vendredi 24 octobre 2025

Matin d'Automne

 
 
Voilà
Il est transi
De pauvreté
Ce matin d'automne.
 Yosa Buson
 
Cette photo a été prise du côté du cloître St Merri. J'ai récemment lu dans un livre d'Éric Hazan, intitulé "L'Invention de Paris", consacré à l'histoire et à la transformation de la capitale, mais aussi à la façon dont cette ville a été traversée par l'histoire, que, lors des journées révolutionnaires de Juin 1848, dans cette rue, où j'ai autrefois cadré une photo intéressante — je la juge ainsi, parce qu'elle continue de me plaire bien des années après — des barricades furent érigées ici, tout comme en Juin 1832, lors d'émeutes que Victor Hugo, évoque à la fin de son grand livre "Les Misérables". Aujourd'hui, les misérables dorment la nuit sous des tentes de fortune. Ils sont nombreux dans ce quartier à deux pas de Beaubourg et du centre Pompidou qui vient de fermer pour des travaux de restauration qui vont durer près de cinq ans dit-on.

lundi 20 octobre 2025

La rivière enchantée


Voilà,
Il y a des souvenirs comme ça qui s'accrochent. Ils ne lâchent plus. Lorsque j'ai découvert la rivière enchantée, je n’étais pas tout jeune j’avais plus de 17 ans. C’était un de ces dimanches où nous allions au musée en famille. Ce n’était pas ma famille, mais c’était la famille rêvée. Il y avait les trois sœurs. L’une d’elle était mon amoureuse, et puis leurs doux parents, Philippe et Dominique. Ce jour là, donc, ce fut d'abord la visite du Musée des Arts et Traditions Populaires qui n’existe plus aujourd’hui. Seule demeure sa carcasse. Il va être reconfiguré et deviendra une annexe de la fondation Vuitton. Il présentait une vision synthétique de la société française traditionnelle, rurale et artisanale pour l'essentiel, depuis le dix-neuvième siècle jusqu'aux années 1960. Y étaient exposés des choses anciennes de la vie passée, des objets usuels, dont l’usage s’est perdu. Dominique aimait beaucoup ce musée. Pour ma part, je le trouvais étrange, étonnant. Il ne correspondait pas tout à fait à l’idée que je me faisais d’un musée, (mais du reste, avais-je vraiment une idée de ce que devait être un musée ?). Quoi qu’il en soit, il évoquait des façons de vivre anciennes dans la France d'autrefois, celle des champs et des campagnes.
Après la visite, nous nous sommes promenés au jardin d’acclimatation. Je n’y étais jamais venu mais les filles avaient l’air de bien connaître. Elles parlaient surtout de la rivière enchantée et je crois que cela leur rappelait des souvenirs d’enfance. Nous y sommes allés Nous nous sommes entassés dans la même barque, tous les six. Tout le monde riait. C'était tellement étrange et tellement bon d'être là, au milieu de cette famille si accueillante et qui n'était pas la mienne, sur cette rivière qui n' en était pas vraiment une. Je me sentais en sécurité.
En Mai 2015 j'y suis retourné en compagnie de Sophie, ses enfants et ma fille. Une autre barque, d'autres rires. Discrets et tenaces les souvenirs continuent de voguer, d’une barque à l’autre. 

dimanche 19 octobre 2025

Liste des découvertes hasardeuses (2)


 
Voilà,
une autre liste de découvertes glanées de-ci de-là, — pour la plupart sur le net — dont quelques une peuvent être réconfortantes, mais certaines autres bien effrayantes.
j'ai découvert il y a peu que les savants chinois travailleraient sur un projet qui semble tout droit sorti d'un roman de science-fiction : la construction d'une centrale solaire dans l'espace. Située à 36 000 kilomètres au-dessus de la Terre, cette centrale collecterait la lumière du soleil sans interruption et renverrait l'énergie vers la Terre à l'aide d'une technologie à micro-ondes. Contrairement aux fermes solaires terrestres, qui sont limitées par les conditions météorologiques et la nuit, cette station orbitale pourrait fournir une énergie propre 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, sans interruption. Si elle aboutit, cette initiative pourrait générer plus d'énergie que toutes les réserves de pétrole de la Terre réunies, ce qui en ferait l'un des projets d'énergie renouvelable les plus ambitieux de l'histoire. Ce concept transforme notre façon d'envisager l'énergie solaire, en faisant de l'espace lui-même la plus grande centrale électrique de l'humanité. Il s'agit d'une initiative audacieuse qui pourrait remodeler la production énergétique mondiale et réduire à jamais notre dépendance aux combustibles fossiles.
 
j'ai découvert il y a peu que Gervase de Brumaire qualifié dans "Préparez vos mouchoirs" de meilleur clarinettiste du monde dans une scène d'anthologie associant Gérard Depardieu, Patrick Dewaere et Michel Serrault a vraiment existé, mais son vrai nom était Gervase de Peyer. Mais il a en effet enregistré "le concerto pour clarinette" de Mozart
 
j'ai découvert il y a peu Stephen Paulello un facteur de piano français un des derniers innovateurs en cette matière. Pianiste-concertiste, il s’intéresse à la construction de son instrument, se forme et réalise très vite ses premiers prototypes. Puis, à la recherche de nouvelles possibilités et de nouvelles sonorités il décide de pousser plus loin et de faire évoluer cet instrument, figé depuis la fin du 19siècle. Il conçoit donc l’Opus 102, déjà surnommé la "Bugatti Royale" des pianos. Un piano de concert révolutionnaire dans sa conception, comprenant 102 notes (du do au fa) au lieu des 88 habituelles, avec 9 touches supplémentaires pour les basses, 5 pour les aigus. Un instrument hors norme de 3 mètres de long, d’une finition exceptionnelle, qui se démarque également par ses cordes parallèles obliques et leur unique chevalet, ainsi qu’un cadre sans raidisseurs. Des idées qui ne sont pas nouvelles mais qui n’avaient jamais été réunies dans un même piano. De quoi offrir de nouvelles perspectives aux compositeurs.
 
J'ai découvert il y a peu que l'’obésité devance l’insuffisance pondérale pour devenir cette année la forme la plus répandue de malnutrition, touchant désormais 188 millions d’enfants et adolescents en âge d’être scolarisés, soit 1 sur 10, et les exposant au risque de contracter une maladie potentiellement mortelle" avertit l’UNICEF qui ajoute : 'les enfants sont donc désormais davantage touchés par l’obésité que par l’insuffisance pondérale dans toutes les régions du monde, à l’exception de l’Afrique subsaharienne et de l’Asie du Sud". Le rapport précise que " l’alimentation des enfants n’est plus façonnée par des choix personnels, mais par des environnements alimentaires néfastes, qui privilégient les aliments ultratransformés et les produits issus de la restauration rapide, riches en sucres, en amidon modifié, en sel, en mauvaises graisses et en additifs. Ces produits ont envahi les magasins et les écoles alors que l’industrie des produits alimentaires et des boissons dispose d’un pouvoir de ciblage des jeunes sans précédent grâce au marketing numérique
 
j'ai découvert il y a peu qu'en 2025, des scientifiques ont dévoilé une réalisation effrayante mais révolutionnaire : la toute première simulation sur superordinateur conçue pour prédire l'avenir de la civilisation humaine. Alimentée par l'un des modèles d'IA les plus avancés à ce jour, cette simulation combine des données réelles issues de la science climatique, de la géopolitique, de la technologie, des tendances démographiques et de la consommation des ressources afin de projeter un calendrier détaillé de la voie potentielle de l'humanité vers l'extinction. Contrairement aux prédictions passées basées sur des facteurs isolés, ce modèle intègre des milliers de variables à la fois. Il évalue comment les écosystèmes s'effondrent sous la pression, comment les sociétés réagissent aux changements technologiques et comment les points de basculement environnementaux se répercutent sur le système mondial. La simulation a testé des millions de scénarios possibles et a identifié plusieurs fenêtres d'effondrement probables, allant de quelques siècles à plus de 100 000 ans dans le futur, en fonction de nos actions actuelles. Bien que cela puisse sembler terrifiant, l'objectif n'est pas de prédire la fin du monde, mais de guider la survie. La simulation aide à identifier les choix les plus efficaces que l'humanité peut faire aujourd'hui pour prolonger son avenir. Il s'agit notamment d'accélérer le développement des énergies propres, de protéger la biodiversité, d'améliorer la coopération mondiale et de réduire les inégalités. Les chercheurs soulignent que l'extinction de l'humanité n'est pas inévitable. Il s'agit d'un risque que nous avons le pouvoir de réduire. Ce type de modélisation nous offre un outil précieux pour la planification mondiale. Il permet de passer du discours de la peur à la nécessité d'agir en connaissance de cause. une bonne définition des risques à venir nous permet de nous adapter à temps. Si la simulation a montré de nombreux résultats catastrophiques, elle a également révélé des voies de résilience, où les humains prospèrent en respectant les limites de la planète et en faisant progresser la science en harmonie avec la nature. Notre avenir n'est pas écrit. Il se façonne en ce moment même, à travers chacune de nos décisions. Le message le plus fort de cette simulation ne concerne pas la fin, mais le commencement. Nous avons encore le temps de changer de cap.


j'ai découvert il y a peu qu'Aux Pays-Bas, une innovation technologique verte transforme les bâtiments ordinaires en murs vivants, grâce à des briques conçues pour favoriser la croissance de mousse directement à leur surface. Ces briques favorables à la mousse ne nécessitent ni terre, ni entretien, seulement la pluie et le vent. Et ce qu'elles offrent en retour est remarquable elles purifient l'air urbain, refroidissent les bâtiments et les ruespermettant de perdre jusqu'à 7°c, enfin elles capturent et stockent naturellement le CO₂. Dans la ville de Leyde, les écoles et les arrêts de bus sont recouverts de mousse, transformant ainsi les murs ordinaires en écosystèmes purificateurs d'air et rafraîchisseurs climatiques. Il ne s'agit pas seulement d'une décoration. C'est une défense contre la chaleur urbaine et la pollution.

j'ai découvert il y a peu que chaque seconde, en Europe, les bulldozers, les grues, les bétonnières arrachent 48m2 à la nature, ce qui en une année correspond à la superficie de la ville de Londres. Et ça ce n'est vraiment pas une bonne nouvelle
 
j'ai découvert il y a peu que, dans un contexte de ralentissement économique national, le gouvernement chinois vient de lancer une campagne de régulation des contenus en ligne, visant les discours jugés trop pessimistes ou clivants. De contenus critiques, même s’ils expriment des réalités sociales vécues par des millions de citoyens sont purement et simplement supprimés. Il s’agit de modeler un Internet conforme à une vision optimiste et patriotique, en accord avec l’idéologie de "rêve chinois", ce projet de renouveau national défendu par Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir, en 2013. J'aurais donc peu d'occasion de m'exprimer si j'étais en Chine, mais ça je m'en doutais bien.
 
j'ai découvert il y a peu que, pour la première fois en plus de quatre décennies d'observation, le courant ascendant saisonnier du golfe de Panama n'a pas eu lieu en 2025. Cet événement atteste un changement radical dans un processus océanique vital. Normalement déclenché par de forts alizés entre décembre et avril, ce phénomène annuel fait remonter à la surface des eaux froides riches en nutriments qui favorisent la pêche et protégent les récifs coralliens du stress thermique. Selon les chercheurs du Smithsonian Tropical Research Institute (STRI), l'affaiblissement des vents a empêché la remontée d'eau, entraînant un réchauffement des eaux et des concentrations de chlorophylle inhabituellement faibles, signe d'une baisse de la productivité océanique.
 
j'ai découvert il y a peu qu'on a testé une nouvelle stratégie de protection contre le sida en Afrique en utilisant le lénacapavir, un antiviral déjà utilisé chez les patients souffrant d’infections persistantes. Sur les 2134 femmes ayant reçu une injection de cette molécule, aucune n’a été infectée par le virus du Sida. Ce traitement préventif nécessiterait seulement deux injections par an, contre un comprimé quotidien jusqu’à présent. En décembre dernier, ces travaux ont été nommés "Découverte de l’année" par la revue Science. 

j'ai découvert il y a peu qu'un vaccin à ARNm spécifique à certains types de cancers a montré des résultats spectaculaires lors d’essais cliniques, avec des rémissions prolongées chez de nombreux patients. C'est bien dommage que le secrétaire d'état à la santé des USA soit un antivax.
 
j'ai découvert il y a peu, — c'était le jour de la signature du plan de paix au Moyen-Orient (qui n'est en fait qu'une trêve et ne durera pas longtemps c'est probable) — sur un mur du quartier Beaubourg, cette peinture murale faisant écho à cette autre, réalisée par le même artiste sur le même thème. On peut toujours rêver. Pendant ce temps là, le fasciste Poutine et sa bande de gangsters tentent toujours de détruire l'Ukraine et d'annexer la Georgie
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mercredi 15 octobre 2025

L'envie me quitte tout doucement


 
Voilà,
j'ai de moins en moins de choses nouvelles à raconter et à montrer sur ce blog. L'envie me quitte doucement d'écrire et même de photographier, et c'est la raison pour laquelle, de plus en plus fréquemment, je republie d'anciens articles. En outre, trop souvent je me répète, m'insurgeant devant les mêmes choses. Mon espace intellectuel se rétrécit. Ma capacité d'émerveillement se tarit. Le monde me fatigue toujours un peu plus. Tant de nouvelles alarmantes s'accumulent. Il y a des prises de conscience qui, à l'époque où nous vivons devraient se faire mais n'adviennent pas. Je ne parle pas seulement des désastres écologiques, dont les gouvernements des grandes puissances et les décideurs de l'industrie semblent pour la plupart se contrefoutre totalement. 
S'il n'y avait que ça, cela serait déjà terrible. Mais la militarisation croissante de la planète, la mainmise des oligarchies sur les gouvernements, la multiplication des pouvoirs autoritaires, la restriction des libertés dans un nombre croissant de pays, l'appauvrissement des populations, la recrudescence des génocides en cours dans de nombreux endroits, la décivilisation à l'œuvre dans le monde entier, à l'exception de la Chine peut-être, le triomphe de la bêtise de l'arrogance de l'irresponsabilité  dont Trump est le parfait exemple, mais qui advient aussi lentement dans le pays où je vis, tout cela me consterne. Le monde fait un bruit de fond qui m'affole. Je veux dire qu'il me rend littéralement fou. L'envahissement des images trafiquées, des fake-news sur les réseaux sociaux n'arrange rien.
Bien sûr je pourrais me satisfaire de partager des poèmes glanés ici ou là au cours de mes lectures. De publier des photos sans aucune légende, ou bien me contenter de rendre compte des nombreux films que je vois, (car je vais souvent au cinéma, comme on se drogue). Ou encore témoigner des quelques expositions auxquelles je me rends. Mais je n'en ai même plus la force. Cette contrainte que, jusqu'ici, je me suis imposé par hygiène mentale, pour essayer de lutter contre l'engourdissement de la pensée me pèse de plus en plus. Je me réveille le matin sans envie ni désir. Je traîne au lit et m'abandonne à des rêveries qui me ramènent à des périodes lointaines de ma vie. Je n'aime pas ce que j'entends et vois autour de moi.
Je repense à ce qu'écrivait en 2009, dans "N'espérez pas vous débarrasser des livres",  Umberto Eco,  — c'était l'époque de Berlusconi (comme on oublie vite) — "L’ignorance est toute autour de nous, souvent arrogante et revendiquée. Elle fait même du prosélytisme. Elle est sûre d’elle, elle proclame sa domination par la bouche étroite de nos politiciens. Et le savoir, fragile et changeant, toujours menacé, doutant de lui-même, est sans doute un des derniers refuges de l’utopie. [...] Le savoir, c'est ce dont nous sommes encombrés et qui ne trouve pas toujours d'utilité. La connaissance, c'est la transformation du savoir en une expérience de vie." Je ne peux m'empêcher de mettre cela en relation avec ce qu'a déclaré Lech Walesa il y a quelques mois, suite à l'élection du candidat populiste au poste de président de la Pologne,  : " La démocratie en Pologne s'est effondrée le 1er juin 2025. Pour la première fois de l'histoire, la moitié de la société polonaise a élu un président qui est un proxénète, un escroc, un usurier, un menteur et un toxicomane – avec le soutien indéfectible de l'Église catholique, qui est censée prêcher les valeurs de l'Évangile. Ce n'est pas mon président et ne le sera jamais. […] La Pologne est ma patrie, mais ce n'est plus mon pays. Pour l'instant, je m'exile intérieurement – ​​dans le monde de la nature, de la musique et des livres. Ce qui m'attend ensuite, je l'ignore. Pour ma santé mentale, je vais arrêter de lire ce qui se passe en Pologne. Je ne commenterai plus l'actualité. J'ai besoin de prendre soin de moi. Adieu Pologne." C'est — quand on s'approche de la mort —une sage décision. Je devrais m'efforcer d'en faire autant.

vendredi 10 octobre 2025

Au fond d'un instant sans borne


Voilà,  
"Vivre, c'est errer seul, vivant, au fond d'un instant sans borne. Pour un artiste, toute réflexion sur le temps débouche plus ou moins sur une sorte de panique métaphysique. C'est de cette panique que se nourrit sa création, le présent étant du passé en train de se faire, le passé un ancien futur qui n'a pas tenu ses promesses, le rêve éveillé ne sera jamais réalisé et les rêves de la nuit ne rejoindront jamais ceux du jour." (Laurent Terzieff)

mercredi 8 octobre 2025

Jardin Atlantique

 

Voilà,
certains visages croisés au cours de mon existence, auxquels je n’ai su répondre par un mot, un regard, une attention plus prolongée, je me demande, avec une sorte de remords déjà posthume, s’ils n’exprimaient pas quelque secrète sollicitation à laquelle ma timidité ou ma distraction m’auraient empêché de répondre. Ils sont là dans ma mémoire comme une dette qui n’a pas été honorée.
Ainsi, je me trouve partagé entre ce que j’ai vécu et cette autre vie, en suspens, qui m’accompagne comme une ombre sournoise. Elle n’a ni événements ni contours précis, mais parfois, au détour d’un souvenir, elle surgit devant moi avec une surprenante clarté. L'occasion qu'on n'a pas saisie un soir d’été, une conversation interrompue trop tôt, la proposition à laquelle on n'a pas jugé bon de répondre — autant de moments simples dont la suite m’a échappé, mais qui ont durablement inscrit leur empreinte dans ma mémoire.
J'ai entendu dire que les regrets les plus persistants ne viennent pas de ce que nous avons perdu, mais de ce que nous n’avons pas osé tenter. C'est possible. Ce qui a existé s’use, finit par se fondre dans l’habitude ou dans l’oubli ; mais ce qui n’a pas eu lieu reste intact, comme un possible figé, d’autant plus vif que la réalité ne l’a pas entamé. Une pensée cependant apaise les regrets. Sans ces détours, ma route eût été différente. Mais le hasard de mes atermoiements a tracé un chemin plus énigmatique que mes décisions. Il m’a guidé jusqu’à l’apparition de ma fille. La présence au monde et dans ma vie de cet être si lumineux justifie tout ce que je n’ai pas accompli.
C'est à ces divagations que je m'abandonnais ce jour là en cet étrange jardin où je l'ai si souvent promenée lorsqu'elle était petite.

mardi 7 octobre 2025

Notre-Dame-du-Rugby


 
Voilà,
le , de retour vers Dax après un match amical à Bordeaux contre le Club Athlétique Béglais, Raymond Albaladejo (frère de Guy qui fut aussi un grand joueur, et par la suite commentateur au côté de Roger Couderc), Jean Othats et Émile Carrère, trois joueurs de l'US Dax trouvent la mort aux environs de Lesperon dans un accident de la route dû à un accrochage avec un camion. En mémoire de ces disparitions, l'abbé Michel Devert transforme un bâtiment du patrimoine ecclésiastique en la Chapelle Notre-Dame-du-Rugby (située sur la commune de Larrivière-Saint-Savin (Landes) entre Mont-de-Marsan et Aire-sur-l'Adour. 
 
  
La chapelle était à l'origine un ancien oratoire romain, l'édifice devint la sacristie de l'ancienne église paroissiale de Larrivière Saint-Savin, qui fut démolie vers le milieu du XIXe siècle. Ce qui en restait fut alors transformé en chapelle après des travaux de défrichement entrepris en 1960 pour devenir ce qu'elle est actuellement. En , le secrétariat d'État à la jeunesse et aux sports autorise Notre-Dame du rugby, et en décembre, la Fédération française de rugby à XV donne un avis favorable. La réfection de la toiture se fait la même année, et la réfection de l'intérieur en 1966. Robert Bézac, évêque de Dax, inaugure la chapelle en Des travaux postérieurs à l'inauguration sont entrepris par phases successives : en 1969, Pierre Lisse, capitaine du Stade montois réalise la statue de Notre-Dame du rugby. La construction du clocher date de 1971, et les carillons sont installés en 1974. Le vitrail représentant la vierge au joueur est dessiné par Patrick Géminel, militaire et grand Prix de Rome. L'intérieur est rénové par Joseph Bernardet. Les pavés viennent des rues de Grenade-sur-l'Adour et de Mont-de-Marsan. La pierre d'autel vient des abbés Barrère, de Grenade-Larrivière. Le marbre de l'autel est celui de l'ancienne chapelle, les carreaux sous l'autel proviennent d'un château. (sources wikipedia)
 
 
J'y suis passé il y a longtemps durant l'été 2008. C'est un endroit singulier qui fleure bon le terroir du Sud-Ouest. Il témoigne aussi de la ferveur et de l'engouement que  ce jeu suscite dans la région, et aussi du respect et parfois même de la vénération à l'égard de ceux qui le pratiquent. Alors que je venais de l'est de la France, la découverte dans la cour de l'école de Biscarrosse-plage de mes nouveaux camarades de classe en train de former une mêlée et de jouer avec ce ballon étrange, reste un des moments parmi les plus saisissants les plus émouvants et les plus persistants de mon enfance

dimanche 5 octobre 2025

Déambulation

Voilà,
la fondation Cartier pour l'Art Contemporain a quitté l'immeuble du 261 Bd Raspail. Conçu par Jean Nouvel il fut inauguré en 1994 à l'emplacement de l'ancien Centre Culturel Américain qui avait connu des heures glorieuses dans les années soixante-dix. L'architecte avait pris soin de préserver le cèdre planté à cet endroit par Chateaubriand en 1823. Malheureusement il fallut l’abattre en 2020, la sécheresse l’ayant considérablement fragilisé.
J'ai beaucoup fréquenté la Fondation Cartier, qui se trouvait non loin de chez moi. J'y ai fait de nombreuses photos. Celle-ci a été prise en 2008, lors d'une rétrospective consacrée au sculpteur César dont on peut reconnaître une version du pouce géant qui se trouve aussi dans le quartier de La Défense.
Pour visiter les collections de la fondation il faudra désormais se rendre dans le centre de Paris, place du Palais Royal. Une adresse prestigieuse et plus centrale. Plus minérale aussi. Avant de se trouver à Raspail avec son petit jardin, la fondation était autrefois située dans un vaste parc à Jouy-en Josas. J'y étais allé il y a fort longtemps avec Agnès.  
 
*
 
 
Non loin, au 11 rue Campagne-première (la rue où meurt le personnage de Belmondo à la fin de "A bout de souffle") se trouve depuis 33 ans la librairie de Hubert Bouccara  "La Rose de Java", librairie hors-norme entièrement consacrée à l’œuvre de Romain Gary et de Joseph Kessel (l'enseigne porte le nom d'un de ses romans). Denis Gombert la décrit comme "un lieu atypique, vrai petit coin de paradis parisien pour lecteurs passionnés".  
 
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Poussant la promenade vers la station de métro Port Royal, je me suis retrouvé, du côté de la rue Pïerre-Nicolle où j'ai quelques souvenirs. C'est là que se trouvait le collège d’Agnès, lorsque je l'ai connue. A l'entrée d'un immeuble, j'ai remarqué cette peinture qui bien sûr n'existait pas à l'époque. 

vendredi 3 octobre 2025

Le Présent

 
 
Voilà,
le présent n’est qu’un leurre, un rêve qui s’efface
l’avenir le passé y sont liés à jamais
et l’univers se tient, immobile et fugace 
flaque de lumière où tout déjà demeurait

lundi 29 septembre 2025

Camembert le petit menteur

 
Voilà 
qu’aujourd’hui, les sensibles gardiens de l’ordre moral et pénal, les grands inquisiteurs de la "fermeté républicaine" se drapent dans l’indignation, face à "l'outrage" qui est commis à l'encontre de leur caste. Nicolas Sarkozy, ancien président corrompu a été enfin condamné. C'est un vœu que j'exprimai il y a longtemps dans un précédent photomontage. Il aura tout de même fallu dix ans d'enquête. Les lenteurs de la justice ne s'expliquent pas seulement par le manque de moyens. Elles sont aussi garantes du sérieux de l'investigation.  Mais ils sont nombreux dans la presse, les médias (détenus par une poignée de milliardaires) à pousser des cris d’orfraie comme s’il s’agissait d’un coup d’État judiciaire. Pour eux ce n'est rien moins qu’un complot ourdi par des juges gauchistes.
Il ne s’agit pourtant pas de n’importe quel délit. Association de malfaiteurs dans le cadre de l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Ce n'est tout de même pas rien. Le tribunal a estimé qu’il avait laissé ses collaborateurs du premier cercle solliciter des soutiens financiers auprès du dictateur lybien Kadhafi et des ses proches (dont Abdallah Senoussi un terroriste organisateur de l’attentat contre l’avion d’UTA qui fit 170 morts dont 54 français), en vue de financer sa campagne. Cela constitue une préparation à un délit de corruption. Et l’on oublie que ce verdict s’ajoute à deux condamnations précédentes où il était question de corruption, de trafic d’influence, d’atteintes lourdes à l’intégrité de la justice. 
Ce sont pourtant les mêmes qui, à longueur de plateaux télé et de tribunes rageuses, réclament des peines "exemplaires" pour la moindre incartade d’un pickpocket ou d’un môme pris avec un scooter volé ou un joint dans la poche, qui stigmatisent les fraudeurs aux allocations et j'en passe. "Pas de faiblesse ! Pas d’excuses ! La justice doit être implacable !" proclament-ils, la mâchoire serrée et le menton haut. Mais quand un ancien président de leur camp est rattrapé par les faits — ces détails agaçants qui contreviennent aux lois — soudain la justice devient politisée, excessive, voire "persécutrice". Le deux poids, deux mesures, élevé au rang d’art national. Et comme par miracle, l’empathie leur revient alors, mais exclusivement pour ceux qui ont un carnet d’adresses et un patrimoine planqué dans une holding au Luxembourg. L’égalité devant la loi ? Oui, bien sûr… mais en option premium, accessible uniquement par réseau.
Ce sont en outre les mêmes qui expriment leur opppsition à toute tentative d’imposer une contribution aux fortunes XXL et se proclament apôtres de la rigueur budgétaire. Larmoyants quand un ex-chef d’État se fait rattraper par la justice, impitoyables quand un smicard demande la retraite à soixante ans et un minimum de justice fiscale. 
La taxe proposée par Gabriel Zucman ? Bien timide à mon goût : elle se monte à 2% touche 1800 foyers fiscaux dont les patrimoine dépassent 100 millions d'Euros. Il s'agit en outre d'un impôt différentiel (impôt minimum) : si les ultra-riches paient déjà plus de 2% de leur patrimoine en impôts, ils ne paient rien de plus.
On crie au sacrilège ! "On veut punir la réussite", "assassiner l’économie", "exiler les talents" ou "attaquer la liberté " — ils en perdraient presque leur latin, s’ils en avaient encore un souvenir. Leur morale tient sur un format de carte de visite : implacable avec le faible, servile avec les puissants. Et quand la justice cesse d’obéir à leurs préférences, ils s’indignent bruyamment, comme si le vrai scandale n’était pas la corruption, mais le fait d’y répondre. Quand il s’agit d’étrangler les minima sociaux, on parle de "responsabilité collective". Mais quand on effleure les portefeuilles millionnaires, c’est la fin du monde civilisé.
C'est toujours la même histoire, ils sont allergiques à la justice dès lors qu'elle change de cible.  On peut matraquer les précaires, mais toucher à un portefeuille de milliardaire, c’est visiblement franchir la ligne rouge du sacré. 
Le pire, c'est quand le populo souscrit à ces conneries parce qu'en échange on lui promet qu'on va bouter tous les migrants hors de France. 
Ainsi vont les choses dans le meilleurs des mondes possibles.
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samedi 27 septembre 2025

Il y a peu de chance qu'on détrône le roi des cons



Voilà
je n’imaginais vraiment pas voir cela de mon vivant. Malgré toutes mes réserves sur ce pays, je ne pensais pas que cela arriverait de la sorte et même que cela surviendrait un jour. Bien sûr, il y avait eu le mac-carthysme, le Ku Klux Klan, les guerres impérialistes un peu partout dans le monde au nom de la liberté et de la démocratie. Mais les adversaires n'étaient pas non plus des exemples et les États-Unis offraient malgré tout une image de bien-être et de liberté.  
Oui bien sûr, la conquête spatiale avait été assurée grâce au savoir d’un ancien ingénieur nazi, mais c'était aussi le pays où Einstein, Hannah Arendt avaient trouvé refuge comme tant d'autres artistes exilés européens qui avaient pu exprimer leur talent et parfois leur génie.
Évidemment il y avait aussi tous ces westerns à la con exaltant la violence de la conquête de l'Ouest, et l'extermination des peuples autochtones et plus tard vers les années 90 ces super productions idiotes, où les États-Unis sont menacées d’invasion par des aliens, des terroristes des communistes, des méchants, de toutes sortes et qu’après moult bagarres, péripéties, explosions tueries poursuites, spectaculaires cascades, un gentil américain parvenait à sauver l'Amérique donc le monde. Mais quand même il y avait eu le nouvel Hollywood des années soixante-dix.
Je me disais bien que cette paranoïa était le "retour du refoulé" d’une société édifiée sur le génocide indien et enrichie grâce à l'esclavage des peuples déportés d'Afrique. Bien sûr, il y avait la maffia, la corruption, il y avait même eu un président qui s’était comporté comme un gangster, mais l’obstination de quelques journalistes, avait conduit à sa démission. C’était ça aussi ce pays, la liberté de la presse. 
Il ne m’échappait pas non plus que la bigoterie était souvent au rendez-vous que c’était bien louche qu’on parle si souvent de Dieu au point de l'invoquer sur des billets alors que Dieu n'est qu'une conjecture que rien ne prouve mais bref, il y avait eu aussi le rock, les grands mouvements pacifistes et de l'égalité des droits, les poètes de la beat génération, Bob Dylan... Et aussi des écrivains prodigieux, capables de raconter les histoires stupéfiantes. Sans parler de ces jeunes, ingénieurs en informatique, en mesure de révolutionner la pensée, et changer le monde depuis un garage. Il y avait cette formidable vitalité, cette faculté de surmonter les échecs et de rebondir. 
Et puis ça a commencé à déconner je ne sais quand exactement, avec Reagan peut-être. On a commencé à voir apparaître de plus en plus de gros, parce que les lobbies de l’industrie alimentaires, au nom du profit empoisonnaient les citoyens américains en toute impunité. Et puis il y a eu des présidents de plus en plus stupides, surtout chez les républicains, avec ces histoire d'axe du mal, le mensonge d'État pour inciter à mutualiser la guerre d'Irak et j'en passe. On a vu la bêtise au travail durant la pandémie s’exposer avec une indécence incroyable. Puis on s’est dit que c’était bizarre quand même, ces massacres de masse dans des écoles perpétrés par des enfants, la circulation des armes, le poids grandissant de sectes religieuses de plus en plus réactionnaires, le créationnisme, les théories  complotistes. 
J'ignore si c'est la faillite du système scolaire américain qui est à la base de ça. Où l'abrutissement des médias. Et puis il y a aussi le narcissime national. Avec ces bannières américaines partout. Cette auto-contemplation permanente. Et puis le manque de curiosité à l'égard du reste du monde. D'ailleurs la plupart des citoyens de cette nation ne savent même pas où se trouve le reste du monde. Surtout les supporteurs MAGA. Et ne pas oublier non plus la passivité du peuple si persuadé de sa supériorité et de la pérennité de ses institutions. Mais voilà la démocratie en Amérique c'est une démocratie où 60% de la population ne vote pas et un système électoral en décalage avec la répartition démographique de la Nation. 
Ce que je ne pouvais imaginer, c'est qu'après quatre ans de trumpisme, les gens pourraient en redemander, avoir envie d'être représentés par un tel crétin, capable de débiter des âneries comme "à tel endroit les migrants mangent les chiens domestiques". Il y a donc des américains qui se reconnaissent en lui qui est, à l'heure actuelle, une des plus grandes menaces pour le progrès humain. Aujourd'hui j'ai l'impression que ce sont les insurgés du Capitole qui ont gagné. Un coup d'État rampant a été perpétré avec la bénédiction des oligarques américains. Et c'est tout le monde occidental qui vacille.
La cité sur la colline plus personne ne peut y croire.
Les États-Unis sont plongés dans la crise la plus démente depuis la guerre de sécession. Et d'ores et déjà leur leadership est irrémédiablement passé à la trappe. Tout ce qui faisait la force de ce pays a été en dix mois démantelé. Les services secrets n'ont plus aucune crédibilité. Plus personne désormais ne voudra être espion aux service des USA. Ils sont tous cramés auprès des renseignements russes depuis la nouvelle présidence. C’est un virage à 180 degrés dans un contexte de cyberguerre latente. L’administration Trump a demandé aux agents fédéraux de la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA) d’arrêter de suivre les activités de cybermalveillance des acteurs russes. "Tout le travail lié à la Russie est annulé"», a confirmé au quotidien britannique The Guardian une source anonyme au sein de la CISA. La raison ? L’État de Vladimir Poutine et ses groupes de hackers ne sont plus considérés comme une nation hostile ni une menace pour les infrastructures américaines depuis mars 25.
Sur le plan économique social c'est déjà un cataclysme. Ce mélange lunaire de protectionnisme commercial, de dérégulation, de relance budgétaire, de capitalisme d’Etat et de politique migratoire restrictive a créé beaucoup d’incertitudes, qui commencent à se lire dans les statistiques macroéconomiques.
Ce qui fascine, c'est la dimension grotesque, ubuesque de l'affaire. Taco Trump est un concentré de tout ce qu'on peut trouver de pire, mais de dispersé aux USA. Lui il coche toutes les cases. Et les membres de son cabinet ne valent pas mieux. Il n'y en a pas un pour racheter l'autre. Ils sont tous cons, méchants, ignares, grotesques. Mais revenons à Trump. On en rirait s’il ne passait son temps, avec le maigre vocabulaire dont il dispose, à nous inonder de merde au point qu’il soit nécessaire d’en parler. Le crétin en chef de l’Occident ne peut même pas  nommer correctement les pays dont il parle ni les situer sur un atlas géographique, il débite des discours incohérents sur tout et n’importe quoi, confond par exemple l’Arménie et l’Albanie ou encore l’Azerbaïdjan qu'il est incapable de prononcer et le Cambodge. C'est vraiment le roi des cons. Il ne se passe pas un jour où il ne dise une nouvelle ânerie. Ce type est inépuisable. C'en est devenu stupéfiant. L'adage "les cons osent tout, c'est à cela qu'on les reconnaît" lui colle à merveille.
Mais s'il n'y avait que lui. Les agissements des dirigeants qui l'entourent sont aussi placés sous le signe de l'irrationnel. La théocracie fasciste qu'avait anticipée Frank Zappa, est réellement en marche. Les récentes funérailles de la crapule Kirk, un homme favorable aux exécutions capitales en public mais hostile à l'avortement, anti vaccins, raciste, défenseur des armes à feu, partisan du maintien des femmes "à leur place" (au foyer donc bien sûr) —il a bien mérité la balle qui l'a tué —, devenu "héros des États-Unis" et "martyr de la foi chrétienne" en sont la preuve.  "Nous sommes la tempête et nos ennemis ne peuvent comprendre notre force, notre détermination, notre résolution, notre passion (…). Nous sommes du côté du bien, nous sommes du côté de Dieu" dit  Stephen Miller conseiller diplomatique de la Maison Blanche. Il ne vaut guère mieux qu'un mollah, quand il exprime ainsi sa mission civilisationnelle. "Nous défendons ce qui est bon, vertueux et noble. A ceux qui essaient de susciter de la violence contre nous (…), vous avez quoi ? Vous n’avez rien. Vous n’êtes rien. Vous êtes le vice, vous êtes la jalousie, vous êtes la haine, vous n’êtes rien. Vous ne pouvez rien construire, rien produire, rien créer" s'adressant ainsi vraisemblablement à tout ce qui ne pense pas comme lui. Tous ces faux prophètes sont la lie de l'Amérique. ils rappellent, comme l'a fait remarquer marie Lavin dans une de ses publications, ceux qui sont évoqués dans La Bible, et que fustigeaient Michée ("ces prophètes prédisent l'avenir pour de l'argent") ou Esaïe ("Dites-nous des choses flatteuses. Révélez-nous des chimères"), ou encore l'apôtre Pierre écrivant aux premiers chrétiens ( "En proférant des énormités vides de sens, ils séduisent..."). 
Ces sinistres bouffons qui ont ici aussi en Europe leurs pendants sont le véritable signe du déclin de l'Occident. Ici aussi ils suscitent l'adhésion des masses populaires à leurs discours d'extrême droite.
Trump fait tout ce qu'il a dit qu'il ferait. Il a menacé la planète d’un torrent de mesures économiques et politiques  dites "choc et effroi". Il s'en tient à son programme : droits de douane sur les alliés comme sur les adversaires ; tentative d'expulsion de millions d'immigrants sans papiers ; représailles contre les efforts de dédollarisation par de nouveaux droits de douane ; déploiement de nouvelles réductions d'impôts pour les plus riches ; création d’un Département de l’efficacité gouvernementale visant à éliminer les adversaires politiques, déréglementation des protections de travail ; menaces contre la presse d’opposition ; arrêt des aides à la protection de l’environnement ; suppression des aides aux facultés réticentes et expulsion des étudiants contestataires ; extension de l’interdiction du droit à l’avortement ; attaques contre les transgenres. Il a toujours en tête d'acheter ou conquérir du Groenland et de faire du Canada le 51e État des États-Unis
 Il est difficile de se faire une idée du futur. Tout au plus peut-on constater que la Chine semble la mieux préparée à affronter les décennies qui viennent. Si ce n'est pas non plus un modèle de démocratie, ses dirigeants ont toutefois le sens de l'Histoire et le sens politique, ses infrastructures sont récentes et de qualité. Elle dispose en outre d'un programme de recherche et d'éducation excellents, ses ingénieurs ses savants sont ultra-compétents, ses ressources énergétiques considérables. Son économie prospère. Sa diplomatie subtile. L'État y est fort et programme des plans cohérents. La question écologique est prise en compte dans ses projections. Enfin ce n'est pas un pays où l'injonction à prier tient lieu de solution quand on traverse une crise. Après le monologue délirant que Trump a livré à La Tribune des Nations-Unies qui a prouvé au monde entier qu’il était un taré incapable d’articuler la moindre pensée cohérente et qu'il était du même calibre que Jean-Bedel Bokassa, celui qui dans le courant des années soixante-dix s'était fait couronner empereur de Centrafrique, on est bien obligé de constater que si l'humanité doit progresser, cela ne passera plus par les États-Unis.
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jeudi 25 septembre 2025

Le citronnier du Mexique


 
Voilà, 
dans la lumière de cet après-midi quelque chose de déjà lointain, comme appartenant à un autre temps flotte dans l'air tiède. Ce n’est pas encore l’automne, mais déjà plus l’été. Cet entre-deux qui fait souvent le charme de Septembre, révèle le poids de ce qui s’achève sans éclat, comme un livre que l’on a refermé sans être tout à fait sûr d’avoir compris tout ce qu'il signifiait.
Les jours ont filé, bien sûr. Mais cette fois, il y a dans leur fuite une gravité nouvelle. Ils se dérobent à toute promesse. Je regarde les feuillages dont la verdeur ne paraît plus aussi arrogante, j'entends les rires d'enfants lointains, dans une cour de récréation voisine. Les choses ont repris leur cours.
L’année dernière, à cette époque, nous étions attablés ensemble. Une fin d’après-midi dorée sur la terrasse, la lumière sur les verres, nos voix mêlées à la litanie des grillons. Nous parlions de tout et de rien, de ces riens qui prennent ensuite une densité démesurée quand on réalise qu'ils ne se reproduiront plus.. Et puis il y avait aussi eu cette promenade autour des étangs de la Jemmaye.
J'avais alors remarqué combien elle était attentive à de menus détails qu'elle tenait à partager : le clapotis de l’eau, les silhouettes des promeneurs s’effaçant derrière les roseaux, la buée flottant à la surface des eaux. Le lendemain il y avait encore eu cette balade à Saint-Émilion, la visite de l'église monolithe entièrement creusée dans la roche, la plus grande d'Europe avait dit la guide, les macarons achetés, puis un dernier verre à la gare de Libourne. Faisait-elle semblant d'espérer, y croyait-elle encore ?  Elle était fatiguée mais souriante.
Un peu plus tard en mars, elle avait envoyé un texto, sans doute adressé à tous ses proches pour les prévenir : "bon les amis c'est pas glop, le dernier contrôle a montré que la bête a réussi à contourner le traitement, nouvelle série de chimio ni rémission ni guérison en vue. Mon incorrigible optimisme en a pris un bon coup. Il paraît quand même que je suis très résistante et courageuse... ça ne fera pas tout , bises, j'essaie de ne pas trop y penser
L’automne commence sans elle. Son absence, étale, sans contour s’étire dans les heures lentes. Aujourd’hui, un mois seulement depuis son départ, il reste ce fil fragile de la mémoire, des instants suspendus qui me reviennent avec une précision étrange. Restent les images d’un été finissant d'où émane une douceur presque clandestine et quelque chose d'irrévocable aussi. Je ne la reverrai plus. Elle ne me téléphonera plus pour de longues conversations. Elle ne viendra plus ici avec son accent chantant, jamais plus je n'entendrai "alors comment il va mon cousin ?" Les saisons désormais recèlent plus de souvenirs que d'attentes.  Je me surprends à redouter l’an prochain, non par peur, mais à cause de ce doute désormais intime — celui de ne plus savoir si, comme avant, à pareille époque je reverrai vraiment les choses, les visages, ou même la lumière.
 
 

 Sur le balcon, il  y a ce citronnier du Mexique qu'elle m'avait rapporté de chez elle, lors d'une de ses visites.  Il continue de grandir.

mercredi 24 septembre 2025

Se coucher tranquille

 
Voilà,
Claudia Cardinale avec qui j'ai partagé la scène il y a vingt ans est morte — le dernier album de Divine Comedy est beau et mélancolique — le débile orange débite tant de conneries qu'on se demande par quel prodige la nature a pu produire un tel concentré de bêtise — selon le Secrétaire général de L'ONU nous sommes entrés dans une ère de perturbations irréfléchies et de souffrance humaine impitoyable — Ousmane Dembélé a obtenu le ballon d'Or — dix ans après les pays scandinaves,  la France reconnaît enfin le droit de la Palestine à disposer d'un état, — notre pays n'a toujours pas de gouvernement — la Russie poursuit sa stratégie de provocation avec les pays européens — la loi contre la déforestation est reportée d'un an par la commission européenne — le prochlorococus, bactérie photosynthétique la plus abondante des océans essentielle au stockage de CO2 est menacée, — la France se prépare à une cyberattaque majeure — Méta a dévoilé des lunettes à écran intégré — une nouvelle stèle égyptienne instaurant l'année bissextile a été découverte —  une septième limite planétaire vient d'être franchie — hier je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter sur les quais chez un bouquiniste un vieux numéro de la revue Planète datant des années soixante-dix et consacré à René Guénon que plus personne ne lit – des figurines en peluche appelées labubu sont devenues un phénomène de mode en France — bref je peux aller faire une petite sieste tranquille 
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dimanche 21 septembre 2025

Mésaventure

Voilà,
cherchant à prolonger l’attitude des premiers graffeurs New-Yorkais des années soixante-dix qui tracèrent de nouvelles formes de sur les carlingues argentés du métro New-Yorkais, nombre d'artistes de rues, continuent aujourd'hui à vivre leurs aventures, picturales à travers les réseaux ferroviaire du monde entier. Théo Clerc est l'un d'entre eux. Malheureusement pour lui, sans doute peu informé du risque encouru — ce qui n'est pas très malin —, il s'est essayé à cette pratique dans un pays peu sensible à ce genre de manifestation artistique et guère enclin à l'encourager. On ne se renseigne jamais assez sur les us et coutumes des contrées que l'on visite. Il a donc été arrêté et emprisonné à Bakou pour y avoir peint un métro le 31 mars 2024. Le 12 septembre 2024, après trois mois de détention provisoire dans des conditions peu reluisantes, il a été condamné à une peine de trois ans de prison alors que ses deux complices néo-zélandais et australiens ont été libérés et condamnés à une amende pour la même action. Très relayé, médiatiquement l'affaire mobilise aujourd’hui la presse qui évoque "une prise d’otage diplomatique". Le Ministère des Affaires étrangères français dénonce un traitement arbitraire et ouvertement discriminatoire. Quant à la société civile elle a organisé une pétition en ligne qui  a réuni de nombreuses signatures de soutien. Finalement le détenu a bénéficié de la grâce du Président de l'Azerbaïdjan en mai 2025.
Avant sa libération,le musée du Palais de Tokyo avait convié Julien Calemard est Tami Nabil à réaliser cette peinture murale intitulée "ce n'est qu'un coloriage" afin de rappeler que la place des artistes n’est pas en prison. Elle représente Théo Clerc traversée par un métro imaginaire, fusion des métros rêvés du monde entier et source de ses problèmes actuels. Au-dessus de ces têtes des inserts, suggèrent que le graffiti est, selon les auteurs de la fresque, un jeu "aussi sain qu'enfantin" une amitié, un lien collectif, beaucoup de hasard de chance ou de malchance, de liberté qui mènent parfois en prison.
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lundi 15 septembre 2025

Questions


Voilà,
je me demande y aura-t-il un autre été
paisible et serein et des heures indolentes
ou bien n’est ce plus qu’un rêve déjà fané
qui s’efface dans une amère et morne attente 
 

dimanche 14 septembre 2025

Du travail de pro

 
 
Voilà 
Charlie Kirk. Un fasciste de compétition. Le modèle d’exportation. Antisémite mais favorable au massacre des Palestiniens — On en a de semblables ici aussi en France. Misogyne, suprémaciste, homophobe, climatosceptique, pro-arme, anti-avortement, bref : la totale. 
À l’affiche quotidienne du stand-up trumpiste, colporteur professionnel de fake news, animateur en chef de l’attaque du Capitole. Son CV : la haine comme fond de commerce, la bêtise comme capital symbolique.
Porter une arme à feu selon lui était un droit issu de la volonté de Dieu. Dieu est parfois un foutu galopin avec ceux qui y croient ou professent d'y croire. 
Pour celui qui disait  "En fait, je ne supporte pas le mot empathie. Je pense que l'empathie est un terme New Age, inventé, qui fait beaucoup de mal" une balle dans la gorge. 
Une seule. Du travail de pro. 
Pas d'empathie donc.

Trump le sauveur autoproclamé de la nation, ce concentré de bêtise, de méchanceté, d'arrogance, d'infatuation, d'ignorance, de brutalité, de racisme, de corruption, de mensonge, d'incompétence qui, au mépris du droit américain a décidé de saper un a un tous les principes fondateurs de son pays avec la complicité des élus républicains du Sénat et de la chambre des représentants, Trump donc jaillit sur les ondes.
Kirk mort
Trump furieux. 
Pathos en cascade, lamentation réglée, hymne à la victime qu’on hisse en martyr. Les caméras tournent, la machine pleure. Trump lyrique (enfin, dans la mesure de ses moyens). Trump en mode oratorio apocalyptique : "la gauche radicale assassine nos héros". Ben voyons. C’est toujours elle, la main invisible, l’ennemie de la liberté — leur liberté, plus exactement : celle de pouvoir massacrer sans entrave, arrêter de façon arbitraire au seul motif d'un faciès pas trop blanc. Étonnant tout de même : Trump est nettement moins lyrique quand Melissa Hortman, représentante d’État est abattue avec son mari dans leur maison. Quand John Hoffman, sénateur est troué de balles aux côtés de sa femme. 
Moins lyrique pour ce qui concerne les morts à l’école, aussi — enfants et professeurs. Litanie américaine du carnage. 309 fusillades de masse en un an, pour la plupart d’entre elles perpétrées par des blancs. Plus de 300 morts depuis le début de l’année. Mais pas d’allocution pour ça. Trop banal, trop quotidien, trop peu rentable en émotion nationale. 
Ce qui mérite une parole, c’est le corps d’extrême-droite tombé. Ce qui ne vaut rien, c’est le sang des démocrates, c’est l’abattoir scolaire. Les États-Unis du Spectacle trient leurs cadavres : les bons pour l’écran, les autres pour la fosse commune de l’oubli. Et tout le monde continue — on pleure sur commande, on oublie sur consigne. Le pouvoir s’exerce même dans le chuintement du silence 
 Silence présidentiel. Silence comme politique, silence comme choix.
 La hiérarchie des morts, c’est sacré.
 
Le scénario est connu. Hitler a eu des son Reichstag. Trump a la balle dans la gorge de Kirk. Prétexte prêt-à-porter. Sacraliser le cadavre. Poursuivre le projet : déchaîner la Garde nationale dans les villes démocrates. Liquider l’opposition au nom de la Pureté Américaine. Recycler le crime en mythe, la peur en régime, la haine en politique. 
Pendant ce temps : le scandale pédophile colle aux basques de l'orange canker. La faillite économique est patente. La popularité fuit par tous les trous. Mais peu importe : un martyr ça occupe l’écran, ça fait de l'audimat. Un martyr ça détourne. Un martyr ça donne des forces aux fascistes. Les républicains pointent du doigt leurs ennemis habituels — la gauche radicale, les trans, les démocrates, les immigrés. C’était écrit d’avance, comme une pièce qu’ils jouent les yeux fermés. Et tout un appareil de propagande s’empresse de transformer la gorge perforée en drame national. Drapeaux en berne.

Seulement voilà : le récit s’écroule

la grand-mère du tueur — Debbie Robinson — parle. On se retrouve dans un sitcom façon Dallas. Mais là ça s'appellerait "Utah" "Toute la famille est républicaine, pro-Trump. Je ne connais pas de démocrate" , dit-elle.
Le discours vacille.
Le suspect : vingt-deux ans, blanc, mormon, Utah. Pas un infiltré, pas un "autre". Il aimait jouer à Halo un jeu de sci-fi populaire et à "call of duty". Il aimait la chasse. 
L’un des leurs. Et les balles ? Gravées de slogans, non pas antifas mais références à l’univers groyper. Cette tendance animée par Nick Fuentes, un autre leader de la jeunesse d’extrême droite qui juge Kirk trop tiède, trop compromis, pas assez pur pour "America First". Une photo de Tyler Robinson publiée sur Facebook suggère qu'il s'intéressait aux mèmes Groyper.
Ainsi, Kirk, s'il n'est pas tombé sous les balles d’un conservatisme plus extrême que le sien, aura trouvé le feu d'un type aussi taré que lui.
Trump, Trump Jr, les influenceurs MAGA criaient hier à la guerre civile. Aujourd’hui, silence. La réalité est moins commode. Car le tireur n’est pas trans, pas démocrate, pas migrant. C’est un jeune homme blanc, instable, né et armé aux États-Unis. Le problème est intérieur. Le problème est républicain. Le problème est américain.
c'est en regardant, il y a bien des années le documentaire "into the abyss" de  Werner Herzog, que j'ai réalisé que ce pays était foutu pour bien longtempsOn y trouve ce qui caractérise cette société : le culte de la violence et la bigoterie. Le gun et la bible. Et sous couvert de religion l’indigence morale et la misère intellectuelle. La vision du film "America" de Claus Drexel était aussi édifiante à sa façon. 
Cet événement qui secoue les États-Unis exprime une fois encore la folie de cette nation en pleine débâcle, fondamentalement malsaine, et obsédée fascinée gangrenée par le Mal. 
Les vieux hippies américains doivent broyer du noir. 
Ici au jardin du Luxembourg le ciel est gris.
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