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lundi 8 septembre 2025

Cabane


Voilà,
en passant il y a peu, dans cette rue voisine, j'ai remarqué, à l'abri dans un recoin, au pied d'un arbre, cette improbable cabane que je n'avais jamais aperçue auparavant. Cet astucieux dispositif de planches, de treillages, recouvert d'une bâche bleue, avait sûrement été assemblé au cours de l'été, quand les vacances vident le quartier de la plupart des habitants. 
Un bref instant je n'ai pu m’empêcher d’y voir une sorte d’idéal perdu. Je me suis pris à admirer cette construction. Je me suis rappelé ces après-midi d’enfance, quand je griffonnais des plans de cabanes imaginaires sur le coin de mes cahiers d’écolier — toujours trop ambitieux pour mes misérables compétences en la matière et le peu d’outils dont je disposais —. Le vieux marteau rouillé dont mon géniteur m'avait fait cadeau, les quelques clous qui se tordaient à peine enfoncés. Tout ce que j'étais, avec ce maigre outillage, parvenu à bâtir avait été un assemblage tremblant, un misérable tipi de branchages et de planches disposés contre un vieux mur de pierres disjointes. À peine cela tenait-il.  
Alors devant cette construction de fortune, ingénieuse et presque élégante, la honte m'a saisi. L'ombre d'une enfance jalouse s'est mêlée à la conscience vaguement coupable de l'adulte. J’aurais aimé en avoir une semblable, pour m’y cacher, enfant, loin des tensions du foyer familial et de la stupide discipline militaire à laquelle je devais me plier. C'était tellement mesquin d'envier ce qu'un autre, dans le dénuement, avait été en mesure de réaliser.  J'en étais donc toujours à rêver d'un refuge qui m'aurait offert, enfant, la possibilité de disparaître du monde. Comme si j'avais encore besoin d'un abri contre les grandes personnes. Comme si je n'avais jamais grandi.
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jeudi 7 août 2025

Péché mignon

 
Voilà, 
j'aime bien le hameau que Marie-Antoinette s'est fait construire à Versailles, non loin du Petit-Trianon. Oui j'y vais et j'aime y retourner comme un diabétique revient chez Ladurée. J’ai grignoté Bourdieu, lu Marx, Piketty Descola et Lordon. N’empêche. La ferme de Marie-Antoinette, c’est mon plaisir honteux. Mon péché mignon, mon fantasme bucolique. Je m'y rends comme d’autres vont à Lourdes. Pas pour y croire, mais pour goûter l’illusion.
Les rochers semblent en carton, les chèvres d'opérette. Qu'importe. Ce kitsch pastoral, ce luxe rustique, d'un disneyland d’Ancien Régime me charme. Bien sûr on peut qualifier d'obscène l'élégance factice de cette campagne qui fut aménagée pendant que le peuple crevait de faim. Mais elle me ravit tout de même. C'est bon parfois quand l'hyperréalité nous caresse dans le sens du velours. 
 
 
La ferme ?  Ce n’est pas une ferme. C’est l’idée d’une ferme. C’est le faux qui ne cherche même plus à faire semblant. J’ai le goût du paradoxe. Je déteste l'ordre établi mais j’admire les rosiers taillés au cordeau. Je préfère ça à un jardin ouvrier sponsorisé par la mairie. Au moins ici, le mensonge est baroque.
Marie-Antoinette jouait à la bergère, moi, je joue au touriste égaré. Et Tant pis si tout cela est trop. Trop propre. Trop parfait. Trop ridicule. Ce trop, rappelle une vérité historique. Le pouvoir se rêve enfant, il joue à la vie simple, il finit sous la lame.
On peut rêver non ? 

jeudi 8 mai 2025

Tourisme à Belleville (1)

Voilà,
il était entendu avec ma fille que je lui laisserais mon appartement début mai pour qu'elle accueille des amies qu'elles avait connues lors de son séjour Erasmus à Barcelone en 2023 et avec lesquelles elle est restée liée.  Mon partenaire de jeu de la pièce "cendres sur les mains" qui profitait du pont du premier mai pour partir en excursion avec sa douce, m'a proposé son logis pour cette période. 
J'ai donc, pendant quatre jours, fait le touriste du côté de Belleville, qui n'est pas un quartier où je viens souvent. C'était formidable. J'en ai profité pour me balader, — parfois tôt le matin — dans les alentours sous une chaleur estivale (un peu inquiétante pour la saison). Mes pas m'ont ainsi mené sur la butte Bergeyre, dont on aperçoit les vignes en premier plan et d'où l'on peut distinguer au loin la butte Montmartre. C'est un îlot résidentiel difficilement accessible habité par des célébrités, des artistes pour la plupart.


Je montrerai d'autres photos de ce bref séjour à l'autre bout de Paris. Belleville est un quartier très attachant avec une grande diversité de populations et de milieux sociaux. Bien sûr, les multiples rénovations urbaines de ces cinquante dernières années l'ont beaucoup transformé, mais il garde toutefois un cachet très particulier et n'a en rien perdu de son âme.

dimanche 23 février 2025

Immeuble d'angle

 
Voilà
le surprenant immeuble de la rue Boulard, à l'angle du 11 rue Froidevaux, fut commandé par M. Emile Gérondeau à l’architecte Léon Boucher (père de l'aviatrice Hélène Boucher), et sa demande de permis de construire fut publiée le 13 février 1911. C’est grâce à cette publication que l’auteur de l’édifice nous est connu, puisqu’il n’a pas trouvé nécessaire de le signer.
A cette époque déjà tardive, l’Art Nouveau commençait à vouloir se muer en un style à la fois plus sévère, plus anguleux, mais sans pour autant renoncer à une certaine sophistication décorative.
Cet immeuble très intéressant, propose un art assagi, mais "avec une réelle volonté d’originalité. Il se distingue par ses multiples ouvertures et balcons, et par la présence des motifs colorés, en mosaïques de grès aux motifs déjà très stylisés".

 
Des bandeaux arrondis se prolongent sur les façades pour former des gardes corps, et maintenir la rotonde d'angle. Des incrustations de pierre émaillées représentant des guirlandes de fleurs, décorent la façade en pierre de taille. On peut remarquer, s'évidant vers le haut, une rotonde d'angle à fenêtres géminées, avec des bow-windows, des balcons traités en lignes courbes. Rue Boulard, une porte d'entrée est ornée de sgraffites et de ferronnerie stylisés, aux motifs floraux. (source  Jean-Pierre Dalbéra wikipedia)

 
Prolongeant ma promenade, j'ai aperçu, Boulevard Raspail, à l'entrée d'une école d'art privée, ces fresques dans le hall d'accueil qui ont sûrement été réalisés par des étudiants. Mais les gardiens n'ont pas voulu que je rentre.

jeudi 26 décembre 2024

Réminiscence


Voilà,
quand il m'arrive d'évoquer cela, je sens bien que la plupart du temps, mes interlocuteurs pensent que ce n'est pas possible, que j'affabule. Pourtant — et je peux l'éprouver de nouveau en me concentrant bien, et mieux encore, lorsque je suis dehors et qu'il fait froid, sec, et un grand ciel bleu — je me souviens de cette sensation de transport d'émerveillement et de toute puissance, quand assis dans ma poussette et bien emmitouflé, je voyais le monde bouger autour de moi. C'était en Allemagne. C'est alors que je commence à me constituer en tant qu'être. C'est à ce moment que je prend conscience que je suis au monde et que je ressens. Je crois que c'est dans la densité de ces moments-là, que s'est formée ce que a langue allemande nomme, l'Innerlichkeit, qui désigne tout à la fois la lumière intérieure, la profondeur de l'âme et l'intensité des sentiments  Et que, ressentir fait plaisir. Prendre conscience, avoir du plaisir, n'a rien à voir avec le langage. Je ne le sais pas encore, puisque, à l'époque je ne sais pas ce qu'est le langage. Ce que j'éprouve c'est l'épanouissement dans le pur instant qui se déploie en durée, l'intensité du bien-être éprouvé. Je ne peux le nommer. Je ne sais pas que ça s'appelle un délice. Sans doute ai-je l'impression de ne faire qu'un avec le monde qui s'imprime dans mon regard, dans mes poumons. Je vois je respire ça me plaît. Ce qui me traverse me plaît. C’est cela donc qui inaugure la lignée des souvenirs. Il y en a un  autre en Allemagne à travers les vitres d’une voiture. Je suis à l'avant, sur les genoux de ma génitrice et je vois un fleuve en contrebas avec des péniches et une ville. Mais de celui-là je ne suis pas sûr qu'il ne soit pas une recomposition. Qu'importe. Pour revenir au premier, il m'arrive parfois d'avoir envie de l'éprouver complètement encore. Mais cela voudrait dire que je suis sur un fauteuil et que l'on me pousse, perspective tout à fait inacceptable. J'ai repensé à cela il y a quelques semaines sur les bords de la Côle.

jeudi 19 décembre 2024

Lumière d'hiver

 

Voilà,
un peu moins seul que de coutume, me sentant toutefois étranger à la compagnie, cigale parmi les fourmis, mais n'ayant plus désormais la force de chanter, j'aurai cependant marché dans cette lumière, dans ce paysage. Il y aura eu ce moment de suspension, près de la rivière devant l'ancien moulin, avec le vieux clocher non loin. Une fois encore je n'aurai pu m'empêcher de songer qu'une autre vie m'eût été possible, si j'avais été un peu plus malin. Qu'importe à présent, il n'est plus temps d'y penser. Je peux encore marcher, découvrir, m'étonner, ce n'est pas donné à tout le monde.

 
Ainsi au pied de l'église aurai-je appris qu'au moyen-âge, alors que les décès de nouveaux nés étaient fréquents et qu'ils entraînaient souvent l'absence de baptême les privant  de paradis, on avait coutume, afin d'apaiser les parents de leur donner une sépulture dite "sépulture à répit".
 

Cela consistait en logettes creusées dans les fondations de l'église, où les corps étaient disposés recouverts d'une pierre. L'eau de pluie tombée du toit d'une église étant considérée comme bénite, elle purifiait le corps de l'enfant et symbolisait le baptême. Après un certain temps passé dans la logette, l'enfant nouvellement baptisé pouvait enfin être enterré au cimetière et son âme rejoignait ainsi le paradis.

mercredi 30 octobre 2024

Quartier Pierreuse


Voilà,
c'est une perspective étrange sur les hauteurs de la ville de Liège avec cet immeuble d'angle, rue Pierreuse, son Christ en façade et cette plaque datant de Juillet 2005 en l'honneur de Père Paul, un curé franciscain. "Père Paul dans l'esprit d'Assise commence ici 35 ans de don de sa vie aux jeunes de tous pays et à leurs familles". J'ai cherché qui était ce père Paul. Il s'agit de l'abbé Deconinck qui selon "La libre Belgique "porta à bout de bras la Jeunesse Sportive Pierreuse, une école de vie et de foot. Il emmenait dans sa camionnette à l'entraînement ou aux matches des enfants italiens d'abord, puis ratissa vers Droixhe et Sainte-Walburge dans un esprit multiculturel qui baigne le quartier. Et le club est fier de voir un de ses joueurs percer à l'Ajax Amsterdam."
Je me souviens bien de cette balade avec Madeleine, ce jour gris de mai. En redescendant vers la ville, dans la basilique St Martin, nous avions rencontré un vieil ornithologue au pied d'un pilier qui observait sur un écran, la couvaison de faucons filmés en haut de l'une des tours.
 

Nous nous sommes entretenus un long moment avec lui. Il était passionné par ses observations et nous avait confié qu'il venait ici chaque jour depuis plusieurs mois. Il me rappelait un comédien belge avec lequel j'avais travaillé voilà bien longtemps. Un grand échalas illuminé qui parlait toujours très fort et dont il était difficile de se décoller dès qu'il vous avait alpagué.
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dimanche 25 février 2024

Pays nantais

Voilà,
il y a deux ans jour pour jour, je suis allé à Trentemoult un ancien village de pêcheurs aux maisons colorées situé, juste en face de Nantes sur la rive gauche de l'estuaire de la Loire. On y accède après cinq minutes de traversée à bord de ce qu'on appelle là-bas le Navibus. En quittant la Gare Maritime de Nantes on ne peut ignorer cette longue fresque peinte sur un mur de la rive droite. J'ignore si elle existe encore.
 
 




Bientôt sur l'autre rive apparaît une ligne de bâtisses bigarrées. L’une des façades arbore une peinture publicitaire « Petit Beurre Lu » d’une autre époque. Juste à côté, la crêperie "La Reine Blanche" . Les pêcheurs peuplant jadis ce petit village à l’allure étonnante, avec ses allées sans voiture et des terrasses le long de la Loire, enduisaient leurs maisons avec les restes de peinture destinée aux coques des bateaux. La tradition a perduré et sied parfaitement à l’ambiance bohème qui flotte désormais ici, loin de l’agitation urbaine.
 
 
 
Il y avait quelque chose d'incongru à profiter des timides rayons du soleil, et à déambuler dans ces ruelles si paisibles en songeant à l'agression sauvage de l'armée russe en Ukraine, et à l'invasion qui venait de commencer la veille.
 

Plus tard, revenu à Nantes et déambulant au hasard des rues, j'ai aperçu ce magnifique trompe-l'œil, voisin de cet autre que j'ai déjà montré dans ces pages
 

jeudi 30 novembre 2023

Maison à Beauvais


Voilà,
"datant de 1410 cette maison est la plus ancienne de Beauvais. Installée dans le centre ville, et menacée de destruction, elle fut démontée puis remontée au pied de la cathédrale, par l'association "Maisons paysannes de l'Oise.  Construite en pans de bois et torchis, recouverte de tuiles plates, elle témoigne du paysage urbain qui entourait la cathédrale avant la destruction de la ville en 1940. Ce quartier se composait alors de rues étroites bordées de maisons à colombages conférant à Beauvais, cette image de cité médiévale tant appréciée des voyageurs du XIXe siècle", indique le site de l'office de tourisme de la ville.
 P.S. I don't understand why I can't leave comments under certain publications.

vendredi 1 avril 2022

Itinéraires recommencés

 
Voilà
"Je reparcours les mêmes rues, aller et retour, dans les mêmes trams, les mêmes autobus. La toile des itinéraires prédéterminés s'étend sur la ville, parcourue par l'histoire vivante (au sens de Husserl) des hommes. Il semble que leur regard laisse quelque chose dans les rues, le long des murs des maisons. Ils se rappellent être passés pendant des années devant un palais ou devant une boutique. Il y a deux ans ou deux mois, quand ils espéraient encore ou n'espéraient plus, et qu'ils attendaient ce qui n'est pas venu, ou se demandait ce que pouvait être cet avenir qui est présent, maintenant devant ce palais ou cette boutique"  écrit Enzo Pacci, 27 mars 1958, dans son "Journal Phénoménologique". Je connais bien cette sensation des itinéraires recommencés. On s'y rend compte de la façon dont les lieux habitent et nourrissent nos rêves. Ils nous confrontent à toutes ces versions de nous-mêmes que l'on avait endossées au gré des circonstances, plus ou moins malgré soi, bien que l'on pût, en certaines époques, s'être persuadé qu'on était maître de son destin. La vie passe en un battement de cils. Des regrets rôdent dans les quartiers à l'abandon où de pauvres fantômes vagabondent. Toujours ils nous appellent mais jamais leur rumeur ne nous parvient.
- Ah bon tu crois aux fantômes toi ?
- J'sais pas. Des fois oui. Quand les murs sont sales et que le ciel est gris.

vendredi 11 mars 2022

Passe par les villages


Voilà,
"Évite les arrière-pensées. Ne tais rien. Sois doux et fort. Sois malin, interviens et méprise la victoire. N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant. Sois ébranlable. Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond, prends soin de l’espace et considère chacun dans son image. Ne décide qu’enthousiasmé. Échoue avec tranquillité. Surtout aie du temps et fais des détours. Laisse-toi distraire. Mets-toi pour ainsi dire en congé. Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau. Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil. Oublie ta famille, donne des forces aux inconnus, penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne, fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur, apaise le conflit de ton rire. Mets toi dans tes couleurs, sois dans ton droit et que le bruit des feuilles devienne doux. Passe par les villages, je te suis."
Peter Handke in  "Par les Villages" 

vendredi 29 octobre 2021

Impasse Florimont


Voilà,
c'est au fond de cette impasse que se trouvait je crois la maison de la Jeanne, que Georges Brassens a chantée, et chez qui il a habité une longue période. Ensuite, il a vécu dans le quinzième, Villa Santos Dumont, mais je ne sais plus exactement à quel numéro.  
Brassens qui nous a quitté voici quarante ans, le 30 Octobre. 
 
Ça me revient 
Le journal Libération avait titré "Brassens casse sa pipe" au lendemain de sa mort
 
Ça me revient
Agnès lorsque je l'ai connue avait chez elle l'album où se trouve le morceau "Mourir pour des idées"

Ça me revient 
pour mon quarantième anniversaire mes amis s'étaient cotisés pour m'offrir un coffret de l'intégrale de Brassens
 
Ça me revient
lorsque Constance était petite, je lui chantais le soir des chansons de Brassens que j'avais apprises par cœur, et ce furent parmi les plus beaux moments de ma vie. Je me souviens qu'elle aimait bien "la chasse aux papillons", mais elle ne s'en rappelle plus.
 
Ça me revient
en octobre 2001, pour le vingtième anniversaire de sa disparition, une émission lui avait été consacrée que nous avions regardée, Christelle et moi. Christelle était dans les dernières semaines de sa grossesse, et ne bougeait plus beaucoup. Des vedettes de l'époque reprenaient des morceaux de lui. Nous avions eu un fou-rire devant la ridicule interprétation de "Gare au gorille", par Francis Cabrel
 
Ça me revient
l'interprétation si délicate sur un rythme de bossa nova de "L'eau de la claire fontaine" par Maxime Leforestier, qui est le seul à savoir chanter correctement Brassens  

Ça me revient
il y avait dans la maison de mes géniteurs le premier disque de Brassens, celui où il y a ce qui tout de même était assez paradoxal, chez des gens aussi militaristes. Je l'écoutais parfois tout seul, et le poème de Paul Fort, l'histoire du petit cheval dans le mauvais temps, me faisait pleurer. Je crois que c'est lui, la sculpture du parc Georges Brassens
 
 


Ça me revient
un jour mon copain Didier fit une remarque un peu stupide au sujet de Brassens, et de son usage des vieux mots et je fus fort attristé qu'il n'appréciât pas la subtilité de ses chansons.
 
Ça me revient
quand nous étions allés jouer à Béziers, "L'Argent" de Serge Valletti un jour, nous sommes allés avec Jean Alibert et Lionel Astier voir sa tombe au cimetière de la plage de Sète (subtitled in english)
 
Ça me revient
la réflexion de mon géniteur qui s'exclama en le voyant chanter "Les passantes" à la télévision, "il ne va pas très fort Brassens"
 
Ça me revient 
une émission où l'on voit Trénet et Brassens ensemble. Je l'ai retrouvée, brassens y chante "le grand café" que j'adore et que je connaissais aussi par cœur il y a une quinzaine d'années
 
Ça me revient 
lors de ses concerts, chaque fois qu'il chantait "mort aux vaches, mort aux lois vive l'anarchie" dans la chanson Hécatombe, il y avait toujours des gens pour applaudir

Ça me revient
que dans une interview il confessait son penchant pour les chansons de carabins et de corps de garde
 
Ça me revient, mais il y a tant de choses qui m'échappent

dimanche 1 août 2021

Café du Loup

Voilà,
en descendant vers le sud en TGV, il m'est arrivé quelquefois, pour peu que mon attention fut distraite par le paysage, de furtivement apercevoir, l'espace d'une seconde, cette énigmatique enseigne et ce bâtiment. Un jour, je suis passé à proximité. "Le café du loup", devenu désormais une résidence, a perdu sa vocation première. J'espère que les nouveaux propriétaires préserveront néanmoins la façade. J'ai bien évidemment effectué quelques recherches. Le Journal de Saône et Loire rapporte que "l’ouverture du café « doit remonter au XIXe  siècle, les documents n’en font mention qu’à partir des années 1870, avec l’essor de la D 28. Il est tenu par la veuve Boucansaut, puis par un de ses fils, Jean Badet, jusque dans les années 1890. En 1933, il est tenu par Claude Badet, fils de Jean, après bien des vicissitudes car il a pris feu en 1929. Un bal public y était régulièrement organisé.  Dans une photo d’archives datant du début du XXe  siècle, on distingue sur la façade la silhouette d’un loup peint au-dessous du mot “Café”. Fermé pendant longtemps, l’établissement a brièvement rouvert ses portes, fin 2010, à une clientèle venue des communes environnantes. Le bar tenu par Isabelle Flèche proposait pas moins de 46 bières différentes. Des petits concerts y étaient organisés. C’est à cette époque qu’aurait été dessiné sur la façade le loup hurleur. Le café avait finalement baissé le rideau en septembre 2016. Selon Guillaume Génelot, un habitant de Saint-Martin d’Auxy qui a mené des recherches historiques sur sa commune, l’enseigne du café a pour origine la présence ancestrale de l’animal dans les environs, jusque vers 1907, année au cours de laquelle il aurait été vu pour la dernière fois dans la commune.

mardi 5 janvier 2021

Tu es venu trop tard

Voilà,
"tu es venu trop tard, il était là il y a un instant, en automne il ne reste jamais longtemps à la même place, il est attiré dehors, dans les champs sombres où il n'y a pas de clôture, il a quelque chose de la grue. Si tu veux le voir, vole aux champs, il y est sûrement". Franz Kafka in "Cahiers divers et feuilles volantes" 

lundi 17 août 2020

Jeu de piste



Voilà,
donc, à Biscarrosse-Plage, l'année scolaire 1964-1965 il y avait Danielle Dubosc, qui devait avoir une vingtaine d'années. Elle habitait derrière la librairie Gendron, me semble-t-il, tout près de notre école. Je crois me souvenir qu'elle avait perdu sa mère et qu'elle vivait seule avec son père, que l'on apercevait de temps à autre souvent vêtu d'une salopette bleue, d'une chemise à carreaux et la casquette vissée sur la tête. Je cois que c'était un homme triste qui n'arrivait pas à se remettre de la disparition de son épouse. Danielle avait organisé une section de louveteaux — ce que le curé du village n'avait pas vu d'un très bon œil considérant cela comme une concurrence, et peut-être même comme un affront, puisque lui s'occupait du patronage des "Cols-verts". Ma génitrice, m'avait donc inscrit aux louveteaux au prétexte qu'elle avait été "jeannette" dans sa jeunesse. Cette affaire ne m'enthousiasmait pas des masses, parce que j'aurais préféré être tranquille pénard tout seul, les jeudi après-midi, mais Danielle était si belle si gentille si douce et attentionnée que finalement c'était plutôt bien. Je crois que le reste de la semaine, elle suivait des cours par correspondance, mais je n'en suis pas certain. Parfois elle venait nous voir à la récréation de l'autre côté du grillage, sans doute parce qu'elle faisait coïncider ses pauses avec les nôtres. 
Je me souviens d'un jeu de piste qu'elle avait organisé une fois, dans la forêt à la sortie du village à proximité de la route d'Arcachon. On avait passé la journée avec nos sacs à dos, le mien était kaki, avec des poches partout, c'était celui que mon père avait utilisé quelques années auparavant lorsqu'il crapahutait dans le djebel algérien. Ma mère m'avait confectionné une espèce de salade de tomates, ou de patates pommes de terre je ne me souviens plus, dans un tupperware parce que c'était tout nouveau et soi-disant bien pratique  — si tu savais bien les fermer de sorte qu'ils demeurent étanches — ce que la mère n'avait évidemment pas bien fait de sorte que la sauce s'était répandue dans mon sac. Ce jeu de piste c'était vraiment formidable, c'était la grande aventure. Notre groupe était composé de deux sizaines, j'étais le second de l'une d'elles ce qui m'allait très bien, car je n'ai jamais trop aimé les responsabilités ni le pouvoir. J'ai toujours eu plus de goût pour les bordures, les marges et la solitude. Et puis notre sizenier, était un garçon raisonnable, pondéré, un bon élève de la classe, sérieux, et qui lui aussi lisait le journal de Tintin qui paraissait tous les mercredi, et ça quand même ça crée des liens. Il s'appelait Pascal Loiseleux et sur la photo de classe il est tout en haut à gauche. Il habitait  alors dans cette grande maison où je ne suis jamais entré — mais dont je me disais que cela devait être rudement bien d'y habiter — et que j'ai photographiée en 1996. À cette époque là France Gall avait seize ans et chantait « N’écoute pas les idoles » composé par Serge Gainsbourg. Cette première année à Biscarrosse, fut vraiment un enchantement. Il me semblait alors que le paradis était à portée de main, simplement à cause de l’omniprésence de la nature, mais aussi parce l’ambiance était beaucoup moins kakie que celle dans laquelle j’avais précédemment grandi. Et puis il y avait la présence de l’océan tout près, les senteurs d’iode et de pin, tout un univers olfactif que j’ai retrouvé ces deux dernières semaines passées sur un autre bord de mer et qui m’ont ramené vers les rivages de cette enfance. (Linked with the weekend in black and white

mardi 10 mars 2020

Monk à Châteaudouble



Voilà,
j'ai fini, il y a quelques semaines la biographie de Monk écrite par Laurent de Wilde. Je me souviens très bien où et comment j'ai découvert Monk. J'avais 17 ans à Châteaudouble, le premier été que passé là-bas. Il y avait le disque "genius of modern music vol one", dans la discothèque du salon. La plupart des autres disques étaient des enregistrements de musique classique, en particulier beaucoup de concertos pour violons de Vivaldi. Je pense que Philippe et Dominique avaient fait l'acquisition du disque de Monk à l'occasion de son passage quelques années auparavant à la maison de la culture d'Amiens où il s'était produit en concert quand Philippe en était le directeur. Il existe d'ailleurs une photo de Martine Franck me semble-t-il, représentant Monk assis sur une banquette juste en dessous d'un tableau de Pierre Soulages et qui figurait dans le bilan d'activité de la Maison de la Culture avant que Philippe ne la quitte. 
 Je me souviens avoir été touché mais aussi très intrigué par cette musique qui était du jazz et aussi quelque chose d'autre de moins identifiable, un peu dérythmé (cela devait être le morceau "Ruby my dear"), qui donnait l'impression que les morceaux étaient train de s'inventer, de se chercher en même temps que s'affirmait la mélodie.  Je ne trouvais pas ça vraiment beau, bizarre plutôt, assez intrigant et légèrement dérangeant, mais pourtant dès qu'il n'y avait personne dans le salon, je l'écoutais. Le pouvoir de la musique, c'est cette faculté de nous dépayser, de nous téléporter dans un autre temps un autre lieu, de raviver des sensations et les sentiments qui étaient alors les nôtres.  Ce disque je l'associe à cette maison, après le 15 août quand le temps devient plus incertain, qu'il y a des orages que les jours raccourcissent presque brutalement et que l'on réalise en regardant par la fenêtre les nuages bien bas de l'autre côté des gorges, que l'été est vraiment trop vite passé. Je me souviens de l'escalier qui menait au grenier de Châteaudouble, du vieux coffre en bois et de ce tableau (une impression sur un support métallique dont je ne me rappelle plus l'auteur). Il m'arrivait alors de ressentir une vague tristesse sans trop savoir quoi faire. Les Indonésiens appellent cet état "Termangu-mangu"


Mais, revenons à Monk : bien des années plus tard, j'ai vu ce film "Straight no chaser" qui lui est consacré, où l'on perçoit quel genre d'homme étrange il pouvait bien être parfois. Cet extrait vidéo en rend compte un peu quand il se lève et se met à esquisser quelques pas d'une danse étrange. Mais ce qui me touche aussi, c'est cette relation brute qu'il entretient avec le clavier, qui suggère que le tempo est une affaire de corps, c'est sa façon de se situer par rapport à l'instrument, de se tenir face à lui. Mais avec un surplomb inhabituel alors que la mélodie se développe comme une équation en une suite d'instants travaillés comme de la matière.  Ce corps puissant m'émeut terriblement parce qu'il a quelque chose à la fois de brut et d'enfantin, d'inaliénable, de définitivement rétif aux conventions. Il se pose là comme un mystère, une énigme. Il est totalement déraisonnable. Il existe un film, ou l'on voit Monk jouer, alors que Count Basie est accoudé au piano que Monk martèle. À un moment Count Basie esquisse un sourire en regardant Monk. On dirait qu'il se moque de lui de sa façon de jouer qui est aussi une façon d'être. Et se sourire en une fraction de seconde révèle tout  l'écart, la distance qui peut exister entre un qui se considère comme un comte, un aristocrate, et l'autre qui est le moine de sa propre musique. Peut-être après tout Monk est-il au Jazz ce que François d'Assise fut à la religion catholique.

mercredi 21 février 2018

Casa Batllo


Voilà,
ça se goupillait bien, ce n'était pas très loin de l'appartement où nous séjournions, et la première visite fut pour la Casa Batllo, de nuit. Gaudi, j'en avais entendu parler, bien sûr et j'avais vu des photos, lu des articles. Mais j'ai été fasciné par ce mélange de fantaisie décorative  qui tient de l'art brut et de rigueur architecturale qui caractérise cette maison. 
Aucun détail n'est laissé au hasard, tout est fonctionnel et ergonomique (les poignées de porte, les système d'ouverture des persiennes). L'espace est traité avec subtilité et de façon organique, comme si la maison était un corps vivant. Les fluides (l'air, les eaux de pluies) y circulent de la façon la plus agréable. La lumière doit toujours être la plus douce possible de sorte que jamais elle n'éblouisse. Ainsi, dans le puits de lumière qui se trouve au centre de la bâtisse, le carrelage bleuté est de plus en plus foncé au fur et à mesure que l'on monte les étages, pour que l'intensité lumineuse soit la même.
En fait je suis très troublé par le génie de Gaudi. Par cette rigueur scientifique qui lui permet de concevoir des volumes étranges, des agencements de pièces plus ou moins courbes, où l'air doit circuler de sorte qu'il soit toujours supportable, été comme hiver, mais aussi par sa fantaisie qui lui fait dire par exemple qu'une maison à besoin d'un chapeau et d'une ombrelle. 
Sa dévotion à la nature, et cette idée qu'il faut exclusivement s'inspirer de celle-ci pour imaginer concevoir des demeures, des édifices, cette modestie là me touche.
Évidemment, ça m'embarrasse de m'extasier sur de somptueuses demeures commanditées par de richissimes propriétaires. Mais ceux-ci étaient capables cependant d'une audace certaine, d'une intuition juste et d'une probable excentricité pour s'en remettre à Gaudi et lui confier ainsi leur cadre de vie. De ceux qui ont travaillé avec lui, Gaudi rapportait qu'il les avait beaucoup fatigués, en essayant toujours d'améliorer les choses qu'il ne donnait jamais pour bonnes jusqu'à ce qu'il soit convaincu de ne pouvoir les rendre plus parfaites.
Ici, dans la Casa Batllo, je me suis réjoui des vitres donnant sur l'escalier intérieur, dont le verre, traité de façon irrégulière, offre des distorsions qui m'ont plu, augmentant l'effet d'étrangeté suscité par cet édifice.
Un jour prochain, j'évoquerai le choc de la Sagrada Familia... shared with - digital whisper

jeudi 11 janvier 2018

La Jamaïque


Voilà
dans les transports, les promenades, les errances je m'abandonne de plus en plus aux souvenirs. Non que j'aille les chercher, mais ils remontent. Sans doute la lecture du livre de Jean-Christophe Bailly "Le Dépaysement" consacré au paysage français qui m'accompagne depuis quelques semaines, constitue-t-elle un puissant générateur de réflexions et de réminiscences. Des associations d'idées suscitées par la lecture me ramènent à des paysages anciens. Enfant, j'ai, en raison du métier de mes géniteurs militaires, souvent été contraint de déménager, vivant dans la sensation du précaire du provisoire. Les lieux étaient voués à être quittés. Je me souviens en particulier du déchirement éprouvé lorsqu'il fallut abandonner ce coin des Landes où pour la première fois de ma vie je m'étais senti accordé à la fois au paysage et aux gens qui vivaient là. Ces années là furent vraiment heureuses. Pour peu que j'y songe, cela réactive des sensations encore vivaces. La mémoire de ces lieux, de ces moments me travaille. Je pourrais rester des heures à me laisser submerger me livrant à ce que la méthode de l'actor's studio désigne sous le terme de "sense memory". C'est étrange, je me souviens des sensations (se rendre en vélo à l'école du bourg, le cartable accroché sur le porte-bagage avec des sandows, le pollen des genêts jaunissant la route, la première semaine de juillet où il y avait encore classe, mais qui consistait à ranger les livres, l'après midi on regardait le tour de France, les refrains de cette époque. Quelques chose de moi est à jamais fixé sur le Baby Love des Supremes.
Cette maison est la première que nous ayons habité dans les Landes. C'était un meublé qui avait été loué en attendant que nous puissions emménager dans une villa encore en construction dans une cité militaire. Nous avons vécu là environ trois mois. La maison était composée de deux logements. Dans l'autre, un studio, vivait un couple qui s'appelait les Guinde. Ils étaient jeunes. Parfois nous mangions en terrasse avec eux. Je me souviens qu'il aimait lire les aventures de Prudence Petitpas dans le journal de Tintin. Il adorait un personnage qui disait "Je suis un affreux jojo argh argh argh !". Répétant cette réplique il prenait un plaisir particulier à reproduire le son "argh argh argh !".  C'était donc au dernier trimestre de l'année 1964. Le jeune frère de ma mère, l'oncle stupide dont j'ai déjà parlé, Jean-Jacques le fan de Johnny, était venu en vacances quelques jours. Il dormait dans la même chambre que moi. De Septembre 64 à juin 65, j'ai fréquenté l'école de Biscarrosse-Plage. Je me souviens de cette année-là comme d'un émerveillement. Après les années de la guerre d'Algérie, la sinistre garnison de Châlons-sur-Marne où il faisait tout gris, le bord de l'Océan, la forêt de pins, la nature et l'espace ouvert, le soleil, l'air iodé et la classe de madame Ferris. Tout à coup, la vie semblait s'ouvrir, chargée de promesses.

Ecole de Biscarrosse-Plage, CE2, Année scolaire 1964-65

vendredi 7 avril 2017

Bien des années après


Voilà,
ils vivent dans la crasse et la négligence d'eux-mêmes. Leur maison est un désordre qui confine au chaos. Finalement la saleté de leur pensée est là tout entière dans l'environnement qu'ils se sont fabriqué. Ils ont transformé leur milieu naturel en poubelle. La jolie maisonnette qu'ils avaient autrefois acquise, ils l'ont simplement souillée comme ils ont souillé tout ce qu'ils touchent et aussi tout ce qu'ils ont engendré. Ils détestent les noirs les arabes les romanichels tout ce qui n'est pas comme eux mais l'idée qu'ils se font des noirs des arabes et des romanichels ils l'incarnent au centuple. C'est cela qui les rend abjects et répugnants, c'est cette tranquille certitude d'être clairvoyants alors que tout en eux n'est que haine et aveuglement. Cette croyance prétentieuse cette fierté déplacée qu'ils incarnent n'est que la révélation obscène de leur bêtise. Toute leur vie ils ont prôné l'ordre, le maintien de l'ordre, affirmé fièrement leur appartenance à l'armée, leur unique famille, et leur allégeance au drapeau. C'est vrai que l'armée les a pris en charge, et leur a assuré l'ordre qu'ils étaient incapable de maintenir en eux.
Manger à leur table est une épreuve au regard de la pièce répugnante qui tient lieu de cuisine. La poussière se mêle à la graisse. Bafouées, les règles de l'hygiène la plus élémentaire. Tout est sens dessus-dessous, sur la table crasseuse. La viande du chien à côté des épluchures de légumes. Tout est coupé avec le même couteau. Et quand on nettoie c'est avec des éponges si repoussantes que vous êtes aussitôt saisi par une pressante envie de vomir. A quarante ans le cadet continue de prendre régulièrement ses repas avec eux. Il mange à l'oeil et porte son linge a laver. Si tant est que laver ait un sens en ces parages. A table le père et le cadet s'invectivent en écoutant les nouvelles de la télé pendant que la mère fait le va-et-vient entre la cuisine et la salle à manger. C'est un rituel immuable. Chacun y trouve son compte. Pour la mère, ce fils célibataire qui n'aura pas de postérité reste sous sa tutelle. Tant qu'elle le nourrit il demeure sa chose, et ainsi sa vie a un sens. Quant au père il a encore quelqu'un sur qui asseoir son autorité. Cela distrait ces vieux parents de l'ennui et de l'agacement réciproques qu'ils éprouvent quand ils se retrouvent seuls en tête à tête. Ah oui, il y a aussi dans cette maison un ordinateur que personne ne sait vraiment faire marcher. Il est à espérer qu'il y ait moins de virus en circulation entre ces murs que dans le disque dur de la machine. L'aîné ne vient que très rarement. Il regarde cela avec consternation. C'est donc de cela qu'il vient. Il y a en lui, peut-être l'effrayante possibilité de devenir tôt ou tard de la sorte. Ça l'inquiète et le dégoûte à la fois. Cette angoisse et cette honte, et certaines images le poursuivront jusque dans son sommeil, demeurant encore présentes bien des années après. (linked with The weekend in black and white)

lundi 12 décembre 2016

Un dimanche après-midi dans le Nord de la France


Voilà,
cette photo prise il y a maintenant dix ans je ne peux la regarder sans une certaine mélancolie. Je trouve pathétique l'image de ce jeune homme jouant devant un parterre de vieux. C'était le 70 ème anniversaire de Christian qui n'était déjà plus très vaillant. Je crois d'ailleurs que je l'ai vu pour la dernière fois à cette occasion. Tout un pan de ma vie s'effritait lentement sans que je puisse y faire quoique ce soit. Je me souviens que la veille un automobiliste fou aurait pu faire un carnage sur la bretelle d'autoroute et avoir alors éprouvé le sentiment de l'avoir échappé belle. Quand j'ai pris cette photo, j'avais la tête ailleurs. La peur - une peur ontologique - qui m'avait, quelques années auparavant, saisi et dont je ne m'étais pas caché, que j'avais extériorisée, nommėe, mais qui tout de même avait été surmontée, puisque je ne m'étais pas défaussé, que je n'avais pas fui, que je faisais face, et que j'assumais mes responsabilités et ce rôle pour lequel je n'étais pas fait, dans lequel je ne m'étais jamais projeté, cette peur on me la reprochait encore cinq ans après, au lieu de reconnaître que je m'étais transformé. Et là j'en avais ras le bol. Ailleurs je redevenais désirable, sans qu'on ne me reproche rien. Si j'avais été capable de jouer de la guitare comme ce jeune homme, j'aurais alors interprété "Hey bulldog" des Beatles juste pour la phrase "you don't know what it looks like to face to your fears"

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