nous faisions halte à Hourtin ou Lacanau pour manger au bord du lac. C'est là que ma fille a, pour la première fois, marché pieds nus dans le sable. Là encore un souvenir puissant.

Ensuite nous descendions tout droit en contournant le bassin d'Arcachon, en direction du parc des Landes de Gascogne que nous traversions pour atteindre le Béarn. Merci la vie qui me permet encore d'être relié à ces moments si précieux.
Aujourd'hui, certains de ces endroits sont encore la proie des flammes après une semaine d'une lutte, rendue difficile pour les pompiers, à cause du vent et de la sécheresse. C'est une meurtrissure que de savoir cette forêt ravagée, cette région sinistrée et que tant de gens y ont perdu tout ce qu'ils possédaient.
Dans ce combat on s'est aperçu que la flotte des avions canadair n'a pas été renouvelée en dépit des nécessités qui avaient été pointées il y a quatre ans, lors d'un précédent méga-feu dans la région. De nouveaux appareils font terriblement défaut. Ces dernières années l'État a préféré investir dans des blindés pour que la police puisse violemment réprimer des manifestations écologistes en certains endroits sensibles du pays. 
Quant à l’Office national des forêts, dont le rôle est essentiel pour, dans un contexte de désordres climatiques, préserver les espaces boisés et œuvrer à leur adaptation, ses effectifs ont connu une chute vertigineuse, de 12 500 agents au début des années 2000 à environ 8 000 aujourd’hui, avec un budget en forte tension. Au point que même la Cour des comptes s’en alarme : "Les moyens humains de l’établissement apparaissent désormais insuffisants pour répondre aux missions croissantes qui lui sont assignées". Le choix d’investir massivement dans la répression plutôt que dans la préservation du vivant et dans l’adaptation au chaos climatique est aussi stupide qu’irrationnel. Il est à l’image de ceux qui nous gouvernent depuis dix ans : une petite caste de technocrates ultralibéraux au service d'Intérêts privés.
Heureusement depuis quelques jours on peut compter sur la solidarité européenne pour ce dur combat qui n'est pas encore gagné. Le feu s'approche de Bordeaux, recouverte depuis plusieurs jours d'un épais nuage de fumée. Et dans les prochaines heures est prévue une nouvelle vague de chaleur.

mardi 19 mai 2026

Les souvenirs et la couleur

Voilà,
j'ai de nouveau envie d'images granuleuses et saturées comme celle-ci réalisée en 2011 lors d'un séjour à l'île de Ré. Je m'en fous du bon goût, de ce qui se fait ou ne se fait pas. C'est une photo prise et développée par un dyschromate qui cherchait juste à se faire plaisir et qui me plaît encore.
Il ne me reste que les souvenirs et la couleur que j'étais alors en mesure de leur donner.
Donc, je me promenais en vélo avec ma fille. 
Un instant je me suis arrêté au bord de ce marais-salant. Je crois que j'aime bien les marais-salants. Et les îles aussi.
La lumière était belle et j'ai voulu retenir ça. Ce paysage que nous avions en partage. 

mardi 7 octobre 2025

Notre-Dame-du-Rugby


 
Voilà,
le , de retour vers Dax après un match amical à Bordeaux contre le Club Athlétique Béglais, Raymond Albaladejo (frère de Guy qui fut aussi un grand joueur, et par la suite commentateur au côté de Roger Couderc), Jean Othats et Émile Carrère, trois joueurs de l'US Dax trouvent la mort aux environs de Lesperon dans un accident de la route dû à un accrochage avec un camion. En mémoire de ces disparitions, l'abbé Michel Devert transforme un bâtiment du patrimoine ecclésiastique en la Chapelle Notre-Dame-du-Rugby (située sur la commune de Larrivière-Saint-Savin (Landes) entre Mont-de-Marsan et Aire-sur-l'Adour. 
 
  
La chapelle était à l'origine un ancien oratoire romain, l'édifice devint la sacristie de l'ancienne église paroissiale de Larrivière Saint-Savin, qui fut démolie vers le milieu du XIXe siècle. Ce qui en restait fut alors transformé en chapelle après des travaux de défrichement entrepris en 1960 pour devenir ce qu'elle est actuellement. En , le secrétariat d'État à la jeunesse et aux sports autorise Notre-Dame du rugby, et en décembre, la Fédération française de rugby à XV donne un avis favorable. La réfection de la toiture se fait la même année, et la réfection de l'intérieur en 1966. Robert Bézac, évêque de Dax, inaugure la chapelle en Des travaux postérieurs à l'inauguration sont entrepris par phases successives : en 1969, Pierre Lisse, capitaine du Stade montois réalise la statue de Notre-Dame du rugby. La construction du clocher date de 1971, et les carillons sont installés en 1974. Le vitrail représentant la vierge au joueur est dessiné par Patrick Géminel, militaire et grand Prix de Rome. L'intérieur est rénové par Joseph Bernardet. Les pavés viennent des rues de Grenade-sur-l'Adour et de Mont-de-Marsan. La pierre d'autel vient des abbés Barrère, de Grenade-Larrivière. Le marbre de l'autel est celui de l'ancienne chapelle, les carreaux sous l'autel proviennent d'un château. (sources wikipedia)
 
 
J'y suis passé il y a longtemps durant l'été 2008. C'est un endroit singulier qui fleure bon le terroir du Sud-Ouest. Il témoigne aussi de la ferveur et de l'engouement que  ce jeu suscite dans la région, et aussi du respect et parfois même de la vénération à l'égard de ceux qui le pratiquent. Alors que je venais de l'est de la France, la découverte dans la cour de l'école de Biscarrosse-plage de mes nouveaux camarades de classe en train de former une mêlée et de jouer avec ce ballon étrange, reste un des moments parmi les plus saisissants les plus émouvants et les plus persistants de mon enfance

jeudi 25 septembre 2025

Le citronnier du Mexique


 
Voilà, 
dans la lumière de cet après-midi quelque chose de déjà lointain, comme appartenant à un autre temps flotte dans l'air tiède. Ce n’est pas encore l’automne, mais déjà plus l’été. Cet entre-deux qui fait souvent le charme de Septembre, révèle le poids de ce qui s’achève sans éclat, comme un livre que l’on a refermé sans être tout à fait sûr d’avoir compris tout ce qu'il signifiait.
Les jours ont filé, bien sûr. Mais cette fois, il y a dans leur fuite une gravité nouvelle. Ils se dérobent à toute promesse. Je regarde les feuillages dont la verdeur ne paraît plus aussi arrogante, j'entends les rires d'enfants lointains, dans une cour de récréation voisine. Les choses ont repris leur cours.
L’année dernière, à cette époque, nous étions attablés ensemble. Une fin d’après-midi dorée sur la terrasse, la lumière sur les verres, nos voix mêlées à la litanie des grillons. Nous parlions de tout et de rien, de ces riens qui prennent ensuite une densité démesurée quand on réalise qu'ils ne se reproduiront plus.. Et puis il y avait aussi eu cette promenade autour des étangs de la Jemmaye.
J'avais alors remarqué combien elle était attentive à de menus détails qu'elle tenait à partager : le clapotis de l’eau, les silhouettes des promeneurs s’effaçant derrière les roseaux, la buée flottant à la surface des eaux. Le lendemain il y avait encore eu cette balade à Saint-Émilion, la visite de l'église monolithe entièrement creusée dans la roche, la plus grande d'Europe avait dit la guide, les macarons achetés, puis un dernier verre à la gare de Libourne. Faisait-elle semblant d'espérer, y croyait-elle encore ?  Elle était fatiguée mais souriante.
Un peu plus tard en mars, elle avait envoyé un texto, sans doute adressé à tous ses proches pour les prévenir : "bon les amis c'est pas glop, le dernier contrôle a montré que la bête a réussi à contourner le traitement, nouvelle série de chimio ni rémission ni guérison en vue. Mon incorrigible optimisme en a pris un bon coup. Il paraît quand même que je suis très résistante et courageuse... ça ne fera pas tout , bises, j'essaie de ne pas trop y penser
L’automne commence sans elle. Son absence, étale, sans contour s’étire dans les heures lentes. Aujourd’hui, un mois seulement depuis son départ, il reste ce fil fragile de la mémoire, des instants suspendus qui me reviennent avec une précision étrange. Restent les images d’un été finissant d'où émane une douceur presque clandestine et quelque chose d'irrévocable aussi. Je ne la reverrai plus. Elle ne me téléphonera plus pour de longues conversations. Elle ne viendra plus ici avec son accent chantant, jamais plus je n'entendrai "alors comment il va mon cousin ?" Les saisons désormais recèlent plus de souvenirs que d'attentes.  Je me surprends à redouter l’an prochain, non par peur, mais à cause de ce doute désormais intime — celui de ne plus savoir si, comme avant, à pareille époque je reverrai vraiment les choses, les visages, ou même la lumière.
 
 

 Sur le balcon, il  y a ce citronnier du Mexique qu'elle m'avait rapporté de chez elle, lors d'une de ses visites.  Il continue de grandir.

jeudi 31 juillet 2025

Paisible balade


Voilà
onze mois 
quand il y avait encore de l'espoir 
à moins que ce ne fut du déni
autour de cet étang, sous cette lumière,
nous fîmes une paisible balade
la dernière ensemble

mercredi 12 mars 2025

Phare de la Coubre


Voilà,
le phare de La Coubre, je l'avais découvert après une promenade en vélo électrique avec mon camarade et ami de longue date, Jean-Jacques, en septembre 2022. Situé au nord de Royan, il sera dans un futur proche, démonté à cause de l’érosion du trait de côte. Haut de 64 mètres, ce phare blanc et rouge, signale jusqu'à 52 kilomètres au large l'approche de l'estuaire de la Gironde. Il avait été érigé à 1,8 kilomètre de l'océan lors de sa construction en 1904. Aujourd'hui, l'Atlantique n'est plus qu'à 130 mètres et quand cette distance aura encore été réduite de moitié, la déconstruction de l'édifice sera ordonnée car les infiltrations d'eau salée saperont alors ses fondations, expliquent les autorités, rejetant la possibilité "de le faire reculer".
Selon Damien Joussemet, responsable du phare de la Coubre, quatre autres sur la commune ont été emportés par les flots depuis le XVIIe siècle sous l'effet de l'érosion. Phénomène naturel de perte de sédiments causé par les vents, les vagues et les marées, l'érosion côtière du littoral fait chaque année reculer les plages et les dunes de plusieurs mètres par endroits. Dans le secteur de la Tremblade, le trait de côte s'était notamment replié de 18 mètres durant le seul hiver 2020-2021, selon les relevés des l'Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine (Ocna), qui associe des chercheurs du Bureau de Recherches Géologiques et Minières et ceux de l'Office National des forêts. En outre, d'après les estimations du Groupement d'intérêt public Littoral, qui regroupe les collectivités locales touchées par l'érosion depuis la Charente-Maritime jusqu'aux Pyrénées-Atlantiques, environ 6.700 logements et commerces sont menacés par ce recul d'ici 2050, si rien n'est fait d'ici-là.
J'écris cela, alors que j'ai vu des images terribles de la Golden Coast en Australie, où les plages ont disparu suite à un violent cyclone. 
La nature donc suit son cours, inévitablement. Nous en faisons partie, et continuons de faire comme s'il n'en était rien, avec toujours le même fantasme de domestication de l'environnement. Heureusement, l'espèce humaine devient dans son ensemble de plus en plus conne. Si elle ne finit pas par disparaître totalement (ce qui au fond serait assez souhaitable pour la survie des autres espèces) , il est probable qu'elle en viendra, comme ce fut le cas dans des périodes précédentes, par se réduire considérablement, limitant ainsi ses ravages et ses prédations.
Cela me rappelle, qu'il y a quelques années je m'étais, sur ce sujet, livré à de joyeuses élucubrations en compagnie de l'ami Olivier Hamel. Je ne crois pas les avoir déjà publiées ici.
 
 
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jeudi 26 décembre 2024

Réminiscence


Voilà,
quand il m'arrive d'évoquer cela, je sens bien que la plupart du temps, mes interlocuteurs pensent que ce n'est pas possible, que j'affabule. Pourtant — et je peux l'éprouver de nouveau en me concentrant bien, et mieux encore, lorsque je suis dehors et qu'il fait froid, sec, et un grand ciel bleu — je me souviens de cette sensation de transport d'émerveillement et de toute puissance, quand assis dans ma poussette et bien emmitouflé, je voyais le monde bouger autour de moi. C'était en Allemagne. C'est alors que je commence à me constituer en tant qu'être. C'est à ce moment que je prend conscience que je suis au monde et que je ressens. Je crois que c'est dans la densité de ces moments-là, que s'est formée ce que a langue allemande nomme, l'Innerlichkeit, qui désigne tout à la fois la lumière intérieure, la profondeur de l'âme et l'intensité des sentiments  Et que, ressentir fait plaisir. Prendre conscience, avoir du plaisir, n'a rien à voir avec le langage. Je ne le sais pas encore, puisque, à l'époque je ne sais pas ce qu'est le langage. Ce que j'éprouve c'est l'épanouissement dans le pur instant qui se déploie en durée, l'intensité du bien-être éprouvé. Je ne peux le nommer. Je ne sais pas que ça s'appelle un délice. Sans doute ai-je l'impression de ne faire qu'un avec le monde qui s'imprime dans mon regard, dans mes poumons. Je vois je respire ça me plaît. Ce qui me traverse me plaît. C’est cela donc qui inaugure la lignée des souvenirs. Il y en a un  autre en Allemagne à travers les vitres d’une voiture. Je suis à l'avant, sur les genoux de ma génitrice et je vois un fleuve en contrebas avec des péniches et une ville. Mais de celui-là je ne suis pas sûr qu'il ne soit pas une recomposition. Qu'importe. Pour revenir au premier, il m'arrive parfois d'avoir envie de l'éprouver complètement encore. Mais cela voudrait dire que je suis sur un fauteuil et que l'on me pousse, perspective tout à fait inacceptable. J'ai repensé à cela il y a quelques semaines sur les bords de la Côle.

jeudi 19 décembre 2024

Lumière d'hiver

 

Voilà,
un peu moins seul que de coutume, me sentant toutefois étranger à la compagnie, cigale parmi les fourmis, mais n'ayant plus désormais la force de chanter, j'aurai cependant marché dans cette lumière, dans ce paysage. Il y aura eu ce moment de suspension, près de la rivière devant l'ancien moulin, avec le vieux clocher non loin. Une fois encore je n'aurai pu m'empêcher de songer qu'une autre vie m'eût été possible, si j'avais été un peu plus malin. Qu'importe à présent, il n'est plus temps d'y penser. Je peux encore marcher, découvrir, m'étonner, ce n'est pas donné à tout le monde.

 
Ainsi au pied de l'église aurai-je appris qu'au moyen-âge, alors que les décès de nouveaux nés étaient fréquents et qu'ils entraînaient souvent l'absence de baptême les privant  de paradis, on avait coutume, afin d'apaiser les parents de leur donner une sépulture dite "sépulture à répit".
 

Cela consistait en logettes creusées dans les fondations de l'église, où les corps étaient disposés recouverts d'une pierre. L'eau de pluie tombée du toit d'une église étant considérée comme bénite, elle purifiait le corps de l'enfant et symbolisait le baptême. Après un certain temps passé dans la logette, l'enfant nouvellement baptisé pouvait enfin être enterré au cimetière et son âme rejoignait ainsi le paradis.

dimanche 15 décembre 2024

Angoulême

 
Voilà,
Angoulême où j’ai fait une petite escale avant de prendre mon train est désormais une ville connue pour son festival de la bande dessinée qui, je crois, a dépassé nos frontières. C’est même devenu une partie de son identité puisque les noms de rues y sont déclinés sous forme de phylactères. Rien d’étonnant à ce qu’autant de murs peints évoquent des personnages de bd. Sur la première photo, on peut reconnaître au centre Goscinny, le dessinateur de la série "Astérix le gaulois" écrite avec Uderzo. Assis à sa table de dessin, e ses plus célèbres créations Astérix, Lucky Luke, Iznogoud, le Petit Nicolas, Oumpahpah semblent s'en échapper. Cette peinture murale a été  conçue par le dessinateur Boucq et réalisée par Moon.
 
 
En bas à gauche, c'est un dessin du bédéaste Frank Margerin avec son personnage fétiche Lucien, le rocker à la banane sur sa moto. .Je n'ai pas reconnu le dernier dessinateur. 
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jeudi 10 octobre 2024

Méthane, Amoc, et Saint-Émilion

 
 
Voilà,
Selon de nouvelles recherches les rétroactions du système climatique augmentent les émissions de méthane provenant de sources naturelles, en particulier des zones humides tropicales. Même les régions froides et sèches de l'Arctique contribuent bien plus qu'on ne le supposait à la pollution par le méthane qui réchauffe le climat.
Une autre étude récente, a prouvé que le méthane persiste dans l'atmosphère plus longtemps que ne l'estiment la plupart des modèles climatiques. Pour chaque degré Celsius, l'atmosphère peut contenir environ 7 % d'humidité en plus. Cette vapeur d'eau supplémentaire absorbe une partie de la lumière ultraviolette, nécessaire à la création de radicaux hydroxyles, ces molécules clés qui décomposent le méthane. Les émissions de méthane pourraient ainsi atteindre un niveau qui, dans un passé géologique récent, a marqué le passage de longues périodes glaciaires froides à des périodes interglaciaires plus chaudes. La température du Groenland avait alors augmenté d'environ 10 degrés Celsius en quelques décennies seulement.
D'autres faits indiquent que la Terre se trouve à un point de basculement. La récente vague de chaleur hivernale en Antarctique constitue un autre signe possible d'un dérèglement climatique majeur en cours. Ce qui s'est passé auparavant, c'est que les courants océaniques et les vents se sont réorganisés. Aujourd'hui aussi les courants océaniques se déplacent. L'AMOC,  — lun des principaux courants océaniques présents sur la Terre, dont la circulation contribue notamment à réguler la température de l’hémisphère Nordse modifie, et c'est l'un des véritables marqueurs d'un changement climatique majeur. Ça c’est la situation objective. Elle suppose un changement radical de comportement de l’humanité entière vis à vis de son environnement. 
Mais ceux qui tirent les ficelles de l’économie mondiales ne peuvent se résoudre à cette évidence qu’il n’y a pas de croissance infinie dans un monde aux ressources limitées. Ils préfèrent conserver le modèle de société actuel, et surtout préserver leurs intérêts. Pour cela tous les coups sont bons. Quitte à nier les crises et précipiter l'humanité dans le gouffre, en promettant monts et merveilles aux masses manipulées. Depuis plus de trente ans certains s'emploient à nier les effets de l'activité humaine sur l'environnement et le climat. Trente ans de communication, de lobbying, de pressions, de blablas politique, de fausses promesses, de théories du doute. Trente ans que, chaque année sont battus des records en matière de pollutions : CO2, plastiques, déforestation, acidification des océans, extinction des espèce,...
 Pourtant le directeur du Potsdam Institute for climate impact research (PIK) vient récemment de publier pour la première fois son “Planetary Health Check”. Ce bilan de santé, qui sera désormais actualisé chaque année revient sur l’état des neuf limites planétaires régulant la stabilité terrestre, sa capacité de résilience et son habitabilité. Les résultats sont alarmants. Sous l’effet des activités humaines,  depuis Août 2024  six de ces seuils ont déjà été franchis ces dernières années. (en février 2022 on en était seulement à quatre. Un septième, l’acidification des océans, s’apprête à l’être “dans un avenir proche”. Un processus “inévitable” selon les chercheurs inquiets des nombreuses conséquences qui y sont associées. Liée à l’absorption du dioxyde de carbone par les océans, l’acidification entraîne en effet la diminution du pH de l’eau. Celle-ci devient alors nocive pour de nombreux organismes. Altération des récifs coralliens, détérioration des coquilles des mollusques et des crustacés etc., toute la chaîne alimentaire marine s'en trouve menacée. En outre, l’acidification réduit “la capacité des océans à piéger le carbone, ce qui affaiblit leur capacité à atténuer le réchauffement de la planète”, alertent les auteurs du rapport. “Même en réduisant rapidement les émissions, un certain niveau d’acidification est inéluctable du fait du CO2 déjà émis et du temps de réponse du système océanique”, explique Boris Sakschewski, un des auteurs principaux du Planetary Health Check.
Le franchissement de ce nouveau seuil n’est pas synonyme de changements “radicaux” immédiats. Il marque cependant “l’entrée dans un périmètre de risque croissant” puisque il s'ajoute à l’ensemble des limites planétaires d’ores et déjà dépassées. Ces dernières concernent le changement climatique, la déforestation, la perte de biodiversité, la quantité de produits chimiques synthétiques (dont les plastiques), la raréfaction de l’eau douce et l’équilibre du cycle de l’azote (intrants agricoles). Leur situation continue de se dégrader, soulignent les chercheurs du PIK. 
Combinés, ces “sept phénomènes montrent une tendance à l’augmentation de la pression, de sorte que nous verrons bientôt la majorité des paramètres du bilan de santé planétaire dans la zone à haut risque”, avance dans un communiqué Johan Rockström.
Or plus un grand nombre de limites est franchi, plus “le risque s’accroît de porter atteinte de façon permanente aux fonctions terrestres de soutien à la vie”, et de voir se déclencher des points de bascule irréversibles, alertent les chercheurs Ils ajoutent que.“pour garantir le bien-être humain, le développement économique et la stabilité des sociétés, il faut adopter une approche globale où la protection de la planète occupe une place centrale”. Car le bilan pourrait encore s’alourdir. Dans un rapport dévoilé en mai 2023, des chercheurs ont identifié des limites planétaires “sûres et justes” en ajoutant des critères concernant la justice sociale et les impacts négatifs sur les communautés. Selon cette analyse, sept de ces huit seuils seraient déjà dépassés. 
Mais c'est bien connu, l'avis des scientifiques tout le monde s'en branle plus ou moins. À commencer par la plupart des dirigeants politiques. Ils ont d’autres chats à fouetter. 
Il leur faut avant tout perpétuer le mythe du développement : croissance, pognon, consommation. Un seul mot d'ordre : le libéralisme total. Laisser les acteurs économiques puiser dans les ressources jusqu'à la dernière goutte d'eau, la dernière souche d'arbre.
En dépit de ce capitalisme mondialisé et exacerbé, de l'extrême droite progressant un peu partout dans le monde, de l'enterrement définitif des idées sociales et d'une austérité bien installée, une large part des commentateurs et du monde politique continue de fustiger les "méchants écologistes" qui veulent légiférer pour éviter le suicide collectif. On brandit le "spectre de l’extrême gauche", la menace de la mise en commun et de tout ce qui se rapproche d'un idéal social. Réfléchir, c'est mal. C'est anxiogène, ça sape le moral. La seule pensée autorisée, c'est l'asservissement généralisé au nom du dogme économique.
Et comme si cela ne suffisait pas, dans ce contexte se déroulent des guerres majeures. En Ukraine, grenier à blé de l'Europe, au Moyen-Orient, au Soudan où sévit la famine, en Afrique centrale, en Afrique de l'Ouest. J'en oublie sûrement. On parle rarement du fait que les guerres polluent ni que, bien souvent elles favorisent des épidémies, comme c'est le cas au Congo et aussi dans la bande de Gaza. Bref, à l'heure où une conscience planétaire s'avère plus que nécessaire, les dirigeants de grandes et petites nations continuent avec une frénésie suicidaire à se livrer aux mêmes jeux sanglants que jadis, pour des territoires ou des fictions religieuses. 
Mais rappeler tout cela est de fort mauvais goût. Il faut absolument être optimiste n'est-ce pas ? Alors, buvons un coup de Saint-Emilion, ce vin délicieux qui fait la renommée de ce bourg charmant que j’ai photographié il y a peu. Et même deux car, comme l'a écrit, il y a fort longtemps, et sous d’autres latitudes Wang Han "une coupe pour voir et mes soucis ont disparu, une autre et aussitôt même le ciel est oublié". Vidons même la bouteille, après tout, et bourrons nous la gueule puisque c'est du bon.
Tout ne va-t-il pas pour le mieux dans les meilleur des mondes possibles ?
sources Novethic

mardi 24 septembre 2024

Désarroi

 
Voilà
"ce que j’éprouve surtout, c’est la lassitude, et ce désarroi qui est frère jumeau de la lassitude, quand celle-ci n’a d’autre raison d’être que celle, précisément d’exister. J’éprouve une peur intime, des gestes que je dois esquisser, une timidité intellectuelle, des mots que je dois prononcer. Tout, à l’avance, me semble manquer. Le dégoût insupportable de tous ces visages, rendus stupides par l’intelligence, comme par l’absence d’intelligence, et grotesques, à donner la nausée, à force d’être heureux ou malheureux, horribles, simplement parce qu’ils existent – cette marée, à part de choses vivantes, auxquelles je demeure étranger…"( Fernando Pessoa 337  in Le Livre de l'Intranquillité)
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mercredi 11 septembre 2024

J'aime / je n'aime pas (17)

 
 
 
Voilà,
J'aime la couleur verte que prend l'eau après qu'on ait fait chauffer des fonds d'artichauts
 
je n'aime pas les brushing des femmes dans les films des années 80. Par exemple la vedette féminine de "Terminator". Quand tu revois le film longtemps après, sa coupe c'est vraiment un truc abominable
 
j'aime réaliser une nouvelle recette de cuisine
 
je n'aime pas devoir faire dégivrer le congélateur
 
j'aime arracher les feuilles mortes des géraniums
 
je n'aime pas quand tout à coup le ciel devient très gris et que l'orage menace
 
j'aime entendre par hasard Stéphane Grappelli et Django Reinhardt et le hot club de France
 
je n'aime pas que des gens toussent dans les lieux public sans mettre leur main devant la bouche
 
j'aime regarder les abeilles et les bourdons butiner les fleurs de mon balcon
 
je n'aime pas que les filles disent "ça me casse les couilles", c'est aussi absurde qu'inélégant
 
 
je n'aime pas l’usage de plus en plus répandu de ces néologismes comme "auteurice" ou "spectateurice" pour désigner en un seul mot le genre. Peut-être que je  n’aime pas le mélange des genres parce que je suis trop vieux
 
j'aime le Gambetta, ce sirop de figue qu'on ne trouve qu'en Provence et que je ne bois plus que lorsque je me trouve au festival d'Avignon. Autrefois quand je passais mes vacances dans le sud, j'en ramenais systématiquement après chaque été.
 
je n'aime pas ouvrir le réseau social bleu et apprendre la mort d'une connaissance perdue de vue depuis longtemps.
 
j'aime sortir dans la rue, et imaginer que j'ai le visage de ma fille, que je suis elle en train de sourire
 
je n'aime pas cette tristesse que j'éprouve lorsque je parviens à la fin d'un bon livre. les allemands ont un mot pour cela : "Buchendschmerz". Les allemands peuvent avoir un mot pour tout.
 
j'aime écrire des listes
 
je n'aime pas que ces gens qui se prétendaient mes "ami(e)s", qui étaient aux abonnés absents quand ils me savaient en grande détresse et qui me rappellent aujourd'hui au téléphone comme si rien ne s'était passé.
 
j'aime l’ambiance des Lounge d'hôtels haut de gamme avec des pianistes jouant des vieux standards de Jazz

je n'aime pas cette bande annonce de la tranche du matin de France Culture "des artistes, des experts des intellectuels" qui exhale tellement l'entre-soi
 
j'aime entendre jean-Pierre Rampal jouer Mozart à la flûte, c'est réconfortant
 
je n'aime pas les W.C dont la porte s’ouvre sur l’intérieur et où l’on n’a pas suffisamment de place entre le mur et la porte
 
j'aime les tableaux de Victor Brauner. ce qui est étrange c'est que je me souviens que je les aime uniquement quand je les vois
 
je n'aime pas le ton de cette présentatrice d'une émission scientifique sur France Culture qui pose ses questions comme si elle vous susurrait des propos obscènes
 
j'aime absolument toute l’œuvre de Jean-Jacques Sempé, sa douce ironie, son regard tendre poétique et généreux 
 
je n'aime pas la plupart des film réalisés par John Casavettes, pourtant appréciés par nombre de gens intelligents et recommandables. Ils m'ennuient presque aussi souvent qu'ils m'agacent par leur complaisance.
 
j'aime le paysage paisible sur cette photo prise en Dordogne

je n'aime pas que les gens appellent au téléphone sans laisser de message, ou qui laissent juste un "rappelle moi" sans donner d'explication
 
j'aime le pain au petit épeautre doré fabriqué par Fabrice Guilbaud dont la boulangerie se trouve 25 rue du colonel du Halgouët à Renac et que l'on trouve aussi à la halle du marché de Redon. C'est le pain le plus étonnant qu'il m'ait été donné de goûter. Cela tient à la qualité de sa farine, peut-être au four qu'il utilise, et plus vraisemblablement à un incomparable talent de boulanger.

je n'aime pas l'argument de certains artistes prétentieux qui pondent une grosse merde sans intérêt mais tentent de vous convaincre que c'est bon parce qu'ils ont beaucoup travaillé.
 
j'aime bien être surpris par une saveur ancienne qui me rappelle un bon moment de ma vie. Par exemple, celle du "Thé des Moines" et cette époque du début des années 90 
 
je n'aime pas que les gens mangent du pop corn ans les cinémas. Cette coutume importée des États-Unis est une des formes les plus obscènes de la société de consommation. Cette incitation à se baffrer de junk food devant un écran est une des formes les plus grotesques de l'aliénation. Heureusement en France, il reste encore des "cinémas d'art et d'essai" où l'on ne vend rien à manger
 
j'aime le fait qu'un nouveau fromager ouvre boutique à deux pas de chez moi
 

mercredi 4 septembre 2024

Sagesse

  

Voilà,
"Ne pas tenter de comprendre ; ne pas analyser… se voir soi-même comme on voit  la nature ; contempler ses émotions comme on contemple un  paysage  — c'est cela la sagesse." Pessoa in "Le Livre de l'Intranquillité" 252
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dimanche 22 octobre 2023

A Bacalan

Voilà,
prises dans le quartier Bacalan, en Août 21 à Bordeaux, ces photos me rappellent un agréable séjour chez l'amie Christine. C'est en allant dans un lieu alternatif où se tenait une exposition photo que j'ai aperçu dans la même rue ces deux portraits géants. Je n'en connais hélas pas l'auteur


La vie était bien légère alors et je ne m'en rendais pas compte. A présent tous les murs sont couleur de chagrin.
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mardi 3 octobre 2023

Nuages

Guéthary, Août 2009
 
Voilà,
je me permets de reproduire intégralement cet article particulièrement bien écrit par Anaïs Moran au sujet des nuages (édition du 30 septembre du journal Libération) .

"On les rêve, les poétise, les dévisage, les redoute, les cartographie. Ils sont autant objets de contemplation que de récits apocalyptiques. Peuplent la fantasmagorie. Bref, les nuages magnétisent. Dans le champ scientifique aussi, ces amas cotonneux captivent. Mais l’intérêt qu’on leur porte cache une réalité moins légère : sur une Terre en surchauffe et déréglée, la couverture nuageuse présente de grands risques de métamorphose. Le problème est d’importance car les nuages sont la bête noire des modélisateurs. Un mystère suspendu dans la communauté des savants.

Anticiper leurs comportements futurs, leur physionomie prochaine, leurs effets déterminants sur le climat, relève de la mission laborieuse, mais primordiale. «Le rôle des nuages était un gros sujet dans les années 80-90, et puis d’autres thématiques importantes pour l’étude du changement climatique sont apparues et les efforts de recherche se sont éparpillés, contextualise Sandrine Bony, directrice de recherche CNRS au Laboratoire de météorologie dynamique (LMD). Aujourd’hui, les nuages se rappellent à nous parce qu’ils sont l’une des principales incertitudes pour les prévisions climatiques. On ne peut les ignorer.»

Sans aucun doute, «la» grande énigme porte sur le rôle des changements nuageux dans l’amplitude du réchauffement climatique. Cette interrogation devenue obsession, les chercheurs lui donnent un nom : la «rétroaction radiative des nuages». En moyenne, ceux-ci ont un effet refroidissant sur le climat planétaire. Ils renvoient plus d’énergie solaire vers l’espace qu’ils ne conservent de chaleur sur Terre. «Les nuages bas, épais et opaques, sont comme des parasols qui réfléchissent une partie du rayonnement solaire et tendent à rafraîchir le climat, synthétise le physicien Olivier Geoffroy, spécialiste de modélisation climatique à Météo-France. Les nuages hauts et froids, qui culminent à 15 kilomètres dans les airs à -40°C, ont, au contraire, un effet de serre notable car ils ont cette capacité d’empêcher une partie du rayonnement infrarouge de s’échapper de l’atmosphère.» Ainsi, le rôle refroidissant de la couverture nuageuse l’emporte globalement sur l’effet de serre. Tout l’enjeu est de déterminer à quel point le changement climatique pourrait modifier l’équilibre de ces deux influences. De premiers éléments laissent penser que la hausse du thermomètre mondial diminuera l’effet refroidissant des nuages. Seulement de fortes incertitudes persistent et la science tâtonne encore.

Les nuages portent une ribambelle de caractéristiques potentiellement évolutives. Largeur, hauteur, densité, façon de se mouvoir, de grossir, d’interagir avec les autres… Face à l’augmentation des températures planétaires, ces propriétés risquent d’être bouleversées. «Tous les types de nuages ne répondront pas à l’identique au réchauffement, c’est toute la complexité de l’affaire, analyse Jean-Louis Dufresne, co-auteur du sixième rapport Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et directeur de recherche à l’Institut Pierre-Simon Laplace en parallèle du Laboratoire de météorologie dynamique. Ce que nous cherchons à appréhender, c’est la répercussion générale de ces différentes réponses nuageuses sur le climat. Est-ce que l’effet dominant et refroidissant des nuages va se fortifier ou bien s’atténuer ? Même une petite diminution de ce mécanisme de régulation pourrait avoir un immense impact sur le réchauffement.» Dans l’hypothèse d’un réchauffement planétaire de +3,5°C par rapport à la période préindustrielle, le Giec vient d’estimer que jusqu’à 1°C de hausse de température pourrait être attribué aux comportements des nuages.

En 2020, Sandrine Bony s’est lancée dans la coordination d’une mission internationale, près de la Barbade, dans les Caraïbes, pour tester grandeur nature la crédibilité des mécanismes prévus par les modèles de simulation du climat. Une campagne pharaonique, impliquant quatre avions, autant de navires et des dizaines d’équipes de recherche. L’objectif principal de l’opération : disséquer les cumulus d’alizés, ces nuages bas et moutonneux les plus fréquemment observés à la surface de la Terre. «Il y en a tellement qu’un petit changement de leurs propriétés peut avoir un fort impact, explique la climatologue. La grosse crainte est de voir ces nuages diminuer avec la hausse des températures, ce qui diminuerait aussi l’effet parasol et amplifierait le réchauffement climatique.» Les observations de terrain ont quelque peu rassuré. Les cumulus d’alizés pourraient finalement être «plus résilients» que prévu.

Désormais, les cumulonimbus (caractéristiques des phénomènes orageux) et les stratocumulus (les plus bas) sont au centre de l’attention. «Si le rôle des nuages dans la machine climatique est aussi incertain, c’est parce que leur comportement dépend d’un nombre de facteurs considérable, de l’échelle microscopique à l’échelle planétaire, souligne la chercheuse. La science des nuages, c’est comme un puzzle géant. On doit décomposer le problème en mille morceaux et voir comment les uns s’articulent par rapport aux autres. On a posé quelques éléments mais il reste encore des pièces à placer.»

Dans cette équation aux variables éclectiques, un autre facteur est scruté par la communauté scientifique : la pollution. Car la vapeur d’eau présente dans l’atmosphère a besoin des particules fines en suspension, les «aérosols», pour se condenser et devenir nuages. «Il en existe d’origine naturelle, comme ceux provenant des embruns marins, des pollens, des volcans ou des poussières désertiques ; et d’autres liés aux activités humaines, aux suies, aux fumées d’industrie, au gaz d’échappement, liste Jean-Louis Dufresne. Plus ces particules sont nombreuses, plus les gouttelettes d’eau se forment facilement, sont de toute petite taille, et créent des nuages brillants et réfléchissants. Or qui dit réfléchissant, dit effet refroidissant sur le climat.» Plus l’humanité limitera sa pollution, plus le ciel nuageux au-dessus de sa tête perdra son pouvoir rafraîchissant. Effet indésirable et très fâcheux

Déjà en mer, les scientifiques se sont rendu compte des prémices du phénomène. Particulièrement depuis que l’Organisation maritime internationale (OMI) a imposé aux bateaux, en 2020, de limiter la teneur en soufre du fioul à 0,5 % (contre 3,5 % auparavant) pour raison de santé publique. «Les paquebots fonctionnaient avec du fioul de très mauvaise qualité, qui contenait beaucoup de dioxyde de soufre, et qui, une fois libéré sous forme de particules, influençait fortement les propriétés réfléchissantes des nuages, détaille Olivier Boucher, directeur de recherche au CNRS et responsable du centre de modélisation du climat de l’Institut Pierre-Simon Laplace. Depuis quelques années, les traînées de navire tendent à s’atténuer et l’effet refroidissant des nuages s’estompe. Mais nous ne sommes pas encore capables de mesurer l’impact précis de ce changement d’interactions aérosols nuages sur les températures.» Même flou s’agissant de la terre ferme. Que se passera-t-il, à mesure que la pollution continentale diminuera ? «Probablement la même chose que sur les océans, poursuit Olivier Boucher. On va vers un réchauffement, mais on ne sait pas de combien, tout est incertain.»
 
 

 
Les chercheurs s’affairent aussi à mieux saisir le lien entre vapeur d’eau et évènements climatiques extrêmes. A commencer par les fortes pluies. Le principe de base est celui-ci : en se réchauffant, l’atmosphère s’humidifie. Partant de cette règle d’or confirmée par les modèles et les observations, les scientifiques estiment que ce phénomène conduira à une intensification des précipitations. Seul point solide et consensuel entre eux sur les nuages. «Les fortes pluies vont devenir de plus en plus extrêmes dans la plupart des régions et cette intensification sera amenée à se poursuivre tant que la température du globe ne sera pas stabilisée, commente Hervé Douville, climatologue à Météo France et coordinateur du chapitre consacré aux «changements du cycle de l’eau» dans le sixième rapport du Giec. Les récentes inondations en Grèce et en Libye ne sont qu’un aperçu de la situation à venir. Les précipitations extrêmes vont gonfler de l’ordre de 7 % pour chaque degré de réchauffement atmosphérique supplémentaire. Si par malheur nous nous dirigions vers une hausse globale des températures de +3°C, les pluies intenses pourraient donc croître d’environ 20 % et entraîner des pertes humaines et des dégâts considérables si les mesures d’adaptation restent insuffisantes.»

S’agissant du nombre d’évènements pluvieux, tout est plus confus. «On se dirige probablement vers le scénario “il pleut moins souvent, mais quand il pleut, il pleut plus fort”, même si on ne peut pas affirmer que c’est une vérité générale acquise. Ces changements de fréquence vont dépendre de la zone géographique, de la saison, et même de l’intensité des pluies elle-même… Régionalement, nous avons des débuts de réponse. Mais c’est encore insuffisant, aujourd’hui, pour trancher cette question pour le sud-est de la France, par exemple», admet le chercheur du service national de météorologie

Le devenir des vents est scientifiquement irrésolu. Et la future organisation spatiale des nuages n’est pas encore bien comprise. Ces deux éléments majeurs pourraient dessiner l’identité complète des prochaines pluies. «Il est possible que des routes dépressionnaires dévient de leur chemin, selon des vents plus ou moins puissants et le brassage plus ou moins fort des couvertures nuageuses, développe Caroline Muller, chercheuse en sciences de l’atmosphère et du climat au CNRS et à l’Institut autrichien des sciences et technologies (ISTA). De même, si les nuages commencent à s’agglomérer et se déplacer en bande plus qu’à l’accoutumée, ou, au contraire, partir davantage en mode solitaire, la retombée des pluies sur le sol ne sera pas identique. Cela peut paraître pointu, mais derrière toutes ces interrogations se cache la réalité des sécheresses et des saisons pluvieuses de demain. L’étude des nuages concerne tout le monde.»

Prenez les cyclones, ces nuages monstrueux et redoutés jusque dans l’imaginaire. Le réchauffement climatique va-t-il les rendre plus menaçants encore ? Ce n’est pas un détail, alors la science fouille, tâtonne, explore. «Pour l’heure, nous ne savons pas si le nombre global de cyclones va augmenter, on pense même qu’il pourrait baisser. En revanche, de plus en plus d’études montrent que la proportion de cyclones intenses va significativement s’amplifier par rapport au nombre total de perturbations tropicales par an, clarifie Fabrice Chauvin, spécialiste de ces tourbillons au Centre national de recherches météorologiques. On est quand même dans les limites de l’exercice. Les projections de l’activité cyclonique dépendent de la qualité de nos modèles et de leur degré de raffinement pour représenter les phénomènes de petite échelle, notamment la microphysique des nuages qui est très difficile à appréhender.»

Voilà en partie pourquoi les nuages demeurent des ovnis scientifiques. Ce qui se trame dans le ciel n’est que partiellement détectable par les outils techniques. Les particules qui composent les nuées sont trop minuscules pour la résolution utilisée dans les modèles climatiques. «Les gouttes d’eau ou les cristaux de glace des nuages sont millimétriques, alors que les modélisations météorologiques sont destinées à couvrir des surfaces d’une dizaine de kilomètres dans leur maillage le plus fin, explicite Andrea Flossmann, coprésidente du groupe d’experts sur la modification météorologique de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et professeure à l’université Clermont Auvergne. Ces tout petits processus sont imperceptibles, pourtant ils cachent l’une des clés d’accès aux prévisions du changement climatique. On cherche, on trouve des indices, mais la route est longue et brumeuse.»
 
*
 
Sinon, il y a quelques heures, j’ai appris la disparition de Veronika Varga. Cette nouvelle m’accable. Elle était encore si jeune. C’était non seulement une actrice rare, mais une personne belle souriante et lumineuse comme on en rencontre peu dans une vie. C'est une chance de l'avoir croisée. Je me souviens de ce court métrage d'Yvon Marciano "Emilie Muller" où elle est tout à fait stupéfiante (le lien est sous-titré en anglais). J’avais eu le plaisir de travailler avec elle, il y a bien longtemps, durant un mois sur un atelier consacré à "La mouette" de Tchekhov. Elle m’avait aussi ébloui dans l’interprétation d’un texte étrange "Solomonie, la possédée" de Gilbert Lely mis en scène par Christian Rist, que j’avais vu en Septembre 1996, à la maison de la poésie où je me trouvais précisément hier soir, parce que Mathieu Simonet y lisait des extraits de son livre « La fin des nuages ». Oui Veronika avait la grâce et la légèreté d'un nuage. Elle pouvait aussi susciter de puissantes émotions. Toujours mise en scène par Christian Rist, elle fut en outre une Phèdre de Racine insurpassable. La plus juste la plus touchante la plus vulnérable qu'il m'a été donné de voir.
 

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