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mardi 8 juillet 2025

Paisible campagne


 
Voilà, 
j'ai le souvenir de paysages de campagne, paisibles, mais de plus en plus incertains dans ma mémoire, comme si je les avais rêvés. Les oiseaux y brodaient leurs trilles. On y voyait des papillons. Des fleurs multicolores égayaient certaines prairies.
Aujourd'hui 8 juillet, Le parlement français risque d'adopter une des lois les plus dangereuses contre la biodiversité,. Les députés qui s’apprêtent à la voter sont supposés défendre l'intérêt général et le bien commun. Pourtant cette loi, initiée pas le député Duplomb, un ancien syndicaliste de la FNSEA, le syndicat agricole des grands producteurs, se propose de lever les "contraintes" concernant l'usage des pesticides ou le stockage de l'eau. Elle réintroduit un pesticide extrêmement dangereux de la famille des néonicotinoïdes : l’acétamipride, substance interdite en France depuis 2018 en raison de ses effets sur les pollinisateurs et du danger qu’elle représente pour la santé humaine.
Plus globalement la loi Duplomb si elle est votée définitivement à l'Assemblée nationale, contribuera à favoriser l’apparition de cancers et de maladies chroniques à échelle industrielle. 
Véritable bombe sanitaire, elle constitue un recul majeur pour la santé publique et témoigne d'une vision court-termiste de l'agriculture. Le choix du profit immédiat plutôt que celui de la vie.
Les députés approuvant cette loi  acceptent de protéger les intérêts de l'agriculture productiviste au détriment de notre santé et de l'intérêt général. Et tout cela en parfaite conscience de la catastrophe sanitaire et environnementale à venir. La surveillance de la qualité des cours d'eau et des nappes phréatiques montre que les pesticides y sont présents et qu'ils se retrouvent souvent dans l'eau du robinet et certaines eaux de sources. Des études estiment que nombre d'aliments vendus en France contiennent des pesticides. Jusqu'à présent l'usage de ces derniers était conditionné à l'avis de l'ANSAES (agence nationale pour la sécurité sanitaire de l’alimentation et de l'environnement). La loi prévoit une autre instance (probablement noyautée par le lobby de l’agroalimentaire) qui informera directement le ministre ayant autorité en matière de pesticides, contournant ainsi les préconisations des scientifiques. 

dimanche 11 mai 2025

Pêle-mêle avec peintures murales

Voilà,
au cours de mes promenades bellevilloises évoquées précédemment, je suis passé par la rue de la Villette où j'ai aperçu ces oiseaux multicolores sur la façade d'un groupe scolaire. C'est un quartier très prisé des muralistes qui s'en donnent à cœur joie un peu partout. 
Rue des cascades, où je suis déjà passé il y a longtemps, j'ai trouvé un autre motif animalier sur le rideau de fer d'un café littéraire.
 

Bien que le quartier ait beaucoup changé depuis, j'ai repensé à ce film de Maurice Delbez intitulé "un gosse de la butte" et rebaptisé "rue des cascades". On y voit en particulier Suzanne Gabriello, cette comédienne pour qui Jacques Brel aurait écrit "Ne me quitte pas" dans un autre café, situé sur la butte Montmartre. L'action du film se passe dans un café épicerie "Le postillon" qui n'a pas survécu, à la différence du Vieux Belleville, rue des envierges.


Le film de Maurice Delbez est disponible en streaming sur le net et je le recommande. Il était particulièrement audacieux pour l'époque.  Il raconte l'histoire d'Hélène, séduisante veuve quadragénaire interprétée par Madeleine Robinson et mère du petit Alain,  qui tient un café-épicerie-crémerie à Ménilmontant, alors en pleine évolution en ce début des années 1960. Lorsqu’elle essaie de refaire sa vie avec Vincent, un Antillais de vingt ans son cadet, Alain témoigne d’abord de l’hostilité à ce dernier avant d’être conquis par sa gentillesse et de devenir son ami. À cause d’un drame de la jalousie où sa voisine et amie Lucienne est assassinée par son mari qui l'a surprise en flagrant délit d'adultère avec son neveu plus jeune, Hélène prend conscience de sa grande différence d’âge avec Vincent et décide de mettre fin à leur liaison.Le film évoque sans détour le désir féminin, montre un couple mixte.  Au début des années soixante, l'histoire d'une mère blanche qui refait sa vie avec un jeune Noir de vingt ans son cadet, dans le décor presque sauvage du Belleville des années 1960, cela devait être trop audacieux. Le film n'a guère séduit les critiques et les directeurs de salles ont refusé de montrer le film. Le réalisateur Maurice Delbez, a du éponger 40 millions de francs de dettes. Il a pu cependant revoir son film ressorti en 2017 dans une copie neuve peu de temps avant sa mort. Il repose à présent dans un charmant petit village de l'Aveyron.

jeudi 2 mai 2024

Rien qui m’appartienne

 

Voilà,
j'aimerais pouvoir dire et penser comme Kobayash Issa
Rien qui m'appartienne
Sinon la paix du cœur
Et la fraîcheur de l'air.
Je n’ai hélas ni cette légèreté ni cette capacité d’abandon
Un paysage parfois peut me donner l’illusoire et furtive impression
d’accéder à une forme de sérénité.
Mais ce qui se dissipe un moment ne tarde pas à revenir 
Et il est bien lourd le poids des fantômes dans la sarabande des souvenirs

mercredi 13 décembre 2023

Bassoues

 
Voilà, 
c'était l'âge où l'on n'est pas sérieux selon le poète. Durant le mois de juillet, dans la région, l'écimage du maïs de semence constituait un job d'été. Il s'agissait de passer dans les rangées et d'enlever les fleurs mâles de plants de maïs en ôtant la panicule terminale afin de contrôler la pollinisation lors de la production d'hybrides, opération rendue possible par le fait que le maïs, contrairement à d'autres céréales, est une plante monoïque, c'est-à-dire dont les fleurs mâles et femelles sont séparées (tout en étant sur la même plante). Grâce à cette opération, les fleurs femelles (qui donnent les épis)  peuvent être fécondées par les fleurs mâles épargnées. Je crois que ce fut mon premier bulletin de salaire. Chaque dimanche soir avec ma mobylette, je me rendais de Belloc Saint-Clamens où mes parents avaient fait un an auparavant l’acquisition d’une petite maison jusqu’à Riscle près du département des Landes. Je passais par Bassoues,  un petit village moyenâgeux qui me fascinait. Je me disais que peut-être un jour, j'y achèterais une maison, ce que bien-sûr, je n'ai jamais pu faire.

jeudi 26 octobre 2023

Entre le regard et le monde

Belloc St Clamens, Février 1991
 
Voilà,
un fait constaté depuis longtemps : la mélancolie est toujours plus ou moins à l'œuvre en photographie. Elle compose en partie (en partie seulement) avec ce qui de toute façon est voué à disparaître ou à s'oublier. Elle tente de donner forme et sens à ce "presque-rien" ou ce "je-ne-sais-quoi" qui affleure soudain entre le regard et le monde. Elle substitue une image au récit qui manque et qui de toute façon ne pourrait s'élaborer dans l'instant. Elle figure ce qui dans l'immédiat échappe aux mots, à la trop laborieuse construction d'une narration. 
La photo s'apparente au "quoi-qu'il-en-soit". 
J'ai été là, un trouble m'a saisi. J'ai cadré plus ou moins vite. J'ai appuyé sur le déclencheur. On ne sait pas ce qu'il en adviendra, mais, sauf erreur de manipulation, maladresse à la prise de vue, l'image est "quoi qu'il en soit" dans le boîtier. ("Pourvu qu'elle ne soit pas abîmée ou annulée au tirage" espérait-on avant l'apparition du numérique). Elle sera un jour tirée, et deviendra un objet réel ayant la forme d'un souvenir.
Celle de cette grange à l’abandon a été prise il y a bien des années. Son négatif est demeuré longtemps entre deux fines couches de papier cristal, soigneusement rangé dans un classeur, lui même bien en place sur une étagère. Je ne me souviens pas du moment précis où je l'ai prise. Je peux la situer dans le temps grâce à la "planche contact" qui elle, par contre, permet de construire une vague narration du fait de l'agencement chronologique des images.
Pourquoi ai-je éprouvé le besoin de la ressortir ?
Je lui ai soudain trouvé une certaine beauté. Et puis la neige. Peut-être n'avais-je encore jamais vu la neige sur ce paysage avec lequel j'entretiens une relation ambigüe et où je n'ai plus guère l'occasion de retourner.  

mercredi 26 avril 2023

Violente averse


Voilà,
aux beaux jours précédents — ceux du weekend de Pâques où je pris mon premier bain de mer de l'année — avaient succédé quelques journées de fortes pluies. Cet après-midi là, j'étais allé visiter le musée Fabre. En sortant, il m'avait fallu, à cause d'une violente averse, trouver refuge dans un des kiosques de l'esplanade et y attendre une accalmie. L'occasion de prendre une photo à La Saul Leiter, à travers la bâche de la terrasse dégoulinante de pluie. 
Une année entière s’est écoulée depuis. Cela me semble pourtant bien loin, presque dépourvu de réalité. Comme si cela n’avait été que le fruit de mon imagination. Je me suis perdu en cours de route. J’ai décroché. Un peu comme ces coureurs cyclistes dans le tour de France, lors des épreuves de montagne. Ils sont dans l’échappée, ils roulent dans un peloton, et puis tout d'un coup il ne tiennent plus la cadence. Soudain c’est comme s’ils faisaient du sur-place. Les voici aussitôt distancés. Que s’est-il passé ? Je ne le sais pas, je n’ai rien vu venir. Je ne suis plus dans le mouvement. 
Tout me paraît plus absurde que jamais. Pourtant j’ai bien été occupé ces derniers mois, j’ai socialisé, j'ai pris des trains, vu d'autres villes, logé dans des hôtels, des maisons étrangères, revu des amis perdus de vue depuis longtemps. J’ai contribué à la réalisation d’un projet exigeant sur le plan artistique et d'une certaine façon socialement nécessaire. Je me suis senti utile et compétent. J’ai aussi eu la détermination de renoncer à un autre travail qui avait perdu de son attrait et qui se révélait une perte de temps manifeste. J’ai des perspectives professionnelles à court terme. Mais voilà, est-ce à cause du covid contracté un deuxième fois en Novembre ?  Ou bien en raison d’une certaine chute ? Ou alors est-ce le départ de ma fille partie étudier à l’étranger quelques mois ? Toujours est-il que depuis le début de l’année une grande lassitude me gagne. 
Les tâches les plus simples m’agacent et m'exténuent. Je n’ai rien envie de faire, à part traîner au lit, voir des expositions aller au cinéma. Je gamberge beaucoup. J'envisage de plus en plus souvent ma propre disparition. Sans pour autant parvenir à le faire très sereinement. Il faudrait que j'anticipe et prenne les dispositions appropriées, tant que je suis à peu près valide. Ça serait toujours ça de fait. Je ne suis vraiment pas doué pour les choses concrètes.
Je dors mal. Je me réveille la nuit. J'écris ceci depuis l'insomnie. Les conversations à la radio m'exaspèrent. Heureusement il y a la musique, et le merle aussi qui chante au matin. Mon ami le merle qui parfois vient siffloter près de la fenêtre de la cuisine.
 
 
 

dimanche 9 avril 2023

Murs à la Grande Motte

 
Voilà,
au mois d'Avril, l'année dernière, j'ai passé le lundi de Pâques à la Grande-Motte. Il faisait un temps presque estival. Des années que je voulais visiter cette station balnéaire, qui fut en son temps une ville nouvelle surgie de rien et bâtie sur des marais, une sorte d'utopie du temps des "Trente glorieuses" cette période de plein emploi et de croissance continue durant laquelle, après-guerre, la France s'est reconstruite. On imaginait alors que le futur nous porterait "vers une civilisation des loisirs".  


Je me souviens en tout cas avoir été surpris par ces peintures murales délicieusement rétro, qui rappellent les dessins de Kiraz intitulés "les parisiennes", et où la ville offre une représentation d'elle même, avec ces pyramides inspirées des constructions aztèques.
 
 

vendredi 24 mars 2023

Vestiges romains

Voilà,
en 1995, alors que nous étions en tournée à Béziers avec un spectacle, Jean Alibert, Lionnel Astier et moi fîmes un détour par Sète pour y voir la tombe de Georges Brassens, pour lequel nous éprouvions une commune admiration. Pour ce qui me concerne, il me bouleverse toujours autant. Nous étions ensuite allés faire un tour en bord de mer, où j'ai aussi pris cette photo. Quand je suis retourné à Sète, en Avril dernier, j'ai secrètement espéré que le hasard de mes pas me conduirait à cette relique romaine que j'avais photographiée, et qui m'était alors apparue dressée au milieu d'un tas d'immondices entassées à ses pieds. Mais je ne l'ai pas revue.

samedi 18 mars 2023

Celleneuve


Voilà, 
"j’ai énormément de respect pour mes collègues scientifiques qui donnent de leur temps au GIEC. Moi, je n’aurais jamais la patience. La planète est en feu. Mais pour ne pas froisser certains pays, ils vont sûrement devoir diluer ce message dans la synthèse qui sera publiée lundi. Pas à cause des experts du climat bien sûr, mais de certains responsables gouvernementaux qui participent aux discussions et bloquent la publication s’ils ne sont pas satisfaits de chaque mot. Les rapports du Giec sont très utiles, comme bases de travail pour les chercheurs et les étudiants du monde entier. Mais leur message, archi-simple, est limpide, et ce depuis longtemps. Ces textes ne devraient pas devenir des objets politiques, dont la réécriture incessante sert à repousser les décisions qui fâchent" constate la climatologue Céline Heuzé dans un entretien à Libération du 16 mars. Tel est monde où nous vivons : le souci du mot juste non pour décrire la réalité mais bien pour la travestir.
Dans le même journal, hier, sous la plume de Margaux Lacroux, je lis ceci : "Avant de dévoiler leur synthèse, les scientifiques du Giec ont dû se prêter à un exercice éprouvant cette semaine à Interlaken, en Suisse. Après l’élaboration de chaque rapport, ils écrivent en supplément un "résumé à l’attention des décideurs" qui doit être examiné ligne par ligne, voire mot par mot, avec les représentants de 195 États lors d’une session d’approbation. Des centaines de personnes se réunissent ainsi pendant une sorte de conclave qui dure plusieurs jours. Les délégués des États font des milliers de commentaires, pour améliorer ou préciser certains points, voire pour faire valoir leurs intérêts. Les négociations sont de plus en plus longues et houleuses : les tensions montent entre pays du Nord et pays du Sud, surtout sur les passages concernant les financements, tandis que l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe tentent inlassablement d’affaiblir la question de la sortie des énergies fossiles. Au final, la décision de modifier, ou non, des parties du résumé revient aux experts"
 
J'ai réalisé cette photo l'année dernière au mois d'Avril, vers Pâques. Il faisait anormalement beau pour la saison. Ce fut d'ailleurs l'occasion de mon premier bain de mer de l'année. Le monde était en proie à de nouvelles convulsions. Mais dans le jardin de S., à Celleneuve ce vieux quartier un peu excentré de Montpellier, sous la franche lumière du Sud, la proximité de l'église moyen-âgeuse de Sainte Croix, avait quelque chose de rassurant. Car celle-ci, bâtie au 12° siècle, de style roman (la seule qui subsiste à Montpellier) a survécu à bien des fléaux. Au 14° siècle, lors de la guerre de cent ans, pour s’abriter des Grandes Compagnies (en quelque sorte les milices Wagner de l'époque) qui ravageaient les campagnes, des travaux furent entrepris pour la mettre en défense : murs rehaussés, mâchicoulis, contreforts. Elle résista aussi par la suite aux guerres de religion, et à bien d'autres aléas de l'Histoire. Elle résista même au petit âge glaciaire.

mercredi 8 mars 2023

O nostalgie


 
Voilà  
Ô nostalgie des lieux qui n'étaient point  
assez aimés à l'heure passagère,  
que je voudrais leur rendre de loin  
le geste oublié, l'action supplémentaire !

Revenir sur mes pas, refaire doucement
- et cette fois, seul - tel voyage,
rester à la fontaine davantage,
toucher cet arbre, caresser ce banc ...

Monter à la chapelle solitaire
que tout le monde dit sans intérêt ;
pousser la grille de ce cimetière,
se taire avec lui qui tant se tait.

Car n'est-ce pas le temps où il importe
de prendre un contact subtil et pieux ?
Tel était fort, c'est que la terre est forte ;
et tel se plaint : c'est qu'on la connaît peu.

— Rainer Maria Rilke

vendredi 13 janvier 2023

Une épave

 
 
Voilà,
je scanne des vieilles pellicules. Je remonte le temps. Cette photo doit dater du début des années quatre-vingts. Je m’étais alors acheté un minolta un peu conséquent avec une partie de l’argent gagné sur le spectacle « Prométhée porte-feu » monté par André Engel pour le festival de Nancy. En ce temps là, il m’arrivait encore de passer de temps à autre chez mes géniteurs qui habitaient dans le Sud-Ouest. Au bord du sentier menant de leur maison à la rivière, il y avait cette épave d'une voiture construite avant la deuxième guerre mondiale. Elle est longtemps restée abandonnée là. Au début des années quatre-vingt-dix il en restait encore des traces. Au bout d’un moment les ferrailleurs ont fini par la désosser complètement.

jeudi 22 septembre 2022

Flamants roses

 
Voilà
une vue de l'étang de l'Arnel prise depuis la presqu-île de Maguelone aux alentours du weekend de Pâques en avril dernier dont je ne pense pas comme TS Eliot qu'il soit le plus cruel des mois. C'était juste étrange et imprévu pour moi d'être là d'être là, mais cependant bien agréable. J'ai pris quelques photos de flamants roses, ce qui est un peu inévitable dans la région, bien que les photos d'animaux ce n'est pas trop mon truc — faut dire que je n'en croise pas trop non plus dans le quatorzième arrondissement de Paris —. Tout au fond on aperçoit les contreforts des Cévennes. Je ne suis pas certain d'avoir  beaucoup d’occasions d'y retourner.

jeudi 28 avril 2022

Les amoureux russes

Voilà,
le soleil se couchait sur Aigues-Mortes, et vraiment cela avait été une belle journée. J'avais, en bonne compagnie, découvert des endroits que je ne connaissais pas. L'après-midi dans la station balnéaire voisine, surpeuplée en ce lundi de Pâques, je m'étais baigné. Le premier bain de l'année. Je n'avais pu cependant, tout au long de l'après-midi, me départir de ce trouble insidieux, comme si flottait dans cet air printanier et sous cet ardent soleil, le funeste présage d'une catastrophe à venir. Cette apparente insouciance, que je voyais tout autour de moi, cette frivolité de laquelle je participais moi aussi, me semblaient bien irréelles alors que la sauvagerie et la folie enténébraient d'autres latitudes pas si lointaines, et qu'un autocrate fou menaçait de vitrifier les nations qui auraient la velléité de s'opposer à sa volonté de ravage et d'asservissement. 
 
 
 
 
Sur le bord de mer, alors que je photographiais ces deux amoureux, qui ressemblent à tous les amoureux d'un bord de mer, une jeune fille à ma droite tenait une conversation téléphonique aussi joyeuse que bruyante en russe, ou peut-être en bulgare ou en ukrainien, mais ça me semblait quand même bien du russe et je me suis demandé ce qu'elle pouvait penser de ces récents événements. Mais peut-être n'en pensait elle rien du tout. Un peu plus tard, les deux amoureux se sont levés, j'ai compris qu'ils étaient copains de la fille au téléphone quand ils ont discuté avec elle, et puis tous les trois se sont éloignés.

dimanche 24 avril 2022

Un revenant

 
 
Voilà,
Place Edouard-Adam à Montpellier, s'offre à la vue des passants un trompe-l’œil monumental et très spectaculaire réalisé par l'atelier du peintre muraliste Olivier Costa, je suppose en 2006, année indiquée au-dessus de l'entrée de la (fausse) librairie où l'on reconnaît la silhouette de l’ancien maire de Montpellier, Georges Frêche, "l’amoureux des librairies et des livres" qui a marqué de son empreinte la vie politique montpelliéraine et régionale de 1973 à 2010, année de sa disparition. En costume sombre, moins bedonnant qu'il ne l'était en réalité, debout sur le seuil de la librairie Adam, il semble inviter les passants à y entrer. En fait, comme en témoigne une photo prise en 2015, il n'a pas toujours été là. En 2017, il fut ajouté dans une posture différente, puis effacé, un espace blanc remplaçant, paraît-il, la silhouette de l'édile, comme s'il n'était qu'un fantôme, et enfin il fut de nouveau rajouté en  avril 2021, tel qu'on l'aperçoit sur cette photo. J'apprécie particulièrement, dans le tissu urbain, ces trompe-l'œil réalistes pour l'illusion qu'ils proposent de perspectives nouvelles et d'une temporalité figée sur un simple pan de mur.
Shared with Monday Mural

lundi 3 mai 2021

Wigwam

 
Voilà,
en 1970, sur l'Album Self-Portrait (qui fut je crois assez peu favorablement accueilli) Bob Dylan, chantonnait cette ritournelle sans paroles, qui, de la part d'un chanteur surtout reconnu et considéré pour ses textes, représentait un joli pied-de-nez. Je crois que du haut de mes quatorze ans, je trouvais ce morceau sans grand intérêt, juste un peu obsédant parce que ça passait souvent en radio. Au moins, pensais-je alors, de celui là, Hugues Aufray, dont le fond de commerce était la reprise en français des chanson de Dylan, n'aurait pas besoin d'en faire l'adaptation. Un demi-siècle après, cette chanson me charme, par sa désinvolture, sa décontraction. Elle m'apparaît comme l'expression la plus accomplie du bonheur simple et immédiat, du farniente, de l'accord tranquille et sans projet au temps qui passe. Plus tard, quelques refrains de J.J. Cale, m'ont aussi suggéré de telles impressions. "Wigwam", me fait aussi songer à la réplique de Depardieu dans "Les valseuses", le film de Blier : "On n'est pas bien, paisibles, à la fraîche, décontractés du gland... Et on bandera quand on aura envie de bander..."
C'est exactement ce que l'on serait tentéde fredonner devant ce paysage, le long de cette route, quand tout paraît suspendu, que l'on se sens soudain sans contour, dans un état sans mesure, comme un morceau d'éternité.

mardi 23 février 2021

Constat


Voilà,
au matin d'une douce journée tu découvres ce surprenant panorama. L'été tire à sa fin. Comment se sont agencées les pensées, tu l'ignores. Sans doute la marche à pied a-t-elle favorisé les libres associations. Bref, tu en es là, à cet instant de ta vie. Tu songes à ce que cela t'a coûté d'efforts durant tant d'années de tenter de surseoir à l'angoisse de vivre. Et soudain tu réalises que désormais c'est celle de mourir qui t'inquiète.
(Linked with my corner of the world , Signs signs & the weekend in black and white

samedi 16 janvier 2021

La paix à l'agonie


Voilà,
cela se passe il y a exactement trente ans, le 16 Janvier 1991 : elle est venue me rejoindre dans cette petite ville du Sud où depuis bientôt un mois je répète un spectacle. Elle est arrivée depuis et elle me reproche déjà de ne pas être assez souvent avec elle à Paris, d’accepter de travailler loin, en province. Elle sait qu’après cette ville, il y en aura une autre encore où j’irai m’installer pour trois semaines, afin de préparer un autre projet. Je lui réponds que c’est comme ça, que c’est la vie de bien des comédiens, qu’elle devrait comprendre. Mais elle, qui est une actrice peu sollicitée m’accuse de ne penser qu’à mon métier. Que puis je répondre ? Je fais ce que je peux, je me débrouille. J’aimerais bien faire autre chose parfois, négocier des contrats plus juteux, ne pas avoir de soucis d’argent, et mener à bien des projets solitaires, voyager ou me retrancher du monde, qu’importe, et n’avoir de comptes à rendre à personne, mais bon c'est une période où l'on me propose assez souvent ce genre de travail, et comme j'ai alors le souvenir à vif des périodes de disette je prends ce qui vient. Et puis toutes ces discussions me semblent vaines, inutiles. Une guerre commence, peut-être va-t-elle embraser le monde entier. Une intervention militaire gigantesque se prépare qui s’appelle "Desert Storm". Il fait pourtant si beau dehors. Ce matin la lumière d’hiver inonde la petite chambre d’hôtel aux murs blancs. Aussi, lorsque je la vois lire ce journal dont le titre pourrait aussi bien résumer l’état présent de notre relation, je lui demande de garder la pose. Je sais exactement ce que je fais. Je veux que ce soit ça, la trace et la forme de ce moment où je deviens un autre qui commence à en avoir ras-le-bol et se projette déjà dans un futur qu'il bricolera sans elle. Ce moment où je commence à envisager la rupture. Elle sera lente, il y aura d’autres photos. Je l'aimais bien, pourtant. Hélas, il existe une loi implacable : les relations asymétriques sont rarement faites pour durer.

mardi 5 janvier 2021

Tu es venu trop tard

Voilà,
"tu es venu trop tard, il était là il y a un instant, en automne il ne reste jamais longtemps à la même place, il est attiré dehors, dans les champs sombres où il n'y a pas de clôture, il a quelque chose de la grue. Si tu veux le voir, vole aux champs, il y est sûrement". Franz Kafka in "Cahiers divers et feuilles volantes" 

mardi 15 septembre 2020

Vaches



Voilà,
s'il y a une figure vraiment tragique c'est bien la vache. Elle est là paisible à l'abri dans son pré sans avoir autre chose à faire que de se nourrir. Nous la regardons et voyons bien bien qu'elle ne sait pas ce qui l'attend. Nous non plus, en ce qui nous concerne ne savons pas trop, mais nous avons tout de même une vague idée de sorte que l'inquiétude nous saisit parfois. Pas la vache. Contemplative, broutant, lâchant parfois une bouse ou pissant dru, agitant sa queue pour chasser les mouches – son grand souci – , la vache se répand dans le présent de son ignorance, imperturbablement placide, peut-être même confiante. Son inexpressivité autorise toutes les hypothèses. C'est ce qui la rend si pathétique. Dans la splendeur de paysages découpés en prairies et façonnés pour son épanouissent, l'abattoir est pourtant son unique horizon
Linked with Our world tuesday

samedi 12 septembre 2020

Et rien de plus



Voilà,
Il est bien regrettable de se retrouver en si piteux état devant un tel paysage.
On tousse dans son coude comme l'exige le nouveau protocole
Songeant devant cette parfaite symétrie à un un certain poème de Roberto Juarroz

Etre.

Et rien de plus.
Jusqu'à ce que se forme un puits au-dessous.

Ne pas être.
Et rien de plus.
Jusqu'à ce que se forme un puits au-dessus.

Ensuite,
entre ces deux puits,
le vent s'arrêtera un instant .

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