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jeudi 4 juin 2026

Qu'il est vieux ce monde


Voilà,
"Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes. Tout s'anéantit, tout périt, tout passe. Il n'y a que le monde qui reste. Il n'y a que le temps qui dure. Qu'il est vieux ce monde ! Je marche entre deux éternités. De quelque part que je jette les yeux, les objets qui m'entourent m'annoncent une fin, et me résignent à celle qui m'attend. Qu'est-ce que mon existence éphémère, en comparaison de celle de ce rocher qui s'affaisse, de ce vallon qui se creuse, de cette forêt qui chancelle, de ces masses suspendues au-dessus de ma tête, et qui s'ébranlent ? Je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière ; et je ne veux pas mourir ! et j'envie un faible tissu de fibres et de chair à une loi générale qui s'exécute sur le bronze ! Un torrent entraîne les nations les unes sur les autres, au fond d'un abîme commun ; moi, moi seul, je prétends m'arrêter sur le bord, et fendre le flot qui coule à mes côtés !
Si le lieu d'une ruine est périlleux, je frémis. Si je m'y promets le secret et la sécurité, je suis plus libre, plus seul, plus à moi, plus près de moi. C'est là que j'appelle mon ami. C'est là que je regrette mon amie. C'est là que nous jouirons de nous sans trouble, sans témoins, sans importuns, sans jaloux. C'est là que je sonde mon cœur. C'est là que j'interroge le sien, que je m'alarme et me rassure. De ce lien, jusqu'aux habitants des villes, jusqu'aux demeures du tumulte, au séjour de l'intérêt des passions, des vices, des crimes, des préjugés, des erreurs, il y a loin.
 

 
 Si mon âme est prévenue d'un sentiment tendre, je m'y livrerai sans gêne. Si mon cœur est calme, je goûterai toute la douceur de son repos.
Dans cet asile désert, solitaire et vaste, je n'entends rien, j'ai rompu avec tous les embarras de la vie. Personne ne me presse et ne m'écoute. Je puis me parler tout haut, m'affliger, verser des larmes sans contrainte."
Denis Diderot, Salon de 1767 à propos du tableau d'Hubert Robert "Grande galerie antique".
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jeudi 7 novembre 2024

Lagune de Venise

Voilà, 
le ciel, on ne sait jamais ce qu'il contient de menaces, même quand il est beau. Aujourd’hui, je me suis souvenu de Venise, et j'ai secrètement remercié le monde de m'avoir offert cette vision. Je me suis aussi rappelé ce texte d'Ascanio Celestini écrit en 2009, année où cette photo fut prise. Il s'appelle "Le peuple est un enfant"

"Le peuple, ça l’intéresse pas cette chose qu’on appelle la Démocratie

Je vais vous raconter une histoire :
Il était une fois un intellectuel qui s’appelait Ponce Pilate
Et un jour, Ponce Pilate a pensé que le peuple était prêt pour la Démocratie.

Donc il a pris deux types, deux types qu’il venait à peine d’arrêter et il les a présentés au peuple en disant :
"Peuple, Démocratie, c’est toi qui choisis, lequel on libère entre celui-ci et celui-là ?"
Le peuple est un enfant, qu’est ce qu’il en sait le peuple ?
Le peuple il tondait les moutons, il trayait les vaches, il labourait dans les champs le peuple...

Alors, Ponce Pilate qui était vraiment avide de démocratie a dit :
"Peuple, je te donne un indice. A ma gauche, il y a Barrabas, à ma droite il y a Jésus Christ. Peuple, lequel veux-tu libérer ?"
Mais le peuple est un enfant, le peuple n’est pas prêt à tout ça, qu’est ce qu’il en sait le peuple ?
Le peuple regarde le match de foot, le peuple, il aime bien les speakerines, le cul, les nichons, qu’est ce qu’il en sait le peuple ? Il va au supermarché...

Alors Ponce Pilate qui était un intellectuel et qui était avide de démocratie a dit :
"Peuple, je te donne un autre indice : Celui-ci, Barrabas est un voleur de poulets, et cet autre, Jésus Christ, c’est Dieu descendu sur la terre. Peuple, lequel veux-tu libérer ?"
Et le Peuple a dit : "Barrabas"
Barrabas...qu’il dit le Peuple...
Parce que le Peuple, il veut Barrabas !
Parce que le Peuple au final, il vote pour le voleur de poulets !
Et le voleur de poulet au final il devient Président du Conseil, il devient Maire, administrateur de copropriété, vous comprenez ?
Le Peuple veut le voleur de poulets !

Et alors Ponce Pilate, qu’est ce qu’il aurait dû faire ? Hein ?
Dire que la démocratie, c’est une idiotie ?
Dire que le peuple est débile ?
Non, Ponce Pilate a fait le geste le plus haut de l’histoire de l’Humanité :
Ponce Pilate s’est lavé les mains.

Vous comprenez ce geste extraordinaire ?
Il s’est lavé les mains ! Comme pour dire que contre l’ignorance, on ne peut rien faire mais contre la saleté, la bataille n’est pas encore perdue, vous comprenez ?

Comme pour dire que la Démocratie, elle est indéfendable, le peuple, il n’en veut pas, il ne la pige pas, il ne la comprend pas... MAIS... On peut encore faire quelque chose pour l’hygiène."
 
Je ne sais pas pourquoi je pense à ça.


lundi 29 mai 2023

Tout ce que nous possédons



Voilà
Que de poètes
sont déjà venus ici,
que de poètes
ont déjà écrit
sur l’éblouissante annihilation,
face à ces dramatiques profils minéraux,
si proches de la motte originelle de glaise
antérieure à la forme ;
des choses
réduites à rien d’autre qu’un amoncellement,
quasi naturelles ;
des choses placées
à la frontière de la main qui travaille, du vent et de l’eau ;
c’est ici
que retentissent les sifflets du vent,
c’est ici
que résonne l’écho de la voix affolée du vide, du creux, de la fente,
silence nuancé de murmures,
et maintenant
je suis l’un de ceux qui voient clair, moi aussi :
l’informe,
le passé monstrueux,
ce furent les sculpteurs de l’inverse
qui les réduisirent à cela,
les auteurs
du cruel théorème
qui nous condamne au présent
et répète
que nous ne savons rien du tout, que rien ne vaut même la peine,
car notre passé et notre avenir ne sont
que des pas vers l’informe pérennité,
et c’est à grand-peine que nous observons
la réalité dispersée par ici et par là,
dans un autre endroit
où nous sommes encore moins existants :
c’est bien nous
qui sommes des fantômes,
et la solidité
est ce qui se tient là-bas,
parmi ces ruines
qui ne cessent de répéter
que cela
– RIEN DU TOUT –
est tout ce que nous possédons.

(Claudio Willer) 

jeudi 15 juillet 2021

Mais il y a toujours quelques chose qui m'échappe (5)

Voilà,
ça me revient,
ces vacances passées à Rome avec ma fille. Nous logions à proximité du Colisée et près du Forum, une fin d'après-midi, j'ai aperçu ces deux hommes invisibles

ça me revient, 
le grand chahut qu'il y eut après la première de la pièce "Le Triangle frappe encore" de Marc'O  à Chaillot en 1976 

ça me revient, 
Mr Peyreigne en CE1 avait projeté une diapo du pont Valentré de Cahors afin qu'on le dessine. Il fallait faire un truc avec le pouce sur son crayon pour reporter les proportions, je n'y comprenais rien. Je ne cessai de gommer et regommer ma feuille. Ce fut une abomination pour moi. J'ai compris que j'étais nul en dessin et incapable de reproduire la réalité.
 
ça me revient, 
le premier livre de Cioran que j'ai lu était "La Tentation d'exister". C'était dans la bibliothèque de Châteaudouble, un livre édité par Gallimard avec une couverture bleu pâle

ça me revient,  
les mecs qui faisaient la retape pour la scientologie dans les années 70, rue des Carmes, où ils avaient leur siège, dans un immeuble détruit depuis pour y construire un vaste commissariat moderne je leur parlais de Ron Hubbard que je connaissais parce que le géniteur était un grand lecteur de SF, j'avais 13 ans et je voyais bien qu'ils essayaient de m'entourlouper. J'ai toujours su flairer les embrouilles, ça m'a évité bien des déboires, cette méfiance naturelle.

ça me revient, 
une nuit d'insomnie, j'ai allumé la radio et entendu un vieux cabot lire le poème d'Aragon "L'affiche rouge". Je m'étais alors dit que ce n'était pas possible de dire avec tant d'emphase et de boursouflure ce poème après l'interprétation chantée de Léo Ferré. En plus les alexandrins n'étaient même pas respectés, il y avait des élisions douteuses, alors qu'Aragon est tout de même le poète du XXème siècle qui a le mieux manié l'alexandrin. Et puis, et puis.... Vous devinez la suite...
 
ça me revient,
vers 1975 ou 1976, j'écoutais assez souvent l'album de Lewis Furey, contenant la chanson "Hustler's tango". Il plaisait particulièrement à Agnès, et c'est l'ami Jean-Marie Verdi qui me l'avait fait connaître.
 
ça me revient
j'écoutais sans cesse "Isn'it a pity" qui était la B-Side de "My sweet Lord". C'était un peu avant Noël 1970

ça me revient 
le 21 Avril 2002, on avait invité à manger, les Héliodore et les Verrier. Nous étions tous atterrés que Le Pen soit au second tour. Quand j'ai couché ma fille qui n'avait pas six mois, j'ai pleuré près de son lit.

ça me revient,
j'ai dû écouter durant un an, presque tous les jours et cela dès sa parution, l'album de Quincy Jones "Back on the block". Je l'ai eu d'abord en cassette et après avoir fait, l'acquisition d'un lecteur de CD à l'aéroport de Hong Kong, j'ai acheté le disque
 
ça me revient
toutes ces chansons de Charles Trénet, de Brassens, Gainsbourg que j'apprenais pour les chanter le soir à ma fille lorsqu'elle était petite
 
ça me revient
en sixième, le prof de musique s'appelait Mr Visquet. Il portait bien son nom, un petit homme grassouillet et autoritaire assez malsain. Les extrémités de sa bouche tiraient asymétriquement vers le bas, et souvent son regard vicieux abrité par d'épaisses lunettes à monture écaillée, vous fixaient longuement, et lorsqu'il souriait parfois sans raison, ou pour une raison qui m'échappait alors, on songeait plutôt à une grimace. Il y avait dans la classe un élève qui jouait très bien de la flûte, avec lequel il entretenait un rapport privilégié, parce que c'était sans doute son élève au conservatoire municipal où il exerçait aussi.

ça me revient
à une époque, au début des années quatre-vingts, je collectionnais les images de boîtes de camembert, et il m'est même arrivé d'en concevoir

ça me revient 
le plaisir, enfant, éprouvé lors de l'acquisition d'un plumier
 
ça me revient
pour que ma fille s'endorme paisiblement, lorsqu'elle était petite, je lui mettais un CD d'œuvres chorales de Palestrina, par le Hilliard Ensemble. Je ne pense pas pas qu'elle s'en souvient.
 
ça me revient
Au 41 Westbere Road, Kilburn, London, on écoutait beaucoup les demoiselles du canyon, on fumait du shit dans les théières, l’intro de l’America  des Doors était notre réveil matin, 

ça me revient, 
c'est à une terrasse de café à Marseille que j'ai assisté à la victoire de l'équipe de rugby des Fidji contre les gallois, retransmise à la télévision lors de la coupe du monde 2007.
 
ça me revient 
le nom de Lucien Rosengart, un des musiciens collaborateurs d’Adrien, qui avait pourtant des oreilles en bois. Lucien avait enregistré avec Antony Braxton, ans une église
 
ça me revient 
que le géniteur, lors du massacre de My Lai, perpétré par des soldats américains n’avait rien trouvé de mieux à dire devant sa télévision que "on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs". Il avait aussi laissé entendre, qu'il avait lui aussi participé à ce genre d'expéditions punitives. En fait, je suis persuadé qu'il a beaucoup moins combattu là-bas qu'il ne le prétend, puisque lorsqu'il est arrivé en Indochine, les troupes ont commencé à être rapatriées après la défaite de Dien Bien Phu

ça me revient
ce film avec les basques et les indiens dont j'ai retrouvé le titre dans un livre de Modiano (Thunder in the sun de Russel Rouse caravane vers le soleil en français) ce film je l'avais vu à la télévision un dimanche après-midi vers 1966 ou 1967,
 
ça me revient, 
le sourire et la gentillesse d'Ariel Goldenberg, qui vient de disparaître. Il avait dirigé avec flair et intelligence La MC93 à Bobigny, et le Théâtre national de Chaillot. Il nous avait aussi accueillis à Madrid en 1981, lorsqu'il y dirigeait le festival d'automne madrilène.

ça me revient mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

vendredi 5 juillet 2019

Un jour très particulier



Voilà,
Je n'ai jamais mis de photos de ma fille en ligne, pour la protéger. Mais celle-ci est assez ancienne pour que je puisse la publier. J'aime beaucoup ce portrait que nous avons pris ensemble en Calabre, durant l'été 2012. C'est elle qui, après avoir trouvé la fonction retardateur sur mon appareil a  souhaité voir ce que ça donnerait si on  activait le flash dans la lumière du jour. Elle avait alors 11 ans. Son sourire, cette façon qu'elle a de passer son bras autour de mon cou et son regard me bouleversent sans que je ne puisse trop expliquer pourquoi. 
Aujourd'hui, est un jour particulier. Elle a obtenu son bac avec la mention "Très bien". Je suis fier d'elle. Je suis heureux pour elle et pour sa mère. Ce succès nous remplit de joie. Lorsque je l'ai appris ce matin, j'ai été submergé par l'émotion. Je n'imaginais pas que cela me ferait tant d'effet.
C'était peu de temps avant que j'aille jouer devant une salle plutôt clairsemée pour ma deuxième représentation publique (hier nous avons fait une sorte de générale) et cela s'est plutôt bien passé. La satisfaction n'est en général pas mon fort, mais je trouve que j'ai plutôt bien assuré, et même mieux que ça. Bon évidemment c'est encore très perfectible, mais tout de même. Je ne suis pas mécontent d'en être déjà là. Et assez surpris. Le plus difficile maintenant c'est de ne pas se relâcher de garder la tension et la concentration et de continuer à progresser sur cette base. 
À part ça, cette débauche de spectacle sur Avignon, cette hallucinante quantité d'acteurs, tous ces gens qui ne cessent de vous solliciter, de vous proposer des tracts, de vous encourager à venir les voir a quelque chose d'absurde et de vertigineux tout à la fois. Cette fin d'après-midi, j'ai déambulé dans les rues encore chaudes de la ville, dans une sorte d'hébétude presque hallucinée. Jai croisé des gens que je connaissais, parfois accompagnés d'inconnus qui m'ont été présentés, et dont je ne me souviens déjà plus, parce que je souffre de prosopagnosie. J'ai serré des mains, fait des bises (c'est dingue le nombre d'inconnus qu'on peut embrasser dans cette profession, le côté "grande famille" sans doute), j'ai formé des phrases, j'ai parlé, j'ai moi aussi fait des présentations. Avec la femme de Pierre croisée par hasard, nous avons brièvement évoqués nos vingt ans, lorsque nous venions déjà au festival. C'est tellement étrange de me trouver là, cette année, si inattendu... 

samedi 11 août 2018

Reflet vénitien


Voilà,
"Qui sait si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est pas un autre sommeil, un peu différent du premier, dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir" disait Blaise Pascal. Quoiqu'il en soit, dans cette moitié de vie, je suis fatigué des mauvais jeux de mots en titre des articles du journal Libération (genre "gafa les fieffés du logis" ou Trump fait la pluie et l'OTAN"), fatigué des commentateurs sportifs et en particulier ceux du foot, de la vision des SDF crevant dans la rue, des fans de Macron, des fans de Mélenchon, des looks de hipsters, des discussions politiques sur facebook, du malheur des uns et du bonheur des autres, des repentirs et des déclarations d'intention, des communicants de tous poils et de leur discours creux, de la saga des héritiers de Johnny Hallyday, des voix qui indiquent le nom des stations dans le métro, des codes et des mots de passe, des discours religieux de tous poils, de la misère en milieu étudiant, de la misère en milieu hospitalier, de l'art contemporain, du théâtre engagé, des chanteurs et chanteuses de la Star Academy, du présentateur de la matinale de France Culture, des vide-greniers qui donnent un aperçu de toutes ces petites conneries qu'on accumule, fatigué des états d'âme, des soucis de santé, des obligations que je me crée, de la solitude, des intonations de ma propre voix, de ne plus pouvoir trouver de vélos en libre accès à Paris, des nuits sans sommeil, du manque d'argent, fatigué des photos de vacances sur instagram, des incessantes discussions de boulot où les gens ne cessent de parler de leurs frustrations, fatigué de l'aveuglement de mon espèce et d'un monde sans futur, effrayé du cauchemardesque Trump et de tous ceux qui précipitent le monde dans une nouvelle forme de barbarie... Parfois, je voudrais m' égarer dans le labyrinthe de tous les reflets du monde, y demeurer à tout jamais, (linked with the weekend reflections)

vendredi 9 mars 2018

Tout le monde veut être Kilroy


Voilà,
quel que soit le site touristique où l'on se trouve, il y a  toujours des gens avec leur perche en train de se photographier. En Europe c'est apparu vers 2014 ou 2015 à peine. Ailleurs je ne sais pas. Souvent, le portrait est agrémenté d'un petit signe de la main. Je me sens étranger à tous ces rites, à tous ces codes. Je suis arrivé à ce moment de la vie où les comportements de mon époque me sont devenus au mieux indifférents, sinon incompréhensibles. Et puis il y a beaucoup de choses auxquelles j'ai renoncé de m'intéresser. Non par manque de curiosité, mais parce que je n'en vois pas l'utilité, au regard des années qu'il me reste à vivre. Toutefois, chaque fois qu'une telle scène advient, je pense toujours à ce célèbre graffiti qui n'évoquera rien pour les plus jeunes "Kilroy was here". En fait, à notre époque, d'une certaine façon tout le monde veut être Kilroy.

vendredi 16 février 2018

Ca Rezzonico


Voilà
il y a un an nous étions à Venise avec ma fille et nous avions programmé par cette belle journée une visite à la Ca'Rezzonico. Arrivés un peu tôt, le ponton permettant d'accéder à l'entrée n'était pas encore ouvert et sous le soleil froid, nous avions aperçu cet homme bien couvert qui finissait sa nuit en somnolant paisiblement sur son chariot. Ce n'était pas le Christ de Mantegna, tout le contraire même. Plutôt l'image légère d'un art de vivre qui consiste à simplement prendre les choses comme elles viennent. (Linked with the weekend in black and white - Signs2

vendredi 20 octobre 2017

La petite fille de Cinecitta


Voilà,
solitaire dans ce décor médiéval, la silhouette de la fillette inconnue au chapeau m'avait touché sous la lumière crue et violente de cette fin d'été. Le soleil tapait dur. Il ne devait pas être loin de midi. Je garde de cette journée un souvenir particulièrement ému, parce que la surprise était réussie et le sourire de ma fille manifestait à la fois sa joie d'être là et une certaine reconnaissance. À cette époque, je pouvais encore dépenser sans trop compter et marcher allègrement sans excessive fatigue. Toutes choses qui me paraissent à présent aussi enviables qu'improbables. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 26 avril 2017

Le Parc de la Villa Borghese


Voilà,
cette fontaine dans le parc de la Villa Borghese, où nous nous sommes, ma fille et moi, un moment reposés pour y faire une petite sieste, j'y repense quelquefois, comme à d'autres. Lieux où nous n'avons fait que passer, mais qui nous ayant un instant saisis, donnent à éprouver une fugitive sensation d'éternité.

vendredi 10 mars 2017

Boire à la Source voluptueuse d'Autrefois


Voilà,
Je me réveille et aussitôt je mets France Musique. Le trio Altenberg joue des pièces de Mendelssohn pour piano, violon et violoncelle. Je ne connaissais pas, c'est beau. Je pourrais me rėjouir de cette trouvaille que cela soit mon bonheur du jour et m'en satisfaire. Parfois j'essaie de croire que la musique va me protéger du monde, des mots, de toutes ces conneries propagées à longueur de journée sur les ondes et les medias de toutes sortes, qu'il va m'être possible d'échapper aux prises de positions des uns et des autres. Mais je suis à la merci des réseaux sociaux (que je consulte tout de même sachant pourtant qu'ils sont aliénants et déprimants) autant que de ma propre conscience historique : je sais que dans les années trente à quarante, la musique ne protégeait de rien. On interdisait de jouer Mendelssohn en Allemagne au prétexte qu'il était juif, et dans les camps de concentration on faisait interpréter la grande musique allemande par des orchestres de déportės avant de les gazer. Je voudrais me soustraire à la bêtise politique et plus généralement à la cruauté du monde et au pressentiment des temps obscurs qui semblent s'annoncer. Mais je sais que c'est illusoire. Tout comme échapper aux pensées morbides parce que de plus en plus de gens qui furent plus ou moins proches à différents moments de ma vie disparaissent ou sont très malades. Et les douleurs de mon corps dont je ne sais si elles sont prėoccupantes ou normales, d'elles aussi je me passerais bien. En ce sixième anniversaire de la catastrophe de Fukushima, je ne parviens pas à songer à l'avenir avec sérénité ou même indifférence. Je ne parle pas du mien, mais de celui de ma fille et des enfants de mes amis. Je dois avancer vers ma vieillesse incertaine avec toutes ces inquiétudes. Le monde que j'ai connu s'effondre, tout comme disparaissent les valeurs qui m'ont en partie constitué. La nation où j'ai grandi semble renier sa devise inscrite au fronton des mairies. La radio continue de diffuser des pièces de Mendelsshon, ce sont les romances sans paroles pour piano seul. Il faut que je me lève, que j'aille travailler. Me reviennent en mémoire, sans que je puisse me l'explique des choses vues et entendues il n'y a pas si longtemps qui demeurent effrayantes. L'homme par exemple croisé il y a deux ans près de la gare Montparnasse alors que non loin les cheminots défilaient pour leurs revendications. Il disait à son copain que lui il avait deux modèles dans la vie : Hitler et Napoléon. Je m'étais mêlé à la conversation et lui avait demandé un peu plus sur Hitler, il m'avait expliqué que Hitler était un grand homme parce qu'il avait rétabli la situation économique dans son pays en 5 ans. Là je m'étais senti impuissant devant la force brute de la connerie. Mes livres, ma bibliothèque ma faculté d'analyse, ne m'étaient d'aucun secours. J'avais bien tenté quelques arguments mais aussitôt j'avais renoncé. Une sorte d'accablement m'avait envahi, comme lorsque j'avais vu dans ma rue ces deux noirs s'engueuler. L'un vêtu d'une combinaison verte de la mairie de Paris essayait d'empêcher l'autre au volant d'une BMW de se garer sur une place réservée aux handicapés. Le conducteur avait traité l'employé de la ville de pauvre nègre bon qu'à ramasser les poubelles. J'avais observé ça un peu interdit. Aujourd'hui, dans ce pays près de cinquante pour cent des gens hésitent dans leur choix entre deux genres d'escrocs, tous deux à la tête de partis devenus quasiment maffieux. Ce qui reste de la gauche se déchire malgré la consternation des quelques qui s'y reconnaissent encore. Les sociaux démocrates se laissent abuser et se jettent dans les bras d'un jeune arriviste qui dit tout et son contraire, et qui est l'otages des banques et des grands industriels. Le fascisme n'est même plus rampant, il s'affiche sans complexe  dans les commisssariats, et dans les émissions de la télévision publique. Parfois, j'ai l'impression que je vis dans un monde en train de sombrer irrémédiablement dans le chaos et le non-sens. Je voudrais retourner à Venise, "boire à la source voluptueuse d'autrefois" comme l'a si joliment écrit Thomas Mann (Linked with the weekend in black and white

vendredi 3 mars 2017

L'après-midi du premier jour


Voilà,
c'était l'après-midi du premier jour, l'étonnement d'être à nouveau là, après tant d'années. Un peu hébété, à cause du voyage, ma fille à mes côtés. Heureux, mais toujours ce fond de mélancolie teinté d'une vague inquiétude qui jamais ne me quitte. Très vite nous nous sommes éloignés de la foule, vers les petites rues, filant vers le Castello où nous avons senti la nuit tomber alors que nous abordions une piazetta non loin de Santi Giovanni e Paolo. On ne se perd jamais dans Venise, on s'égare. (Linked with the weekend in black and white)

dimanche 19 février 2017

Figures de carnaval avec bouquet et smartphone


Voilà, 
le mariage de la tradition et de la modernité. Etrange comme la perception des êtres et du paysage urbain s'est transformée en un rien de temps. Il y a un peu plus de dix ans, les premiers smartphones ont fait leur apparition en France. Je me souviens très bien que c'est un régisseur du Théâtre de Vandœuvre qui m'en a le premier montré l'usage un soir dans une pizzeria de la place Stanislas à Nancy. La dernière fois que je suis venu à Venise on ne rencontrait pas de gens semblant parler tout seuls. On en voyait quelques uns marcher avec un portable mais c'était rare. Désormais même les gondoliers gondolent en téléphonant. Et les perches à Selfies quand ont-elles commencé à apparaître ? je dirai quatre ans à peine. Peut-être moins. Pourtant on a l'impression que cela a toujours été là, tant cela prend de place dans la vie quotidienne. Lorsque le transistor s'est démocratisé les gens qui avaient connu un monde sans ce dernier ont-il éprouvé la même sensation ? C'est la vie moderne. Pour ma fille c'est normal, pour moi c'est étrange. Quoiqu'il en soit, des ondes de toutes sortes nous traversent. Des particules aussi. Certaines nous intoxiquent. Mais il est une ville où les voitures sont absentes, où l'on ne fait que marcher et où l'on peut se perdre, se retrouver seul , loin de la foule des touristes (linked with the weekend in black and white)

mercredi 5 octobre 2016

Dépouilles


Voilà
ce que Jean-Paul Sartre écrivait au début des années cinquante après avoir visité la crypte des Capucins de Rome : "Ces moines conservent les dépouilles humaines pour faire durer le plaisir ; ils retiennent l'homme de devenir chose pour pouvoir le traiter comme une chose, ils arrachent les ossements à leur destinée minérale pour pouvoir les asservir à la caricature d'un ordre humain ; on les exhume en grande pompe pour en faire du matériau de construction. Les religieux jugeaient la beauté diabolique quand elle venait du siècle ; il se transforment en esthètes quand il s'agit de préférer tout, même le beau, à leur prochain ; ils décorent la chapelle avec de l'homme comme les gardiens de Buchenwald faisaient des abat-jour en peau humaine". Le lieu, insolite constitue un genre artistique unique d'une certaine façon, une sorte de kitsch funéraire. Ce qui est troublant dans la remarque de Sartre, c'est l'inversion chronologique, la revisitation et la critique du passé à la lumière d'événement récents. Comme s'il y avait une relation de cause à effet entre les deux événements. Les mettre d'ailleurs sur le même plan, paraît a l'heure présente assez faible. Comme quoi les conditions historiques, les circonstances déterminent aussi notre façon, sinon de penser, du moins de ressentir.

vendredi 9 septembre 2016

Ruines


Voilà,
"La poésie de la ruine est poésie de ce qui a partiellement survécu à la destruction, tout en demeurant immergé dans l’absence : il faut que personne n’ait gardé l’image d’un monument intact. La ruine par excellence signale un culte déserté, un dieu négligé. Elle exprime l’abandon et le délaissement. Le monument ancien était un mémorial, […] il perpétuait un souvenir. Mais le souvenir a été perdu, une signification seconde lui succède, annonçant dorénavant la disparition du souvenir que le constructeur avait prétendu perpétuer dans la pierre. Sa mélancolie réside dans le fait qu’elle est devenue un monument de la signification perdue." (Jean Starobinski in "L'invention de la Liberté") linked with The weekend in black and white

vendredi 29 mars 2013

Squero di San Trovaso




Voilà,
aujourd'hui je me suis réveillé avec le souvenir du Squero di San Trovaso, l'atelier où l'on répare les gondoles à Venise. Discret, à l'écart des splendeurs de la ville, ce lieu modeste dégage un charme singulier et particulièrement apaisant. Je me souviens avoir, un matin, ressenti là-bas dans la tiédeur des premiers beaux jours, le tendre enchantement d'un printemps encore timide et, touché alors par cette grâce fugitive que les japonais appellent kensho, immobile, accoudé au parapet d'un pont, avoir docilement accepté la caresse du soleil sans plus songer à rien.
première publication 29/03/2013 à 9:08

dimanche 14 octobre 2012

Rêve de pierre


Burano (1984) 
 
Voilà,
on a beau saluer une statue, elle vous ignore.
C'est Lao-Tseu qui l'a dit.
À ce qu'il paraît.
C'était pas le derniers des cons Lao-Tseu.
À ce qu'on raconte

Linked with the weekend in black and white - friday face off -

samedi 25 août 2012

De nouveau là, mais pas vraiment

Voilà,


un mois est passé depuis que j'ai réalisé cette image un mois sans même que je ne m'en rende compte. 
C'était à Cerchiara avec ma fille. 
Cela me semble déjà si lointain, presque irréel. 

 

Je regarde les photos de là-bas, la plage, les thermes, le village, la lumière des fins d'après-midi


 

et aussi toutes celles prises depuis, à Paris et au Pays Basque.


 Il va falloir que j'élimine ce qui est en trop sans intérêt anecdotique. 

   

J'ai envie de repartir. Je n'ai pas été assez longtemps ailleurs.



Ici l'appartement n'est pas trop en désordre. Il y a encore à faire bien sûr pour que ce soit mieux rangé. Mais petit à petit cela redevient correct. Je me souviens quand je n'y étais que de passage. J'aimais ça, n'être que de passage, et les choses étaient plus simples alors. J'étais moins encombré.

jeudi 2 août 2012

La parenthèse enchantée

Tutto imane.. una foto sulla spiaggia
Voilà
je montre une autre photo de ma fille. La photo dont je parle ne peux pas la mettre en ligne puisque son visage apparait dessus, et je ne souhaite pas qu'il soit soit exposé à des regards inconnus. Mais c'est précisément à cause de cela, de ce visage régulièrement contemplé depuis quelque jours que j'évoque cette photo. Sa photo. Car non seulement elle en a eu l'initiative mais elle l'a aussi réalisée, décidant du cadre et de l'utilisation du flash en plein jour. Voilà comment cela s'est passé. Elle a pris dans le sac de plage ce petit appareil que j'avais acheté début 2010 afin de ne pas m'encombrer en voyage. Sur le transat elle en a exploré le menu et découvert comment fonctionnait le retardateur que je n'utilise jamais. Elle a demandé si elle pouvait faire une photo oui bien sûr. Elle a posé l'appareil sur la tablette du support de parasol, m'expliquant où je devais me tenir et de quel côté elle viendrait se placer. On en a claqué deux comme ça. Dessus elle est radieuse, solaire son bras passé autour de mon cou. Quant à moi j'ai l'air beaucoup plus jeune que tout à l'heure où je me suis vu dans le miroir de la salle de bains. Peut-être cette maison me vieillit-elle. Mais revenons à la photo. Son sourire illumine tout. Elle regarde franchement l'objectif, toute entière offerte à ce bref instant. On est là contents d'être ensemble sur cette plage où une sono diffuse les tubes du moment c'est peut-être le joyeux "Balda boa" de Gustavo Lima ou "in Aria" rappé par Gué Pequeno ou Biagio Antoniacci chantant "Non vivo più senza te". Elle y est très belle, très intense. L'image de la vie même. C'est pour cela qu'il faut que j'y revienne souvent ces jours-ci. Elle me raconte que ma présence au monde rend au moins quelqu'un heureux et que cela lui donne un sens. J'écris cela de nouveau seul. Et je n'ai pas envie d'être comme cela, ni d'être ici à ce moment précis, mais avec elle encore sur la plage italienne.


E da qui

mercredi 1 août 2012

Hopper en Calabre

Canzone
Voilà
dans la chaleur d'une nuit calabraise, sur cette plage, c'était là
comme un vivant tableau d'Edward Hopper.
Le chanteur, la femme seule.
J'étais content d'avoir emporté mon appareil.

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