vendredi 30 septembre 2011

Nine Eleven



Voilà
impossible au matin d'une telle journée de se retrouver dans le quartier des affaires sans que reviennent, subreptices, les images de ce funeste onze septembre, sans songer ne serait-ce qu'un instant, qu'il y eut un matin semblable à celui-là où des gens semblables à ceux croisés ici, se sont rendus à leur travail en se disant que par un temps pareil, avec ce ciel si bleu si pur, ils auraient bien mieux fait d'être ailleurs, au bord de la rivière par exemple, ou au parc, ou encore à la campagne, oui à la campagne c'était un jour parfait pour une ballade à la campagne. Et l'idée les avait brièvement effleuré d'aller musarder, mais non bien sûr ces choses là ne se font pas il fallait retrouver l'open space les collègues et toutes ces choses nécessaires à la vie moderne les ascenseurs les blackberry ©, les ordinateurs, les clés USB, les dossiers en attente. Tant pis, avaient-ils pensé, même enfermé dans un bureau, cette lumière dehors valait mieux que la grisaille qui ne tarderait pas à revenir d'ici quelques semaines, et qui durerait oui qui durerait quelques mois. Alors, après avoir un peu ralenti pour humer l'air de ce lumineux matin d'été indien, légers, ils étaient repartis d'un pas allègre, en se disant que malgré tout, c'était une belle journée qui s'annonçait et que peut-être ce soir, on en profiterait pour sortir un peu plus tôt...

jeudi 29 septembre 2011

Résolution


Voilà
essayer, quand précisément plus rien ne tient, de se tenir au plus près de ce moment où Soi manque du tout au Tout. Sans cesse, composer sur la matière du temps qui fuit, donner consistance à ce qui se dérobe et chercher la surprise et la beauté là où on l'attend le moins. 

mardi 27 septembre 2011

Dormir pour oublier (5)


Voilà
ironie du mobilier urbain. Les petits fauteuils qui remplacent les bancs du métro sur lesquels les Sans-Abri pouvaient dormir ressemblent à des "Smileys". Comme si, à la misère du monde, la société n'avait d'autre  parade que celle d'y opposer un sourire niais. 

samedi 24 septembre 2011

Format SX 70


Voilà
j'ai un rapport totalement fétichiste au format Polaroïd SX 70. D'une certaine façon peu importe l'image dans le cadre, ce qui m'émeut c'est précisément le cadre. Il y a trente ans déjà, je fabriquai des faux Polaroïds en inscrivant des photos trafiquées, des collages dans cet enclos. 


J'aimais l'idée de concevoir des instantanés d'un temps qui n'existait pas. Et puis la machine, l'objet était magnifique. Je me souviens  du film de Wenders "Alice dans les villes" et de Rudiger Vogler prenant des polaroïds dans les rues de New York. C'était nouveau cet aspect ludique et immédiat. Le côté mécanique, et le développement en plein air, la légère attente de l'apparition préservaient encore un peu de lenteur dans cette vitesse toute relative au regard de celle qui aujourd'hui nous aliène et nous assigne à une immédiateté presque contrainte.  Et puis il y avait aussi cette possibilité de bidouiller les tirages. On pouvait mettre la photo au congélateur pour interrompre l'émulsion afin d'obtenir des couleurs pastel. Ou bien on la faisait chauffer au dessus d'un grille pain et l'on intervenait à même la surface avec une spatule pour déformer le sujet. Ralph Steadman le célèbre dessinateur anglais a fait un album intitulé "Paranoïds" qui utilise ce procédé. Maintenant on fait tout aussi bien avec la fonction "doigt" d'un logiciel de traitement d'image.


 
Avec les nouveaux procédés, la variété immense des applications smartphone, on peut retrouver le plaisir facile de l'image immédiate et celui du traficotage. Bien sûr, l'objet même à disparu, son relief, son côté périssable, mais le charme demeure, et la fascination aussi.

vendredi 23 septembre 2011

Ombrelle et parapluie


Voilà
j'oubliais, outre les laveries, les reflets dans les vitrines, les personnes assises sur des bancs et celles qui se photographient, les papiers déchirés sur les murs, les reliefs de certains troncs d'arbres, les trains les bateaux, les rivages en général, les choses et les gens à l'abandon etc etc... j'ai aussi un faible pour les parapluies les ombrelles et les parasols ... (Linked with our world tuesday - kym Decker's challenge

jeudi 22 septembre 2011

Le facteur au long cours

Le facteur au long cours
Voilà
tombé il y a quelques jours par hasard sur un documentaire de Patrick Soulabaille relatant l'incroyable aventure d'un postier, Alain Maignan qui, après avoir économisé et cumulé ses congés non pris, a choisi de s'embarquer pour un tour du monde sans escale, sans assistance en solitaire à bord du Schooten un bateau de plaisance de 10 mètres. Il s'est filmé tout au long de ce périple de 185 jours qui l'a fait passer par le pot au noir, l'Ocean indien, le sud de l'Australie, Le cap Horn, et retour par l'Atlantique. Incroyables moments de solitude, de presque perdition tout seul face à la violence des éléments. Tous les incidents de bord, les dysfonctionnements qui prennent dans une telle situation des proportions considérables : infiltrations, voiles déchirées, radar déficient au milieu des icebergs, pilote automatique cassé. Rien ne nous est épargné des moments d'effroi et de vertige de trouille intense et de perdition qui submergent sur ces océans qui peuvent l'engloutir à tout instant, cet homme courageux obstiné et audacieux qui va jusqu'à l'extrême limite de ses forces pour vivre son rêve et se mesurer au monde. 

mercredi 21 septembre 2011

Maladie d'Alzheimer


Voilà
reflets qui vagabondent en quête d'un séjour plus clément Silhouettes inquiètes que semble hanter un désir inassouvi de fuite Elles l'effleurent puis dérivent et s'effacent en de confuses transparences Une incertitude brouillonne confère à toute chose la densité fugace d'une énigme et la possibilité d'un naufrage Tout n'est que songe ou chimère émerge pour aussitôt s'évanouir  Les heures tournent en rond  Lui se cogne aux secondes cherche un rivage ne trouve que ravage Pour moi la mémoire n'est plus qu'un lointain souvenir dit-il le plus sérieusement du monde Ses amis acquiescent en dodelinant du chef Ils voudraient sourire de cette involontaire plaisanterie mais quelque chose les en empêche Une sorte de découragement mêlé d'embarras De la pitié peut-être aussi Qui sait même un peu de honte 

mardi 20 septembre 2011

dimanche 18 septembre 2011

L'Occasion


Voilà
il la regarde, mais, ses écouteurs dans les oreilles, il demeure dans son monde. Penchée sur son smartphone et concentrée sur sa tâche elle ne s'aperçoit même pas de sa présence. Et ni l'un ni l'autre ne réalise qu'ensemble ils deviennent une image, peut-être même l'image de l'impossibilité d'être ensemble, ou du moins de se rencontrer. (linked with the weekend in black and white)

samedi 17 septembre 2011

Minuit moins deux secondes


Voilà
je repense souvent à cette histoire. L'homme apparaît à l'holocène. Si l'on reporte les paramètres de l'évolution de la vie terrestre sur une échelle de vingt quatre heures, les vertébrés ont commencé leur développement vers 21 h 30 et les premiers hominidés le leur vers 23 H 57. C'est donc à minuit moins deux secondes que l'homme fait son entrée sur la scène du monde. Le film de Werner Herzog intitulé  "La grotte des rêves perdus" s'achève par un saisissant et vertigineux raccourci soulignant le caractère paradoxal sinon absurde du devenir de l'humanité. A quelques kilomètres de cette cavité qui depuis 35 000 ans abrite des peintures rupestres demeurées en leur état originel (et dans cette courte distance, il y a tout le chemin parcouru par la pensée de l'homo sapiens, qui au regard de notre fable tient en deux secondes) se dresse une centrale nucléaire. Grâce à l'utilisation des vapeurs d'eau chaude qui s'en échappent, on a même aménagé à proximité une serre tropicale ainsi qu'une ferme d'élevage de sauriens qui se développent paisiblement dans cette région autrefois glaciaire qui fut peuplée d'ours, de mammouths, de chevaux sauvages, de bouquetins de lions et de rhinocéros. Comme si cette volonté de domestiquer puis d'asservir la nature n'avait somme toute d'autre dessein que de recréer des conditions de vie favorables aux descendants des dinosaures qui nous ont précédés, et qui probablement s'adapteront mieux que les hommes aux mutations qu'engendreront les autres catastrophes liées à l'usage de l'atome. Mais si finalement cette proximité entre la grotte Chauvet et la Centrale de Cruas nous racontait aussi quelque chose que nous nous refusons à voir ? A la fois l'histoire d'un temps archaïque où nous n'étions pas et celle d'un futur nucléaire où nous ne serons plus.

vendredi 16 septembre 2011

Gare St Charles


Voilà
un jour il y a longtemps, à la gare St Charles j’ai rencontré un homme qui m’a dit qu’il s’apprêtait à tuer quelqu’un. Je ne me souviens pas très bien, je crois que le type en voulait à sa petite amie. Je n’ai pas cherché à entrer dans les détails, j'ai juste essayé de donner l'impression que je l'écoutais avec intérêt. J’avais hâte de prendre un train pour les Arcs et de retrouver mon amoureuse qui se trouvait dans la région. (première publication 16/9/2011 à 20:28)

jeudi 15 septembre 2011

Laverie automatique


Voilà
les lieux désaffectés, vides attirent toujours mon attention. Mais j'ai une élection particulière pour les laveries désertes sans que je ne puisse d'ailleurs m'en expliquer la raison. Je ne les fréquente pas spécialement mais je trouve qu'il s'en dégage un charme singulier. Peut-être a cause des volumes cubiques et des hublots des machines... Robert Lepage au début de son spectacle "la face cachée de la lune" rend un bel hommage aux laveries automatiques et aux rêveries qu'elles peuvent susciter. Le personnage principal après avoir retiré son linge s'engouffre dans la machine, qui devient par un effet vidéo adroit, un sas reliant deux cabines spatiales, et par le hublot refermé on le voit flotter dans un espace devenu imaginaire, comme s'il était en apesanteur dans une station orbitale.

mercredi 14 septembre 2011

Prométhée


Voilà
elle tient à ça la difficulté d'être un homme de ce temps : au fait qu'il est aujourd'hui techniquement possible d'accumuler à la seconde un nombre incroyable d'informations, concernant les champs les plus divers et les lieux les plus lointains sans que notre intelligence ne soit pour autant en mesure d'agir en conséquence. Trop de déterminants cachés rendent caduque une décision, à tout le moins un point de vue souverain. Là est peut-être la dimension tragique de notre époque : nous ne pouvons intervenir immédiatement sur ce que nous voyons et sur ce que nous découvrons. Tout au plus avons nous la possibilité de nous indigner, sans que cela change grand chose. Le retard est devenu notre condition et lorsque nous entrevoyons la possibilité d'agir, le temps que nous avons pris pour analyser l'information, nous a distrait de ce qui était en train de survenir. L'information a changé de nature, s'est transformée en un événement dont l'enchevêtrement de complexités nous échappe, de sorte que, perpétuellement pris de vitesse, nous sommes pour ainsi dire irrémédiablement conduits à envisager des solutions, échafauder des concepts sur des hypothèses qui n'ont déjà plus cours.  Le génie d'Eschyle est d'avoir subodoré cela. Pour lui la connaissance, le feu porté aux hommes par Prométhée, est la promesse d'un embrasement dévastateur. Car le feu se propage plus vite que l'intelligence. La folie contemporaine tient sûrement au fait que l'espèce a généré un agencement de systèmes et de modèles qui réduit et parfois nie la place de l'homme dans son dispositif. Non seulement de l'homme mais de tout ce qui est vivant autour de lui. Notre conscience de la réalité s'est si profondément altérée que nous aspirons parfois à nous détourner du savoir, à retourner vers des temps obscurs où l'on remettait son sort à la volonté d'une divinité suprême qui nous déchargeait du poids de notre responsabilité. Et peut-être parfois même nous prenons nous à rêver de temps plus lointains, ceux d'avant l'hubris  — ainsi les Grecs ont-ils nommé la démesure humaine consistant à vouloir transgresser ou balayer les lois naturelles  — où, encore animaux, nous ne faisions qu'un avec notre milieu, et obéissions docilement à sa Loi.
(première publication 14/09/2011 à 20:41)
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mardi 13 septembre 2011

Monsieur je-sais-tout


Voilà
c'est étrange, il n'est pas inculte, il a dans sa bibliothèque des livres intéressants, des films de qualité mais Sébastien Chatus n'est pas relié au monde, il ne s'est jamais éloigné du nid familial, n'a jamais pris son envol, jamais voyagé. Oh je ne parle pas de grands voyages au-delà des mers où les hommes et les femmes vivent en de curieux pays où pour l'étranger de passage la langue qu'on y parle est parfois difficile à saisir, où les mœurs et les religions peuvent paraître incompréhensibles. Non je parle juste de ce misérable et mesquin petit territoire gouverné par des cons que des camions traversent en une journée. Même cela, il ne le connaît pas. Pourtant il s'autorise à parler du monde Sébastien Chatus, il ne s'en prive pas. Bien sûr la télévision lui donne sûrement l'illusion que le monde lui appartient, et que, en tout cas, il connaît la France. Ce ne sont d'ailleurs pas le voyage ou la sédentarité qui sont en cause (Ramuz après tout n'a guère quitté la Suisse, mais ses propos étaient d'une extrême sagesse et riches d'enseignement) mais plutôt la conscience que l'on peut avoir ou non du chemin que l'on a parcouru dans l'existence. Et lui, son incommensurable prétention au regard du peu qu'il a fait de sa vie, confine à la bêtise. Il y a des gens inadaptés pour qui la Réalité est semée d'embûches, mais ils vivent dans l'étude, dans l'artisanat d'un métier qu'ils s'efforcent de maîtriser, avec pour seule exigence, celle de bien l'accomplir. Ils dessinent, peignent, fabriquent des chaussures, des meubles ou des bijoux, restaurent de vieilles faïences, sculptent des écorces avec leur canif, que sais-je encore, et s'efforcent de faire au mieux avec le peu dont ils disposent. Certains même n'osent pas s'avouer leur talent, se sentent gênés, empruntés dès qu'on les complimente, alors que lui pérore, se dindonise pour un oui ou pour un non, cherche à attirer l'attention en caquetant de fumeuses théories sur des sujets insignifiants ou en égrenant des chapelets de poncifs tous plus éculés les uns que les autres. Le pire c'est qu'il n'est pas avare de jugements sur l'œuvre ou le travail de ses congénères. Parce qu'il sait plaquer dix accords sur une guitare, Sébastien Chatus se prétendra musicien et vous affirmera que "le double album blanc des Beatles vraiment non faut pas exagérer c'est pas grand chose". Parce qu'il a fait vingt photos qu'il n'a pas lui-même tirées d'ailleurs, il donnera son point de vue de photographe. Des années que cela dure, qu'il se ment à lui-même, qu'il ment aux autres. Je le regarde et me demande comment il fait pour survivre à la honte. Pour s'accommoder de cette médiocrité sans horizon. Car tout de même il est impossible de se leurrer à se point, de ne pas se questionner devant l'étendue des dégâts, devant le désastre d'une vie à l'abandon vouée à la procrastination permanente et aux stratégies dilatoires ... ( shared with  friday face off )

lundi 12 septembre 2011

Week-end Club


Voilà
je me souviens du moulin au-dessus de l'entrée du week-end club, rue de la Gaîté, où je ne suis cependant jamais allé. Je crois que c'était un dancing ouvert plutôt l'après-midi et fréquenté par des adolescents issus pour la plupart de la communauté portugaise du quartier.
 A noter, que c'est dans ce club au cours d"'une soirée triomphale que Vigon, chanteur de rythm and blues marocain enregistra le 25 février 1967  Un Petit Ange Noir qui connut un succès dans le hit parade français et Harlem Shuffle.
(Linked with the weekend in black and white

dimanche 11 septembre 2011

11 septembre un souvenir d'enfance


Voilà
je me souviens de cette couverture d'Aventures Fiction ce magazine de bandes dessinées qu'il y avait chez moi lorsque j'étais enfant. Elle illustre quand même bien l'idée qu'un gratte-ciel percuté, sectionné par un appareil venu des airs est un fantasme, peut-être même un désir conscient inscrit dans l'imaginaire américain. La soucoupe volante en forme de scie circulaire a été remplacée par des avions et les aliens par des extrêmistes islamistes. On doit cependant à la négligence (ou au concours) de la CIA un événement singulier par bien des points. Entre autres celui là : tout en manifestant une pulsion très enfantine de destruction, le Mal a aussi accédé en la circonstance à une dimension esthétique inédite qui sera difficile à égaler.

jeudi 8 septembre 2011

Un sale type


Voilà
à quatre vingts ans passés, il raconte encore avec fierté et arrogance, comme si c'était là un fait d'armes digne d'être retenu, qu'avant de quitter la zone où il avait combattu et bien que la paix fût signée, il avait pris soin  de disposer un maximum de mines afin de "laisser un souvenir" à l'ennemi. Et les enfants, les enfants qui ont peut-être perdu un pied une jambe ou la vie après avoir sauté sur une mine en se baignant dans un oued par exemple, ou en cherchant un mouton égaré ? Dommage collatéral répond il dans un grand rire. Mélange de dégoût et de honte à la simple évocation de ce vieillard malfaisant qui n'a que trop vécu. Où l'on voudrait que l'enfer décrit dans l'œuvre de Dante existât vraiment pour de telles ordures, jusqu'à la fin des temps, y expient en souffrance la connerie la lâcheté et l'abjection où elles se sont vautrées toute leur vie durant.
shared with  friday face off

mardi 6 septembre 2011

Des couleurs sur le gris du jour

Voilà
chercher au gré du hasard au cœur du banal un je-ne-sais-trop-quoi de caché qui pourrait donner un sens au chemin parcouru. Puis apparaît quelque chose qui va devenir une image. La capturer, sans trop savoir ce qu'il est possible d'en tirer. Une vague idée cependant suit déjà son cours. Elle légitime la dérive, justifie l'errance. Ce besoin, ce terrible besoin d'Apparition, je ne peux m'y soustraire. Et tant pis si je suis un être improductif. L'esprit du papillon me dit où poser mon regard. (Linked with weekend reflections

lundi 5 septembre 2011

Emission politique


Ce soir, dans une émission soit-disant politique, insupportables gloses sur le retour de l'ex-directeur du FMI et de son épouse en France. Divagations, hypothèses fantaisistes, psychologie de comptoir sur ce que cache et signifie le sourire de DSK, un vrai délire... , on distribue des dosimètres aux écoliers de Fukushima pour la rentrée des classes, l'éducation nationale est dans un piteux état, le système de soin aussi, les lobbies des industriels de l'agro-alimentaire agissent en toute impunité, l'économie s'effondre (et l'on pourrait multiplier à l'envi les sujets de réflexion de débat ou d'indignation puisque le mot est à la mode), mais on continue d'amuser la galerie avec des conneries....

dimanche 4 septembre 2011

l'image manquante

 

Voilà
j'ai retrouvé ces photos prises par Jean Péraud qui figurent dans l'ouvrage "Terre lointaine" consacrée à la guerre menée par le Corps expéditionnaire français en Indochine. Ce livre était caché de ma vue, dissimulé dans une armoire et, comme toutes les choses interdites, somme toute assez facile d'accès. Il suffisait de savoir où se trouvait la clé. Je me suis souvent attardé, enfant - je devais alors avoir une dizaine d'années -, sur cette double page qui mettait les deux images en regard l'une de l'autre. Le commentaire a sans doute influencé ma perception. Il disait en l'occurrence ceci : "les photos de ces deux pages sont les plus émouvantes que je connaisse. Elles représentent des hommes dans un paysage. Dans le même paysage. Avant et après. Dans l'intervalle ils sont morts. Celui au premier plan n'est peut-être que blessé, mais il va sûrement être achevé par la mitrailleuse qui a tué ses camarades et il le sait. Il colle à la terre, il voudrait rentrer sous terre : il va revenir dans un instant à la terre. Le paysage n'a pas bougé. Si j'étais le photographe, j'aurais l'impression d'être complice de la mort de ces hommes. Ou, ayant risqué moi-même à ce point ma vie, complice avec la mort." Rien ne dit que cette interprétation soit juste. Peut-être ne font ils que se plaquer au sol en espérant que rien ne retombe dans les parages. Peu importe. Je croyais ce que disait la légende, interrogeant cette fraction de seconde qui n'avait pas trouvé sa représentation, essayant, fasciné par cet intervalle, de me figurer en vain, à quoi pouvait ressembler l'instant fatal. C'était dans les années soixante, à Biscarrosse où la vie était si douce, en dépit des images d'une guerre qui avait juste changé de nom et dont les actualités, par la petite fenêtre de la télévision, déversaient dans la pièce où était servi le repas du soir, leur flot quotidien d'horreurs. Il me fallait en plus supporter les commentaires obscènes de mon géniteur qui le cul vissé sur sa chaise, reconnaissant ou croyant reconnaître des lieux où il avait combattu, continuait de vivre sa guerre par procuration en jouant les grands stratèges. De cela sans doute, il me faudra bien rendre compte un jour.

samedi 3 septembre 2011

Césium 137 à Fukushima


Voilà
les rejets de césium 137 à Fukushima 168 fois plus importants qu'à Hiroshima. S'efforcer de faire comme si de rien n'était comme s'il n'y avait pas cette tumeur nouvelle proliférant au cœur du Réel.

mercredi 31 août 2011

Astrid

Voilà,
tout à coup pour elle l'horizon s'était éclairci. Après avoir vécu quelques années dans son appartement avec un anglais plutôt bohème qui avait fini par repartir, un homme riche au physique ingrat que pour ma part je trouvais assez déplaisant, avait croisé sa route. Elle s'en était éprise et très vite s'était installée chez lui dans un quartier huppé. Je m'étais alors une fois de plus étonné de cette facilité que certaines femmes ont de rencontrer des gens de nature et de milieux très différents et aussi de cette capacité à changer radicalement le cours de leur vie pour s'engager sur une voie totalement autre. Sans doute alors, aurais-je aimé tomber moi aussi amoureux d'une femme riche qui m'aurait affranchi des problèmes quotidiens et peut-être offert de nouveaux champs d'expérimentation où donner toute ma mesure. Il est probable que je la jalousais secrètement de cette opportunité qui s'offrait à elle. Mais aurais-je été capable comme elle de supporter l'air carnassier de cet homme et, quand il lui parlait, cette condescendance teintée de mépris qui caractérise les gens persuadés que la réussite n'est qu'une affaire de compte en banque? Sans doute l'aimait elle vraiment, pour être à ce point sourde et aveugle.

C'est cela qui m'intriguait : qu'est ce qui avait pu les réunir ? Sur quel malentendu cette histoire s'était elle fondée ? Quelle part manquante de soi chacun avait-il cru reconnaître dans l'autre? Astrid semblait même ressentir de la compassion pour cet homme qui selon elle, avait eu à souffrir d'une séparation difficile d'avec une épouse vénale. Était-elle naïve à ce point, ou bien faisait elle preuve d'une duplicité dont je ne l'avais pas imaginée capable ? Ce type répugnant l'attirait-elle vraiment, ou juste la perspective de se caser enfin, et de mener une vie un peu moins étriquée? Je n'arrivais cependant pas à croire que si tel était le cas, elle serait assez forte pour contenir ce prédateur.

Elle était à ce moment-là restauratrice de tableaux contemporains. Mais pour cet homme, que l'amour naissant rendait en tous points admirable, elle avait ouvert son carnet d'adresses et mis à sa disposition ses intuitions et ses connaissances artistiques. Elle travaillerait avec lui désormais. Elle me parlait avec enthousiasme de la Programmation Neuro Linguisitique, de la façon dont avec Patrice ils réfléchissaient à définir une stratégie mettant la création au cœur de toutes les démarches du cabinet de conseil en communication qui portait le nom de son bien-aimé. Ont-ils, par la suite, conçu ensemble, je cite ce qui est écrit sur son site web, des outils et des méthodologies qui grâce à une collaboration permanente avec des artistes (plasticiens, réalisateurs, photographes...) permettent d'accompagner de grandes marques dans leur processus de développement afin de révéler leur capital de création ? Je ne le sais pas. En tout cas, il semble que pour lui les affaires soient plutôt florissantes. Ses bureaux sont à présent dans un quartier riche, ses clients de très grosses sociétés cotées en bourse.

A une amie qui disposait d'une machine adéquate, et avait déjà effectué ce genre de tâche, Patrice, avait alors proposé de transcrire des entretiens sans nous avertir qu'ils étaient fort peu audibles. Faisant valoir la difficulté de ce travail, et les heures supplémentaires que mon amie avait dû y consacrer, j'avais menacé de ne pas restituer les bandes, si elle n'était pas un peu mieux payée. Le gros avait fini par lâcher son fric en maugréant (je me souviens qu'au cours de la conversation un petit point de bave blanchâtre n'avait pas quitté la commissure de ses lèvres), et bien sûr par la suite nos relations en avaient pris ombrage. Sans doute est-ce la raison pour laquelle nous sommes perdus de vue, avec Astrid.

Bien des années plus tard, j'eus pourtant la surprise de recevoir une targeta postal envoyée de Riglos en Espagne. Quelques lignes pour donner succinctement de ses nouvelles. Elle y disait qu'elle serait ravie de me voir qu'elle était toujours en compagnie de Patrice et aussi de Guy-François son garçon de quatre ans et demi.  Elle me laissait aussi son téléphone que je ne notai pas pas tout de suite. La carte fut égarée. Alors en fréquents déplacements, mentalement éparpillé, ayant beaucoup de problèmes pour établir un ordre des priorités, je conservai un temps l'idée de la rappeler, mais ne retrouvant pas la carte je finis par négliger cet objectif.
Il y a peu en rangeant ma bibliothèque, j'ai retrouvée ladite carte restée coincée trois ans entre les pages d'un livre. J'ai envoyé un texto, et très vite Astrid a répondu "ça fait plaisir quand ce sont les amis qui appelle". La faute d'orthographe m'a étonné, et le terme d'ami surpris. Tout de même bien des années de silence se sont écoulées. Puis le lendemain elle a laissé un autre message, sur le répondeur cette fois. La voix était faible, très vieillie, mais disait clairement qu'elle vivait des choses assez désagréables. Je ne pouvais faire autrement que de rappeler. J'ai ainsi appris que depuis sept ans, juste après la naissance de son enfant, elle souffre d'une grave maladie évolutive qui l'empêche désormais d'être autonome et que le mois prochain elle doit aussi subir l'ablation d'un organe. Qu'elle est en instance de divorce parce que dit-elle, son mari ne supporte plus de vivre avec quelqu'un qui a du mal a grimper les marches.  Il y a parfois des nouvelles dont on se passerait bien.

mardi 30 août 2011

Monsieur Lapin



Voilà
le restaurant "Monsieur Lapin" que j'ai toujours connu depuis que j'habite le quartier, et qui existait déjà du temps du squat de la rue Raymond Losserand a fermé. J'étais allé manger là une fois avec Pascal et son épouse au début des années 2000, et c'était vraiment très bon. C'était une sorte d'institution dans le quartier. All things must pass...

lundi 29 août 2011

Derniers plans



Voilà
c'est la nuit. L'homme regarde par la fenêtre une rue déserte. Sur la vitre se reflète le mot bar de l'enseigne au néon qui clignote à proximité. La femme que quelques minutes auparavant il voyait s'éloigner avant que sa fille ne l'appelle, a disparu du paysage. C'était la sienne. L'enfant a cru, dans son sommeil, entendre crier son père. "Je pensais que tu appelais maman" dit-elle. Oui c'est vrai il appelait cette femme. Il vient de réaliser que jamais plus il ne la verra. Est ce que maman reviendra demande l'enfant ? est ce qu'elle est très malade ? Oui répond le père mais moi aussi j'ai été très malade, allez rendors toi. De nouveau seul à la fenêtre. Les jours du vin et des roses sont loin à présent. Les jours heureux qui jamais plus ne reviendront. They are not long, the weeping and the laughter / Love and desire and hate / I think they have no portion in us after / We pass the gate / They are not long, the days of wine and roses / Out of a misty dream / Our path emerges for a while, then closes / Within a dream. *
Dans l'ombre trois lettres pulsent, vaguement menaçantes.

*Ernest Dowson qui est très aimé du cinématographe, puisque ces vers sont aussi à la fin de "Laura " d'Otto Preminger cités par l'un des personnages, le pervers et distingué Lydecker au moment où il met en joue Laura

vendredi 19 août 2011

Paisible matin


Voilà
Promenade dans le matin frais. Marcher sans crainte. La campagne alentour paisible. Une autre relation au temps à l'espace. Sensation d'Irréalité. Dans le lointain le bruit d'un tracteur. Sinon juste les oiseaux. Un instant j'imagine que je pourrais vivre là. Je m'achèterais une petite moto, vagabonderais sur les routes de la région. Je photographierais la nature. Il faudrait que je sois rentier bien sûr. Instants volés au cours ordinaire des choses où le fait d'être ailleurs donne l'illusion de la possibilité d'être autre. Je me souviens du rêve de Jeune Homme Hogan. Être dans un pays où l'on ne parle pas, où ce sont les chiens qui écriraient des romans. Livre lu dans une autre vie. J'avais dix sept ans je partais à cinq heures du matin avec ma pétrolette et taillais la route jusqu'à la Méditerrannée. Ce moment d'illumination sur la D624 un peu après Mazères, cette sorte d'épiphanie, de joie solaire ressentie à ce moment là, comme si je ne faisais qu'un avec le monde, et cette sensation d'autonomie de liberté, immense, immense.

mardi 16 août 2011

Gamberges




Voilà,
Six heures confusion du petit matin où les pensées se chevauchent les temporalités s'entremêlent l'Aîné se réveille dans un grand remuement d'idées sombres avec la certitude que pour lui les jeux sont faits qu'il a perdu sa mise et que si par le passé la chance lui a parfois souri il n'a pas su vraiment la saisir par paresse peut-être par manque d'audace par peur de l'échec ou du jugement des autres qu'importe à présent c'est trop tard son tour est passé il n'a plus depuis longtemps les moyens de ses ambitions et les années lui sont comptées le corps le trahit ne surmonte plus la fatigue   Se demande ce qu'il fait là dans la maison de ce frère depuis longtemps perdu de vue et auquel rien d'autre ne le rattache qu'un nom pas si propre que ça et le sang ah oui c'est ainsi qu'on dit les liens du sang   Songe à ce visage bouffi par trop d'alcool et de tabac à ce visage qui suinte la connerie la prétention par tous les pores de sa peau   Étrange cette gêne mêlée de dégoût qu'il éprouve en le regardant   Peut-être craint-il d'y voir la caricature de sa propre médiocrité le reflet grossi de toutes les tares qu'il n'ose s'avouer qu'à lui même   Où bien est-ce à cause de cet air de famille contre lequel malheureusement il ne peut rien   Il y a - c'est inévitable - quelque chose de lui qu'il entrevoit parfois dans les traits les comportements du cadet quelque chose qui lui fait honte et dont il voudrait alors que cela n'eût jamais existé   A quarante ans ce misérable crétin va encore tous les soirs taper l'incruste chez ses vieux parents dont la maison est à deux pas   Pour y manger s'engueuler avec eux selon un rituel immuable où chacun semble trouver son compte   C'est une étrange cérémonie qui se déroule là dans l'atmosphère étouffante et morbide d'un logis encombré poussiéreux dont le désordre n'a d'égal que la crasse   Une cérémonie d'un autre âge   Celui où l'Ainé sortait de l'enfance quand le Cadet entrait dans la vie   Et c'est comme si Géniteur Génitrice et Cadet rejouaient les scènes d'engueulade familiales de cette époque où le Cadet existait à peine   Et finalement c'est bien à ça que sa vie s'est réduite au Cadet  Rien que ça exister à peine à grand-peine et se consumer dans la névrose de ceux qui l'ont mis au monde en y tenant le rôle que l'Aîné n'a pas voulu endosser   Ouvrir les fenêtres les volets   De l'air de l'air    C'est un jour gris et brumeux   Au loin chante un coq les oiseaux dans les ramures proches pépient des tourterelles roucoulent dans la grange abandonnée il faudrait peut-être songer à écourter ce séjour aller où ça respire encore   Partir  N'importe où   Ailleurs   Pourvu que ça respire

vendredi 12 août 2011

Brève

voilà
une fraction de seconde il fut ombre et lumière
le corps rien qu'une ombre un éclair la pensée 
saisi dans la surprise
comme l'insecte brûlant à la lampe
 il n'était déjà plus rien

jeudi 11 août 2011

Incertitudes


Voilà
je n'ai pas de fascination particulière pour les images floues. Mais elles savent parfois rendre compte du désordre des sens et de la pensée, de la difficulté aussi de percevoir et d'appréhender la réalité telle qu'elle peut, une fraction de seconde, se manifester dans un espace transitoire : peuplée par exemple de significations cachées et sujette à de multiples interprétations toute plus arbitraires les unes que les autres. Qu'importe la netteté de l'image si la confusion demeure lisible. Ce jour là, en tout cas, à l'exposition de Xavier Lambours, Maison Européenne de le Photographie, une ombre fugitive, m'a dans le jeu ambigu des reflets et des transparences, effleuré, aussi désinvolte que légère, m'invitant à figer en dépit de la faible lumière du lieu, ce trouble rémanent cette vague inquiétude, qui a nom désarroi et donne à toute chose la consistance d'un mirage.

jeudi 4 août 2011

mal


Voilà,
je me souviendrais toujours de cette date comme particulière dans ma vie

mercredi 3 août 2011

La porte ouverte


Ouvrez moi cette porte où je frappe en pleurant
                                     (Guillaume Apollinaire)

mardi 2 août 2011

Danse, danse....


Voilà
Danse danse petit enfant de l'arc-en-ciel, et que toujours la lumière t'accompagne...
première publication 2/08/2011 à 00:09


lundi 1 août 2011

Ensemble



Voilà
ensemble nous rions de la bêtise de Sanborn et de l'agacement permanent de Chase sa supérieure contrainte de faire équipe avec cet incompétent qui en pince pour elle. Nous les trouvons si drôles, nous retenons leurs répliques et les rejouons parfois après au cours de la journée. Moi, je suis aussi particulièrement ému par Iris, si perspicace, si drôle et gentille dont personne ne semble remarquer la finesse, surtout pas Linus dont elle est secrètement éprise et qui ne voit pas l'attention discrète qu'elle lui porte, mais quand même le plus stupide et le plus hilarant, c'est bien Sanborn

mardi 26 juillet 2011

La photo d'un poète

Voilà
la revue qui, en septembre 71 publie un numéro spécial sur la nouvelle poésie française a, selon toute vraisemblance, demandé que chacun des poètes sélectionnés choisisse une photo. Celle que l'un d'entre eux a fait parvenir le représente en compagnie d'une femme sur la place d'un village où une maison moyenâgeuse prend en arrière-plan une importance considérable. Ils avancent ou font semblant d'avancer ensemble vers l'objectif tout en se regardant (amoureusement ?) l'un l'autre.  La distance qui les sépare, va de l'épaule au coude de l'homme. Celui-ci se trouve à droite de la femme, le visage tourné vers elle, sa main gauche posée sur l'épaule gauche de son accompagnatrice, juste a la base du cou. La femme porte un manteau court et sombre qui s'arrête au-dessus du genou et de hautes bottes en cuir qui remontent en haut du mollet. Son front est dégagé et ses cheveux longs tirés en arrière lui font la même coupe que la chanteuse Sheila, à cette époque. Elle le regarde en souriant, de ses yeux yeux légèrement globuleux levés vers lui qui porte des lunettes à monture épaisse, posées sur un grand nez. Une raie sur le côté des pattes courtes et les oreilles dégagées, voilà pour la coiffure de l'homme. Sous son blazer à trois paires de boutons, croisé, fermé et légèrement cintré, il porte un pull à col roulé clair, sûrement en jersey, à la mode dans les années soixante dix. Le pantalon est légèrement évasé vers le bas façon pattes d'éléphant. Tout cela suggère plutôt un jeune couple de professeurs exerçant dans un lycée de province. Si le poète a tenu a être présenté en compagnie de sa muse qui pour lui a les yeux de chimène et non de chienne comme le propose le correcteur orthographique du smartphone sur lequel je dactylographie ces lignes, eh bien c'est indiscutablement raté. Un bref texte de présentation insinue qu'il y a du Verlaine dans cette sensibilité adolescente mais que ses frémissements je cite ont lu Mallarmé. Je me souviens que dans ma préadolescence, j'avais du mal à me faire à l'idée qu'un poète puisse avoir la tronche d'un petit fonctionnaire, et je trouvais plutôt ridicule à l'époque et même assez pitoyable cette photo. Après toute ces années mon point de vue n' a pas changé et j'éprouve encore en l'observant une sorte de gêne, dont je ne parviens toujours pas à me formuler clairement la raison. La sensation peut-être qu'il y a, dans cette posture terriblement artificielle maladroite et apprêtée, dans cette représentation petite bourgeoise de soi, quelque chose de foncièrement obscène, trivial et dépourvu de poésie qui échappe au sujet et le condamne, quoiqu'il tente, quoiqu'il écrive à n'être réduit qu'à cela. 

lundi 25 juillet 2011

Grosse activité cérébrale


Voilà
entre la cure analytique et la cinémathèque française la différence, c'est qu'à la cinémathèque les ouvreurs et les ouvreuses vous souhaitent une bonne séance. Il y en a d'autres évidemment mais sur lesquelles il n'y a pas lieu de s'étendre ah ah !

vendredi 22 juillet 2011

Le Figuier


Voilà
souvent durant ce court séjour je reviens vers lui qui au premier regard m'a tant fasciné, m'attardant sur son tronc ridé comme la peau d'un vieil éléphant. Je le photographie sous tous les angles, songeant aux transformations que je ne manquerais pas de faire par la suite pour en tirer des images énigmatiques. Ses plis ses nœuds ses cicatrices laissent entrevoir un espace fécond de formes et de projets, mais s'offrent aussi à satisfaire des sensations plus immédiates et enfantines. Depuis combien de temps ne l'ai je pas fait? Je veux moi aussi retrouver ce plaisir que la petite Louise va pour la première fois éprouver à son contact et auquel ma fille à peine arrivée a aussitôt cédé. Comme elles je grimpe a l'arbre qui invite si généreusement à l'escalade, dispensant tous les appuis et les prises nécessaires, et dans les plus hautes branches je vais cueillir ses fruits mûrs avant qu'ils ne s'écrasent au sol et j'en mange même quelques uns dans ses ramures. Ce figuier, nous en avons parlé sitôt franchi le seuil de la cuisine où notre hôtesse préparait une confiture. Et par la suite pas un jour ne passe sans qu'il ne soit question de ses fruits de sa forme de son odeur. De ce qui a pu se dire à l'ombre de son feuillage, et des idées qui peut-être ont surgi dans sa paisible et bienfaisante proximité, puisque la maison a autrefois abrité un homme à la pensée fertile qui a reçu en ces lieux d'illustres visiteurs. Il est là,  ce figuier comme un gardien débonnaire, mais imposant. et pour les enfants un refuge à rêveries, à voyages imaginaires à flâneries immobiles. Il suscite en moi sans que je ne sache très bien pourquoi une immense gratitude.



Son écorce m'intrigue. Ses reliefs suggèrent une histoire tortueuse et mouvementée. Toujours j'y reviens, attiré par cette complexité qui dégage un charme singulier, un enchantement souverain. L'arbre, les tempêtes l'ont traversé, le faisant ployer sans qu'il ne cesse jamais pour autant de grandir. Sur son tronc, les blessures sont inscrites : des branches cassées ou coupées dont il ne reste que des moignons. J'aime toucher ce tronc rugueux, cette vie qui donne encore des fruits si doux et sucrés. J'aime cet arbre qui entretient depuis si longtemps, avec la brise marine, avec la lumière, avec tout ce qui l'entoure tant de secrets et mystérieux échanges. J'aime sa présence qui me stimule. Parfois il me semble, qu'il m'attendait...



Un soir, il est presque minuit, les enfants sont couchés depuis longtemps, nous discutons dans le salon en buvant des verres d'Aquavit, et je le vois soudain qui s'affale au milieu de la cour. En une fraction de seconde, le tendre et vieux figuier s'est brisé sous mes yeux. Il a suffi d'une rafale, pas bien forte d'ailleurs pour qu'il cède et s'abandonne avec élégance, à une heure tardive où personne ne se tient dans ses parages, sans rien abîmer de la maison (inachevé)
shared with thursday tree love

lundi 11 juillet 2011

Pierre Guyot


Voilà,
c'est sûr elle est floue la photo, mal cadrée, complètement ratée en fait. Je ne me souviens pas exactement de l'année où elle a été prise, peut-être en 1973 ou 1974.... C'est l'été à Châteaudouble, tous les adultes qu'on y voit sont bien plus jeunes que je ne le suis aujourd'hui. Il y a Philippe, en premier plan, qui déploie une carte. C'est sur le belvédère au pied de la maison, sûrement la fin de l'après midi car avant, le soleil y tape trop fort. Peut-être envisageons nous une excursion pour le lendemain, peut-être la descente de la Nartuby depuis Ampus. Ce qui me touche sur cette photo, c'est surtout qu'on y aperçoit Pierre Guyot en arrière plan. C'était un ami d'enfance de Philippe. C'est la seule image que j'en ai. Je l'aimais bien. Il m'arrive encore parfois de penser à lui, à sa disparition brutale et prématurée. Il n'a pas eu le temps de voir "Prends bien garde aux zeppelins" de Didier Flamand, dans lequel on a joué avec Agnès qui était sa filleule. Je me rappelle, qu'il nous avait invités un dimanche à déjeuner elle et moi, dans l'appartement dont il venait de faire l'acquisition au 16 rue Cassette. C'était une nouvelle vie qui commençait pour lui. Je ne sais pas pourquoi je garde de ce jour un souvenir si particulier et ému. Il nous avait offerts à chacun une petite bouteille de parfum de Crabtree & Evelyn. La mienne était au citron vert, celle d'Agnès, à l'Ylang-Ylang. Quelques jours auparavant il était allé en Tunisie avec sa nouvelle amie, et en avait ramené du sirop de violette que nous avions goûté ce jour là. Une vie ce n'est pas grand chose, et ça ne dure pas longtemps. Une poignée de sable vous glisse entre les doigts. Des saveurs, des parfums me lient encore à lui qui ne se laisse pas oublier, et c'est tant mieux. J'ai acheté l'année dernière un "Cédrat intense" de chez NicolaÏ qui me fait penser à lui

mercredi 6 juillet 2011

Tel est pris qui croyait prendre


Voilà
une certaine angoisse en réalisant que je suis moi aussi dans l'image, mis en abyme, piégé à mes propres dépens, inconscient au moment où je le fais de ce que je suis alors en train de photographier. Ce que je vois maintenant dans ce cliché, est d'une certaine façon le "point aveugle" : ce qui a échappé et qui soudain fait sens à présent, ce qui a désobéi au doigt et à l'œil, à l'œil qui croyait voir, au doigt qui a shooté. Ce détail que sur l'instant je n'ai pas saisi tout à coup prend trop de place, et me saisit lui, me saisit d'effroi....


Quand même, il faudrait que j'en finisse avec la pensée magique. Selon Wikipédia "c'est, à l'âge adulte, appréhendé par la médecine comme un symptôme d'immaturité ou de déséquilibre psychologique". J'hésite, là vraiment j'hésite. Suis-je donc absolument obligé de choisir ? (linked with weekend reflections)

dimanche 3 juillet 2011

Carnaval antillais

Maladie d'amour

Voilà
aujourd'hui, il y avait un petit air de tropiques sur les Champs-Elysées,
des sourires et des étoiles dans le ciel en plein jour....

vendredi 1 juillet 2011

Bar de la cinémathèque



Voilà
trois femmes attablées au restaurant de la cinémathèque. L'une beaucoup plus âgée que les deux autres. Un fort accent italien. C'est elle que j'entends en premier. Sans doute sortent elles d'une projection de la rétrospective Francesco Rosi qui vient de commencer. Après avoir passé leur commande, elles se mettent à parler de nourriture et de cuisine . La plus âgée qui est à ma droite trouve qu'aujourd'hui les gens parlent beaucoup de cuisine et de "bouffe" (c'est le terme qu'elle utilise). D'après elle, tout ça est très régressif et de façon générale tout à fait inintéressant. De son temps (qui vraisemblablement doit être assez proche du mien) on avait des préoccupations plus intelligentes affirme-t-elle. On échangeait des idées. Elle ne cache pas qu'elle n'a ni intérêt ni compétence pour la cuisine, et cela ajoute-t-elle, depuis toujours. Elle déteste faire ça, comme toutes les femmes de sa famille précise-t-elle. Celle qui lui fait face et qui elle aussi a un accent, toutefois moins prononcé, ne partage pas son point de vue. Pour elle, c'est une façon de se détendre, d'oublier le stress du travail. C'est un sas important entre la vie professionnelle et la vie privée. Pendant qu'elle fait la cuisine, elle peut rêver, imaginer, se remettre les idées en place. La plus âgée trouve que pour sa part, cuisiner et un travail qui requiert une concentration dont elle est incapable. Il faut chercher dit elle, car elle ne sait jamais quoi préparer même les pâtes c'est difficile, et toutes éclatent de rire. La troisième, française semble-t-il intervient assez peu. Elle dit juste que pour sa part ça ne la dérange pas de cuisiner, même si elle n'y trouve qu'un intérêt très limité. La conversation roule un moment sur ce thème. Puis la plus jeune des italiennes qui semble avoir un rendez-vous s'excuse de devoir prendre congé des deux autres. Comme elle n'a pas eu le temps de boire sa bière, elle demande si c'est possible qu'on la lui verse dans un gobelet en plastique qu'elle va emporter avec elle. Elle règle puis s'en va.
 Après son départ, les deux autres échangent quelques compliments sur leur amie commune qu'elles s'accordent à trouver très sympathique. Puis leur conversation prend un tour nettement plus intellectuel. Je comprends que l'une et l'autre sont universitaires. Je saisis quelques bribes, mais je suis aussi très occupé avec mon carré d'agneau que j'essaie de couper délicatement avec un mauvais couteau tout en cherchant à éviter que la sauce au thym ne m'éclabousse et tâche mes vêtements. D'après ce que je comprends la plus âgée entreprend depuis vingt ans une thèse, que la plus jeune qualifie de majeure, sans que je ne parvienne à savoir quel est son objet. Assez adroitement l'aînée, fait parler sa jeune collègue sur l'avancement de son travail. Celle ci rapporte qu'elle a fait valider le plan de sa thèse par son directeur, qui dit-elle ne se souvenait même pas de l'intitulé de son travail (quelque chose sur sur l'évolution du regard vis à vis de l'œuvre peinte dans la peinture italienne), mais que ses remarques étaient très pertinentes, et qu'il l'a aidée à assurer des liaisons entre les différentes parties de son raisonnement, ce dont elle lui est très reconnaissante. Je comprends, d'après ce qu'elle raconte, que ce professeur a beaucoup de thésards car il a du hériter de certains travaux préalablement supervisés par Daniel Arasse avant sa mort. Puis peu à peu, elles en viennent à évoquer  la situation des chercheurs depuis la nouvelle loi sur l'autonomie des universités, ce dont j'ai par ailleurs déjà entendu parler, et ce qui se dit me déprime. C'est devenu un lieu commun du moins, pour ceux que cela préoccupe encore, mais dans ce pays, tout ce qui a trait au savoir, à sa transmission est tenu en piètre estime. D'ailleurs le dernier remaniement ministériel montre le peu de cas  que l'on fait de l'université et de l'éducation nationale de nos jours. Chaque fois que le sujet est abordé quelque part, je ne peux m'empêcher de penser à ma fille, et au monde dans lequel elle va grandir, à M. aussi, si brillante si cultivée et qui a tant de mal à trouver la place qu'elle mérite dans ce monde, à E. jetée dès sa deuxième année d'enseignement dans un collège qui ressemble à camp retranché... Je vois combien l’État est incapable d'assurer aujourd'hui des examens nationaux sérieux et rigoureux. Au brevet des collèges on a accolé la Corse à une carte d'Italie, lors de l'agrégation d'histoire les candidats ont dû plancher sur un document soit-disant médiéval alors qu'il s'agissait d'un récit fictif du XXe siècle écrit par l'érudit curé Palémon Glorieux pour relater le Concile de Constance. Ce qui prévaut aujourd'hui c'est le règne de l'approximatif, le culte du péremptoire, la soumission à l'erratique. On ne construit plus une pensée, on n'argumente plus un raisonnement, on ne recoupe plus ses sources, mais on affirme en dépit des incertitudes. Je me sens de moins en moins de ce monde où douter est devenu une tare, non à cause du fait que je vais vers l'effacement la disparition, mais parce que je ne me reconnais plus dans son système de représentations et de valeurs
Mais bon, mon verre est vide, la note est sur la table, l'heure approche il est temps de régler. Je les aurais bien écoutées encore, ces femmes, peut-être même avec un peu d'audace, me serais je mêlé à leur conversation, mais la projection de  "Too late for tears" de Byron Haskin dont je n'ai jamais entendu parler, va bientôt commencer.... 

jeudi 30 juin 2011

Un courrier


Voilà
ce qu'il m'est donné de lire : "Le peu de force qu'il me reste, je le dilapide sur le ténébreux chemin de mes terreurs et de mes doutes. Dans le chaos d'images et de signes qui déchirent mes nuits privées de sommeil je cherche encore la petite lumière d'une étoile qui danse. Je crois parfois l'entrevoir qui dispense sa lueur pâle et lointaine sur le terne horizon à quoi ma vie s'est réduite. Car il faut bien croire n'est-ce pas ? Il le faut bien, même si souvent "demain" n'a guère plus de consistance qu'un mirage. Croire un tant soit peu pour qu'il me soit permis d'espérer. Amitié".
Je referme son courrier, j'appelle Sébastien Landal, il ne répond pas. Bien sûr, il est capable de longs silences, de retraites soudaines, de voyages improvisés. Mais là je m'inquiète. C'est comme un message dans une bouteille qu'on jette à la mer. Sa santé décline, et la souffrance qu'il s'efforce de cacher mobilise parfois si intensément sa pensée qu'elle entrave jusqu'à la moindre possibilité d'action. Je redoute à présent ses fuites craignant qu'elles ne se transforment en égarements. La nécessaire solitude qu'il s'impose, il est désormais moins sûr qu'il soit tout à fait en mesure d'y faire face. L'altérité que je peux lui offrir, n'est pas à la hauteur de son désir. Il a d'autres exigences auxquelles je ne peux répondre. Mais cependant, il est clair pour m'adresser un tel message, qu'il attend quelque chose de moi. Mais quoi ? Et pourquoi est-il donc toujours sur messagerie ? Son compagnon secret, comme il a coutume de dire, ne lui est peut-être plus d'aucun secours.

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