lundi 30 janvier 2012

Père-Lachaise


Voilà
"Si l'on exprime la grande défaite inévitable qui nous attend tous, cela doit être fait dans les limites strictes qu'imposent la dignité et la beauté" (Léonard Cohen). Puisqu'une fois encore, L.C nous gratifie d'un opus aussi déluré que les précédents, plein de joie et d'optimisme, je m'autorise à publier cette photo, qui je crois, répond à la fois à sa consigne, à mon goût des ruines et des choses abandonnées, ainsi qu'à une utilisation vertueuse du grand angle et de la contre plongée. Après tout, moi aussi je peux céder à un moment d'auto-congratulation néo-gothique.

dimanche 29 janvier 2012

Année du Dragon


Voilà
le 29 janvier est le jour de l'année où j'ai le plus d'anniversaires à souhaiter. Les natifs du 29 Janvier que je connais sont d'ailleurs tous des gens de grande qualité (selon mes critères que je ne vais pas développer là). Le 29 Janvier de cette année c'est à dire aujourd'hui, a été un dimanche très froid. J'ai vu un dragon voler dans un square ce 29 Janvier. Pas n'importe lequel. Un square où j'ai beaucoup attendu quand j'avais vingt ans. L'idée de me retrouver à cet endroit aujourd'hui était particulièrement absurde. Il y avait une foule énorme dans les rues adjacentes. Plein de gens avec des appareils photos et je me suis demandé quel sens ça avait de continuer d'en faire. J'en ai quand même pris quelques unes. Elles ne sont pas très bonnes. Je n'imaginais pas que le défilé du Nouvel an chinois attirait autant le populo. Je ne suis pas resté longtemps. Quelque chose me préoccupait. Peu d'idées m'ont traversé ce 29 Janvier. Je veux dire peu d'idées stimulantes. J'étais fatigué ce 29 Janvier. Je n'ai pas insisté. Je n'insiste d'ailleurs plus beaucoup ces derniers temps. Ce 29 Janvier, il a commencé à faire très froid. Normal, c'est l'hiver. Mais jusqu'à présent l'hiver se la coulait douce, il est un peu en retard. Ce 29 Janvier je n'ai pas retrouvé mon téléphone portable et je ne l'ai pas cherché. Ce 29 Janvier je me suis senti très seul, mais vraisemblablement je me serais senti aussi seul si j'avais été accompagné. Ce 29 janvier je vais me coucher tôt. J'aurais mieux fait de rester au lit toute la journée, ce 29 Janvier. 

vendredi 27 janvier 2012

Nuages merveilleux nuages

Nuages

Voilà
ce matin, ces tout petits nuages, à peine visibles, aperçus de ma fenêtre, je ne sais pourquoi ils m'ont à ce point touché que j'ai eu envie de les photographier. Formes légères qui n'apparaissent que dans le mouvement... "l'être n'est un être que dans le changement qui lui fait quitter son être en soi inexistant pour un autre être qui ne sera pas moins inexistant" Jankelevitch  (Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien). Comme eux, se dissiper en douceur s'effacer discrètement puis disparaître dans le bleu d'un ciel où il n'y a plus lieu d'être.

jeudi 26 janvier 2012

De plus secrètes portes


Voilà
 c'est comme une sœur lointaine surgie de nulle part, petite sœur tourmentée qui déchire les couleurs et s'égare parfois dans d'inextricables jardins de ruines. Mais elle a aussi ses palais, aux carrelages impeccables, où musardent les horloges et s'étreignent les statues. Là, les escaliers ont la grâce d'un bruissement d'ailes, des pianos s'y enchâssent, quand les heures s'abandonnent avec la mollesse d'un corps que la sieste alanguit. Alors la clé d'un songe ancien ouvre de plus secrètes portes. C'était quand déjà, ces deux oiseaux perchés, ce timide soleil au bord du canal, le balcon, la fenêtre ouverte où s'égrenaient les notes d'une partita de Bach ? Endors toi petite sœur, apaise toi, et laisse grandir ton rêve d'amour et de pain.

mercredi 25 janvier 2012

Elle


Voilà
je me perdais dans ses paysages. J'essayais alors de voir le monde avec ses yeux. De revenir à l'énigme des formes inchoatives, au frémissement de l'émergence. J'enviais cette liberté de l'esprit qui ne s'est pas encore assujettie à la dictature du sens, à l'ordre de la représentation. Elle est là tout près. Toujours comme un mystère qui me réjouit. Sa présence m'émerveille et me stupéfie comme au premier jour. 

lundi 23 janvier 2012

Près de la tombe de Jim Morrisson



Voilà
le tronc de l'arbre qui se dresse près de la sépulture de Jim Morrisson, est recouvert de graffiti et de chewing-gum collés. La tombe elle-même est protégée par des barrières pour qu'elle ne soit pas dégradée comme ce fut le cas à plusieurs reprises. Depuis, me dit un gardien chargé de surveiller l'endroit, il y a 24 maîtres-chiens avec leurs bergers allemands qui font des rondes la nuit au Père-Lachaise. Même un lundi de janvier entre midi et deux, beaucoup de monde s'attarde. L'arbre est très photographié. D'ailleurs pour ma part, j'étais content d'y retrouver un peu de K.Weil et de Brecht...
 

Alabama Song
 
Je me souviens des matins au 41 Westbere Road à Londres et de ce que faisait Olivier pour réveiller toute la maisonnée : il posait l'aiguille sur le disque, mettait le volume à fond. C'était l'intro à la guitare, quasi métallique avec une légère réverbération, puis le son aigrelet et un peu cristallin de l'orgue, la lourde entrée de basse relayée par une batterie assez martiale, ensuite "I took a trip down to l'America, l'America l'America" etc... Si tu n'avais pas la pêche après.... Ecrivant cela je réalise que cela fait quarante ans que ce disque est sorti. Putain quarante ans déjà !

dimanche 22 janvier 2012

Une araignée de sommeil


Voilà
l'ombre cherche querelle à la nuit puis se dissipe dans l'obscurité. Ce Tout qui fait ton aujourd'hui demain ne sera Rien. Un corps, il y a encore un corps. A présent tu le considères avec une curiosité lointaine. C'est le tien pourtant. De plus en plus autre à toi-même. Et tu as du mal à t'y reconnaître. Bientôt tu seras son exilé. Mais cette idée précisément ne peut ni prendre corps ni pour autant s'en arracher. Parfois tu convoites la tendre et paisible lumière d'un jardin calme où t'abriter des songes ténébreux et des terreurs d'un autre âge. Tu les croyais tapies au fond des veilles armoires et les voilà qui s'invitent quand les joyeux convives ont déserté la table. Tu es seul parmi les restes et les miettes. Une voix murmure. Tu ne sais d'où elle vient.

samedi 21 janvier 2012

Mimi cracra (Rue Du Cloître St Merri)


Voilà
comme une photo du XXème siècle, une photo d'autrefois... Enfants des rues jouant devant des murs fatigués... Le skate-board a remplacé le ballon ou la boîte de conserves... les graffiti sont juste un peu plus sophistiqués... Mais quand même c'est vraiment un croquis parisien...

vendredi 20 janvier 2012

Un documentaire (pour en finir, j'espère)

Don't let me be misunderstood

Voilà
Oui, en finir j'espère une bonne fois pour toute avec cette affaire (qui ne semble en être une que pour moi), puisque même M.A. (qui n'est pas A.M. d'hier) habituellement si perspicace m'écrit "elle n'est pas antipathique cette femme qui commente ses photos, - il y a là, me semble-t-il un mélange de snobisme et de simplicité qui est assez singulier - et c'est plutôt intéressant ce qu'elle dit". Bon. Parfois on se sent très seul.

jeudi 19 janvier 2012

Un documentaire (Et aussi des commentaires)


Voilà,
je pensais à ça en passant devant la caravane de Madame Ranah la voyante de la place Denfert Rochereau. A cette histoire de film, de comment j'ai vu ce film, qui continue à me travailler. Et les questions sur ce que signifie voir, regarder, recevoir, prendre et comprendre... l'image, le son, le corps.... et l'histoire aussi... et le rapport à l'histoire, pas la narration, mais l'Histoire... comment un corps peut être assimilé à une époque (je ne parle pas des corps d'idole et des canons de beauté).  Quelqu'un - qui ne me connaît pas et que je ne connais pas physiquement, c'est le miracle d'internet on partage par écrit des questions et des doutes avec des inconnus - m'a dit que les gens parlaient comme ça, comme cette femme dans ces années là. Et moi tout à coup je me suis dit que, pour les gens qui ont des trucs à dire  aujourd'hui, j'étais d'un autre monde, d'un monde de choses périmées. Il faudra que je demande à C.C. (ah ! ce sont les mêmes initiales que ma fille) si je peux rapporter ses propos en ligne.  A.M. qui aime bien commenter les œuvres, et a un certain talent d'écriture écrire a bien accepté que je restitue son point de vue :
"La première chose qui m'a sauté aux yeux ou plutôt aux oreilles, c'est la voix et le débit alambiqué, tout en distance et pourtant incarné, de cette femme, débit presque flottant au-dessus de sa phrase, totalement irréel et constituant à lui seul, à mon sens, le détour. Ensuite j'ai remarqué une tension sexuelle affolante, entre cette femme et son ami ? son fils ? Une tension toute en suggestion, sinon ce ne serait pas une tension, mais fortement dérangeante. Est ce que tu me suis ? Ensuite une cigarette qui est fumée mais allumée seulement à la dernière scène. Enfin cette description hallucinante, quasi délirante de choses vues ou dites mais absentes pour le spectateur, à commencer par la description des couleurs d'un film noir et blanc. Ce qui m'a beaucoup intéressée ce sont des phrases qui traduisent en profondeur le mécanisme de la création, et pas seulement de la photographie : "il est toujours préférable de travailler avec le négatif de l'autre", "Une photographie personnellement pornographique mais publiquement décente", "c'est moi ou ce n'est pas moi, il ne faut pas poser la question", "un corps que je suppose le mien", "on ne sait jamais, passons "  Des phrases qui relèvent d'avantage de l'histoire de la photographie et qui viennent renforcer le caractère troublant de la scène "mon père à cet âge-là, je lui faisais confiance". Et surtout : "Le réel est imaginaire et l'imaginaire est réel". Ce film assume totalement la démence du créateur, jusqu'à l'appuyer de façon caricaturale dans des descriptions de paysages qui seraient des garages et des commodes et des soleils. Ça dit beaucoup de ce qu'est la création artistique et de ce qu'elle nécessite en perdition ou en démence, je ne sais pas le dire. Est ce que cela te semble trop caricatural ?" Cette amie a aussi ce qu'on appelle l'esprit d'escalier. Quatre heures plus tard (entre-temps elle a lu le post intitulé "Retouche"), elle précise " Par rapport à jeter un sort et à fasciner, j'ajouterai ceci "Mais les dieux ne sont pas des machines qui tirent des ficelles et qui pèsent le sort de chacun" P. Vidal-Naquet, Préface de l'Iliade. 
Mais comme l'escalier  de Ariane Mo. compte parfois plus de marches qu'elle ne l'imagine, elle me renvoie ceci, insistant pour que je publie cet addendum :
"la granularité vient dire le prisme du réalisateur. Mais est-ce de l'art dont il est venu nous parler ou de la folie ? Une chose est dérangeante ou témoigne d'un dérangement. Cette femme ne revient pas à la réalité après avoir créé. Elle semble toujours dans son imaginaire inversé du réel, dans son réel seulement constitué d'imaginaire. Quand elle parle de ses photos elle ne parle pas de comment elle les  faites, elle n'a pas de recul, elle continue d'être habitée par son processus de création ; elle est incarnée, ne pouvant plus se détacher de son geste. Le réel constitue pour elle une rive opaque qu'elle ne peut atteindre. Peut-être est ce pour cela que j'ai parlé de sa voix comme d'une distance incarnée. Elle est distante avec le réel, sa voix détourne l'objet du film, comme pour rendre compte du détournement de cette femme avec elle même. Elle est celle qui ne peut nommer son écart. Il n'y a pas de distance entre son imaginaire et son réel, pas d'opposition, pas de ramification donc pas de correspondance, pas de passage. Elle incarne la distance au réel, elle s'est distanciée du réel. Si créer est proche de la folie, cela ne supprime pas le réel. Cela s'y mêle parfois à s'y méprendre. L'art ouvre les vannes, vient créer en soi les conditions d'un éclatement, d'une déroute d'un déséquilibre, mais il contient un revenir, un retour. Il ne se substitue pas au réel. Pour devenir, l'artiste doit tenir son fil du revenir. Il s'agit de tomber, de creuser, de chuter, de plonger dans l'acte de créer qui est lui même diffus, mais il s'agit de revenir, de creuser l'écart entre le fantasme et le réel. C'est un emprunt, pas une seule confusion. Si l'artiste supprime la réalité, s'il perd sa capacité à objectiver, à différencier, à séparer ce qu'il est de ce qu'il fait de ce qui est de ce qui n'est pas etc... nous touchons effectivement à la folie. Il me semble que créer c'est naviguer entre le réel et l'imaginaire, c'est pouvoir naviguer, pas voyager. Naviguer en soi, en dehors de soi, en dedans. Si l'imaginaire s'empare du réel, si le réel ne dit plus rien de lui même, et si l'imaginaire n'est qu'une fonction détournée, alors effectivement nous sommes dans la folie. L'art est l'expression d'une folie, il contient la folie, il la détient, il l'approche, la traduit, il est à l'extrême limite, mais n'est pas une folie. Ce film ne montre qu'un seul prisme. Voilà pourquoi il me semble que cette caricature permet à l'auteur de donner un regard sur la création artistique mais surtout sur la folie. le regard du réalisateur penche mais ne se relève pas. cette femme parle de ce qu'elle a produit, de ce qui est passé, avec la même intensité que si elle était en train de le faire, ne donnant aucune ombre ou transparence à sa position." 
Bon là je ne comprends pas tout, et peut-être A.M. se laisse-t-elle aller à parler d'autre chose qui est hors cadre, hors champ et qui sait peut-être d'un autre film mais je la remercie pour son attention et cette généreuse contribution.

lundi 16 janvier 2012

Un documentaire (retouche)


Voilà
Ailleurs donc. Il faut y aller voir, puisque l'amie qui m'a fait découvrir ce documentaire m'explique que je me fourvoie et que pour sa part elle y trouve tout autre chose. Elle sait que cette femme qui fume beaucoup dans ce film est morte jeune (trois ans après le tournage) des suites d'une embolie liée à une insuffisance respiratoire décelée dès son enfance. Alors évidemment ce qui la touche, c'est aussi la vision d'une personne (vraisemblablement plutôt suicidaire en tout cas, dans le déni du mal qui la ronge) lentement travaillée par la mort, et les propos qu'elle entend sont forcément passés au filtre des informations dont elle dispose. Je fais des recherches. J'apprends que la photographe est aussi née bilingue, et qu'elle en serait venue à perdre sa langue maternelle, jusqu'à la confondre avec l'anglais. Est-ce cela qui explique l'étrangeté de ce français tel qu'il s'énonce dans le documentaire et qui, de prime abord, m'apparaît comme un marqueur social ? Je note aussi que, durant les trois dernières années de sa vie, elle a tenu un journal. D'après les extraits que j'en lis il me semble d'une qualité littéraire incontestable. L'écriture en est aussi novatrice que ses photos. Pourtant regardant de nouveau le film de Jean Eustache qui s'appelle donc "Les photos d'Alix", Le film aurait plutôt du s'intituler "Alix et ses photos", car malgré la petite entourloupe que représente le décalage entre les images et leur commentaire, et qui pour son auteur constitue sans doute la trouvaille du film - d'ailleurs à ce sujet on peut se demander si l'idée préexistait avant, ou si cela s'est inventé au montage (de même que pour Alix Cloé Roubaud la phase la plus importante du travail était le tirage) -, malgré cette astuce donc, ce qui prend toute la place dans l'espace du film c'est cette femme, sans doute fascinante pour le réalisateur, et non les images dont elle parle. Fasciner c'est au sens étymologique, non seulement charmer mais jeter un sort. Et tout se passe comme si le réalisateur n'était parvenu à maîtriser son sujet (les photos), et s'était laissé déborder par "l'interprétation" (au sens du jeu) de la photographe, comme si - et cette anomalie est troublante - lui avaient échappé toutes les connotations (je reprends à dessein un terme très en vogue à l'époque) qu'une personnalité singulière et sans doute plus complexe qu'elle n'y apparaît ne manque pas de suggérer. L'artiste, dans l'espace et le temps du film, se trouve donc ainsi réduite à la caricature d'une représentation sociale. On dirait presque un personnage à la Rohmer. C'est d'autant plus surprenant que deux auparavant, dans "Une sale histoire", Jean Eustache filme l'écart qui existe entre un récit rapporté par celui qui l'a vécu, et le même récit raconté par un comédien, interrogeant ainsi avec finesse ces notions de présence et d'interprétation et montrant en quoi elle contribuent à modifier la compréhension d'un événement. 

dimanche 15 janvier 2012

Un documentaire



Voilà
le sujet a tout pour m'intéresser. Et son traitement paradoxal devrait me séduire. Une photographe commente ses images d'un certain point de vue. Mais quelque chose tout au long du film fait écran, qui précisément ne relève pas juste de l'image et en quelque sorte la déborde : un timbre de voix et un phrasé qui dénotent non seulement l'appartenance à la haute bourgeoisie mais aussi son enracinement dans celle-ci. Une sorte d'arrogance compassée, teintée de suffisance et de mépris qui caractérise cette classe sociale. Mais en l'occurrence dans "le genre artiste". L'auteur de ce documentaire est un grand cinéaste. S'amuse-t-il avec les codes ? Car il est clair qu'au bout d'un moment, le sujet n'est plus, ne peut plus, à mon avis, être uniquement ce qui se joue du rapport entre le texte et les photographies. Ce qui s'impose c'est le corps bourgeois tel qu'il s'exprime par le langage et ce style si particulier qui est "le style du pouvoir, même si le discours se veut à l'opposé de ça. Cela suscite en moi une réaction viscérale de violent rejet. Quelque chose de sauvage dont je ne m'explique pas l'intensité, et qui m'effraie cependant quand je songe à toutes les horreurs commises et qu'on a tenté de justifier au nom de la lutte des classes (il n'est de lutte qui ne se fasse sans haine). Quoiqu'il en soit, ce comportement, cette attitude vus dans le film obèrent ma capacité d'appréciation et ma faculté de jugement. Car ce qui prime, c'est encore l'image du corps. Une pensée c'est avant tout un corps qui l'exprime. Et ce corps là, ne me dit rien de bon en ce qu'il exhibe de façon quasi obscène (c'est à dire au devant de la scène) le discours de la classe dominante. D'une certaine façon le propos est occulté par le sujet. Le film parle de quelqu'un qui commente autre chose que ce qu'il montre. Et ce qui m'est donné de voir est encore ailleurs.

samedi 14 janvier 2012

Transport



Voilà
"Cherche à voir en toute chose quelque chose que personne n'a encore vu et auquel nul n'a jamais songé". Cet aphorisme de Lichtenberg convient à cette photo fabriquée dans un autobus, où le regard cherchait autant à fuir l'ennui qu'à donner un sens à ce déplacement. Contempler d'un œil neuf ce qui, si souvent et depuis si longtemps n'a été qu'aperçu, s'émerveiller de sa trivialité et dans le change des formes y trouver un autre mode de transport.

mercredi 11 janvier 2012

Miracle à Lourdes



Voilà 
d'autres encore qui s'accrochent aux grilles... Le type au fond en blanc s'était déjà hissé sur le parapet. Le petit chauve à lunettes s'apprêtait à faire de même pour mieux voir la procession dans l'enceinte de la basilique. Quant à moi avec cette apparition au premier plan, ce n'est pas, vraiment pas à la vierge que j'ai songé. Pardonnez moi seigneur car j'ai beaucoup péché en pensées en actions et en paroles. Mais le vrai miracle ce jour-là, fut que nous trouvâmes à nous garer gratuitement. (shared with the weekend in black and white - weekend street reflections - souvenir - happy tuesday)

mardi 10 janvier 2012

Absorbés


Voilà
je ne sais plus ce que ces gens regardent. Un défilé sans doute. Ou le roi de Zanzibar. C'était il y a longtemps. Au XXème siècle. La grâce de la photo fait qu'ils regardent encore au présent et pour toujours. Enfin "toujours" elle est bien bonne celle-là quel optimisme c'est sans doute le printemps me voilà en pleine efflorescence délirante. Les spectateurs. Je les aime bien moi les spectateurs en général. Je ne me lasse pas de leur air absorbé. Ils me font penser à cette phrase de Kafka : "le regard ne s'empare pas des images, ce sont elles qui s'emparent du regard. Elles inondent la conscience". Alors qu'on veuille s'accrocher ainsi aux grilles, peut-être au prix de contorsions parfois douloureuses, juste pour inonder sa conscience, voilà qui me réjouit. 'première publication 10/01/2012 à 10:15


mercredi 4 janvier 2012

Marilyn


Voilà
un demi-siècle est passé. De Marilyn, ne doivent plus guère rester que les os. Pourtant sur Marilyn, il y a toujours quelque chose de neuf à dire. Ainsi maintenant on lui découvre "une intelligence à fleur de peau". La notion d'intelligence c'est déjà quelque chose qui ne va pas de soi, ça appelle un certain nombre de précisions. Mais la localiser hors du cerveau là c'est vraiment une trouvaille. Un peu vintage tout de même, car on a aussi longtemps pensé que le cœur en était le siège. Mais c'est bien tenté : "la bombe sexuelle cachait une intelligence à fleur de peau" Ça c'est accrocheur. La prochaine fois que j'irai chez le coiffeur, j'espère que ce numéro y sera encore. il faut se tenir au courant les choses vont si vite de nos jours... Ils commencent fort cette année à Paris-Match. J'espère qu'ils en gardent encore un peu sous le pied tout de même, l'année ne fait que commencer et question conneries elle risque d'être chargée

samedi 31 décembre 2011

A propos d'une photo de William Klein


Voilà
cette photo de William Klein prise en 1957 à Rome au pied de l'aqueduc de la via del Mandrione et de la via Porte Furba évoque ces scènes de genre que l'on trouve chez certains artistes du XVIIème et XVIIIème siècle lorsque les ruines deviennent un motif à la mode. On appelait "bambochades" ces représentations de la vie quotidienne avec des personnages du petit peuple se livrant à leurs activités dans un tel décor. Ce qui me touche c'est, malgré le poteau télégraphique, l'aspect ancien de l'image, souligné par le cheval et la porteuse d'eau... Il en existe une autre du même genre dans l'exposition : des enfants y jouent au foot près des ruines d'un palais de l'antiquité romaine. Ce que je vois, c'est moins la désolation de gens vivant parmi les vestiges que l'indifférence suggérée à ce qui reste d'une civilisation qui fut autrefois grandiose, indifférence nécessaire d'ailleurs pour survivre. Les tableaux eux, se présentaient en quelque sorte comme des "vanités monumentales", sortant du cadre de l'intime l'individu, le renvoyant cependant à sa finitude puisqu'il était condamné à se réduire en poussière plus vite que ces bâtiments. Ils rappelaient que les civilisations elles aussi sont mortelles, ou peut-être plus précisément qu'une civilisation païenne ne peut éternellement durer.

Ci-dessous une tableau de Pierre Patel (1604-1676), un de Giovanni Paolo Pannini (1691-1765), un autre de Marco Ricci (1676-1730), et enfin un dernier de Hubert Robert (1733-1808) le grand peintre des ruines.





Au moins y-a-t-il quelque chose de grandiose dans ces restes de Temples, d'Arènes, et d'ouvrages d'art. Du temple de l'argent que furent les Twin Towers et le WTC, il ne reste rien. Et du rêve prométhéen de l'humanité du XX ème siècle ceci : cette photo de David Guttenfelder de l'enceinte du Réacteur 4 de le Centrale de Fukushima, désormais une zone d'exclusion. Rien de bien spectaculaire somme toute, au regard du ravage qui s'y rapporte.


jeudi 29 décembre 2011

Un hasard providentiel



Voilà
peut-être parlait il trop fort dans la cafetaria presque déserte du musée. La femme qui lui faisait face tenait absolument à ce qu'il raconte ce qu'il était devenu durant de ces quatre années qu'elle avait passées comme journaliste dans les émirats du golfe, car disait elle "tu m'as trop fait causer, c'est ton tour maintenant". Il lui semblait pourtant qu'elle n'avait pas dit grand chose. Donc il s'essayait à donner un peu de relief à ce qui n'en avait guère, (le temps de sa splendeur était passé) sans pouvoir s'empêcher de jeter des coups d'œil furtifs vers cette jeune femme qui, attablée non loin en compagnie de son ami, semblait guetter son regard. A moins que ce ne fut qu'une impression ; ce visage qui lui semblait familier, peut-être ne l'était-il qu'à cause de sa  ressemblance avec celui d'une femme aimée et perdue dont le souvenir continuait de le hanter. Toutefois lorsqu'elle lui demanda s'il était bien Constantin Gouget il sentit une sorte de panique l'envahir. Il s'approcha donc de sa table pour la saluer ainsi que son compagnon. Elle eut, devinant son embarras, la délicatesse de décliner son identité, et de préciser les circonstances professionnelles qui les avaient réunis, une dizaine d'années auparavant, et aussi le poste qu'elle avait alors occupé. Il se souvenait parfaitement d'elle à présent, sans toutefois parvenir à se remémorer le nom de cette collaboratrice discrète et efficace qui l'avait à l'époque beaucoup impressionné et pour laquelle il avait éprouvé attirance et sympathie sans pour autant lui en faire part. Aussitôt, il évoqua deux ou trois choses qu'elle avait, au cours d'un repas, racontées au sujet de son enfance, ainsi qu'à propos d'un voyage qu'elle avait entrepris en curragh, ces vieux bateaux gaeliques, entre Ecosse et Irlande, histoire de lui signifier, qu'en dépit des apparences il ne l'avait pas vraiment oubliée. S'ensuivit une brève conversation ou chacun donna des nouvelles de soi mais aussi de ceux, parmi leurs collègues de l'époque avec qui ils étaient restés en relation. Ce n'étaient pas les mêmes. Son débit à lui était un peu précipité, car il essayait de donner le maximum d'informations dans un minimum de temps. Il lui faudrait retrouver celle qu'il avait délaissée à l'autre table et qui en profitait pour passer quelques SMS. A ce moment là, il aurait voulu rester avec ce couple, elle qu'il retrouvait et lui qu'il découvrait et semblait très sympathique. Plus tard dans la soirée, de nouveau seul, diverses questions l'assaillirent au sujet des cette ressemblance qu'il venait rétrospectivement de découvrir et qui suscitait en lui un trouble indéfinissable.

mercredi 28 décembre 2011

Deux ans déjà



Voilà
... je cherchais alors dans cette étrange agglomération - tentative d'un futur rêvé qui jamais n'a eu lieu - les quelques rares traces subsistant de la ville anéantie. Où que j'aille j'en ressentais la présence fantôme. Ainsi avait-on voulu reconstruire une cité nouvelle et moderne sur les décombres de l'ancienne. Les quelques rares bâtiments non historiques qui avaient survécu à la guerre, et à la crise économique n'allaient pas tarder non plus à céder sous les pelleteuses des entreprises de démolition. M'éloignant du rivage, j'essayais de retrouver le Bouville de Roquentin, et comme lui à ce moment j'aurais pu dire "ma pensée c’est moi : voilà pourquoi je ne peux pas m’arrêter. J’existe parce que je pense…et je ne peux pas m’empêcher de penser". Quand même, 120 ha rasés, 12 500 maisons détruites, et 5000 morts m'avait on dit, ce n'était pas rien. Etait-il lié à cela le malaise lancinant que je ne cessais d'éprouver, ou bien à ce tournant que ma vie s'apprêtait à prendre contre mon gré ? Parfois il me semblait que des âmes en déshérence me frôlaient. Quelque chose en moi aussi était à l'agonie sans que je ne fus pour autant capable de m'y résoudre. Un vent froid et humide balayait les rues les rendant plus sinistres encore...
shared with 

lundi 26 décembre 2011

L'Apaisement


Voilà
Cette douleur il l'avait accueillie comme un hôte généreux aurait hébergé un lointain parent. D'ailleurs ne s'était-elle pas montrée discrète au tout début ? Il ne l'avait d'abord crue que de passage, mais peu à peu elle s'était révélée d'une familiarité préoccupante et pour finir s'était installée sans qu'il ne s'en rendît vraiment compte. Pendant quelques temps, elle avait déchiré la plupart de ses heures, accaparant tout, entravant sa capacité de mouvement, de pensée. Tout cela paraissait si lointain désormais. La morphine heureusement et l'écoute de Bach, Vivaldi, Mozart, Schumann, Britten, mais aussi Fauré et Debussy l'apaisaient à présent, offrant à son esprit l'opportunité non seulement de vagabonder mais aussi de constater que somme toute, ce n'était pas grand chose ce qui lui arrivait. La perspective de retourner au néant ne l'effrayait plus comme autrefois. Il s'en accommodait comme d'une chose nécessaire et salutaire, et tant pis s'il n'avait pas fait grand chose de sa vie. Guy-Pierre Mauzac remerciait la providence de lui permettre de se préparer, dans de relativement bonnes conditions, eu égard aux circonstances, à sa fin qu'il savait désormais proche. Et, qui sait, songeait-il parfois, si la mort ne s'ouvrirait pas à lui comme le ferait une douce et bienveillante amante.

vendredi 23 décembre 2011

Homeless in NYC

 
Voilà
La pluie de New York est une pluie d'exil. Abondante, visqueuse et compacte, elle coule inlassablement entre les hauts cubes de ciment, sur les avenues soudain assombries comme des fonds de puits. (...) Dans la brume grise, les gratte-ciels devenus blanchâtres se dressent comme les gigantesque sépulcres d'une ville de morts (...) ce sont alors les heures de l'abandon... (Albert Camus "Pluies de New York" in "Essais"). La lecture de ce passage me ramène à cette photo. C'était un triste mois de février, je déambulais dans les rues mon appareil photo et mon chagrin en bandoulière. Refaisant seul des itinéraires que j’avais empruntés deux ans auparavant alors accompagné, j'errais de musées en galeries avec en tête « Wild is the wind » dans la version de Nina Simone que j'écoutais souvent chez Pierre et Annie qui m’avaient hébergé. En repensant à cette époque où j’étais si malheureux je ne ressens plus rien. Je me souviens juste encore avec incrédulité d’une certaine nuit dans un appartement étroit et encombré, et d'un comportement aussi étrange qu'inattendu dont j'avais alors été le témoin.
Shared with Rain'sTADD 

lundi 19 décembre 2011

Bric-à-brac

Rue des Orteaux, Paris 2011

Voilà
le mystère des choses se réduit ici au disparate mais poétique agencement des objets usés, anciens, qui par leur présence et leur état de conservation témoignent d'un monde aboli. Ils sont la survivance des rêves des fantaisies et des futilités de ceux qui nous ont engendrés. En ce lieu où le temps semble s'être arrêté, s'abîmer dans la contemplation muette de ce qui autrefois agrémentait le quotidien, se réfugier dans le bric-à-brac des résidus d'existence réconforte et rassure celui qui de plus en plus souvent s'interroge sur la nécessité de s'attarder en ce monde. Choses naguère tenues, passées de mains en mains, attendant là, désormais, d'être reprises.'Linked with signs2

mercredi 14 décembre 2011

Sur le point de dire au revoir

Voilà
soudain comme ça, alors que nous sommes sur le point de nous dire au revoir, lui que je connais à peine me confie que jamais il ne s'est senti aussi bien, et qu'à soixante-quatorze ans il trouve la vie légère, même s'il ne touche qu'une maigre retraite. Mais comme, il a monté une petite affaire, il donne des cours de dessin et que ça marche plutôt bien, il a de quoi vivre. Il m'apprend qu'il avait un fils qui a contracté le sida à dix huit ans et a mis quatorze ans à mourir (je n'ose pas lui demander quand c'est arrivé), et que ces années là ont été pesantes. Il s'est même marié il y a dix ans - et il me montre son alliance -avec la mère de ses deux filles qui dit-il sont devenues des sortes de pigeons-voyageurs. "Je mène une petite vie bourgeoise je vais à la campagne tous les week-end chez mes beaux-parents qui sont plus jeunes que moi". Ça l'amuse visiblement et dans son sourire et son œil malicieux on peut deviner ce qui a pu charmer sa femme d'une trentaine d'années sa cadette. Quelque chose de durablement adolescent, en dépit des épreuves ...

jeudi 8 décembre 2011

Possédé

You know what I mean
 
Voilà
cette nuit, l'éprouvante sensation d'être possédé, occupé par une force, une puissance hostile dont je ressentais l'emprise intérieure et que je ne parvenais cependant pas à dissoudre ou à évacuer en dépit de l'espèce d'auto-exorcisme que je tentais sur moi. J'avais aussi l'impression confuse d'être en train de pousser des cris des grognements, sans pour autant savoir si je les poussais réellement dans la vraie vie ou seulement dans mon cauchemar. A l'heure où j'écris ces lignes, je me dis que je suis peut-être encore possédé sans être toutefois en mesure de deviner précisément la nature de ce qui me hante. Bien sûr, j'ai quelques hypothèses à ce sujet et certaines ne manquent pas de m'inquiéter. J'espère que cela va passer...
shared with friday face off -

mercredi 7 décembre 2011

Bobby le petit autocar


Voilà
"Bobby le petit autocar" fut l'un des tous premiers livres que j'ai lu. Je ne me souviens plus de l'histoire, même si parfois, sans que je ne sache pourquoi, furtives, quelques illustrations ressurgissent, entre paupière et regard avec des façons de spectres. Mais ce dont je me rappelle, c'est qu'un jour de l'été 86 dans le nord de la Corse, je l'ai vu pour de vrai. Il était bien fatigué certes, un peu repeint mais toujours de ce monde. Peut-être en fait m'attendait-il...
(7/12/2011)

mardi 6 décembre 2011

Dernier métro


Voilà
je ne sais pas si cet homme est né sous une bonne étoile, mais moi à cette heure tardive, en ce lieu de fatigue et de résignation, cette étoile je l'ai trouvée bonne à prendre. Elle était là, légère comme un rêve, comme un bout d'enfance attachée au bagage de son propriétaire qui, absorbé dans la lecture de nouvelles déjà obsolètes, semblait presque en avoir oublié l'existence. (Linked with weekend reflections)

dimanche 4 décembre 2011

Rue Oberkampf



Voilà
de contretemps en contretemps j'ai fini par errer dans un quartier que je fréquente peu, avec pour objectif de meubler au mieux l'heure qui me séparait du moment où je rejoindrais des amis dans un restaurant. A la tombée de la nuit cet endroit m'est apparu, m'offrant la douce illusion d'être ailleurs et une vague sensation d'irréalité. Je suis resté un moment dans l'impasse, et j'ai tenté l'image malgré le peu de lumière. Plus tard, j'ai aussi eu l'heureuse surprise de retrouver quelqu'un que je n'avais pas vu depuis longtemps et très vite ce fut comme si les années n'avaient jamais passé.
(première publication 4/12/2011 à 23:50)

samedi 3 décembre 2011

Entr'acte



Voilà
Une vieille connaissance depuis longtemps perdue de vue, mais que je reconnais néanmoins malgré ma prosopagnosie récurrente (je suis content de le placer ce mot là je viens tout juste de le découvrir) me dit, au cours de l'entr'acte que je dois souffrir. Je suis un peu déconcerté, la rumeur va vite. Comme je ne sais pas de quoi il s'agit je réponds "pas plus que d'habitude". Puis elle m'explique que le spectacle que nous sommes en train de voir, ressemble beaucoup au spectacle sur les "rêves de Kafka" auquel j'ai participé il y a fort longtemps, (autant dire dans une autre vie) et dont elle garde un souvenir si intense. Ce qu'elle vient de voir est tellement moins bien dit-elle. Pour ma part, je ne vois pas trop le rapport. Je suis tenté par un peu de provoc'... Lui dire que de toute façon les gens qui sont dans la salle ne savent même pas que le spectacle qu'elle évoque a existé. Et aussi que ce n'est pas ce qu'on voit qui est moins bien mais nous probablement. Parce que nous n'avons plus la jeunesse qui anime ces acteurs sur le plateau, nous n'avons plus non plus pour les uns les couilles bien pleines, pour les autres les ovaires au top, ni les muscles tendus la peau fraîche et souple et tous nos cheveux. On ne peut plus danser des heures d'affilée, on a besoin de lunettes pour lire les programmes et on a perdu l'insolence de cet âge où on imagine que tout est possible sans savoir que le temps passe vite, envie de lui dire qu'à notre époque aussi il devait y avoir des vieux cons pour trouver que ce qui se faisait avant était mieux, mais bon, je n'ai même pas envie de polémiquer... Est-ce la sagesse ou bien la fatigue ? 
Une chose est sûre, c'est bien dans ces années-là que j'ai fait cette photo de gens très intéressés par une sculpture hyperréaliste de John de Andrea où on voit très distinctement je m'en rappelle une petite veine bleue sur l'un des seins du modèle. Une autre chose est certaine : dans vingt cinq ans ni la spectatrice croisée à l'entr'acte ni moi ne serons plus là pour parler de ce que nous avons vu aujourd'hui. 
Il y a toujours trop d'escaliers dans les théâtres.
première publication 3/12/2011 à 23:50

jeudi 1 décembre 2011

Qui est Kazimir ?

Fondation HCB

Voilà
je ne sais pas qui est Kazimir, je sais seulement d'où il m'écrit. Sans doute se méprend-il sur mes propos me prêtant un statut et des intentions que je n'ai pas. Lui et moi vivons sous des latitudes différentes, dans des réalités ayant sans doute peu en commun. Sauf peut-être l'illusoire et trompeuse neutralité des écrans qui, si elle uniformise la représentation du Réel, nous permet aussi, à défaut d'échanger vraiment des impressions, de juxtaposer au moins des malentendus, et c'est toujours ça de pris. Kasimir m'est pour le moment aussi immatériel que cette ombre reflétée hier sur une des vitres de la Fondation Cartier-Bresson où, profitant de la gratuité du mercredi soir, je suis allé voir en voisin l'exposition Lewis Hine. Je ne désespère pas d'avoir encore de ses nouvelles et qu'il m'en dise un peu plus sur lui.

mercredi 30 novembre 2011

Zen Café

Lower East side (1985)

Voilà
je marchais, vaguement honteux dans les rues d'Alphabet City à la recherche d'Herbie Go à qui j'ai oublié de souhaiter son anniversaire cette année. Mais je ne reconnaissais plus rien de la ville, des pans entiers de rue disparaissaient parfois sous un épais et suffocant brouillard. Et c'était comme une atmosphère de fin du monde. Il faisait chaud, des corps décharnés erraient quasi nus, hébétés et toujours à la limite de la chute, bredouillant quelquefois des mots d'espagnol que je ne comprenais pas. L'élégant pantalon indien à rayures et le léger t-shirt que je portais, devaient, pensais-je, me rendre suspect à leurs yeux. Ou bien parfois des hommes d'affaires semblant échanger des secrets d'initiés apparaissaient brièvement pour s'évanouir aussitôt dans cette brume. En d'autres endroits au contraire, l'air était sec, pur et les rues désertes. Soudain, au détour d'un bloc j'ai revu ce plan, cadré il y a longtemps dans le lower East side, 6th St. entre 1st and Ave A, je crois. Aussitôt, m'apercevant que je n'avais aucun appareil sur moi, je me suis réveillé pris de panique. (Linked with the weekend in black and white)

mardi 29 novembre 2011

Salle d'attente


Voilà
je l'aime bien a salle d'attente de mon dentiste. C'est très joliment décoré, assez classe, sans ostentation, avec des beaux tableaux sur les murs. J'ai même tendance à venir un peu plus tôt parce qu'il y a aussi plein de revues intéressantes à lire : "Beaux arts magazine", "Diapason".... Mais bon là, cette fois-ci, je ne pensais pas que ce qui allait suivre serait si dur.

lundi 28 novembre 2011

samedi 26 novembre 2011

Arrêt du 38, place du Chatelet



Voilà
il y avait dans cet individu tout un concentré d'abjection de morgue et de méchanceté qui le rendait particulièrement répugnant. Je ne sais d'où il était, russe serbe ou polonais, mais avec un fort accent de l'Est en tous cas. Je le voyais et l'entendais s'oublier là, ivre, tenant encore à la main le gobelet de vin chaud que des bénévoles à quelques pas d'ici offraient aux sans-domicile qui errent dans le quartier. C'était un flot ininterrompu, mêlant à un idiome de l'est, des mots de français dans une insupportable loghorrée antisémite. Tous les clichés y passaient, sur les juifs voleurs et leurs femmes salopes, je ne développerai pas. Il s'imaginait policier en train de perquisitionner. Se représentait comme un bras du pouvoir, peut-être comme le pouvoir même. Dans son délire surgissait parfois le mot "Imperator". Mais ce qui revenait sans cesse à sa bouche c'était "tuer". Ce qui l'animait c'était ce désir là, irrépressible et obsessionel. Ce type effrayant avait dans la mâchoire quelque chose de brutal, cruel et prédateur. Je ne pouvais m'empêcher de penser à tous ces miliciens serbes, aux ravages commis par tous ces types pétris de haine envers tout ce qui ne leur ressemblait pas. Mais sa haine à lui devenait contagieuse, c'était ça le plus horrible, j'en venais à mon tour à le regarder comme un moins que rien une espèce nuisible, à lui dénier son statut d'être humain, à songer qu'il méritait déjà le couteau qui le crèverait. Je sortais d'un musée où j'avais vu de belles œuvres qui élèvent et apaisent, et à présent son comportement me souillait, faisant sourdre en moi de sombres idées qu'il me fallait au plus vite chasser de mon esprit. Quand je l'ai vu se lever pour se diriger d'un pas martial, les mains croisées dans le dos vers ce square du Chatelet où vraisemblablement il devait passer ses nuits, j'ai songé que le monde tout de même, était un sale endroit oui vraiment un bien sale endroit. Et j'ai repensé  à ce livre "les naufragés" de Patrick Declerk, qui à sa manière étrange et perturbante a tenté de construire une "ethnographie du désordre, du chaos et du néant" que chaque jour nous côtoyons.

jeudi 24 novembre 2011

Sans-abri au rond-point des Champs-Élysées


Voilà
la mode de nos jours, ce sont les acronymes. J'en ai découvert un particulièrement réjouissant ces derniers temps. Pour le pondre, on a probablement payé des communicants qui ont bien du se marrer quand ils ont touché leur chèque. Parce que là question cynisme c'est le top. Donc, ce qui autrefois était un dépot de mendicité ouvert en en 1887, est devenu aujourd'hui un hôpital général ouvert à tout public, un centre d'accueil de long séjour, une maison de retraite, un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, et le centre d'hébergement et d'assistance au personnes sans abris qui reçoit les SDF amenés par la polices et les services de la RATP. Je parle de Nanterre, du Centre d'Accueil et de Soins Hospitaliers de Nanterre. On dit  un CASH. Aujourd'hui quand va se faire soigner dans un établissement public, à l'heure où les soins coûtent de plus en plus chers où l'on réduit la couverture sociale où les démunis sont de plus en plus nombreux, on va se faire soigner dans un CASH. Si ce n'est pas du foutage de gueule ça.

mercredi 23 novembre 2011

Pendant la répétition


Voilà
le plaisir de retrouver les vieux camarades de jeu lors de ces rendez-vous stimulants que sont les lectures organisées chaque année par Heinz Schwarzinger autour du théâtre autrichien. Hier c'était au Goethe Institut "La maison du sang" excellente pièce de Händl Klaus auteur tyrolien (il parait qu'au Tyrol il est d'usage de décliner d'abord son nom puis son prénom) Les ombres des lecteurs faisaient au mur une étrange farandole.

dimanche 20 novembre 2011

Sur le pont de Choisy un autre matin


Voilà
je m'amusais alors à faire danser les lampadaires. C'était ma façon à moi d'intervenir sur le monde. Tordre les perspectives suffisait à mon plaisir. Je vivais alors joyeux dans un rêve eskimo. C'était quand déjà ? Aujourd'hui, cette image me raconte tout autre chose. L'espace n'a plus la même densité, le temps s'affaisse. Les objets parlent une langue que je ne comprends pas. D'ailleurs la théière ce matin n'était pas très amicale. Je m'efforce de tenir ma place, mais je peine à reconnaître mon ombre.

mercredi 16 novembre 2011

Banc



Voilà
Des hommes sur des bancs solitaires, j'en ai photographiés beaucoup, dans la rue souvent, dans les jardins publics parfois. De loin, réduits à l'état de silhouettes pour la plupart. Sans doute suis-je incapable d'y voir autre chose que les figures de la fatigue de l'accablement ou de l'abandon. Je crois que la première fois que j'ai entendu dire que quelqu'un avait été mis "au ban de la société", c'est cette image qui m'est venue à l'esprit, et depuis je n'ai jamais pu m'en déprendre. Je ne sais pas pourquoi je pense à ça. Peut-être parce que c'est le premier jour de l'automne.
(première publication 16 novembre 2011)

mardi 15 novembre 2011

Une vague sensation

Violences policières

Voilà
sur le parvis de la Défense, une vague sensation de catastrophe imminente me saisit devant le maigre campement de la petite centaine d'indignés qui, dans le froid et l'indifférence, essaient de faire entendre leurs voix. Comme si ces cartons ces bâches et ces parapluies annonçaient ce qui nous guette ; comme si c'était là désormais, pour s'abriter des ravages déjà visibles qui se répandent sous nos latitudes, la seule perspective possible. Et la noire silhouette de la tour d'Areva ("leader mondial de l'énergie atomique" comme il écrit sur le site de l'entreprise) se dresse, sentinelle menaçante d'un monde où l'homme, réduit à l'état de "ressource", n'est plus qu'une variable d'ajustement. Car telle est la cynique et funeste logique d'une minorité d'oligarques détentrice du pouvoir. Pour le conserver elle engrange des profits et amasse des fortunes sur le dos de la majorité de la population. Parfois le pouvoir politique asservi à cette toute-puissance, n'hésite pas à envoyer sa police et faire usage de violences à l'encontre d'une population dont le seul délit est d'exprimer pacifiquement son désaccord. A terme - c'est dans la logique de l'Histoire - ces agissements finiront bien par susciter leur lot d'émeutes et ouvrir la voie d'insurrections sans doutes salutaires dans un premier temps, mais probablement génératrices de chaos. Tel est aussi le prix à payer pour envisager de bâtir un monde plus juste, sans qu'il soit pour autant certain qu'il soit en mesure d'advenir. Mais plutôt courir ce risque que de  céder à la résignation. 

dimanche 13 novembre 2011

Une surface



Voilà
sur la vitre du train de banlieue stationné à quai, se réfléchit dans la démultiplication des lignes de fuite et des plans superposés ce que le monde peut, en une simple fraction de seconde, offrir de confusion et de complexité à un regard qui ne sait plus faire le point. Et alors que s'annulent dans le brouillage des perspectives, surface et profondeur, la pensée voyage vers d'autres paysages, imaginaires ceux-là, mais autrefois si intensément rêvés, qu'ils persistent dans la mémoire comme s'ils avaient réellement existé. Elle dérive aussi vers ces temps où bien plus rares étaient les miroirs et les vitres plus opaques, mais où les peintres inventaient alors des Jérusalem imaginaires, des Egypte fertiles et verdoyantes, couvertes de sombres forêts. Le monde était alors plus inaccessible et mystérieux, plus hostile aussi. La nature dictait sa loi et demeurait une énigme qui prodiguait bienfaits et catastrophes. On la respectait avec terreur car elle était l'œuvre de Dieu. Que signifiait alors "regarder", que voyait-on vraiment, que ressentait-on (pour ne parler que de l'Europe)  à la vue d'une œuvre d'art, d'un vitrail ou d'un tableau du Dominiquin par exemple ? Et, de cette façon autre de percevoir, que reste-t-il aujourd'hui, dans un environnement devenu si différent, si artificiel et peuplé de tant d'écrans que de ce fait même il est difficile de savoir ce qui, du réel, se dissimule et ce qui s'en projette ?


Paysage avec fuite en Egypte (Domenico Zampieri 1581-1641)

première publication 13/11/2011 à 11:14

Publications les plus consultėes cette année