lundi 30 mars 2026

Les Amis silencieux

 
 
Voilà,
pendant que le monde chavire lentement et semble-t-il inexorablement vers le chaos, je découvre depuis une semaine l'œuvre cinématographique si singulière de la réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi. Une rétrospective lui est consacrée à la cinémathèque. Elle coïncide avec la sortie sur les écrans parisiens du merveilleux film "Silent friend" que j'ai vu lundi dernier sur le grand écran de la salle Henri Langlois rue de Bercy.
À part Márta Meszáros, Miklós Jancsó et Belá Tar je connais peu le cinéma hongrois. J'avais pourtant été saisi par la profondeur d'un film que j'avais vu par hasard il y a quelques mois intitulé le cinquième sceau de Zoltan Fabri, cinéaste dont j'ignorais totalement l'existence et qui avec beaucoup de subtilité mettait en jeu des questions morales. 
Pour ce qui concerne Ildiko Enyedi je n'avais jamais entendu parler d'elle non plus, bien qu'elle ait été distinguée dans de prestigieux festivals (Cannes, Berlin). S'il est un thème récurrent dans son œuvre, c'est bien celui des connexions secrètes non seulement entre humains, mais entre les humains et la nature. Souvent les personnages de ses films se retrouvent en position d’observer secrètement un monde parallèle à travers une sorte de paroi invisible qui peut-être même parfois celle du rêve. Pour elle, la réalité, loin d'être immuable est au contraire mouvante, fragile et éphémère. "Nous hallucinons tous tout le temps dit-elle lorsque nous nous mettons d’accord sur nos hallucinations, nous appelons cela réalité". Souvent elle propose le point de vue des non-humains en contrepoint de celui des humains (une femme derrière sa fenêtre regarde un coucher de soleil au même moment qu'une vache destinée à l'abattoir, un arbre touché à différentes époques de son existence par des mains humaines).
La relation entre les humains et la nature ne se résume pas à une simple opposition entre deux mondes. Elle construit plutôt un dialogue silencieux entre eux. Filmée comme une expérience presque tactile, la nature devient une sorte de prolongement de l’intériorité humaine. Cette atmosphère contemplative invite le spectateur à ressentir plutôt qu’à analyser immédiatement. En cela son cinéma fait écho à tout un courant de pensée, qui émerge depuis quelques années à travers les travaux entre autres de Philippe Descola, Bruno Latour et Emanuele Coccia
Les grands platanes qui bordent la fontaine Médicis, sont parmi les plus âgés du jardin du Luxembourg. Des milliards de regards se sont posés sur eux, et depuis que j'ai quinze ans ils sont pour moi des amis silencieux. Voilà pourquoi j'ai choisi l'entrelac de leurs branches en ce printemps naissant pour accompagner cet article. Ils furent plantés vers 1810 et bordaient autrefois une allée menant à l’édifice. Lors du déplacement de la fontaine en 1862 pour créer la rue de Médicis, seuls les arbres situés devant la fontaine furent conservés, dont un spécimen encore visible aujourd’hui.

9 commentaires:

  1. Your reflection beautifully weaves cinema, philosophy, and memory where even the silent presence of those plane trees feels like part of a larger, unseen dialogue between time, nature, and ourselves.

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  2. Ildiko Enyedi, moi non plus je n’ai jamais entendu parler d’elle. Cette connexion entre l’humain et la nature qui me semble si normale et profonde dans ma vie quotidienne, me paraît si peu évidente ces derniers jours passés dans des villes. Du moins pour les citadins.
    Merci.

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  3. I've not seen any Hungarian Cinema, I don't think. Interesting idea though somewhat bleak re the cow. I like the shared lifespan with the trees though...#WeeklyWonder

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  4. Trees are wonderful silent companions. Did you know they release chemicals and communicate with other trees? That doesn't mean they talk, but it makes me look at them in a whole new light.

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  5. My favourite time of year - loving watching for hints of green on the trees

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  6. Of course, I have never heard of Ildiko Enyedi. There is an inherent relationship between humans and nature. It's a shame that so many humans never find it. A very good post.

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  7. I like the correlation of the woman and the sunset and the cow. Would it not be mind boggling to know what all is happening at the same exact moment in just one hour of our day. Good food for thought as usual with your post. Happy week and weekend.

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  8. Very interesting to read about Ildiko Enyedi. I haven't come across her or her work before. Beautiful photo of the trees. I'm sure they look beautiful with leaves on too!

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  9. Such a stunning viewpoint - Thanks for sharing and for taking part in #WeeklyWonders.

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