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jeudi 25 juin 2026

Suspicion

 
Voilà, 
"J'ai toujours eu une suspicion à mon égard. Mais cela ne se produisait que de temps à autre, par périodes, avec de longues pauses dans les intervalles qui suffisaient à me le faire oublier. Il y avait en outre des choses peu importantes qui arrivent aussi sans doute à d'autres, mais ne signifient rien de grave pour eux, quelque chose comme l'étonnement qu'on ressent devant son propre visage dans le miroir ou, quand on passe soudain devant une glace dans la rue, en voyant l'image de sa nuque ou même de tout son corps" Franz Kafka (Journaux)
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lundi 15 juin 2026

Dans sa vie

 
Voilà,
"la mort dut le soulever pour le tirer de la vie comme on tire un infirme de son fauteuil à roulettes. Il était immobilisé dans sa vie aussi solidement, aussi posément que l’infirme dans son fauteuil à roulettes." Quand même, quel joyeux luron, ce Franz Kafka !

mardi 7 avril 2026

Une tyrannique habitude

  
octobre 2009, cirque d'hiver
 
Voilà, 
"un trapéziste – l’art que ces acrobates exercent dans les airs sous le dôme des grands music-halls, est, on le sait, l’un des plus difficiles auxquels l’homme puisse s’élever –, un trapéziste, poussé d’abord par la seule ambition de se perfectionner, puis par une habitude devenue tyrannique, avait organisé sa vie de telle sorte qu’il pût rester sur son trapèze nuit et jour aussi longtemps qu’il travaillait dans le même établissement. Des domestiques se relayaient pour pourvoir à tous ses besoins, qui étaient d’ailleurs très restreints ; ces gens attendaient sous le trapèze et faisaient monter ou descendre tout ce qu’il fallait à l’artiste dans des récipients fabriqués spécialement à cet effet.   
Cette façon de vivre n’entraînait pour l’entourage aucune véritable difficulté ; ce n’était que pendant les autres numéros du spectacle qu’elle devenait un peu gênante : on ne pouvait dissimuler que le trapéziste fût resté là-haut, et le public, bien que fort calme en général, laissait parfois errer un regard sur l’artiste. Mais la direction n’en voulait pas à cet homme, car c’était un acrobate extraordinaire qu’on n’eût jamais pu remplacer. On se plaisait à reconnaître d’ailleurs qu’il ne vivait pas ainsi par espièglerie, que c’était pour lui la seule façon de se tenir constamment en forme et de posséder toujours son métier à la perfection" (Franz Kafka in Un champion du jeûne")

samedi 17 janvier 2026

La Maladie

 
Voilà,
"La maladie se tient tapie sous toute intention comme sous la feuille de l'arbre. Si tu te penches pour la voir et qu'elle se sent découverte, elle bondit, la maigre et muette diablesse, et au lieu d'être fracassée, elle exige d'être fécondée par toi" (Kafka, Journaux)

lundi 29 juillet 2024

Je suis encore au lit


 
Voilà,
"une légère indisposition, un accès de vertige, m’ont empêché de me lever. Je suis encore au lit. Mais maintenant je me sens à nouveau frais et dispos. Je viens de sortir du lit. Encore un petit instant de patience ! Cela ne va pas encore aussi bien que je le pensais. Mais je me sens déjà tout à fait bien. Comme ces choses arrivent brusquement ! Hier soir, j’allais parfaitement bien, mes parents le savent. Ou plutôt, déjà hier soir, j’ai eu un petit pressentiment. On aurait dû s’en rendre compte. Pourquoi n’ai-je pas prévenu au magasin ? Mais on imagine toujours qu’on peut venir à bout du mal sans garder la chambre."  Franz Kafka in "La métamorphose"

dimanche 7 juillet 2024

Tu me fends le cœur

Voilà,
sur un mur d'Avignon, rue de la Campane, ce portrait de Raimu, évocation de la merveilleuse partie de cartes du film "Marius" de Marcel Pagnol. On préfère ne pas penser à demain.
 
 

Sinon, toujours la foule des festivaliers, spectateurs qui badent de-ci de-là entre deux spectacles, acteurs qui tractent et vous dérangent pendant que vous êtes en train de boire un verre ou de manger. Je perçois tout cela dans une vague confusion mentale. J'ai le sentiment d'être ici depuis un mois. Et puis cette sensation aussi que tout ce petit monde ne semble en rien concerné par la situation politique. Me revient en mémoire cette phrase de Kafka "J'avais honte de moi quand j'ai réalisé que la vie était une fête costumée ; et j'y ai assisté avec mon vrai visage."

*
 

Donc on y est. L'impensable, l'incompréhensible est entré dans notre vie collective. On a réellement affaire à un événement, en cela qu'il constitue une rupture dans l'ordre de l'intelligible. Même si on s'était plus ou moins fait à cette hypothèse depuis quelques temps, on ne parvenait pas trop à y croire. Les loups sont désormais dans la place. Si dans ce pays la plupart des syndicats de salariés se sont prononcés  (un peu tard) pour un front républicain en vue d'empêcher l'accès du Rassemblement national au pouvoir, — à l'exception notable de quelques syndicats de la police qui soutiennent ouvertement ce parti — aucune organisation patronale ne s'est opposée à ce dernier. Ce n'est pas une surprise. Le capital s'est toujours bien accommodé du fascisme. Aujourd'hui le parti raciste qui dans la législature précédente s'est opposé aux résolutions contre la Russie, à voté contre l'augmentation du smic, contre l'indexation des salaires sur l'inflation, contre la limitation des polluants éternels, contre l'exploitation minière sous la mer, contre l’interdiction du glyphosate, contre les quotas de médecins dans les déserts médicaux, pour les durcissements des critères d'immigration, pour la limitation de l'aide médicale aux étrangers, contre la création d'un délit de harcèlement scolaire, contre la loi de fin de vie aide à mourir, qui s'est abstenu sur toutes les propositions de loi de justice fiscale, ce parti donc, a plus que doublé son nombre de voix et devient le premier parti de l'assemblée nationale. Preuve que les votants ne lisent pas les programmes électoraux. Pour autant il ne dispose pas d'une majorité, car le barrage républicain a permis d'endiguer sa progression. Mais pour combien de temps encore ? Le président sort affaibli après son coup de poker, puisque son parti a perdu des sièges et que la gauche en a gagné. Il dispose de peu de crédibilité, même dans ses rangs. Quant à trouver une majorité de gouvernement, cela va être particulièrement difficile. Au vu des résultats, la France risque d’être ingouvernable. Il faudrait que les politiciens des partis républicains soient en mesure de faire des compromis et des alliances de circonstances. C’est au fond le sens de ce vote. Mais à entendre les réactions des responsables de ce front républicain on est loin du compte. Le soulagement des foules célébrant comme une victoire ce qui n’est qu’un répit a quelque chose de pathétique.
 

mardi 2 juillet 2024

Tant que c'est encore possible


 

Voilà,
les choses n'arrivent jamais comme on l'imagine et rien ne sert de faire des prédictions, mais,  vraisemblablement des temps fort obscurs sont devant nous. Des temps de grande confusion. Les rancœurs accumulées favorisent les bas instincts, et nul ne peut dire ce que seront les prochaines semaines sous nos latitudes. Pourtant, il arrive qu’au détour d’une de ces rues d’Avignon, où je traîne mon spleen, je puisse être ému, sans trop comprendre pourquoi. Ou plus exactement sans vouloir m'avouer pourquoi. Depuis huit mois, je suis en quelque sorte totalement désaccordé. Je suis en totale inadéquation avec cette réalité. Mais la réalité elle-même a depuis quelques semaines pris un tour délirant. On ne pouvait, ne voulait imaginer que la folie, l’incompétence l’immaturité d’un homme persuadé de son destin et de la pertinence de ses décisions, et peu enclin à tenir compte de l’avis des autres, enchaîne autant de choix absurdes qui ébranlent à ce point nos institutions. C’est comme un temps suspendu. Un temps de sidération. Les choses, les lieux sont là, mais plus rien n’a la même saveur. Je m'étonne d'être de nouveau, dans l'insupportable microcosme du théâtre qui tient ici son rendez-vous annuel. J'y suis un peu malgré moi, car mes partenaires tenaient à ce que nous y retournions ensemble cette année. J'ai cédé à la pression du groupe. J'ai du plaisir à jouer ce spectacle, certes, mais je n'aime pas cette ambiance. Toutefois cette année, le contexte est si étrange, que cela rend l'affaire un peu plus piquante. 
Quel paradoxe, ce festival qui se tient dans une région chaque année un peu plus gangrénée par l'extrême droite nationaliste. 
Quoi qu'il en soit, hors du festival officiel, chacun est là pour vendre son produit. C'est le règne de l'ultralibéralisme culturel. On retrouve les réflexes habituels, chacun cherche à contacter spectateurs, programmateurs, tourneurs. Mais cela n'a aucun sens désormais. Ce secteur d'activité va être un des premiers à subir les foudres de ceux qui s'apprêtent à nous gouverner. On le sait depuis longtemps, ce ne sont pas vraiment des amis de la culture. Ils s'efforceront très vite de mettre au pas nombre de ces gens qu'ils considèrent comme de dangereux perturbateurs. 
  

 photo Guillaume Samama

Ce genre d'image et de propos n'aura sans doute plus cours d'ici quelques mois. Il faudra juste distraire le public, et surtout ne pas, en même temps, lui donner matière à réflexion. De tels spectacles deviendront tout simplement indésirables. Alors, profitons, tant que c’est encore possible du peu de liberté qu'il nous reste, et partageons cette pièce de Laurent Gaudé, « Cendres sur les mains » qui donne un peu à rire de notre misérable condition. Et gardons en mémoire ces mots de Kafka né un 3 Juillet qui sonnent si étrangement depuis peu : “Quand une fois on a accueilli le Mal chez soi, il ne demande plus qu'on lui fasse confiance. ”

lundi 25 mars 2024

Tracasseries

 
Voilà,
"ces derniers temps je subis les tracasseries de l'idiot du village. Idiot, il l'a toujours été, seulement autrefois cela ne me concernait pas plus qu'un autre. Voilà encore quelque chose qui se traîne à la porte de mon jardin. Je regarde par la fenêtre. Naturellement, encore lui" (Franz Kafka)

samedi 6 janvier 2024

Exclu du spectacle

 
Voilà,
"on lui a découpé dans le derrière de la tête un morceau de crâne affectant la forme d'un segment. Avec le soleil, le monde entier regarde à l'intérieur. Cela le rend nerveux, le distrait de son travail et il se fâche de devoir, lui précisément, être exclu du spectacle" Kafka in Journal 9 Janvier 1920

samedi 18 novembre 2023

Directeur de théâtre

 
Voilà,
"un directeur de théâtre qui doit tout créer lui même de fond en comble, il doit même commencer par procréer les acteurs. Un visiteur qui se présente n'est pas introduit, le directeur est pris par d'importants travaux. Que fait il ? il change les langes d'un futur acteur".
Franz Kafka in Journal (18 février 1920) 

*
 
C'est précisément en me rendant vendredi soir, au théâtre dans la ville de Saint-Denis en travaux, (sans doute à cause des jeux olympiques, puisque le stade de France se trouve dans cette municipalité), que m'est apparue cette vision d'une palissade en mirolège, qui m'a laissé un instant déconcerté.


Je n'ai pas immédiatement compris ce que je voyais et j'ai été saisi d'une légère angoisse, comme si j'étais l'objet d'une hallucination.

*
 
 
Quelques mètres plus loin, j'ai aperçu cette fresque que j'ai photographiée à travers les grilles d'une porte d'entrée. Elle a été réalisée par le collectif AAAAA composé de femmes colombiennes âgées de 34 à 43 ans. Trois d'entre elles sont plasticiennes ayant en commun d'avoir suivi une formation d'architecte. Les deux autres sont danseuse et réalisatrice. Elles ont signé des fresques sur le territoires du grand Paris et réalisé une installation à la biennale d'architecture de Venise. Quand elles ne travaillent pas ensemble chacune mène sa propre trajectoire artistique. (Informations glanées sur le site de la ville de Nanterre)

jeudi 15 juin 2023

Je deviens de pierre


Voilà,
plus que jamais je peux faire mienne cette réflexion de Kafka notée dans son journal en date du 28 Juillet 1914 : "mon incapacité à penser, à observer, à constater, à me rappeler, à parler, à prendre part à la vie des autres devient chaque jour plus grande ; je deviens de pierre... Si je ne me sauve pas dans un travail, je suis perdu". Mais je suis si fatigué. Je me demande parfois si je ne suis pas déjà perdu.

mercredi 31 mai 2023

Un bon conseil (2)



Voilà,
Détruis-toi pour te connaître, construis-toi pour te surprendre, l'important n'est pas d'être, mais de devenir 
— Je veux bien mais quand même, t'as vu ma tronche ? 
 
- Destroy yourself to get to know yourself, build yourself to surprise yourself, the important thing is not to be, but to become
- I don't mind, but you've seen my face ? 
 

lundi 8 mai 2023

L'inexplicable roc

 
Voilà,
"Quatre légendes nous rapportent l’histoire de Prométhée : selon la première, il fut enchaîné sur le Caucase parce qu’il avait trahi les dieux pour les hommes, et les dieux lui envoyèrent des aigles, qui lui dévorèrent son foie toujours renaissant. 
Selon la deuxième, Prométhée, fuyant dans sa douleur les becs qui le déchiquetaient, s’enfonça de plus en plus profondément à l’intérieur du rocher jusqu’à ne plus faire qu’un avec lui. 
Selon la troisième, sa trahison fut oubliée au cours des millénaires, les dieux oublièrent, les aigles, lui même.
Selon la quatrième on se fatigua de ce qui avait perdu sa raison d'être. Les dieux les aigles se fatiguèrent, fatiguée, la plaie se referma. 
Restait l’inexplicable roc. – La légende tente d’expliquer l’inexplicable. Comme elle naît d’un fond de vérité, il lui faut bien retourner à l’inexplicable" (Franz Kafka)
 

dimanche 25 décembre 2022

Un agent de police


 Voilà
"C’était de très bonne heure le matin, les rues étaient propres et vides, je m’en allais à la gare. En comparant une pendule avec ma montre, je vis qu’il était déjà beaucoup plus tard que je n’avais cru ; il fallait me dépêcher ; l’effroi que me causa cette découverte me fit hésiter sur mon chemin, je ne m’y connaissais pas encore bien dans cette ville ; il y avait heureusement un agent de police à proximité, je courus vers lui et lui demandai hors d’haleine mon chemin. Il se mit à me sourire et me dit : "C’est de moi que tu veux apprendre ton chemin ? - Oui, lui dis-je, puisque je ne peux pas le trouver tout seul. - Abandonne, abandonne ! " dit-il en se détournant de moi d’un geste large, comme font les gens qui ont envie de rire en toute liberté. "(Franz Kafka) 

dimanche 18 septembre 2022

Supercherie


Voilà,
" C'est une vie entre les coulisses. Il fait jour, c'est un matin en plein air, et puis aussitôt la nuit tombe, et c'est déjà le soir. Ce n'est pas une supercherie compliquée, mais il faut se soumettre tant qu'on est sur les planches. On n'a le droit de s'enfuir que si on a la force de se diriger vers le fond, de fendre la toile, de passer à travers les lambeaux de ciel peint et d’enjamber un ou deux accessoires pour se réfugier dans la rue réelle, une rue obscure et étroite qui, en raison de la proximité du théâtre, s’appelle encore rue du théâtre, mais est vraie et possède toutes les profondeurs de la vérité". (Franz Kafka)
Bien sûr cette rue de Nantes ne s'appelle pas la rue du Théâtre, mais, ni obscure ni étroite, elle est cependant réelle et possède néanmoins non pas la profondeur, mais l'illusion de la vérité. Et il faut y regarder à deux fois pour reconnaître la supercherie.
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jeudi 14 octobre 2021

La Figure du Refus


Voilà 
"La figure du refus que je rencontrais toujours n'était pas celle qui dit : "je ne t'aime pas", mais celle qui dit "tu ne peux pas m'aimer, si fort que tu le veuilles, tu aimes sans espoir l'amour de moi, l'amour de moi ne t'aime pas". En conséquence, il n'est pas exact de dire que j'ai connu le "je t'aime", je n'ai connu que le silence plein d'attente que mon "je t'aime" eût dû interrompre, je n'ai connu que cela, rien de plus" (Kafka, journal 13 février 1920)

mercredi 14 avril 2021

Détails insignifiants


Voilà
"Jeune garçon, j'étais aussi innocent, aussi peu intéressé par les questions sexuelles (et je le serais resté très longtemps si l'on ne m'avait poussé à m'en occuper) que je le suis aujourd'hui, disons par la théorie de la relativité. Seuls des détails insignifiants attiraient mon attention (et même ceux-là, après qu'on m'eût fourni des éclaircissements précis), le fait, par exemple, que les femmes de la rue qui me semblaient les plus belles et les mieux habillées dussent précisément être mauvaises."
Franz kafka in "Journal"  

vendredi 12 mars 2021

Pouvoir nouveau


Voilà,
"ces derniers temps, un pouvoir nouveau et fortifiant s'est affirmé dans ma réflexion sur moi-même, pouvoir que je suis maintenant, et maintenant seulement, en état de reconnaître, parce que à force de stérilité de tristesse, je me dissous positivement dans la semaine qui vient de s'écouler" (Franz Kafka in "Journal") Linked with the weekend in black and white)

mardi 5 janvier 2021

Tu es venu trop tard

Voilà,
"tu es venu trop tard, il était là il y a un instant, en automne il ne reste jamais longtemps à la même place, il est attiré dehors, dans les champs sombres où il n'y a pas de clôture, il a quelque chose de la grue. Si tu veux le voir, vole aux champs, il y est sûrement". Franz Kafka in "Cahiers divers et feuilles volantes" 

vendredi 17 avril 2020

Orgue de Barbarie



Voilà, 
on dirait une photo d'un autre temps. Et pourtant elle date du 21ème siècle, comme l'attestent l'ardoise indiquant le prix en euros et les chaussures du musicien.
Mais le vingt-et-unième siècle, depuis, nous a réservé une bien étrange surprise.
Je ne sais pas s'il jouera encore, au marché Edgar Quinet, l'homme à l'orgue de barbarie, cela fait longtemps que je ne l'ai vu, j'ignore même s'il est encore vivant. Et puis je ne sais pas quand il y aura de nouveau un marché Edgar Quinet. Quoiqu'il en soit, avec ses ritournelles d'un autre temps il alimentait la nostalgie d'un Paris qui n'existe plus, d'un monde rêvé.
Mais que faire de nos rêves désormais ?
Personne n'avait imaginé cela. La moitié de l'humanité enfermée, interdite de sortie, de circulation. Ayant pour consigne de ne pas même accompagner les mourants ni d'honorer les morts.
Comme le chanteur Christophe, cette nuit, le saxophoniste Lee Konitz,  l'écrivain Luis Sepulveda, il y a trois jours. Et tant d'autres plus ou moins connus.
Les morts c'est juste qu'ils nous abandonnent.
Et même si nous les avons perdus de vue ou qu'ils n'étaient que de vagues connaissances dont nous avions quelquefois des nouvelles par des tiers, ils nous laissent à la méditation mélancolique à quoi leur absence nous réduit. Quand ils étaient encore de ce monde nous appartenions ensemble a la communauté des vivants. Disparus ils nous renvoient à la fragilité de notre présent à la précarité de notre futur. Ils nous rappellent violemment notre condition de sursitaires.
Aujourd'hui plus que jamais.
Oui notre pas est moins véloce et sans doute est-ce lié à la pesanteur de nos pensées.
Et puis nous avons depuis un mois si peu l'occasion de marcher.
Il nous faut nous signer à nous-mêmes des bons de sortie.
Flâner trop longtemps ou loin de chez constitue désormais un délit.
En ce temps de grand confinement  — c'est ainsi que les responsable du FMI ont décidé de nommer cette période — la sagesse de Kafka — lui-même victime d'une autre grande pandémie qui (bien qu'on sache la prévenir) tue encore annuellement 1,8 millions de personnes dans le monde — nous fait défaut.
"Il faut quitter ta chambre. Reste assis à ta table et écoute. Tu n'as même pas à écouter. Attends simplement. Tu n'as même pas à attendre, apprends juste à rester tranquille, calme et solitaire. Le monde s'offrira alors à toi, et te proposera de le démasquer. Il n'aura pas le choix : il roulera en extase à tes pieds."
Après tout, un peu de poésie ne peut nuire. Mais le monde est il encore capable d'extase ?
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