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mercredi 24 septembre 2025

Se coucher tranquille

 
Voilà,
Claudia Cardinale avec qui j'ai partagé la scène il y a vingt ans est morte — le dernier album de Divine Comedy est beau et mélancolique — le débile orange débite tant de conneries qu'on se demande par quel prodige la nature a pu produire un tel concentré de bêtise — selon le Secrétaire général de L'ONU nous sommes entrés dans une ère de perturbations irréfléchies et de souffrance humaine impitoyable — Ousmane Dembélé a obtenu le ballon d'Or — dix ans après les pays scandinaves,  la France reconnaît enfin le droit de la Palestine à disposer d'un état, — notre pays n'a toujours pas de gouvernement — la Russie poursuit sa stratégie de provocation avec les pays européens — la loi contre la déforestation est reportée d'un an par la commission européenne — le prochlorococus, bactérie photosynthétique la plus abondante des océans essentielle au stockage de CO2 est menacée, — la France se prépare à une cyberattaque majeure — Méta a dévoilé des lunettes à écran intégré — une nouvelle stèle égyptienne instaurant l'année bissextile a été découverte —  une septième limite planétaire vient d'être franchie — hier je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter sur les quais chez un bouquiniste un vieux numéro de la revue Planète datant des années soixante-dix et consacré à René Guénon que plus personne ne lit – des figurines en peluche appelées labubu sont devenues un phénomène de mode en France — bref je peux aller faire une petite sieste tranquille 
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mardi 29 juillet 2025

Liste des étonnements (3)


 
Voilà,
je m'étonne que l'espèce humaine, plutôt que d'affronter les défis écologiques qui s'imposent à elle, préfère s'autodétruire en diverses guerres

je m'étonne que les masses votent en majorité pour des hommes et des  femmes de peu d'intelligence.

Je m’étonne du nombre de cons qui sont persuadés d’être HPI (haut potentiel intellectuel)

Je m'étonne encore que périodiquement apparaissent dans la langue française des tics de langage qui ponctuent la communication orale de chevilles. Dans les années cinquante il y avait "n’est-ce pas" dont L-F Céline fit un fort usage dans ses interviews. Dans les années soixante-dix il y avait "je veux dire" qui revenait souvent et aussi "quelque part" . De nos jours les gens disent "voilà"  au milieu des phrases à tout bout de champ. "De base" a la faveur des jeunes. A quoi sert ce bruit de la parole sans aucun contenu ?

 

Je m'étonne encore de l'inconséquence du présomptueux de la République qui a déclenché une crise institutionnelle, qui a déclaré pendant la campagne des législatives que la guerre civile était à nos portes, qui ensuite s'est félicité de l'enthousiasme et de l'unité des français aux J.O. et qui aujourd'hui, un an après continue de faire le malin et de donner des leçons à tout le monde, et continue de considérer qu'il n'est responsable de rien et que les citoyens de ce pays sont une majorité de crétins qui ne le comprennent pas. Il est en outre persuadé d'avoir été choisi alors que la plupart des gens ont voté non pour lui mais contre son adversaire


Je m'étonne du degré de sagesse nécessaire pour vivre sur l’île d’Agashima au Japon. Il faut être philosophe ou croire très fort en la providence.


Je m’étonne que dans un journal pour CSP+ on puisse écrire "étoile universelle du cinéma français "à propos d’un acteur décédé. Étoile universelle ça ne veut rien dire…


Je m’étonne encore de ce moment de suspension de douceur qui fut celui des jeux olympiques de Paris. C'était une sorte de récréation. Les transports publics fonctionnaient, il n'y avait plus d'incidents voyageur, les policiers étaient courtois, les étrangers bien accueillis. La population considérablement rajeunie.


Je m’étonne de certaines coïncidences: alors que les jeux olympiques se terminaient sur l'épreuve du marathon, la ville grecque du même nom était évacuée parce que l’incendie gagnait ses abords. De même que la prochaine ville olympique est Los Angeles autour de laquelle chaque été se propagent de terribles incendies


Je m’étonne de lire dans le très sérieux journal "Le Monde" daté du 30 octobre 2024 que le jours où l’on a le plus de probabilités de mourir est en général celui de son anniversaire ou le 3 janvier. 


Je m’étonne que des gens fortunés dépensent beaucoup d’argent pour envisager d'aller vivre sur Mars au lieu de dépenser leur fortune pour préserver une planète encore viable ici-bas


Je m’étonne qu’un peuple qui a subi un génocide majeur devienne à son tour génocidaire.


Je suis étonné de l’apparition de cette expressions qui n’existait pas il y a trois ans dans le grand public comme "goutte froide" qui décrit un phénomène autrefois exceptionnel et qui tend désormais à se reproduire fréquemment. Cela désigne en météorologie un volume limité d’air froid représenté, sur une carte météorologique, entouré d'isothermes fermées. C'est ce qui a créé des pluies diluviennes et catastrophiques dans la région de Valence en Espagne.


je m'étonne de ma tendance de plus fréquente à fuir les bulletin d’actualités, les nouvelles à la radio ou à la télévision. Je sens bien que le chaos gagne partout, mais je n'ai plus le courage d'entendre cela et je fais l'autruche pour me préserver

 

je m'étonne que le rêve américain se soit en si peu de décennies transformé en cauchemar.

Comment ne pas en être tout de même un peu chiffonné

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lundi 12 mai 2025

Les temps sont flous

 
 
Voilà,
en fait les dirigeants corrompus d'Israël ont, en 18 mois, fait très fort. 80 ans après la libération des camps, ils sont, en devenant à leur tour génocidaires, parvenus d'une part, à insulter la mémoire de toutes les victimes de la Shoah autant que celle des victimes du 7 octobre, à d’autre part légitimer par leur action le Hamas et faire oublier à une bonne partie de la gauche française — et sans doute ailleurs dans le monde —  que c’est une branche armée des frères musulmans organisation radicale et fanatique islamiste dont nombre de groupes affidés ont perpétré ces quinze dernière années des actes terroristes un peu partout en Europe. Ensuite ils ont ravivé l'antisémitisme en France dans les milieux de la gauche dite révolutionnaire où, comme en témoignent certaines publications sur facebook, quelques néo-trotskistes perpétuent la ligne Pierre Guillaume. Enfin, Netanyahou et ses deux tarés Smotrich et Ben-Gvir, sont arrivés, après les avoir invités dans leur pays, à faire passer  les dirigeants de l'extrême-droite française pour des philosémites.
Bien sûr, des voix s'élèvent en Israël et dans la diaspora contre le nettoyage ethnique des palestiniens — qui n'est pourtant pas une nouveauté en soi —. Cela donne ainsi l'occasion aux juifs de montrer que lorsqu'ils ne sont pas d'accord entre eux, ils peuvent se haïr les uns les autres avec une férocité qui égale celle que certains parmi eux destinent aux arabes. A certains, en France, il est reproché leur prise de conscience trop tardive. Les voilà taxés "d'ouvriers de la douzième heure". On les accuse de ne s'occuper que maintenant du destin de Gaza. Au lendemain de la confirmation des dirigeants israéliens du projet d'annexion totale de ce territoire, il s'agirait pour eux de simplement sauver leur image médiatique. 
C’est là, de mon point de vue, une belle manifestation de connerie. Si tu milites pendant longtemps pour une cause — en l’occurrence la défense du peuple palestinien et la reconnaissance du génocide de Gaza —, tu devrais te réjouir de rallier à ton point de vue ceux qui, selon toi, ne cessaient de se tromper, et qui — si tu penses aussi cela — justement bénéficient de relais importants dans l'opinion. Si tu continues de leur reprocher ce qu’ils ont fait ou pensé antérieurement, cela montre simplement que ton action n’est pas si altruiste que ça. Que nous disent au fond ces imprécateurs ? Qu’il sont fiers d’avoir bien pensé avant tout le monde et d'avoir eu raison en premier ? La belle affaire ! Et que ceux qui n’ont pas pensé comme eux et en même temps ne méritent pas de reconnaissance ? C'est peut-être que pour tous ces gens leur ego et leur soif de pouvoir compte plus que la cause défendue. Pour eux, quoi qu’elle fasse, toute personne qui n’a auparavant pas pensé comme eux est porteuse d’une faute originelle. 
Que faire dès lors de ces gens là, qui n'ont pas eu la même clairvoyance ? Faudrait-il les envoyer dans des camps de rééducation idéologique comme au temps de Pol Pot au Cambodge ?  Ces nouveaux ralliés doivent-ils faire leur autocritique et s’humilier publiquement ? 
Sur les réseaux sociaux certaines de ces invectives s'achèvent par "nous n’oublierons pas". Quels règlement de compte ultérieurs cela laisse-t-il augurer si l'occasion se présente. Que signifient ces menaces ? Il me semble pourtant qu'on ne défend pas une cause au nom de la pureté idéologique mais pour la justesse de la cause. 
Ce que je vois là-dedans c’est qu’on n’a pas le cul sorti des ronces. La connerie est quand même bien chevillée à l'humain. C'est même ce qui le singularise.
Il faut lire ou relire "Quelque part dans l'inachevé" ce livre d'entretiens entre Jankélévitch et Béatrice Berlowitz (oui oui ce sont des juifs mais c'est bien quand même, je vous l'assure ). Le chapitre XVII intitulé "le piège de la bonne conscience" et le chapitre XIV intitulé "ces quelques fausses notes" éviteraient, à condition de les comprendre, les jugements hâtifs et péremptoires de certaines bonnes consciences.
Ah oui, pour ceux qui l'ignorent il existe un point d'ironie dans ce texte.
Pendant ce temps-là au Soudan, treize millions de personnes ont été déplacées de force depuis Avril 2023. Huit millions à l'intérieur du pays, et quatre millions dans les pays voisins. Une bagatelle. Mais à la bourse des émotions sur les réseaux sociaux, ce n'est pas une bonne affaire. Pas plus que le sort des ukrainiens qui depuis plus de trois ans résistent à l'impérialisme russe.
Nous vivons une époque formidable et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. 
A part ça, je note qu'à Paris à l’Orangerie des Tuileries une exposition est consacrée au flou, et qu'une rétrospective sur le même thème se tient à la cinémathèque. Faut-il y voir un signe des temps ? Tout se mélange tout est confus on a du mal à faire le point.  "Les gens sont fous, les temps sont flous" chantait déjà Dutronc à une époque qui rétrospectivement paraît bien légère. Cela m'offre en tout cas un prétexte pour sortir cette photo prise fin Juin 2021 (je crois me souvenir qu'il y faisait très chaud certains matins) du côté des jardins du Palais-Royal.
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vendredi 14 mars 2025

Proposition 5.6

 

Voilà,
"Les limites de mon langage signifient les limites de mon univers"
écrivait Wittgenstein 
Quoi qu'il en soit aujourd'hui ou peut-être hier, 
les premières fleurs du forsythia sont apparues

dimanche 19 janvier 2025

Pêle-mêle avec miroir

Voilà,
pourquoi je tiens encore ce blog. Parce qu’il me permet d'écrire comme ci ou comme ça, sans contrainte de style de genre ou de sujet. Parce que je peux y proposer des images de nature et de facture différentes. Parce qu'il m’offre la possibilité de ne pas m’en tenir à une seule identité ou une seule forme d’expression. Parce qu’il est un terrain d’expérimentation où je peux raisonnablement m'extérioriser en étant relativement protégé. Parce qu'il y est loisible d’être indifféremment grave ou futile. Parce qu'il me contraint à formuler ce qui me passe par la tête (d'autres font des sports cérébraux comme les mots croisés). Parce qu'il m'offre en outre l’opportunité d’échanger  parfois avec des inconnus. Parce qu'il renvoie une image multipliée fragmenté de ce que je suis. Parce que cela me donne l'illusion d'être encore en lien avec ce monde.
"Les poèmes sont des bouts d’existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort" écrivait René Char. Il en va de même pour ces photos et aussi ces images dessinées ou trafiquées que j’accumule depuis quinze ans sur ces pages. Elles transforment le rapport que j’ai avec le monde. Elle ne racontent rien de particulier. Elles ponctuent des moments de réflexion, parfois, mais aussi des moments de vide, de songerie.
 


Ceci dit, je suis de moins en moins inspiré, et les brouillons qui s’accumulent n'offrent pas grand chose de nouveau. J’ai beaucoup ressassé. Ce sont toujours les mêmes obsessions, les mêmes terreurs et je me lasse de tout ça. En outre l’humour et la dérision semblent m'avoir quitté. Toutefois, je constate aujourd’hui que nombre de lecteurs ou de personnes de mon entourage qui me trouvaient autrefois pessimiste  — quand il me semblait n’être que lucide —, écrivent à présent des choses bien plus sombres que je ne l'ai fait. Je ne devais pas être tout à fait à côté de la plaque. Il est vrai que le futur immédiat est plus anxiogène que jamais pour ceux de ma génération. Que ce soit sur le plan politique, géostratégique, ou écologique. On s'apprête vraisemblablement à vivre des temps étranges.



Au lendemain des élections américaines David Lynch avait constaté dans une vidéo "what a great time to be alive if you like the theater of absurd. La mort l'a pourtant surpris avant le lever de rideau. On se rappellera simplement ce proverbe turc "when a clown moves into a palace he doesn't become a king, the palace becomes a circus". Nous en savons déjà un peu quelque chose dans ce pays où je vis.

 
En fait j'envie l'ami Pierre toujours prompt à imaginer une histoire ou Christine qui  chaque jour agence avec délicatesse un nouveau poème et une image apaisante, ou bien encore Bill qui quotidiennement dépose une vision enchanteresse de paysage. Tous regardent le monde avec sollicitude et soin y ajoutant un peu de beauté. Comme Agathe qui dans son paradis, fait dialoguer entre eux les objets et crée d'oniriques compositions. Mais pour ce qui me concerne l'imagination me fait de plus en plus défaut. 
 
 
 
Tout me paraît flou, incertain. J'essaie de composer des images qui rendent compte de cet état. Cependant ces tentatives me satisfont moyennement. Pas grand chose pour me stimuler ces derniers mois. Je subis le contrecoup de tout ce que j’ai du refouler entre Octobre et Avril. En fait ce qui est désagréable, c'est que désormais la mort approche. Et qu'elle se précise dans un monde tourmenté, traversé d'idées sales et d'affects troubles et malsains qui ne manquent pas de m'éclabousser. Bon, je ne suis pas complètement dépressif, ça ne m'empêche pas d'être futile, d'aller au cinéma, aux expositions, de regarder le rugby à la télévision et parfois au stade avec ma fille. Pendant ce temps là, je ne pense pas aux douleurs nouvelles.
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dimanche 4 août 2024

Pêle-mêle avec flamme olympique


Voilà,
c'est étrange Paris, en ce moment. Beaucoup d'endroits déserts. Hier, par exemple je suis allé voir une exposition d'Andrès Serrano au musée Maillol et il n'y avait quasiment personne. Par contre dans les quartiers populaires par où passait l'épreuve cycliste, il y avait foule. Comme on ne peut échapper aux écrans dans les cafés, j'ai pu me rendre compte de cette ferveur et de cet enthousiasme joyeux au passage des cyclistes. C'était même assez beau de voir la butte Montmartre transformée de la sorte en circuit. 
 

 

Ce matin, comme je me suis réveillé très tôt, je suis allé faire un tour en vélo dans les rues vides. Je n'ai pas pu m'empêcher de pousser jusqu'à la vasque au jardin des Tuileries où brûle la flamme olympique. Il faisait un peu frais, il n'y avait personne et j'ai pris cette photo. Ensuite, rejoignant la rue de Rivoli j'ai remarqué cette information destinée aux visiteurs étrangers pour le tri sélectif des ordures avec un mauvais jeu de mots et la mascotte des jeux.
 

Plus loin, la façade de l'ancien magasin C&A qui a fermé l'année dernière est, durant les travaux de restauration du bâtiment recouverte d'une bâche. "L'immeuble a vocation à devenir un lieu d'accueil pour une grande mixité d’usages et de nouveaux modes de consommation. Il a été repensé comme un « cœur battant », un rendez-vous incontournable d’expériences multiples — workshop associatif, événements culturels et artistiques — associé à des activités encourageant la créativité, le partage et les rencontres. Il s'agit selon son promoteur,  — le groupe redevco — d'apporter une réponse aux nouveaux usages du retail et aux futurs modes de vie urbains, en tant qu’acteur de centre-ville engagé, concevant des hauts lieux de vie expérienciels, fondés autour d’activités commerciales et mixtes. Le leitmotiv des équipes de Redevco est de créer des lieux d’exception animés et connectés dans lesquels les usagers et les visiteurs auront plaisir à partager et à se retrouver". Si ce n'est pas de la novlangue technico-commerciale de merde, je ne m'y connais pas. Ce que l'on sait d'ores et déjà, c'est qu'un hôtel de luxe va s'y implanter sur deux étages.
 

la bâche a été réalisée par l'artiste Jace, créateur de ces petits personnages appelés "gouzous" qui essaiment un peu partout dans le monde. 
 
*
 
 
Sinon, malgré le ciel voilé, il fait toujours lourd. De chez moi j'entends des sirènes de police et le vrombissement répété des hélicoptères. Le prix sans doute de la sécurité renforcée à l'occasion de cette olympiade. 
 
 
Je regarde les actualités internationales, Moyen-Orient, Ukraine, cela va de mal en pis. Mais c'est l'été, la plupart regardent ailleurs, s'efforcent de ne pas y penser. Quant à ce pays, on y vit entre parenthèses. Sans gouvernement, sans projet politique. Mais bon, on a des champions. On n'a jamais autant gagné de médailles. La France est paraît-il heureuse de ses représentants. Tant mieux. C'est assez paradoxal dans un pays qui a voté à 30% pour un parti xénophobe quand nombre de ses champions (en particulier l'équipe de judo) viennent des départements et territoires d'outre-mer.
Tout me semble en trompe-l'œil. A moins que la réalité ne soit totalement déformée. Aucune représentation n'a de sens. Je ne sais plus quoi partager comme images.

mercredi 24 juillet 2024

Complexité


 
Voilà, 
"Les choses les plus simples, les plus réellement simples, que rien ne saurait rendre à demi-simples, deviennent d'une complexité extrême du seul fait que c'est moi qui les vis. Dire bonjour suffit parfois à m'intimider. Ma voix s'éteint subitement, comme si proférer ce mot à voix haute était d'une audace incongrue. C'est une sorte de pudeur d'exister, je ne vois pas d'autres nom "(Pessoa 135 LI-)
Je me reconnais tout à fait dans ces lignes de l'auteur du "Livre de l'Intranquillité". 
Quant à cette image, elle reflète bien mon état mental alors que j’attends l’anesthésiste.
On aimerait mieux paresser dans son plumard en écoutant la radio.
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mardi 18 juin 2024

Quel est l'objet de l'Art ?


Voilà 
je me souviens de ces années où j'ai découvert Bergson, en fait c'est simple, c'était l'année où j'ai commencé à étudier la philosophie. Ce n'est pas mon prof qui m'a incité à le lire, mais Philippe Tiry. Je crois que j'ai commencé par "Matière et Mémoire", mais sur la recommandation de Philippe, j'ai aussi lu assez tôt "Le Rire" en même temps que "le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient" de Freud qui est un livre très réjouissant. Si Freud était très en vogue dans ces années là, Bergson passait un peu aux oubliettes (sauf pour Gilles Deleuze, mais je l'ignorais alors). La mode était aux penseurs marxistes, au structuralisme et à la philosophie des grands systèmes. Je me souviens avoir été sensible à ce qu'il racontait sur l'image postulant qu'elle n'était pas simplement une reproduction de la réalité extérieure, mais plutôt une création de l'esprit qui révèle notre perception individuelle du monde, l'envisageant comme un phénomène dynamique et subjectif, en constante évolution. Peut-être avais-je cela dans un coin de ma tête quand j'ai commencé à une certaine époque à fabriquer des photomontages, et  que je m'intéressais aux phénomènes d'associations. De toute façon, bien des subtilités, m'échappaient dans la philosophie de Bergson, mais certains échos m'en parvenaient comme cette idée que l'image constitue une médiation entre la matière et la conscience et qu'elle est à la fois une réalité matérielle et un élément de notre perception.  Elles stimulaient des intuitions (autre terme bergsonien) qui m'ont amené à oser laisser libre cours à mon imagination. Voilà pourquoi sans doute je continue encore aujourd'hui à rendre compte de la réalité à ma façon. 
Cet extrait que j'avais il y a bien longtemps surligné, me semble toujours aussi digne d'intérêt. “Quel est l'objet de l'art ? Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l'art serait inutile, ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l'unisson de la nature. 
 Nos yeux, aidés de notre mémoire, découperaient dans l’espace et fixeraient dans le temps des tableaux inimitables. Notre regard saisirait au passage, sculptés dans le marbre vivant du corps humain, des fragments de statue aussi beaux que ceux de la statuaire antique. Nous entendrions chanter au fond de nos âmes, comme une musique quelquefois gaie, plus souvent plaintive, toujours originale, la mélodie ininterrompue de notre vie intérieure. Tout cela est autour de nous, tout cela est en nous, et pourtant rien de tout cela n’est perçu par nous distinctement. Entre la nature et nous, que dis-je ? entre nous et notre propre conscience, un voile s’interpose, voile épais pour le commun des hommes, voile léger, presque transparent, pour l’artiste et le poète.

Quelle fée a tissé ce voile ? Fut-ce par malice ou par amitié ? Il fallait vivre, et la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu’elles ont à nos besoins. Vivre consiste à agir. Vivre, c’est n’accepter des objets que l’impression utile pour y répondre par des réactions appropriées : les autres impressions doivent s’obscurcir ou ne nous arriver que confusément. Je regarde et je crois voir, j’écoute et je crois entendre, je m’étudie et je crois lire dans le fond de mon cœur. Mais ce que je vois et ce que j’entends du monde extérieur, c’est simplement ce que mes sens en extraient pour éclairer ma conduite ; ce que je connais de moi-même, c’est ce qui affleure à la surface, ce qui prend part à l’action. Mes sens et ma conscience ne me livrent donc de la réalité qu’une simplification pratique. Dans la vision qu’ils me donnent des choses et de moi-même, les différences inutiles à l’homme sont effacées, les ressemblances utiles à l’homme sont accentuées, des routes me sont tracées à l’avance où mon action s’engagera. Ces routes sont celles où l’humanité entière a passé avant moi. Les choses ont été classées en vue du parti que j’en pourrai tirer. Et c’est cette classification que j’aperçois, beaucoup plus que la couleur et la forme des choses.”

“Quand nous éprouvons de l'amour ou de la haine, quand nous nous sentons joyeux ou tristes, est-ce bien notre sentiment lui-même qui arrive à notre conscience avec les mille nuances fugitives et les mille résonances profondes qui en font quelque chose d'absolument nôtre ? Nous serions alors tous romanciers, tous poètes, tous musiciens. Mais le plus souvent, nous n'apercevons de notre état d'âme que son déploiement extérieur. Nous ne saisissons de nos sentiments que leur aspect impersonnel, celui que le langage a pu noter une fois pour toutes parce qu'il est à peu près le même, dans les mêmes conditions, pour tous les hommes. Ainsi, jusque dans notre propre individu, l'individualité nous échappe. Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles, comme en un champ clos où notre force se mesure utilement avec d'autres forces ; et fascinés par l'action, attirés par elle, pour notre plus grand bien, sur le terrain qu'elle s'est choisi, nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes. Mais de loin en loin, par distraction, la nature suscite des âmes plus détachées de la vie. Je ne parle pas de ce détachement voulu, raisonné, systématique, qui est œuvre de réflexion et de philosophie. Je parle d'un détachement naturel, inné à la structure du sens ou de la conscience, et qui se manifeste tout de suite par une manière virginale, en quelque sorte, de voir, d'entendre ou de penser. Si ce détachement était complet, si l'âme n'adhérait plus à l'action par aucune de ses perceptions, elle serait l'âme d'un artiste comme le monde n'en a point vu encore.”

Henri Bergson, in "Le Rire"

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vendredi 27 octobre 2023

Un lien surprenant

 
Voilà,
parce qu’au cours d’une de mes insomnies j’ai, par hasard, entendu à la radio un morceau (introduction et variations sur une ronde populaire), d’un compositeur dont j’ignorais jusqu'à l’existence (Gabriel Pierné), de fil en aiguilles, comme on disait autrefois, cherchant à en savoir un peu plus sur ce musicien, j'ai découvert un lien tout à fait surprenant intitulé compositeurs négligés, atelier de reparations qui, non seulement répertorie des compositeurs tirés de l’oubli, mais propose aussi pour chacun d’entre eux, des liens renvoyant à certaines de leurs œuvres. 
En fait, ce site tenu par André Hautot est un exemple d'érudition généreusement partagée. J'ai commencé à musarder dedans et je le trouve vraiment exceptionnel. En cette période troublée où mes nuits sont si confuses  — comme cette image — j'ai trouvé un peu de joie à satisfaire ma curiosité autant qu'à la perspective de susciter la vôtre. 
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mercredi 25 octobre 2023

En écoutant la radio

 
Voilà,
dans l"Innommable", Beckett écrivait : "Il faut continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer, je vais donc continuer, il faut dire des mots, tant qu’il y en a, il faut les dire, (…) il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer".
Avec les images aussi.
Dehors il pleut. L’automne semble enfin arrivé pour de bon. Je n’ai pas beaucoup d’énergie.
Je suis toujours plus ou moins dans un état de sidération.
Je bidouille des images, sans grande conviction. Je me souviens des années d'enfance. J'essaie de retrouver le graphisme qui avait cours à l'époque. Sans succès. Rien ne me satisfait. L'inspiration ne vient pas. Alors je donne du lisse à des photos énigmatiques.
Je fais ça en écoutant la radio.
c'est comme ça que je découvre à midi après une salade d’endives préparée sur le pouce, la déconcertante musique du compositeur américain Ned Rorem disparu en Novembre 2022. C'est une rediffusion sur France Musique d’un entretien enregistré par Mildred Clary en 1984. Je n’en avais jamais entendu parler, alors que c’est une figure majeure de la musique américaine. Très bien intégré à la vie musicale française de l’immédiate après-guerre, il passa cinq ans à Paris où certaines de ses œuvre furent même créées.
J’ai bien évidemment fait quelques recherches et découvert qu’il fut en outre un diariste opiniâtre puisque la publication de son journal intime s’étale sur plus de cinquante années de sa vie de 1950 à 2005
Dans un entretien  il notait à ce sujet "Un journal intime n’a de portée que par l’accumulation d’observations illimitées (dont beaucoup sont obsessionnelles et récurrentes), et jamais à travers le développement de thèmes (car alors, ce ne serait plus un journal). Les œuvres d’art doivent avoir un plan, un commencement, une fin. Par nature, un journal n’a pas de forme au-delà de celle, accidentelle, de l’improvisation ; c’est pourquoi, même s’il ne peut être une œuvre d’art (l’improvisation l’exclut), il peut être un chef-d’œuvre."
C'était un homme très sûr de lui, de son art, de son pouvoir de séduction et de conviction. 
Je regarde aussi des documentaires à la télévision sur Philip Guston, Mark Rothko...
Je me sens très seul. 
Il existe un mot turc  — Bingildamak — qui signifie trembler comme de la gelée.
Je voudrais que quelqu'un me serre dans ses bras.
J'avais une âme sœur autrefois, il y a longtemps, très longtemps. 

mercredi 27 septembre 2023

J'habite les brouillards

Musée d'Art Moderne, Septembre 2023
 
Voilà,
cette photo m’est, lors de l’exposition Nicolas de Staël, arrivée plus que je ne l’ai prise. Comme de nombreuses toiles de ce peintre — bien que d'un genre fort différent — elle est à mi-chemin entre l’abstraction et la figuration. 
Chaque fois que m’arrive ce genre d’incident je me demande ce qui m’empêche de systématiquement photographier de la sorte. Car, à ce qui se se donne ouvertement à voir, je préfère ce qui échappe — ce que Jankelevitch nommait les "apparitions disparaissantes"—. Ce n’est aucunement par goût du paradoxe ou de l’oxymore, mais simplement parce qu’il me semble que dans l’existence, je me suis, en quelque endroit où je me trouvais, le plus souvent senti perdu. Que cet endroit me paraissait plutôt l’envers d’une réalité toujours plus incertaine, spectrale et fantomatique. 
En fait je n’ai rien compris à ce que j’ai vu, je n’ai jamais su où j’allais, tout s’est toujours plus ou moins dérobé. Je me suis égaré sans jamais vraiment rien saisir. J’ai traversé des mirages, nourri beaucoup d’illusions. Je suis peuplé d’incertitudes. J’habite les brouillards. 

samedi 8 avril 2023

Empicassés

 
Voilà,
s'il ne fut pas un artiste aussi complet que Michel-Ange en son temps, qui en plus d'être peintre et sculpteur était architecte — et quel architecte, puisqu'on lui doit tout de même le palais Farnese, l'extraordinaire basilique Sainte Marie des anges et des martyrs, la chapelle des Médicis, la bibliothèque Laurentienne et la basilique Saint-Pierre pour ne citer que quelques-unes de ses réalisations —, Picasso demeure la figure majeure du XXème siècle en matière de peinture. On peut lui préférer Matisse, lui opposer Bacon, Klee, Kandinsky (pour lequel j'ai une particulière admiration car il fut quand même l'inventeur de l'abstraction) ou encore le tendre et merveilleux Mirò, si joyeusement coloré (pour ma part ils me sont tous aussi nécessaires, et je ne parle que de ceux qui ont contribué à l'art moderne du XXeme siècle), mais nul autre n'a fait preuve d'une aussi infatigable persévérance à transgresser les codes de la peinture, et d'une telle puissance de travail. Toujours il a cherché à se renouveler, exploitant le moindre accident, assemblant des objets incongrus pour les transformer en sculpture, métamorphosant parfois des petits cailloux en pierre gravée. Celui qui, à treize ans, dessinait mieux que Raphaël, n'a eu de cesse d'explorer de tordre de déconstruire d'expérimenter avec une aisance déconcertante qu'il lui fallait à chaque fois interroger, remettre en question transgresser nier abolir. 
Hier sur Arte j'ai regardé un passionnant documentaire intitulé "Picasso l'inventaire d'une vie", grâce auquel j'ai appris des nouvelles choses le concernant. On y raconte comment Maurice Rheims, un célèbre commissaire-priseur, se consacra à l'inventaire de son œuvre. Il pensait que cela durerait six mois, cela lui a pris huit ans. Il y raconte sa surprise de découvrir autant de toiles et d'œuvres diverses que Picasso avait produites et entreposées dans ses différentes propriétés et dont personne n'avait soupçonné l'existence : 1885 peintures, 11748 dessins,  1228 sculptures,  2800 céramiques, 18 000 gravures, 6000 litho. Un inventaire qui s'est évalué au début des années quatre vingt, à 1 milliard 300 millions de francs dont 20% sont revenus à l'État français. 
En 1972, pour fêter son 90ème anniversaire, huit toiles du maître malaguène, — les seules dont disposaient alors les collections nationales — furent exposées dans la grande galerie d'honneur du musée du Louvre parmi les chefs d' œuvre du passé. Je me souviens y être allé, et c'est à cette occasion que je fis sa découverte. C'était la première fois qu'on rendait un tel hommage à un peintre encore en vie. Seul Georges Braque en 1963 avait auparavant connu le privilège d'être invité de son vivant au Louvre, mais dans un espace qui lui était entièrement dédié. Il est amusant de constater que tous deux, qui travaillèrent presque de concert à l'invention du cubisme, aient, à quelques années d'écart ainsi partagé cette faveur.
Le film est parsemé de nombreuses anecdotes. L'une en particulier m'a touché. celle de Pierre Daix, qui a beaucoup écrit sur lui, et qui visiblement ne s'est jamais vraiment remis d'avoir connu cet homme tant son émotion est palpable à chacune de ses interventions. Lors de sa dernière visite chez Picasso, celui-ci, avant qu'il ne se séparent, l'emmène dans une petite pièce et tient à lui montrer posée sur une méridienne, la toile ultérieurement  titrée "L'autoportrait devant la mort", le dernier qu'il réalisa.
 

 
Comme on fête le cinquantième anniversaire de sa mort, de nombreux documentaires sont diffusés autour de Picasso. L'un deux est consacré à Françoise Gilot, qui vécut avec lui après-guerre. C'est une femme très intéressante et une peintre très talentueuse. Elle ne s'en laissa pas compter par son illustre compagnon qui n'était pas un homme facile à vivre, à cause de son machisme très espagnol. Il se comportait souvent en tyran domestique. Ce fut la seule femme qui sut se tirer des griffes de Picasso et refaire sa vie, rapidement après l'avoir quitté, la seule peut-être pour démentir cette chanson des Modern Lovers. Picasso fit en sorte de l'invisibiliser, en exigeant de son galeriste qu’il cesse de l’exposer. Le génie n'est pas exempt de mesquinerie. Lorsque Françoise Gilot, exilée aux États-Unis, publia un livre sur sa vie avec Picasso, ce dernier fit tout — sans succès d'ailleurs— pour empêcher sa parution. Et lorsqu'il fut traduit en français, Picasso mobilisa le ban et l'arrière-ban des intellectuels français pour empêcher sa publication. Une pétition fut signée par de nombreux artistes qui par ailleurs se targuaient d'être d'ardents défenseurs de la liberté. Aragon et la Triolette, Césaire, Alain Cuny, Michel Leris, même Jacques Prévert, Vercors, Jean-Louis Barrault et Madeleine Renault, Serge Reggiani, Maurice Rheims, Geneviève Anthonioz De Gaulle... Cocteau, qui toute sa vie fut pourtant confit, d'une admiration peu payée en retour à l'égard du peintre (qui s'en amusait d'ailleurs), eut l'élégance de ne pas signer. Bref, l'homme si sûr de son génie, pouvait être mesquin cruel et d'une grande lâcheté. 
Claude Arnaud, dans un récent ouvrage intitulé "Picasso tout contre Cocteau", confie, que Michel Leiris, surnommait Picasso, "le mage noir", et que ce dernier disait "chaque fois que je change de femme je devrais brûler la précédente". Espérons qu'il ne parlait que des toiles peintes où celles-ci étaient représentées. A un spectateur indignée par un portrait de femme de Picasso, Colette rétorqua un jour "elle n'est pas affreuse, elle est empicassée" . Claude Arnaud, fait malicieusement remarquer  que "empicassé" est le mot qu'utilisent les paysans breton pour désigner une vache à qui leurs voisins ont jeté un sort.
J'ai choisi pour illustrer cet article trois œuvres mineures, aperçues lors de l'exposition Picasso et la préhistoire. De petits galets sculptés, qui révèlent la part d'enfance chez cet artiste. 
Un être qui fit longtemps mon bonheur, un jour me raconta que, lorsqu'elle était enfant, elle pensait être la reine des cailloux. A sa façon Picasso lui aussi régnait sur eux, leur accordant parfois son onction de vieil enfant ("ce pervers polymorphe", selon Freud), lui qui sa vie durant prétendait s'efforcer de dessiner comme eux.

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