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mercredi 16 septembre 2026

Liste des découvertes hasardeuses (5)



Voilà
j'ai découvert il y a peu la notion de "Sentiment océanique" définie par l'écrivain Romain Rolland et inspiré par sa lecture de Spinoza. Elle se rapporte à l'impression ou à la volonté de se ressentir en unité avec l'univers (ou avec ce qui est "plus grand que soi"). Ce sentiment peut être lié à la sensation d'éternité. Il s'agit même d'une sorte d'expérience-limite ou de révélation intime et fulgurante, où celui qui en est l'objet se sent comme élément d'une mosaïque insondable. J'ai ressenti cela il y a fort longtemps sous l'effet de psychotropes.
 
J’ai découvert il y a peu que la ville de Cheyenne constituait la plus grande gare de triage et le plus vaste nœud ferroviaire des États-Unis

J’ai découvert il y a peu que les émissions de gaz à effet de serre de Google et Amazon n’avaient considérablement augmenté cette année au lieu de diminuer les conduisant à ne pas tenir leurs engagements en matière de lutte pour le climat. Pour Google elles ont augmenté de 82% depuis 2019 et de 18% rien que sur l’année écoulée. Quant à Amazon c’est 58% sur la même période et de 16% en un an, alors que le groupe avait promis (mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient) d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040.  Tout cela en raison d’investissements dans l’intelligence artificielle. Pour chaque dollar gagné. Leur pollution augmente d’avantage que leurs ventes.

J’ai découvert il y a peu que, sur 4500 espèces de mammifères, les homos sapiens sont la seule où les mâles sont aussi violents avec les femelles
 
J'ai découvert il y a peu que dans les années 1970, plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs furent immergés par plusieurs pays européens dans l’Atlantique Nord-Est à des profondeurs atteignant plus de 4 700 mètres. La localisation exacte de ces barils, et surtout leurs impacts possibles sur l’environnement des grands fonds restaient à ce jour largement inconnus depuis des études des années 1980.  Observés par le sous-marin Nautile, on a constaté que  plusieurs dizaines de ces fûts, sont dans un degré avancé d'usure et que de nombreux containers sont particulièrement corrodés. Le contenu de certains d’entre eux se répand sur le fond marin environnant. Différents organismes, notamment des anémones, des éponges et des crabes se trouvent à proximité et parfois même les colonisent.
 
J'ai découvert il y a peu que, suite à la célèbre exposition de Nicky de Saint Phalle en 1966 à Stokholm, intitulée "Elle - une cathédrale" où le public pouvait pénétrer dans une statue géante de femme, le taux de natalité avait particulièrement augmenté dans la capitale suédoise.
 
j'ai découvert il y a peu un vieux morceau de Franco Battiato, un chanteur italien à la mode à la fin des années 70 et dans les années 80, qui dure près de 18 mn et qui ressemble par moment à certaines pièces de Morton Feldman et aussi un peu à du Steve Reich. Cela s'appelle Sud afternoon
 
J'ai découvert il y a peu que Jimmy Page jouait de la guitare sur "Downtown" de Petula Clark

j'ai découvert il y a peu cette anecdote : un jour Glenn Gould ayant rencontré Errol Garner, lui fait part de son admiration "votre musique me rappelle un peu Debussy" ce à quoi le jazzman répond "c'est qui ce type ?" 
 
J'ai découvert il y a peu, grâce à l'émission "Retour de plage" un morceau de Paul Mc Cartney "Distraction" dont les arrangements sont de Clare Fisher et c'est vraiment beau 

J'ai découvert il y a peu que, avec le confinement de 1500 bateaux pendant plusieurs mois dans le détroit d’Ormuz, le danger d’une "super-propagation" d’espèces invasives se profile. Les eaux chaudes du corridor maritime et ses fonds sablonneux favorisent l'apparition d'organismes marins sur les coques et les hélices, compliquant leur entretien. Ce serait aussi potentiellement une catastrophe écologique à retardement, car ces espèces pourraient ensuite proliférer dans les eaux du reste du monde et particulièrement dans les ports où ces navires mouilleront. La prolifération du crabe bleu en Méditerranée est de nature à nous inciter à prendre la menace (très) au sérieux.
 
J'ai découvert il y a peu que lors de la sécheresse extrême causée par El Niño en 2023-2024, la forêt amazonienne a doublé ses émissions de sesquiterpènes et introduit de nouveaux alcools sesquiterpéniques dans l'atmosphère. Ce phénomène représente une réponse métabolique unique au stress oxydatif, mesurée pour la première fois sur le terrain.
 
J'ai découvert il y a peu la Symphonie N°3 de Gorecki, dite "Symphonie des chants plaintifs" et c'est beau
 
J’ai découvert il y à peu qu'à 45 km de Kyiv, des chercheurs testent la capacité du miscanthus géant à régénérer les sols dégradés et pollués par la guerre. Cette plante pourrait séquestrer du carbone et capturer les métaux lourds, un défi majeur pour le grenier à blé de l’Europe.

J’ai découvert il y a peu que le modèle qui a servi pour représenter la ville de Strasbourg sur la place de la Concorde n’est autre que Juliette Drouet qui était la maîtresse du sculpteur — un certain Pradier — qu’elle quitta avant de devenir par la suite l’amante de Victor Hugo
 
J’ai découvert il y a peu l’œuvre musicale insolite de Percy Granger, ainsi que sa biographie qui ne l’est pas moins

J’ai découvert il y à peu qu’il n’y avait officiellement plus de rhinocéros blanc sur terre
 
J'ai découvert il y a peu une étude de l'Institut national de santé américain selon laquelle les Américains des États-unis sont beaucoup plus gras que les cochons.  Ils ont 28 % de graisse corporelle, l'Américaine moyenne est à 40 %. En contraste saisissant, les cochons sont à 16 % de graisse corporelle. J'ai repensé à cette phrase de Pierre Dac "le gras double c'est du gras simple multiplié par six et divisé par trois.
 
j'ai découvert il y a peu la parabole du moine bouddhiste qui me plaît beaucoup. Dans un village lointain un couple donne naissance à un enfant "puisse-t-il vivre longtemps et heureux s'exclame les parents. Le moine bouddhiste dit "on verra". Une dizaine d'années plus tard l'enfant  a un accident et sa jambe est cassée "jamais plus il ne marchera normalement, il boitera toute sa vie disent les parent désormais  sa vie sera terrible. Le moine bouddhiste dit "on verra". Quelques années plus tard une guerre est déclarée l'armée réquisitionne les enfants en âge de combatte. Mais par chance grâce à son infirmité l'enfant n'est pas mobilisé. Les parents disent " c'est bien il pourra avoir une longue vie. Le moine bouddhiste dit "on verra".  Un soir le père de l'enfant rentre ivre mort  à la maison et là sur un accès de folie il tue sa femme et égorge son enfant. Lorsqu'il apprend cela le moine bouddhiste s'exclame "c'est horrible c'est vraiment affreux" et il ajoute "je ne sais vraiment pas quoi dire". Cela prouve que même la pensée bouddhiste a ses limites. 
 
j'ai découvert il y a peu que Bob Woodward, l'un des deux journalistes investigateurs du Washington Post ayant couvert l'affaire du Watergate était devenu une crapule Trumpiste. 

j'ai découvert il y a peu, dans une librairie qui vend des livres d'occasion, un volume des œuvres complètes de Jean Reverzy et j'ai fait une bonne affaire car il est désormais quasi introuvable
 
J'ai découvert il y a peu les berges de la Seine à Conflans Sainte-Honorine, un endroit près de Paris où je ne m'étais pas encore rendu et ce fut  l’occasion d’une plaisante excursion.

Qui dira encore que le curiosité est un vilain défaut.

samedi 12 septembre 2026

Les peuples


 
Voilà,
le peuple en général, d’où qu’il soit, adore se faire duper. Il adore qu’on lui raconte des histoires, un peu comme les enfants qui réclament une berceuse : ça endort ça rassure ça évite d’entendre les bruits du dehors. 
Le peuple tend la joue aux menteurs, s’éprend des amants volages : le peuple pressent obscurément qu'il va être trompé, mais il aime trop les mots doux. Il aime qu'on lui assure que "tout est possible", surtout ce qui ne se fera pas.  Il aime qu'on lui offre de l'espoir. L'espoir, en politique, est comme un crédit à taux variable : vous signez aujourd’hui, les intérêts vous ruinent demain. 
le peuple aime les hommes providentiels. On le sait depuis Étienne de La Boétie  et son "Discours de la servitude volontaire" (1576) écrit alors que son auteur avait 17 ans — ce qui prouve, contrairement à ce que proclamait Rimbaud, que l'on peut être très sérieux à 17 ans — que c’est bien le peuple qui délaisse la liberté, et non pas le tyran qui la lui prend. Et c'est bien ce qui se passe dans la plupart de nos démocraties qui élisent leurs dictateurs.
Surtout ne pas penser. Préférer le mensonge bien emballé. Pourvu que l’illusion soit désirable, polie, optimiste, et qu’elle vous tienne chaud la nuit. C’est tellement plus agréable qu’on vous peigne l’horizon en bleu même quand le ciel est noir.  Et cela demande tellement moins d’effort que de vérifier un fait ennuyeux. Parce qu'on on préfère la jolie visiteuse parfumée — même si elle vole l’argenterie — à la vérité,  qui entre sans frapper, mouillée de pluie, et laisse des traces de boue dans le salon. 
Fascinante tout de même, cette obstination des peuples à croire, à vouloir croire.
Les politiciens ont cet art, d’emballer l’espoir dans du papier doré. Seulement c'est du vieux papier. À leur image, juste bon pour les ordures, et déjà trop pourri pour le recyclage. Ils vous promettent la lune et vous livrent une pauvre lampe de poche. Ils parlent de "lendemains qui chantent" avec la conviction de quelqu’un qui sait déjà qu’il se sera barré au premier refrain.   
Chaque campagne est un festival d’illusions neuves sur des réalités usées. On repeint l’avenir à grands coups de mots comme "renouveau", "changement", "solidarité". Foutaises... la peinture sèche au soir de l’élection. 
Et puis on lui offre aussi  des boucs-émissaires au peuple. Et ça il aime, il aime vraiment, il en raffole. Il pourrait supporter presque n’importe quelle catastrophe, pourvu qu’on lui fournisse un coupable. Une économie qui s’effondre ? Une guerre qui tourne mal ? Des saboteurs, des traîtres agents de l'Étranger. Une institution qui dysfonctionne ? Des ennemis de l’intérieur. Une société qui ne sait plus très bien où elle va ? Parfait : il suffit de lui montrer quelqu’un à accuser,  et tout le monde retrouve immédiatement le sens de l’orientation. 
Le peuple ne demande pas grand-chose. Il ne réclame pas nécessairement la vérité. La vérité est compliquée, contradictoire, pleine de nuances, et surtout elle oblige parfois à se regarder dans le miroir. Le bouc émissaire, lui, est infiniment plus commode. Il possède l'immense avantage d'être responsable de choses qu'il n'a pas faites, d'événements qu'il ne contrôle pas et, avec un peu d'imagination collective, de phénomènes dont il ignorait même l'existence.
C'est ainsi que prospère le plus vieux commerce du monde politique : vendre une explication simple à des gens que la complexité rebute. Le procédé est admirable de simplicité. On commence par désigner un groupe. On lui attribue quelques malheurs réels, quelques malheurs imaginaires et, pour faire bonne mesure, deux ou trois catastrophes dont personne ne comprend vraiment la cause. Puis on répète. Encore. Et encore. À la fin, l'accusation n'a même plus besoin d'être démontrée : elle est devenue familière. Or l'être humain confond volontiers ce qu'il entend souvent avec ce qui est réel. C'est une faiblesse très en vogue  dans les démocraties occidentales de ce début de siècle.
On lui raconte : "Vous êtes victimes, mais vous savez qui est responsable." Il applaudit. On lui dit : "Vos problèmes sont complexes, mais nous avons trouvé les coupables." Il respire. On lui promet : "Débarrassez vous en et tout ira mieux." Il retrouve immédiatement cette confiance touchante des foules qui viennent de découvrir qu'une équation à vingt inconnues peut se résoudre en brûlant la feuille sur laquelle elle est inscrite. 
Et puis le bouc émissaire a aussi cette exceptionnelle qualité de permettre à chacun de se croire innocent.   
Si tout va mal à cause des étrangers, inutile de se demander ce que les institutions ont raté. Si c'est la faute des riches, inutile d'examiner les contradictions de la société. Si ce sont les pauvres, les intellectuels, les financiers, les fonctionnaires, les journalistes, les complotistes, les technocrates ou les "élites", Super ! Le problème est enfin identifié. Et surtout, il est situé ailleurs. Car le bouc émissaire n'est pas seulement celui que l'on accuse. C'est celui qui nous dispense de nous accuser nous-mêmes. 
Il est le miroir que l'on casse pour ne pas voir son reflet.

Et les peuples ont parfois une remarquable imagination lorsqu'il s'agit de fabriquer ce miroir. Ils peuvent transformer une minorité en menace existentielle, un individu en incarnation du mal, un adversaire politique en traître à la nation, une erreur collective en complot organisé. Plus l'explication est extravagante, plus elle peut devenir séduisante : elle donne au désordre une intention, à l'échec un responsable et à la colère une direction.

Prétendre qu'une crise résulte de milliers de décisions, d'intérêts contradictoires, d'erreurs accumulées, de circonstances imprévisibles et de mécanismes économiques complexes ? Quelle mauvais goût ! Beaucoup plus élégant de découvrir qu'un petit groupe tire secrètement toutes les ficelles. La tentation complotiste permet de transformer l'absurde en scénario.

Et le public adore les scénarios.

Il faut alors des méchants. Des vrais. Avec des visages, des noms, des signes distinctifs. Il faut pouvoir les reconnaître dans la rue, les montrer du doigt, les dénoncer dans un discours. Umne catastrophe avec coupable devient un divertissement. Ainsi se forme peu à peu une nouvelle "doxa" qui gagne majoritairement le peuple. Il s'indigne, partage, répète, amplifie. Il ne sait pas forcément qui a commencé la rumeur, mais sait déjà qui doit être puni. il ne possède pas les preuves, mais déjà une intime conviction le travaille. Et la conviction, lorsqu'elle devient collective, a cette étrange propriété de se prendre pour une preuve. Des millions de personnes se persuadent mutuellement qu'elles ont découvert la vérité parce qu'elles sont très nombreuses à croire la même chose.

Le nombre remplace l'argument.

L'indignation supplée l'enquête.

La répétition vaut pour preuve.

Et le bouc émissaire, au milieu de tout cela, constate, avec un effroi mêlé d'incrédulité, la puissance que ses accusateurs viennent de lui attribuer. Sidéré il ne réalise pas qu'en l'offrant à la vindicte publique ceux là peuvent ainsi conserver intacte l'estime qu'ils ont d'eux-mêmes. 
Le peuple a besoin de héros, de traîtres et de monstres. Il supporte difficilement l'idée beaucoup moins romanesque que ses malheurs puissent être, pour une part, le résultat banal de ses propres choix. 
Le peuple ne manque jamais d'imagination pour trouver des boucs-émissaires. Il manque seulement, la plupart du temps, de mémoire. À l'échelle de l'histoire on sait désormais que quatre-vingts années suffisent pour que s'oublie totalement une abomination historique. L'élection avec 40% des voix d'un parti néo-nazi dans un Land de l'Allemagne semble en être la preuve.
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mardi 1 septembre 2026

L’Été 2026


 
Voilà,
La rentrée officielle commence. Et même s’il reste trois semaines avant l’automne, et que l’été n'est pas fini, c'est toutefois la fin de la trêve estivale. Les programmes des radios, des chaînes de télévision retrouvent leurs animateurs vedettes et leurs créneaux horaires réguliers ; les écoliers, collégiens et lycéens s'apprêtent à regagner le chemin des classes. La saison théâtrale va recommencer, le cours habituel des choses reprend. Le train-train de la vie quotidienne quoi. C'est à dire que l'on s'efforce de faire comme si le monde n'allait pas de mal en pis. On continue de se voiler la face. Sept des neuf limites planétaires ont été franchies, — soit trois de plus qu' il y a quatre ans sur notre pauvre planète — ; on doit se dire en hauts lieux que ce n'est pas si terrible puisqu'il en reste encore deux

Cet été aura commencé en France par une vague de chaleur d’une précocité sans précédent qui m’aura fait comprendre que je suis devenu un vieux corps bien fragile en de telles circonstances 

cet été les commémorations du 250eme anniversaire de l’indépendance des États-Unis auront surtout mis en valeur s’il en est besoin, le grotesque du Président de cette nation en plein effondrement

cet été je n’aurai pas joué à Avignon et ne m'en serai pas porté plus mal

Cet été fin juin, près de 6500 personnes auront trouvé la mort dans un tremblement de terre au Vénézuéla et cela n’aura fait les grands titres que quelques jours 

Cet été j’aurais, grâce à la coupe du monde de football, découvert le drapeau des Îles du Cap-Vert
 
Cet été j'aurais — entre autres— lu "Tous Immortels " l'excellent livre de Paul Pavlowitch, le neveu de Romain Gary, qui dut endosser l'identité de Emile Ajar, l'écrivain imaginaire que Gary s'inventa pour écrire tout autrement sans être exposé à la vindicte des critiques qui ne l'aimaient pas. Le livre retrace la complexité de leur rapport et décrit Romain Gary sous l'angle familial. C'est très intéressant et émouvant. J'aurais aussi lu un recueil de poèmes de Raoul Ruiz, un livre de Pascal Quignard "il n'y a pas de place pour la mort" une monographie très conséquente du peintre Erro, relu "le mal qui vient" de Pierre Henri Castel
 
Cet été durant la première semaine d'Août, trois anciennes partenaires de jeu seront passées de vie à trépas et cela m'aura bien déprimé

Cet été, au parlement français, une loi contraire au droit européen visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre dans l'exercice de leurs fonctions aura été adoptée. Un amendement gouvernemental instaurant une présomption de légalité des tirs ayant déjà été adopté en première lecture le 22 janvier 2026, cela revient à légitimer un régime policier en France et à soustraire la police à toute enquête. Cela en dit long sur le fascisme rampant dans ce pays.

Cet été La France aura été sèche et brûlée. Après avoir déjà dépassé 2003 avec la journée la plus chaude jamais observée en France, l’année 2026 aura dépassé désormais les sécheresses de 1976 et 2022. L’indice d’humidité des sols aura atteint son niveau le plus bas jamais mesuré pour un 9 juillet. Et la situation n’aura pas cessé de se dégrader. Vue du ciel, la France apparaît encore aujourd'hui littéralement brûlée : prairies desséchées, défoliation des forêts, cultures d’été en grande souffrance (maïs, soja, tournesol), et moissons d’hiver précoces contribuent à cette couleur. Comme si cela ne suffisait pas, le record national de la nuit la plus chaude jamais observée a été battu avec 30.6°C à Céret dans les Pyrénées Orientales au plus "frais" de la matinée.

Cet été les frappes nocturnes ordonnées par le dictateur russe Poutine visant les populations civiles de Kiev auront été chaque nuit plus intenses et meurtrières, et quotidiennement les ukrainiens auront répondu par de massives attaques de drones sur des objectifs stratégiques russes
 
Cet été l'agence américaine d'observation océanique et atmosphérique a constaté que le phénomène climatique El Niño devrait très probablement "se classer parmi les plus importants jamais enregistrés lors de son pic prévu entre octobre et décembre. On estime désormais à 81 % les probabilité que cet épisode d’El Niño soit très fort, ce qui en ferait l’un des plus intenses enregistrés depuis le début des mesures en 1950.
 
Cet été, Donald Trump aura sans ciller, offert une nouvelle fois au monde une leçon de géographie improvisée, aussi grotesque que révélatrice de son état mental. Lui qui tient entre ses mains le feu nucléaire aura évoqué une attaque de "111 missiles tirés par la République islamique du Japon". Dans la même conférence de presse, il se sera aussi adressé à Zelenski en l'appelant Poutine

Cet été l'Espagne aura connu son pire incendie depuis quarante ans 
 
Cet été aux États-Unis et en Espagne on aura enregistré le mois de juillet le plus chaud depuis que les relevés existent. De même que selon le site Copernicus, les océans auront franchi un nouveau record de chaleur
 
Cet été, en République démocratique du Congo, le virus Ebola se sera propagé à une vitesse alarmante. Trois mois auront suffit pour que le nombre de morts atteigne le bilan de l'épidémie de 2018 qui avait duré vingt-deux mois

Cet été la Chine aura pour la première fois fait revenir et atterrir un lanceur de fusée sur une plateforme en pleine mer afin de le réutiliser par la suite

Cet été une guerre piteusement conclue quelques semaines auparavant aura recommencé pour le contrôle du détroit d’Ormuz sans succès d'ailleurs
 
Cet été, la banque mondiale aura abandonné un objectif crucial pour le financement climatique suite à une pression intense des Etats-Unis. Les pays actionnaires européens, aux côtés de nombreux pays en développement, avaient plaidé pour le maintien de l'objectif et le sauvetage du plan d'action pour le climat, tandis que les États-Unis – qui détiennent un droit de veto actif est le plus grand vote de contrôle à la banque mondiale – ont insisté pour qu'il disparaisse
 
Cet été, Le lac Powell, deuxième plus grand réservoir des États-Unis situé en Arizona et dans l’Utah, approche des niveaux d’eau critiques, comme le montrent les dernières données.Sa gestion peut devenir « très compliquée » dès que le niveau descend en dessous de 3 500 pieds et que le volume d’eau utile passe sous la barre des 4,3 millions d’acre-pieds, selon Jack Schmidt, directeur du Centre d’études sur le fleuve Colorado à l’université d’État de l’Utah. À ce stade, le Bureau of Reclamation serait "gravement préoccupé", a-t-il ajouté. Le réservoir pourrait atteindre un "niveau de mort" lorsque son niveau d’eau descendra à 3 370 pieds ; à ce stade, l’eau ne pourra plus s’écouler par gravité au-delà du barrage de Glen Canyon. Dans un "dead pool", environ 240 pieds d’eau seraient piégés au fond du canyon, incapables d’alimenter les millions de personnes qui en dépendent en Arizona, en Californie et au Nevada, a rapporté le Lake Powell Chronicle.

Cet été au Japon on a introduit une nouvelle terminologie pour qualifier les canicules exceptionnelles. On parle désormais de températures "cruellement chaudes". Une expression qui aurait semblé exagérée il y a encore quelques années, mais qui correspond de plus en plus à la réalité vécue par les habitants. Ceux qui souffrent le plus sont, sans surprise, les personnes âgées aux revenus insuffisants pour acquérir la climatisation.
 
cet été, depuis la canicule européenne, on aura appris que le Chili faisait, durant son hiver, face à l'une des tempêtes les plus intenses de ces trois dernières décennies, et que de fortes pluies des inondations et des vents extrêmes avaient causé de graves dégâts aux habitations et aux infrastructures 
 
Cet été on aura autorisé à Paris la baignade au canal St Martin  dès le courant du mois de Juin

Cet été l'équipe d'Espagne de football aura gagné sa deuxième coupe du monde avec brio

Cet été, en France, François-Noël Buffet, figure liberticide de la droite réactionnaire, aura été nommé par Macron au poste de défenseur de droits et des libertés 
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Cet été, la loi écocide d'urgence agricole, portée par une ministre, pantin de la FNSEA, qui ment et se comporte d'une manière vulgaire et déplacée lors des débats de l'assemblée, loi servant juste à favoriser l'agro-industrie votée par l'assemblée nationale en pleine canicule alors que les fleuves et les rivières sont à sec, que les forêts brûlent et que des milliers d'animaux crèvent dans les fermes usines — une loi donc, conçue pour maintenir des modèles qui deviennent intenables et même les amplifier,  et qui favorise l'agro-industrie tout en étranglant les petites exploitations agricoles...

Cet été j'aurais pour la première fois prêté attention à la chanson "les amis d'autrefois" d'Anne Sylvestre, et je me serai aussi souvenu des étés de mon enfance et des vacances impatiemment attendues comme une promesse d'éternité

cet été en France une repris de justice a annoncé qu'elle se présenterait à la présidentielle, alors que son comportement "interroge sur sa capacité à exercer un mandat électif et à en respecter tous les devoirs, le premier étant celui du respect de la loi" selon les attendus du jugements.
 
cet été de considérables inondations seront survenues à Surat, ville indienne peuplée de cinq millions d'habitants, dite la capitale du diamant puisque 90% des diamants du monde y sont taillés 

cet été j'aurai passé beaucoup de temps — sans doute à cause du confinement lié à la canicule — à regarder les événements sportifs à la télévision, la coupe du monde de football, les championnat des nations de Rugby, un peu le tour de France, des championnats d'Europe d'Athlétisme, de natation, la tournée des All Blacks en Afrique du sud

Cet été le le jour du dépassement de la terre qui signifie que l'humanité a consommé à ce jour plus de ressources naturelles et émis plus de gaz à effet de serre que la terre n'est en capacité d'en produire ou d'en absorber au cours d'une année sera passé inaperçu à cause des canicules des incendies de la sécheresse et de l'étiage très bas des grands fleuves européens.

cet été sur France Musique, une série d'émissions aura été consacrée à Martha Argerich,  une autre sur la musique brésilienne et une autre sur France Culture à François d'Assise ce qui dans le contexte ambiant aura apporté un peu de baume au cœur. 
 
Cet été près de 600 000 hectares seront partis en fumée en Europe ce qui représente la taille moyenne d'un département en France et 160 millions dans le monde, ce qui représente trois fois la taille de l'Espagne; 

Cet été l’armée américaine aura cessé des manœuvres conjointes avec la Corée du Sud

cet été de nombreuses personnes du milieu du théâtre plus ou moins proches auront quitté ce monde, Elisabeth Mortensen, Doncheva, Stephane Ricordel, Dominique Frot, Bérengère Bonvoisin ou des personnalités importantes pour ma génération (Raoul Vaneigem auteur du "traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations")

Cet été des centaines de jeunes marocains bernés par une rumeur selon laquelle l’Espagne ouvrait ses frontières pour une journée seront morts au large des côtes de Ceuta une enclave espagnole en Afrique du Nord. Ils espéraient ainsi pouvoir rejoindre ensuite l'Europe
 
Cet été comme l'été dernier plusieurs réacteurs de la centrale de Gravelines au nord de la France auront été mis à l'arrêt en raison de présence de méduses bloquant les tambours filtrants des stations de pompage d’eau de mer servant au refroidissement.
 
 Cet été il y aura une éclipse solaire partielle à Paris

Cet été le ministre de la sécurité nationale israélien Ben G’vir aura dit qu’il fallait éliminer entre 30 ou 40 palestiniens chaque nuit à Gaza en précisant qu'il ne faut pas uniquement viser les personnes représentant un danger."
 
Cet été Poutine aura mené de plus en plus d’actions menaçantes en direction de l’Europe et proférées des menaces dont on dit qu’elles sont assez fondées 

Cet été l'administration des USA aura tenté d’imposer d’ignobles conditions commerciales au Canada, ainsi que la suppression de subventions du Canada à la culture française, à la présence de medias francophones en ligne et aura refusé de se soumettre à l'exigence du Canada d'étiquettes bilingues sur les produits vendus dans le pays, manifestant ainsi une volonté hégémonique à laquelle les canadiens refusent de se soumettre. Et c'est ainsi ue les Étas-Unis se seront fâchés avec leur meilleur allié

Cet été à la Ferme aux crocodiles, de Pierrelatte, dans la Drôme, dix bébés crocodiles du Nil auront éclôt sans aucune assistance humaine. Pour la première fois, leur incubation s’est intégralement passée dans des conditions naturelles en raison de la longue canicule sur la région qui a créé les conditions idéales permettant à cette espèce subtropicale de se reproduire naturellement dans un sable conservant la chaleur du jour.

Cet été une crue phénoménale probablement liée à l'effondrement d'un glacier au dessus d’un lac de montagne auront ravagé l’amont de la vallée de la rivière Trishuli à la frontière du Népal et du Tibet faisant au moins 903 morts et 4 247 disparus, de part et d’autre de la frontière, à l’heure où sont rédigées ces lignes. Avec le réchauffement climatique ces tsunami d’altitude seront de plus en plus fréquents 
 
Cet été, la planète n’aura, selon les scientifiques, probablement jamais connu de telles températures depuis cent vingt-cinq mille ans. Les conséquences humaines et environnementales se sont partout aggravées. Particulièrement en Août, la chaleur a atteint des niveaux jamais vus partout sur le globe, a rapporté, le service météorologique européen Copernicus. Cela aura été le mois le plus chaud jamais mesuré à l’échelle du globe et le pire été pour l’Europe occidentale.

Je repense à ce que j'avais écrit au début de cette année. Les faits semblent confirmer ce qui était plus que prévisible. Cet été aura juste été juste un peu plus inquiétant que le précédent
Pas de surprise donc — nos étés sont pourris depuis un moment —, mais une évidente sidération. Comme au jour de l'éclipse. Et puis une actualité chassant l'autre tout sera oublié. Et on continuera notre course vers l’abîme étonné à chaque fois des formes nouvelles plus ou moins attendues que cela prendra. 
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lundi 27 juillet 2026

Meurtrissure

Voilà,
j'ai passé les plus belles années de mon enfance à Biscarrosse dans les Landes. Je me suis promené en vélo sur des routes traversant des forêts de pins qui aujourd'hui sont réduites en cendres. J'ai puisé là des sensations et des souvenirs qui m'accompagneront jusqu'à ma mort. Je me suis en partie construit sur les émotions intenses que j'ai éprouvées au contact de cette nature. L'odeur de la forêt landaise me bouleverse, quel que soit le temps qu'il fait. Je me souviens aussi de mon bonheur d'avoir fait découvrir à Agnès cette région. Et puis aussi de ces quinze premiers jours de Septembre 1996 à Biscarrosse, avec Christelle qui plus tard m'a donné ma fille.
Et de ces années où ensemble nous descendions vers Pau. Nous faisions toujours étape à l'hôtel des grottes de Matata en Charente maritime. Le lendemain nous prenions le bac, pour traverser l'estuaire. C’était comme un rituel. Vraiment le début des vacances. Depuis le Verdon nous redescendions par la forêt de Gironde, sur les routes départementales. Souvent nous faisions halte à Hourtin ou Lacanau pour manger au bord du lac. C'est là que ma fille a, pour la première fois, marché pieds nus dans le sable. Là encore un souvenir puissant.

Ensuite nous descendions tout droit en contournant le bassin d'Arcachon, en direction du parc des Landes de Gascogne que nous traversions pour atteindre le Béarn. Merci la vie qui me permet encore d'être relié à ces moments si précieux.
Aujourd'hui, certains de ces endroits sont encore la proie des flammes après une semaine d'une lutte, rendue difficile pour les pompiers, à cause du vent et de la sécheresse. C'est une meurtrissure que de savoir cette forêt ravagée, cette région sinistrée et que tant de gens y ont perdu tout ce qu'ils possédaient.
Dans ce combat on s'est aperçu que la flotte des avions canadair n'a pas été renouvelée en dépit des nécessités qui avaient été pointées il y a quatre ans, lors d'un précédent méga-feu dans la région. De nouveaux appareils font terriblement défaut. Ces dernières années l'État a préféré investir dans des blindés pour que la police puisse violemment réprimer des manifestations écologistes en certains endroits sensibles du pays. 
Quant à l’Office national des forêts, dont le rôle est essentiel pour, dans un contexte de désordres climatiques, préserver les espaces boisés et œuvrer à leur adaptation, ses effectifs ont connu une chute vertigineuse, de 12 500 agents au début des années 2000 à environ 8 000 aujourd’hui, avec un budget en forte tension. Au point que même la Cour des comptes s’en alarme : "Les moyens humains de l’établissement apparaissent désormais insuffisants pour répondre aux missions croissantes qui lui sont assignées". Le choix d’investir massivement dans la répression plutôt que dans la préservation du vivant et dans l’adaptation au chaos climatique est aussi stupide qu’irrationnel. Il est à l’image de ceux qui nous gouvernent depuis dix ans : une petite caste de technocrates ultralibéraux au service d'Intérêts privés.
Heureusement depuis quelques jours on peut compter sur la solidarité européenne pour ce dur combat qui n'est pas encore gagné. Le feu s'approche de Bordeaux, recouverte depuis plusieurs jours d'un épais nuage de fumée. Et dans les prochaines heures est prévue une nouvelle vague de chaleur.

dimanche 26 juillet 2026

Paradis perdu

Voilà,
on s'émerveille et l'on a presque envie de pleurer devant un paysage champêtre naïvement peint sur un portail en fer. C'est comme une image de paradis perdu, alors que tout autour le monde brûle, et nous rappelle de façon de plus en plus pressante que nous sommes déjà bien avancés dans la catastrophe, comme nous l'indique cette carte qui répertorie au jour le jour tous les feux qui à cette heure ravagent la planète. Je pense à celles et ceux qui ont tout perdu. Ils sont vivants mais les traces de leur existence sont réduites en cendres.
 

On pourrait en outre ajouter que si les années qui viennent de s'écouler ont été les plus chaudes jamais enregistrées, que si la concentration de CO2 dans l'atmosphère n'a jamais été aussi élevée depuis 3 millions d'années, le 23 Juillet 2026 aura aussi été, selon les données du service Flight radar, une journée record dans l'histoire de l'aviation. 153 359 vols y auront été comptabilisés, ce qui signifie que sur la planète un avion décolle toutes les 0,27 secondes. Ainsi dans ce monde chaud, des touristes voyagent d'un endroit trop chaud à un autre endroit trop chaud à bord d'engins brûlant des combustibles fossiles qui créent encore plus d'endroit trop chauds.
Selon qu'on soit cynique ou crédule, c'est avec délectation ou amertume qu'au regard de ce qui se passe aujourd’hui, on se rappelle l'époque du confinement et son cortège de soi-disant prises de conscience, de spéculations et de promesses au sujet du monde d'après.  
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.
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mercredi 8 juillet 2026

Cette beauté-là


Voilà,
Il y a le ciel, bien sûr. Et c’est cela qui importe. Cette beauté-là que nous offre notre fragile planète en même temps que le don précieux d’être vivant. Une fraction de seconde les tracas s’effacent. On s’abandonne à la contemplation.
Dommage que l’espèce humaine, si laide si vicieuse, ne soit à la mesure de tant de splendeur et qu’elle s’acharne avec une telle obstination à détruire, au nom du profit, du pouvoir des puissants sur les faibles, ce qui la maintient en vie.
Mais il est probable que cela ne représente, à l’échelle des temps géologiques qu’une infime péripétie. La vie s’épanouira autrement, sans nous, et c’est tout aussi bien ainsi.

dimanche 28 juin 2026

Pêle-mêle avec canicule

Voilà,
au cimetière du Montparnasse, les tilleuls qui ombragent certaines allées perdent leurs feuilles à cause de la canicule et leur donnent ainsi une couleur jaune. Certainement en raison de ces fortes chaleurs précoces. Il parait que des oiseaux tombent du ciel, que des transformateurs électriques s'embrasent, des trains ne circulent plus pour cause de dilatation des rails


 

Nous sommes fin Juin, c'est la première semaine de printemps et on aura connu ça. C'est étrange que tout cela advienne dans un pays qui en 2015 a accueilli des représentants du monde entier pour finaliser l'accord qui promettait de sauver la planète du réchauffement climatique incontrôlé. Près de 200 pays avait signé un engagement historique à maintenir la température mondiale en-dessous de 2° centigrades à l'horizon 2100. C'est sous les lumières du centre des congrès du Bourget que la France était devenue synonyme d'ambition climatique et siège symbolique contre le réchauffement global. Onze ans plus tard c'est la France, (où on en est déjà à +1,7° de moyenne annuelle)  qui fond. Ce mois de juin, le pays a battu ce record absolu de température depuis le début des mesures en 1947. En un seul jour 122 records de chaleur absolue ont été battus sur le territoire  et 332 records mensuels supplémentaires. Paris a connu la plus chaude nuit jamais enregistrée en juin  avec des températures ne descendant pas en dessous de 24°2 tôt le matin. Des dizaines de personnes se sont noyées en essayant de se rafraîchir dans les rivières sont surveillance. Les écoles sont fermées, les hôpitaux en alerte rouge. Ainsi la ville qui a accueilli le traité, est devenu selon le classement des températures en temps réel, la ville la plus chaude de la planète. Plus chaude que 98 % de surface terrestre en un seul jour. C'est la preuve que la signature d'un accord ne suffit à lui seul à refroidir quoi que ce soit. L'Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale depuis les années 80, et la France pays hôte du traité environnemental le plus cité de l'histoire, fait partie de ceux qui s'en ressentent le plus. Pourtant, durant ces dix dernières années, le climat ne fait pas les gros titres et l'intervention du gouvernement français reste bien modeste. Pire, la police, les médias, le patronat, les partis politiques font passer les écologistes pour des terroristes anticapitalistes lorsqu'ils entreprennent des actions sur le terrain.
Ceux qui participaient au congrès du Bourget en 2015 nous promettaient un avenir dont la priorité serait la lutte contre le réchauffement global. L'avenir est là, il ressemble aux portes de l'enfer. Nous sommes à 14° au-dessus des normales saisonnières. 
 
 


Je repense à ce mural si beau et si triste aperçu à Lisbonne en Novembre 2014.  
Aujourd'hui on réalise que le climat dans lequel nos sociétés se sont construites et développées n'existe plus. Les morgues parisiennes sont saturées, les hôpitaux sont débordés, le nombre de morts à domicile ne cesse d'augmenter. On envisage l'ouverture d'une chambre funéraire au marché de Rungis comme ce fut le cas à l'époque du COVID. Mais cet hiver on aura oublié. Notre gouvernement n'a-t-il pas gelé 20% du Fonds vert destiné à aider les régions pour faire face au changement climatique (après avoir divisé par 3 ce fonds en trois ans). On se contente d'effets d'annonce mais la volonté politique ne suit pas et les banques continuent de soutenir les entreprises qui investissent dans l'énergie fossile. J'avais, fin juillet 2023, fait quelques recensions de titres concernant le climat aux États-Unis. C'était déjà alarmant, on sait ce qu'il s'est passé depuis. Ici nos politiciens sont juste un peu plus hypocrites, mais cela ne vaut guère mieux.
Mais bon, la grande nouvelle c'est qu'on va prolonger la saison des soldes contrariée par la canicule, car l'essentiel n'est-il pas de consommer ?
Tout cela est tellement absurde et serait bien risible si la situation ne s’avérait aussi dramatique. 
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles

mardi 23 juin 2026

L'Institut de France depuis le quai du Louvre

 
 
Voilà,
sur les quais de Seine la lumière est belle aux alentours de huit heures, et la chaleur, encore supportable pour peu qu'on se tienne à l'ombre. Le fleuve est comme un miroir d'eau sur lequel glissent les péniches. Seul bémol, les odeurs d'urine des gens qui ont pissé là durant la nuit.
Donc, ce pays vient de connaître la nuit la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés. En effet, l’indicateur thermique national pour les températures minimales a atteint 21,6 degrés. Le précédent record remontait au 25 juillet 2019, lorsque l’indicateur avait atteint 21,4 °C. Après les plus de 450 records de chaleur battus hier après-midi, il faut s’attendre à de nouvelles dizaines, voire centaines, de records de chaleur aujourd’hui. Je crois qu'il en va de même pour une bonne partie de l'Europe occidentale. 
 

 
L'année dernière déjà, à la même époque, je rédigeais un semblable article. Je me souviens de la première fois où j'ai édité une carte météo alarmiste elle datait de Aout 2018. Je constate que ce qui paraissait exceptionnel il y a moins de 10 ans, est largement en-deça de ce qui nous arrive aujourd'hui. Vraisemblablement j'irai sans doute au cinéma dans la journée pour profiter de la climatisation et me mettre au frais.

jeudi 28 mai 2026

Komorebi

 
Voilà,
le japonais a le mot Komorebi pour évoquer non seulement le doux chatoiement de la lumière qui filtre à travers les feuilles des arbres, mais encore l’éphémère beauté des motifs ainsi créés. Dans l'esthétique japonaise, ce n'est pas seulement un moment visuel, mais aussi une expérience du temps, de la nature et de la présence, car le komorebi n'est jamais le même deux fois. Il reflète une sensibilité à la l'impermanence et une profonde conscience du temps qui passe. 
Ces derniers jours, cette expérience est altérée par une chaleur parfois suffocante. La canicule inédite qui s'est abattue sur nos régions frappe par son intensité, avec des températures supérieures à 35 °C, par sa précocité, par sa durée (une dizaine de jours) mais aussi par son étendue régionale : il touche toute l’Europe de l’Ouest, dont le Royaume-Uni et l’Irlande. Selon Christophe Cassou, climatologue au CNRS, il s'agit d’un événement sans précédent, dans le millénaire passé, ayant la probabilité d’une chance sur 1 000 de survenir à cette période de l’année, si l'on s'en réfère aux données couvrant la période de 1979-2025. 
Dans un entretien au journal "Le Monde" il constate que le changement climatique entraîne des vagues de chaleur plus fréquentes, plus intenses et plus précoces. En outre, toutes ont été favorisées ou amplifiées par le carbone accumulé dans l’atmosphère. Désormais, la question n’est plus de savoir si, en France, l’on va dépasser les 50 °C, mais quand cela adviendra.  
Magali Reghezza-Zitt a une formule extrêmement percutante pour illustrer la situation climatique actuelle : "Nous vivons certainement une des années les plus froides du reste de notre vie "
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.

dimanche 24 mai 2026

Le courage des Ukrainiens 🇺🇦

 
Voilà, 
de terribles menaces pèsent sur le peuple ukrainien, ces temps-ci. L'envahisseur russe, incapable de mener à bien ce qui n'était au départ qu'une "opération militaire spéciale", pour asservir son voisin, s'apprête à envoyer des bombes de destruction massive encore plus létales que celles qu'il a utilisées depuis quatre ans. À défaut de pouvoir en piller les ressources, Poutine veut anéantir l'Ukraine dont le peuple continue  — ce que peu de gens avaient imaginé au début de la guerre —de résister avec héroïsme et sans beaucoup d'aide extérieure.
J'ai repensé aujourd'hui à ces trois images que j'avais photographiées sur les murs de l'ambassade d'Ukraine, il y a un peu plus d'un an.
La première réalisée par Romana Romayishin et Andriy Lesiv illustre le fait qu'en raison de l'invasion à grande échelle opérée par les russes, de nombreuses familles ukrainiennes ont été contraintes de fuir et de devenir des réfugiés. Cela constitue un grand défi et une tragédie pour elles. Leur maison restera à jamais dans leur cœur tout comme l'espoir d'un retour à la paix et la possibilité de retourner dans leur patrie.
La seconde image d'Olga Shtonda suggère que dans cette période sombre, ce qui aide le plus les victimes de l'agression, ce sont l'humanité et les bonnes actions. Un tel soutien n'a ni frontières ni barrières linguistique.
la troisième illustration d'Anna Andreeva rappelle le blason de l'Ukraine, symbole de résistance et d'héroïsme des combattants ukrainiens qui luttent pour la liberté et la démocratie.
Le courage des Ukrainiens face à l'impérialisme russe, me rappelle celui du peuple vietnamien dans les années soixante résistant contre les américains.
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mardi 14 avril 2026

Près du saule pleureur


 
Voilà

Certaines croyances politiques — et j'écris bien croyances plutôt que opinions — ont ceci de remarquable qu’elles épargnent à leurs adeptes tout examen de conscience. Elles ont le mérite rare de simplifier la vie intellectuelle ; elles dispensent de réfléchir tout en donnant l'impression flatteuse d'avoir compris. Elles fonctionnent comme ces meubles en kit dont il manque toujours une vis : on peut les monter quand même, mais il ne faut pas trop s’étonner si tout finit par pencher dangereusement.

Je n'ai jamais éprouvé beaucoup d’enthousiasme pour ces constructions idéologiques qui promettent la clarté et invitent surtout de la complaisance. Elles ressemblent à ces vitres déformantes où chacun contemple une version arrangée de la réalité — suffisamment fidèle pour être crédible, raisonnablement altérée pour demeurer confortable.

Des gens prétendûment "très intelligents" m’expliquent souvent avec le sérieux requis en de telles circonstances que les situations historiques sont complexes. Le mot est pratique. Si la complexité est une chose précieuse ; encore faut-il ne pas s’en servir comme d’un paravent. Car enfin, il y a des complexités qui éclairent, et d’autres qui obscurcissent avec méthode. Ces dernières sont particulièrement prisées : elles permettent d’expliquer longtemps ce qu’on souhaite éviter de regarder même brièvement. 

Le spectacle du monde contemporain offre à cet égard un exemple presque pédagogique. Le Moyen-Orient par exemple. Les faits s’y accumulent avec une obstination fâcheuse : destructions massives, populations déplacées, violences répétées sont commis par les dirigeants suprémacistes d'un jeune pays abritant pourtant un vieux peuple, lequel ne reconnaît que la loi d'un Dieu dont il se prétend l'élu. Depuis sa création ses dirigeants se sont toujours considérés au dessus des règles qui régissent le droit international. Ceci peut-être explique cela. Ce peuple que l'on pensait — en raison du martyre subi en Europe durant la seconde guerre mondiale — peu enclin à commettre des abominations cautionne dans sa grande majorité des politiciens et des responsables militaires coupables depuis deux ans de crimes de guerre quasi quotidiens. Rien de très original, hélas ; l’espèce humaine n’a jamais manqué d’imagination dans ce domaine. Ce qui est plus remarquable, en revanche, c’est la capacité intacte de certains esprits à contempler ces événements comme on observe un phénomène météorologique : avec intérêt, parfois avec inquiétude, mais toujours avec cette distance qui évite d’en tirer des conclusions trop précises. 

Il existe ainsi toute une rhétorique de l’atténuation, une sorte d’art délicat qui consiste à dire beaucoup sans jamais nommer clairement. On y parle de "contexte", de "sécurité", de "nécessité", de "réponses proportionnées" — vocabulaire admirablement extensible qui épouse toutes les circonstances sans jamais se rompre. À force d’élasticité, toutefois, cela finit par ne plus rien susciter du tout, sinon une certaine fatigue morale.

Il est en outre de bon ton de "distinguer". On distingue alors avec une application méritoire. On distingue les intentions des résultats, les dirigeants des citoyens, les principes affichés des pratiques observées. L’exercice est louable en théorie ; il devient problématique lorsqu’il sert à diluer indéfiniment ce qui, dans d’autres circonstances, apparaîtrait avec une évidence désarmante. À ce stade, la distinction cesse d’être un outil d’analyse pour devenir une technique d’évitement. A force il ne reste plus rien à voir. C’est un peu comme ces cartes trop détaillées qui finissent par masquer le territoire.

Il faut reconnaître à notre époque ce talent particulier : produire des consciences parfaitement informées et remarquablement inoffensives. Elles savent, elles lisent, elles comparent, elles contextualisent — et, ce faisant, elles parviennent à une forme de sérénité intellectuelle qui confine parfois à l’indifférence. Rien n’est nié, bien sûr. Tout est compris. Ce qui revient, dans certains cas, à neutraliser toute réaction un peu trop vive.

On rencontre même une variante plus raffinée encore : celle qui consiste à concilier une sensibilité individuelle irréprochable avec une indulgence théorique étonnamment robuste. On peut ainsi se montrer d’une grande délicatesse dans la vie quotidienne — attentif aux souffrances proches, scrupuleux dans les petites choses — tout en développant, à distance, une capacité d’abstraction qui rend supportables des réalités autrement plus massives. C’est une souplesse morale qui force, sinon l’admiration, du moins la curiosité.

On objectera qu’aucune situation ne se réduit à un jugement simple. C’est vrai. Mais il est des moments où la recherche obstinée de la nuance conduit à une manière très élaborée de ne pas conclure. Comme si conclure était devenu, en soi, une faute de goût.

Le plus étonnant, au fond, n’est pas que des politiques produisent des effets contestables — cela relève d’une tradition bien établie — mais que ces effets puissent être indéfiniment accompagnés d’un discours explicatif qui les rend presque acceptables. À force de commentaires, les faits perdent de leur netteté, comme une photographie trop retouchée. On ne nie pas l’image ; on la rend simplement moins dérangeante.

Il y a pourtant une limite, discrète mais tenace, au-delà de laquelle l’intelligence elle-même devrait se méfier de ses propres raffinements. Non pas renoncer à comprendre — ce serait céder à la facilité inverse — mais admettre que comprendre n’implique pas nécessairement d’absoudre, ni même de suspendre indéfiniment son jugement.

Car enfin, si l’on peut tout expliquer sans jamais rien juger, il devient possible de tout accepter sans jamais l’avouer. Et cette forme de tolérance universelle, si elle a l’élégance de ne froisser personne, présente aussi l’inconvénient de laisser le réel parfaitement intact.

En somme, il n’est pas indispensable d’élever la voix pour constater que certaines situations perdent à être interminablement commentées. Il suffit parfois de réduire légèrement le volume des explications pour entendre ce que les faits disent déjà très bien par eux-mêmes. Car  les faits, ont la désagréable habitude d’insister. Ça tombe, ça explose, on brûle, on déporte, on efface. Il suffit de s'en tenir à ça. Ne pas l'admettre nous range du côté de l'ignominie. "L’humanité aura un jour à répondre non seulement des actes des hommes malfaisants, elle aura aussi à répondre du silence des gens de bien" disait Jean Rostand. Il semblerait qu'en ces temps l'humanité ne réponde plus de rien. 

Mais le printemps revient, et je remercie la vie de m'accorder un nouveau printemps et que je puisse encore m'y promener, même si ce n'est pas le cœur léger. La Seine coule indifférente. Et les touristes sur les bateaux-mouche photographient la ville que l'Histoire a si miraculeusement préservée jusqu'à présent.

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