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lundi 18 mai 2026

Le grand Café

Voilà,
chaque fois que je passais devant le grand café Baretta,  – sa terrasse à l’ombre du micocoulier de la place St Didier est l’une des plus prisées d’Avignon – me revenait en mémoire cette chanson de Charles Trénet dont j'avais appris par cœur les paroles afin de la chanter le soir à ma fille, quand elle était petite. 
 
Au Grand Café, vous êtes entré par hasard
Tout ébloui par les lumières du boul’vard
Bien installé devant la grande table
Vous avez bu, quelle soif indomptable
De beaux visages fardés vous disaient bonsoir
Et la caissière se levait pour mieux vous voir
Vous étiez beau vous étiez bien coiffé
Vous avez fait beaucoup d’effet
Beaucoup d’effet au Grand Café

Comme on croyait que vous étiez voyageur
Vous avez dit des histoires d’un ton blagueur
Bien installé devant la grande table
On écoutait cet homme intarissable
Tous les garçons jonglaient avec Paris-Soir
Et la caissière pleurait au fond d’son tiroir
Elle vous aimait, elle les aurait griffés
Tous ces gueulards, ces assoiffés
Ces assoiffés du Grand Café

Par terre on avait mis d’la sciure de bois
Pour qu’les cracheurs crachassent comme il se doit
Bien installé devant la grande table
Vous invitiez des Ducs, des Connétables
Quand il fallut payer l'addition
Vous avez déclaré: " Moi, j’ai pas un rond "
Cette phrase-là produit un gros effet
On confisqua tous vos effets
Vous étiez fait au Grand Café

Depuis ce jour, depuis bientôt soixante ans
C’est vous l’chasseur, c’est vous l’commis de restaurant
Vous essuyez toujours la grande table
C’est pour payer cette soirée lamentable
Ah, vous eussiez mieux fait de rester ailleurs
Que d’entrer dans ce café plein d’manilleurs
Vous étiez beau, le temps vous a défait
Les mites commencent à vous bouffer
Au Grand Café, au Grand Café. 

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vendredi 10 avril 2026

Pas être à sa place

 
 
Voilà,
dans son dictionnaire des obscure sorrows John Kœnig appelle monachopsie "le sentiment subtil mais persistant de ne pas être à sa place, d'être aussi mal adapté à son environnement qu'un phoque sur une plage, lourdaud et maladroit, blotti en compagnie d'autres inadaptés, rêvant d'une vie dans son habitat naturel, d'un endroit où l'on serait chez soi avec fluidité, brio et sans effort." J’ignore par quelle association d’idées j’en suis venu à penser à cela, à Marseille, sous l'immeuble construit par Le Corbusier appelé "La Cité radieuse" et que les gens du coin ont longtemps surnommé "la maison du fada"

jeudi 12 février 2026

Vacanciers

 
Voilà,
à vingt ans on regarde la mer sur un inconfortable rocher, on fait des projets, une vie passe et pour peu qu'on l'ait traversée sans trop d'encombre, on finit — si l'on est encore en relativement bon état — par emporter ses pliants avec soi pour paisiblement contempler le fleuve et la ville au loin. Je me souviens très bien de cette fin d’après-midi de Juillet sur l’île de la Barthelasse face à la cité des Papes. Les vieux, les familles et les fumeurs de joints se promenaient ou pique-niquaient sur les berges du Rhône. La température tombait doucement sans pour autant atteindre la fraîcheur. Je n'étais déjà plus tout à fait là, songeant à mon retour sur Paris.

lundi 1 septembre 2025

L’été 2025

 
Voilà, 
C’est déjà la fin des vacances d'été. C’est toujours un peu triste cette période. Cet été là aura été particulier tout de même
 
Cet été une fois de plus, pour la troisième année consécutive j'aurais passé le mois de Juillet à Avignon. Pour moi la boisson de ce festival aura été une mixture à base de jus de citron et de jus de gingembre dont je remplissais ma gourde chaque matin avant de partir. C’était frais rafraîchissant mais sans doute peu compatible avec mon traitement contre l’hypertension J’aurais aussi découvert le Gambetta bitter au café de la place Pasteur et une  blonde de garde, plus verte que blonde à la liqueur de Chartreuse dans un café de la place des Carmes le soir de mon arrivée. 
 
Cet été, rue du Vice Légat j'aurais aussi vu Diogène converser avec une jolie festivalière.


Cet été il y aura eu en France deux longues périodes de canicule intense, une fin juin mi juillet, une autre courant Août et des nouvelles températures extrêmes auront été enregistrées un peu partout en France métropolitaine


Cet été j’aurai assez peu rêvé

 

Cet été j'aurai eu plein de nouvelles douleurs et des symptômes bizarres


Cet été en août j’aurai vu beaucoup de films

 

Cet été j'aurais mis des visages et des voix sur des noms plus ou moins familiers qui désignaient auparavant des inconnus

 

Cet été j'aurai assisté à une messe à Taizé

 

Cet été les États-Unis auront suspendu la livraison de systèmes de défense antiaérienne Patriot, de missiles antichar Hellfire et de munitions à l'Ukraine, officiellement en raison de la diminution des stocks de l’armée américaine


Cet été j’aurais, impuissant, assisté sur les écrans tactiles à la débâclé morale du monde occidental dont je fais partie, et vraisemblablement au début de son effondrement politique et culturel aussi

 

Cet été aux États-Unis, des inondations dans l'état du Texas auront fait plus de 135 morts Si parmi eux il y avait des climatosceptiques trumpistes j'en suis ravi, ça fera quelques cons en moins 

 

Cet été ma cousine aura quitté ce monde ou cette version du monde 

 

Cet été la Russie sera devenue le premier pays à reconnaître officiellement le gouvernement taliban en Afghanistan  

 

Cet été des combattants des Forces démocratiques alliées (FDA), affiliés à l'État islamique, auront tué 66 personnes dans le territoire d'Irumu, en République démocratique du Congo


Cet été beaucoup d'acteurs et d'actrices de théâtre que j'ai croisés dans ma vie auront trépassé.

 

Cet été l'UNESCO aura classé la galerie d'art rupestre du parc national de Murujuga en Australie occidentale comme site du patrimoine mondial et ça c'est plutôt une bonne nouvelle

 

Cet été des tirs auront été échangés à la frontière entre les armées cambodgienne et thaïlandaise faisant douze morts


Cet été des scientifiques se seront inquiétés sans être plus entendus que de coutume de la situation climatique alarmante. leur cri d'alarme répété depuis des années aura pourtant été clair : dépasser les +1,5°C va créer beaucoup, beaucoup de malheurs. Monter au-delà va les augmenter pour chaque dixième de degré en plus.  Avec une sensibilité climatique plus élevée, le franchissement de ce niveau de malheur supplémentaire va advenir assez rapidement.

Il est en outre très peu probable que nous puissions revenir en arrière. Le délabrement que cela entraînera risque donc de durer des siècles. Voilà pourquoi selon eux nous devrions l'éviter à tout prix.

 

Cet été il y aura eu de gigantesques incendies sur le pourtour méditerranéen, en France dans l'Aude, dans l'Ouest et le Nord Ouest de l'Espagne , et aussi au Portugal


Cet été en Alsace la récolte de Crémant aura commencé le 20 août ce qui constitue un record de précocité 

 

Cet été Israël aura mis en place les bases d'une annexion de la Cisjordanie après avoir affamé et rasé Gaza qu'elle veut désormais occuper. Elle aura continué sa politique d'éradication ethnique sur la bande de Gaza et plusieurs sommités juives en Israël et hors des frontières auront qualifié ces actions de génocide .

 

Cet été on aura constaté grâce au large panorama de la santé pédiatrique outre-Atlantique, dressé par une étude publiée dans le "Journal of the American Medical Association" ("JAMA"),  que l'état de santé des enfants se dégrade rapidement aux Etats-Unis, creusant l’écart avec les pays à haut revenu et que cela présente les traits d’une catastrophe invisible.

 

Cet été j'aurai pour la première fois mangé du foie de lotte 

 

Cet été en Espagne la vague de chaleur du mois d’Août aura été la plus intense jamais enregistrée. Du 8 au 18 août, la péninsule ibérique aura subi la vague de chaleur « la plus intense depuis qu’il existe des relevés d’après son agence météorologique nationale. Avec des températures dépassant par endroit les 40 °C, la vague de chaleur d’août 2025 aura surpassé celle, alors historique, de juillet 2022 avec des températures supérieures de 4,6 °C à celle d’une vague de chaleur considérée comme normale en Espagne.


Cet été plusieurs bains publics auront été aménagés sur les bords de Seine à Paris

 

Cet été Donald Trump aura accentué son emprises sur tous les rouages du pouvoir aux États-Unis sans rencontrer une grande opposition, et continué à constituer sa propre force paramilitaire en vue d’influer sur le fonctionnement des élections de mi-mandat

 

Cet été selon les dernières données de l’Observatoire européen de la sécheresse (EDO), celle-ci aura affecté 51,3% des sols européens, un taux inédit depuis le début des observations, en 2012

 

Cet été on aura décidé que le dioxyde de titane, jugé dangereux comme additif alimentaire pourrait rester autorisé dans les médicaments 


Cet été la Turquie aura enregistré son record de température, avec 50,5 °C relevés à Silopi

 

Cet été un séisme de magnitude 8,8 aura eu lieu près des côtes russes de la péninsule du Kamtchatka


Cet été un épisode extrême de mousson au Pakistan aura fait plus de 400 morts en quelques jours


Cet été des négociations en vue d'un traité international pour enrayer la pollution par les plastiques auront échoué à cause de l’obstruction des pays pétroliers


Cet été vers la fin du mois d'Août l'ONU (mais qui se soucie encore de l'ONU) aura déclaré l'état de famine dans la bande de Gaza


Cet été en France, un streamer sera mort en direct des suites de sévices qu'il subissait plus ou moins volontairement dans des mises en scènes trash qui attiraient de nombreux abonnés


Cet été le tyran Poutine se sera joué du gangster fasciste Trump, et les pauvres ukrainiens auront continué à être les dindons d'une farce sanglante qui dure depuis plus de trois ans


Cet été Tokyo a connu une vague de chaleur exceptionnelle en enregistrant un dixième jour consécutif avec des températures de 35°C ou plus. Ce record, qui n’avait jamais été observé depuis le début des relevés en 1875, témoigne de l'intensification des phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique. Selon l'agence météorologique japonaise (JMA), cette série de températures élevées pourrait prendre fin le 28 août 2025, avec des températures attendues inférieures à 35°

 

Cet été le Danemark a convoqué le chargé d'affaires américain après un reportage de la télévision publique faisant état de "tentatives d'ingérence" au Groenland, a annoncé mercredi la diplomatie danoise. 

 

Ainsi vont les choses (et j'en omets beaucoup) dans le meilleur des mondes possibles et si je les rappelle c'est parce qu'il est plus que vraisemblable que nous les oublierons vite pour la plupart

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jeudi 24 juillet 2025

L'Inadmissible


Voilà,
je cite in extenso cet article d’André Markowicz au sujet d’Israël, et auquel je pensais en me promenant dans cette rue, avant que je ne prenne cette photo. Je le fais car il est argumenté étayé et surtout parce qu’il est écrit par un auteur juif. Je m’aventure pour ma part assez peu à commenter ce qui se passe à Gaza en dépit des horreurs qui y sont perpétrées. Faire part de son indignation à ce sujet — surtout quand on est goy —, suscite aussitôt la réprobation de bien des gens. Je pense à quelques amies psychanalystes, dont les réactions m'ont, il y a quelques semaines, tout de même bien étonné. La possibilité d’une compassion également partagée pour toutes les victimes civiles de ce conflit, quelle que soit leur origine, semble encore difficilement acceptable pour nombre de personnes. On se retrouve très vite taxé d’antisémitisme. Daté du 8 Juillet cet article s’intitule "L’inadmissible."

J’ai découvert l’existence de Nissim Vaturi (en faisant des recherches dont je parlerai plus tard). Nissim Vaturi est un des vices-présidents de la Knesset, membre du Likoud (et non d’un des partis d’ultra-ultra-ultra-droite de Smotrich ou Ben Gvir). Et ce Nissim Vaturi répète, à quasiment chacune de ses déclarations publiques (et depuis octobre 23) qu’il faut « vider Gaza des Gazaouis ». Ce n’est pas pour cela qu’il a été au centre d’un débat de la commission d’éthique (il y a une commission d’éthique à la Knesset), mais parce qu’en octobre 2024, il a fait une série d’autres déclarations. Il disait qu’il fallait « brûler Gaza », qu’il n’y avait « pas d’innocents à Gaza », et que tous les Palestiniens étaient « des sous-hommes ». Il disait de même qu’il fallait régler le problème des Palestiniens en « faisant de Jénine une nouvelle Gaza », c’est-à-dire qu’il fallait réduire en ruines toute la Cisjordanie (Jénine était visiblement métonymique pour toute la Cisjordanie), et donc qu’il fallait tout brûler. Il ajoutait (mais, là, je n’ai pas trouvé de source que j’estime fiable, – était-ce le même jour ou dans une autre déclaration ?) qu’il fallait prendre l’ensemble de la population de Gaza, séparer les hommes des femmes et des enfants, fusiller l’ensemble des hommes et garder les femmes et les enfants dans des camps.

Cet homme est donc l’un des vices-présidents de la Knesset. Un député, communiste, que l’on nomme « radical », membre du parti Hadash (lequel est une coalition, électoralement insignifiante, de partis arabes et de communistes juifs), Ofer Cassif, a porté plainte devant la commission d’éthique. Le verdict de la commission d’éthique a été d’épargner la moindre sanction à Nissim Vaturi. Son jugement, cité par « Le Times of Israël » (journal conservateur, lié aux conservateurs américains), énonce ceci : « La commission estime que les remarques n’ajoutent pas de respect à la Knesset en tant qu’institution, en particulier à la lumière du fait qu’il est vice-président de la Knesset, mais en raison de l’importance de la sauvegarde de la liberté d’expression, rien ne permet de justifier qu’il a violé les règles d’éthique »

Donc, cet homme n’a pas violé, le Parlement israélien, les règles de l’éthique. Il est donc, aux yeux des députés d’Israel, d’énoncer, en tribune, que les Arabes sont des « sous-hommes », il est éthique de vouloir « vider Gaza des Gazaouis » et de brûler Gaza, et de vouloir brûler l’ensemble des habitations palestiniennes en Cisjordanie (ou peut-être seulement à Jénine ?), et il est n’est pas répréhensible, au nom de la « liberté d’expression », d’appeler au génocide (rappelons que l’exécution des hommes et l’enfermement des femmes et des enfants, c’était ce qui s’était passé à Srébrénica. Il y a eu des milliers de morts. Là, on parle, potentiellement, de millions). Nissim Vaturi continue donc d’occuper le poste qu’il occupe, quitte à souiller le parlement israélien, – ce que la commission accepte.

*

Là où les choses sont encore plus frappantes est le cas du député qui avait porté plainte, Ofer Cassif. – Et d’abord, cette évidence : il a été le seul à porter plainte. Les députés de la soi-disant gauche, les travaillistes et les autres, tous, sans aucune exception, ils n’ont pas réagi. La question est de savoir pourquoi : le discours de Vaturi s’est-il à ce point banalisé qu’il est devenu normal ?... Ofer Cassif, lui, est qualifié de "radical". Il est "radical" parce qu’il proclame sa solidarité avec les populations palestiniennes, qu’il a toujours dénoncé les colons (il s’est fait tabasser, a été envoyé à l’hôpital, s’est fait menacer de mort – par un policier), et , en octobre 23, a dit que la politique de l’État d’Israël avait amené au 7 octobre. Il n’a pas, un seul instant (du moins n’ai-je rien trouvé, – ne lisant pas l’hébreu) excusé le massacre du Hamas. Il a dit que ce massacre était le résultat de décennies et de décennies de la politique colonialiste de l’État d'israel. Après cette déclaration, lui, – et à l’unanimité des membres de la Knesset (je ne sais pas ce que faisaient ses quelques collègues de son parti), il a été sanctionné, pour « propos inadmissibles », et interdit, à l’unanimité, de débats au Parlement. Il a le droit de vote, mais il n’a pas le droit de parler.

Donc, d’un côté, des propos génocidaires – clairement génocidaires, – et prônant le crime contre l’humanité (le nettoyage ethnique). Ces propos-là sont « éthiques ». De l’autre, une dénonciation de la volonté génocidaire, – et cette dénonciation est, pour l’ensemble du parlement (pas seulement pour la droite au pouvoir) – « inadmissible ». 

Une image d’Israël aujourd’hui. 

Cela, c'est l’Israël de Trump. C’est aussi, hélas, l’Israel de l’Europe (et donc, d’un point de vue électoral, le nôtre ici), puisque l’Europe continue de collaborer, militairement et économiquement, avec Israël.
*

Deux poids deux mesures. Le boycott de la Russie poutinienne fait consensus (mais n’entrons pas dans les détails...). Ce boycott n’est pas anti-russe, il se veut, au contraire, une arme pour une transformation démocratique de la Russie... même si c’est peu de dire que nous en sommes loin. –  Il est absolument nécessaire, fondamental, que l’Union européenne boycotte, dans les conditions présentes et de la même façon, Israel, un pays qui, au nom de la liberté d’expression, accepte qu’on puisse considérer un homme comme un « sous-homme », et admet les appels au génocide énoncés par des membres éminents de son parlement. Ce boycott ne sera pas anti-israélien, il devrait être, au contraire, un appel à la dignité et à l’éthique. Vouloir « vider Gaza des Gazaouïs » (expression ressassée par Vaturi, mais pas que par lui) est vouloir perpétrer un crime contre l’Humanité, même au nom de la lutte contre le Hamas.
 
Il n'y a rien à ajouter. Sinon qu'on se sent sale d'appartenir à un pays complice de ces atrocités, et où certains députés voudraient considérer comme un délit le fait de mentionner qu'Israël entreprend un génocide dans la bande de Gaza. Alors on dira "un nettoyage ethnique".
Sinon, à part ça, aujourd'hui advient le jour de dépassement de la terre. C'est à dire que l'humanité a consommé à ce jour plus de ressources naturelles et émis plus de gaz à effet de serre que la terre n'est en capacité d'en produire ou d'en absorber au cours d'une année.

mardi 22 juillet 2025

Extra-Muros


Voilà,
c'est une vue dont on ne peut se lasser. C'est l'un des plus beaux panoramas d'Europe. Le pont d'Avignon. Le Rhône. La cité des Papes, le Mont Ventoux au loin. En cette fin d'après-midi j'ai déjà le départ dans la tête. J'ai commencé à faire ma valise. Je suis allé me promener extra-muros, au-delà des remparts vers l'île de la Barthelasse. Comme d'habitude, il y aura eu des jours où j'aurais trouvé le temps long et finalement ce mois aura vite passé. Je n'aurais pas eu le temps de faire ce que j'avais supposé. Visiter des amis à Nîmes, Arles... L'été, durant le festival, Avignon vous tient captif. 
Ce jour là, j'ai réfléchi à ma mélancolie. Mais ma mélancolie, je ne sais pas d’où elle vient exactement. Peut-être de la solitude, d’avoir été longtemps un enfant unique qui en outre, ne pouvait pas avoir beaucoup d’amis parce que la petite cellule familiale déménageait fréquemment. Je me suis toujours senti en quelque sorte coupé du monde, à part. De plus, j’avais des dispositions pour la nostalgie ce qui n’arrange rien. Contrairement à ce que j’ai lu dans un article du journal « Le Monde », il y a quelques mois, j’ai des souvenirs qui datent de bien avant l’âge de trois ans. Oh pas vraiment des souvenirs mais des images associées à des sensations comme ça, précises. 
Et puis à partir de trois ans je peux dérouler le film de mon histoire. Sans doute parce que, à cet âge-là je me suis retrouvé dans un environnement totalement différent. D'ailleurs, j’avais déjà changé d’environnement précédemment. Je suis né en Allemagne. J’ai quelques souvenirs de poussette que j’ai déjà évoqués par ci par-là. Je me suis ensuite retrouvé dans la région de Saumur dans la douceur angevine. Là aussi j’ai des images précises : un accident de voiture, la nuit, la rampe qui menait à la maison de mon grand-père, l'odeur de la Loire. Et puis ensuite ce fut l'Algérie. Je me souviens très bien, non pas de la première partie du voyage parce que la génitrice m’avait drogué au sirop de Phenergan ou de Théralène pour que je sois calme durant le trajet en 4CV de Saumur à Marseille. En fait je réalise à quel point je devais être défoncé. Mais ensuite dans le bateau je me souviens des sensations, des images, de l’arrivée sur Alger, la mer verte, la ville blanche, la découverte du géniteur que j'avais finalement assez peu vu dans les premières années. Très peu de temps après ma naissance il est allé en Algérie parce qu’il était militaire de carrière. Ma génitrice qui quelques années auparavant avait épousé un homme qui une semaine, après leur mariage était parti en Indochine. Donc elle avait passé 18 mois seule et avait décidé que cela ne se reproduirait pas. Elle l'a rejoint en Algérie. De l’Algérie, j’ai des souvenirs nombreux et très précis, parfois pénibles que j’ai déjà évoqués dans ce blog. Je me souviens que là-bas, j’avais déjà la nostalgie de paysages d’endroits que je ne connaissais pas, mais qui m’étaient suggérés par des chansons, en particulier, l’adaptation de green fields par les Compagnons de la Chanson. Et vers huit ans il me semblait avoir énormément de souvenirs comme si j'avais déjà vécu une longue vie. Tout s'imprimait, les chansons les visions les odeurs... Les images du passé remontent, je n’y peux rien, c’est comme ça, je suis goupillé comme ça. Aujourd’hui encore c’est la même chose. Le présent me renvoie souvent au passé. Avignon par exemple, je suis à Avignon  à l’époque du festival. J'y ai exercé mes premiers jobs d'été quand j’avais 17 ans, 18 ans. Eh bien tout ça remonte terriblement. A cause des murs, des rues. Les visages, les noms, les gens de l’époque, les spectacles vus à ce moment là, oui la jeunesse, les souvenirs de jeunesse ont la même densité, peut-être même plus de densité que le présent. Je ne prenais pas de photos à l'époque. Aujourd'hui les photos aident à se rappeler. En ce temps là, la sensation s'imprimait sans que je réalise que cela serait pour longtemps. Pourtant, j'ai toujours autant de mal à reconnaître les visages. C'est curieux... Mais finalement, j'aime bien avoir cette faculté de souvenirs. Je ne m'ennuie pas. C'est juste parfois que cela me rend un peu vague, tout ce temps qui me traverse.

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samedi 19 juillet 2025

Inquiet comme un enfant

 
Voilà,
pour penser, écrire, dessiner, bricoler des images, tenter de mettre en forme des idées — ce qui peut se révéler parfois chronophage et laborieux — il est souvent besoin de solitude. Mais il arrive que celle-ci pèse et devienne angoissante quand on n'a pas retrouvé un ou une presque-pareille qui soit dans de semblables dispositions. Et l'on se sent alors inquiet comme un enfant qui se réveille la nuit dans une maison vide. C'est à cela que je pensais, errant à une heure tardive parmi les rues désertes. Jusqu'à cette rencontre. 

dimanche 6 juillet 2025

Pêle-mêle avignonnais (2)

 
Voilà,
ces jours-ci dans une rue d'Avignon, j'ai vu ce rideau de fer. Je l'ai trouvé, pour un commerce de bouche, assez peu engageant. L'image d'un bousier, dont l'encyclopédie nous dit que c'est un insecte coléoptère coprophage qui se nourrit presque exclusivement d'excréments et de résidus de parturitions, n'est peut-être pas la plus adaptée.
 
 
Je réalise que, voilà un an, suite à la stupide dissolution de l'assemblée nationale par notre crétin de président, tombait le résultat du deuxième tour. Depuis l'environnement international n'a cessé d'empirer, devenant de plus en plus anxiogène et délétère. Quant au contexte de politique intérieure il est toujours aussi inextricable. Sans parler de la situation budgétaire lamentable. Mais bon, ici c'est toujours le même cirque. Les années se suivent et se ressemblent. On vit dans une bulle. Je fais aussi partie de cette faune. Difficile de s'en extraire quand on est là. Avec le début du festival, les affiches ont submergé la ville. Devant ce nombre effroyable de spectacles, on se demande que faire de cette terrible frénésie à vouloir à tout prix signifier, à la fois pour le monde et en dehors du monde. C'est parfois du grand n'importe quoi. "Tchekhov en commedia dell’arte" par exemple. Pendant ce temps-là, les États-Unis où un autocrate idiot et sa bande de gangsters se sont emparés de tous les rouages du pouvoir, deviennent une nation policière. Le moyen-Orient ressemble à un feu de tourbe. Même quand on ne le voit pas ça continue de brûler. Poutine détruit l'Ukraine sans que plus personne s'en émeuve. L'Europe ne réalise pas encore qu'elle n'a plus aucune influence sur le monde. La situation climatique ne cesse de s'aggraver partout sur la planète à une vitesse qui surprend même les spécialistes. Mais ici, la seule obsession est d'attirer le potentiel spectateur en le harcelant dans la rue et en lui distribuant force tracts. 
Peut-être certains regretteront-ils l'année prochaine ce folklore. Ici aussi les temps vont devenir plus difficiles. Peut-être la plupart des festivaliers auront-ils d'autres préoccupations que le théâtre à pareille époque.


Quoi qu'il en soit, je continue de me promener, vaquant dans l'Incertitude qui est au principe de la condition humaine prise entre l'inéluctabilité de la mort et le mystère du moment où elle nous saisira. Ici, je ne peux m'empêcher de penser à des gens que j'ai aimés. et qui ne sont plus. Ils m'ont fait découvrir ce festival, il y a fort longtemps. Pour moi, les rues sont surtout peuplées de fantômes. 
Parfois, je m'attarde devant la beauté des pierres.

dimanche 18 mai 2025

En traînant dans Draguignan

  

 
Voilà,
alors que je me trouvais il y a quelques jours à Draguignan, je suis passé de bon matin par cette rue qui a la particularité d'être peinte au sol. C'est la rue de Trans. Trans est le nom d'un village en Provence (je crois que c'est là, que je suis allé pour la première fois de ma vie, un matin d'Août 1973 dans une salle de ventes, ou peut-être était-ce au village voisin des Arcs). 
Je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux Etats-Unis. Je me suis dit que si l'on était gouvernés par des tarés du même acabit que ceux qui sont aux affaires aux USA, il faudrait peut-être débaptiser ce village dont le nom paraîtrait désormais suspect. 
A propos des États-Unis, il faudrait qu'un cinéaste inspiré réalise, en contrepoint du film de Griffith, un autre qui s'intitulerait "Suicide d'une nation". Car depuis cinq mois c'est bien à cela que nous assistons. Quand je pense que Trump est persuadé que le fait d'avoir échappé à un attentat, est un signe que Dieu l'a désigné pour conduire les destinées de son pays, cela inciterait plutôt à l'apostasie. Il ne se passe pas une journée sans qu'une décision délirante ne soit prise par lui ou un de ses affidés outre-Atlantique. C'en est presque fatiguant. Jamais on aurait imaginé qu'autant de crétins soient aux responsabilités dans ce pays.
 

Sinon les motifs que les hasards de la promenade peuvent parfois offrir constituent une distraction opportune. Pour se reposer du flot incessant et accablant des nouvelles du monde, toutes plus anxiogènes les unes que les autres, le cerveau recompose à partir de menus détails une réalité intersticielle où trouver refuge et apaisement. Il suffit de se tenir comme un idiot devant le mur et attendre que la pression retombe.

jeudi 15 mai 2025

Une perspective insolite

Voilà,
je me souviens très bien, j'étais plutôt content lorsque j'ai réalisé ce cadre, l'été dernier. La perspective est plutôt insolite, prise sur le Rocher des Dombs où se trouve une modeste vigne. De la ville en contrebas on ne distinguait plus que la tour de l'horloge. Quelqu'un aurait pu, s'il s'était tenu au même endroit, voir la même chose deux siècles auparavant. 
J'ai aimé ce moment de suspension loin de l'agitation festivalière. 
Un moment j'ai oublié la fatigue et la peur.

jeudi 1 mai 2025

Sur un rocher, face à la mer

 
Voilà, 
l'orage est passé, le jour décline doucement, bientôt on ne fera plus la différence entre un fil noir et un fil blanc. Ils sont là, au pied de la corniche devant la mer étale. Il est possible que ce paysage magnifique ne les étonne plus guère tant il leur est devenu familier. 
Je ne fais que passer, mais je les vois de loin. Ils me semblent jeunes et — je ne sais pas pourquoi — cela m'émeut, qu'ils soient là, comme ça, tous les deux. Ils sont dans le temps des commencements. Ils ne se doutent pas que ça passe vite, une vie.

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