vendredi 29 avril 2016

Cauchemar du Célibataire


Voilà,
le cauchemar du célibataire,
l'angoisse du bigot frustré
la terreur du séminariste contraint de changer de trottoir
la tentation du sadique obsédé
mais aussi
l'obscénité marchande en devanture
la pornographie ordinaire du petit commerce

jeudi 28 avril 2016

Les Arbres


Voilà,
sculptés par les vents
ils imitent la vague dans le bleu du ciel et s'abreuvent à la lumière du grand large
comme une prière ou comme un défi ils se tiennent vigilants au bord de l'abîme
sur le sentier humide par mégarde ton pied écrase une pauvre limace
des songes d'autrefois appareillent vers d'improbables rivages
tu n'es plus cet enfant qui courait droit-devant sur les chemins
insouciant les paumes ouvertes dans l'offrande du soleil
christianbobin sors de ce corps
(Linked with skywatch Friday)

mardi 26 avril 2016

Insoutenable Légèreté


Voilà,
au Centre Pompidou se tient en ce moment une exposition de photos sur les années quatre-vingts, intitulée "L'insoutenable légèreté". Elles furent en effet étranges et paradoxales ces années où, moururent tant d'amis et de connaissances alors que se propageait l'épidémie de Sida, et qui, pendant que s'entretenait ici l'illusion d'un socialisme à la française, virent triompher partout dans le monde le libéralisme économique et la financiarisation à outrance. Mais trente ans après je me souviens surtout, du choc et de l'inquiétude suscitées par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, mot qui désigne aussi une plante amère, et qui apparaît dans la traduction russe de l'Apocalypse de Jean. D'ailleurs, la photo verte de Sandy Skoglund s'intitule "Radioactive cats". L'insoutenable légèreté, malheureusement, qualifie aussi le comportement de nos dirigeants à l'égard de la question nucléaire.

lundi 25 avril 2016

Soulagement (mais je ne dis pas non plus toute la vérité)


Voilà,
pourquoi devrais-je m'obliger à dire quelque chose. De toute façon ces billets, pour la plupart écrits longtemps à l'avance, ne prétendent pas coller à l'actualité qui, au demeurant, m'intéresse de moins en moins. Tout ça me lasse. Il y a trop de motifs d'indignation à vivre dans le monde tel qu'il se présente désormais. Bricoler des formes soulage, du moins pour un temps.

vendredi 22 avril 2016

Chez Paquita


Voilà,
Chez Paquita quand on est une fille, il faut être prudente et venir en pantalon plutôt qu'en robe, ou alors ne pas s'attarder près des livres empilés. Chez Paquita, il y a plein d'œuvres d'artistes russes. Longtemps Paquita n'a été qu'un nom exotique, celui d'une femme dont me parlait Pascal qui l'avait connue au début des années 80 lorsqu'il travaillait à l'Ambassade de France à Moscou. Elle possède désormais une galerie parisienne dévolue aux créateurs russes. Il faudrait que j'y retourne. Cette photo, je l'ai prise l'année dernière.  (The weekend in black and white

jeudi 21 avril 2016

Au dépourvu


Voilà,
le paradoxe est que je ne vois plus vraiment ce que je photographie. Je l'entrevois juste. Je ne perçois en fait qu'une partie du champ dont la profondeur m'échappe. Je ne saisis le relief que très approximativement. Il en a toujours été ainsi, même si désormais tout devient de plus en plus imprécis, non pas flou mais vague. Faire le point, et là je ne parle pas seulement de faire le point avec un appareil photo, non faire le point sur un visage ou un regard pendant une conversation, ou pour lire plusieurs pages d'affilée exige un intense et toujours plus difficile effort de concentration. A présent j'aperçois plus que je ne regarde ou ne distingue. Mon attention de plus en plus flottante n'opère que par intermittence et relève de fait plutôt de la distraction. Les choses sont là, d'accord, mais elles me parviennent plutôt comme une rémanence que comme une réelle apparition.
Parfois des genres de phosphènes (mais ils ne sont pas - du moins pas pour l'instant - aussi perturbants que les acouphènes peuvent l'être pour l'ouïe) se disséminent en de petits points brillants ou en de minuscules billes flottant entre regard et vision. Il arrive aussi que des sortes de filaments semblent glisser dans une substance aqueuse. C'est un peu embarrassant chez le boucher ou pendant une réunion professionnelle qui devient une sorte de dispositif à la Yayoi Kusama. Chose étrange, en rêve ce phénomène ne s'est encore jamais produit. Mais je sens bien que ça se modifie qu'il faut en profiter tant qu'il est encore temps. L'autre jour, dans le ciel, il m'a semblé qu'un oiseau se dédoublait. Sur un tableau de bord, je mélange les boutons, je ne reconnais plus les sigles, je ne mémorise plus les informations. Dans la salle de bains je confonds les étuis. Mais au fond, ce n'est peut-être pas simplement qu'une affaire d'usure des organes. Il se peut que cela soit aussi une disposition psychique pour me détourner de la réalité, la fuir. La transformer pour y trouver autre chose que ce que j'y vois et qui me semble souvent si tristement terne. Je peux encore m'émouvoir d'une belle lumière, d'un paysage, un détail peut me sauter aux yeux et prendre toute la place. Évidemment, je sais ce qui continue d'attirer mon regard dans les rues. De plus en plus souvent je pense au travail d'Evgen Bavcar, ce photographe aveugle. Peut-être faudrait-il que je m'intéresse d'un peu plus près à tout cela désormais, pour ne pas être pris au dépourvu. "Dépourvu", comme il me paraît soudait étrange ce mot dans ce contexte. Ça existe le verbe dépourvoir ? Faut que je vérifie.
(...)
Ben oui ça existe. La définition c'est "priver de ce qui est utile, indispensable". En fait c'est le contraire du verbe pourvoir dont la première définition est pour le Larousse "Donner quelque chose à quelqu'un, l'en doter, en parlant d'une puissance supérieure". Exemple : La nature l'a pourvu d'un physique agréable. Ouais bof. C'est vrai qu'il m'arrive parfois d'être beau gars quand je suis bien coiffé mais tout de même faut pas exagérer.

mardi 19 avril 2016

dimanche 17 avril 2016

Face aux Apparences



Voilà,
l'impossibilité de parler. Lui parfois si disert en certaines circonstances, si prompt à la conversation lorsque l'échange est organisé, cadré, en quelque sorte ritualisé, le voilà qui se heurte en d'autres moments (au téléphone surtout) à l'impossibilité de l'adresse. Le moindre coup de fil à passer lui paraît une épreuve insurmontable. Que l'on vienne à l'appeler,  malgré la solitude qui lui pèse, il ne se déplacera même pas vers l'appareil. Dans ces moments il voudrait totalement disparaître et même ne jamais avoir été. Souvent le gagne, lorsqu'il socialise, la pénible impression de jouer un rôle, de le surjouer même. C'est un effort terrible, même s'il n'en laisse rien paraître. L'enfant qu'il est resté n'a jamais été trop à l'aise dans son corps d'adulte. Alors il griffonne, dessine dans les marges. Les visages, les silhouettes qui viennent à lui sont ses compagnons clandestins, le peuple d'une région sauvage et fantôme où rien ne se dit, mais où dans le silence s'exprime cependant l'étonnement d'être là. 

vendredi 15 avril 2016

Galeries Lafayette de nuit


Voilà,
Ils sont précieux, rassérénants bien qu'ils te plongent dans un trouble indéfinissable, ces moments qui, en dépit de la maladie, du chagrin, des soucis d'argent, de la peur diffuse et sans objet précis qui plane sur l'ordinaire des jours, apparaissent comme chargés d'une densité particulière parce que tout semble soudain en équilibre, harmonieux et juste : la brise légère, les trilles subtiles des oiseaux, la lumière sur le paysage. Et c'est comme si tu étais au monde depuis toujours et pour toujours, indifférent et cependant accordé à l'état des choses. Comme si tout à coup tu n'étais plus matière, mais simplement une évanescente et fugitive trace d'éternité, une essence réduisant le monde à une illusion, un simple frôlement, à l'écho lointain d'un chant secret et à peine perceptible. Pourtant un jour, dépouillé de tous les hasards qui t'ont constitué, tu retourneras au mystère d'où tu as inexplicablement surgi. Tes possessions, tu les abandonneras à la vaste brocante ou furètent les vivants, et quelqu'un, pour quelques temps se souviendra encore du soir où tu t'es arrêté à cet endroit, et puis forcément finira bien par l'oublier. (The weekend in black and white)

mercredi 13 avril 2016

Hommage à Marcel Duchamp

Nus baisant près d'un escalier
 
Voilà,
"Ce chagrin des glandes qu'on appelle l'amour" (H-F Thiéfaine)
Oui bon la formule ne manque pas de style
Mais moi je suis un sentimental 

Énigmes



Voilà,
Est ce que j'avais déjà peur au moment où j'ai pris la photo ? La peur était-elle en train de faire son lent travail ? Est-elle venue un peu plus tard dans l'après-midi sans que je ne m'en rende compte ? À la terrasse du café par exemple ? Pourquoi ai-je pris cet instant ? Qu'est ce qui m'a retenu dans ce cadre ? Ai-je reconnu dans cette attitude quelque chose qui faisait écho à ce que j'éprouvais sur le moment ? Il m'a semblé bien sûr que cela ferait une belle photo. Cela ne m'a pas traversé l'esprit mais j'y songe à présent que j'écris ces lignes, un jour viendra où il y aura une dernière photo. Plus tard – l'après-midi tirait à sa fin –, la panique m'avait saisi sur le boulevard où je n'étais pas venu depuis si longtemps et qui ressemble à un ghetto, puis dans un lieu de passage bondé à cette heure où des  visions d'explosion et de carnage m'ont affolé quelques minutes, alors que j'avançais hébété, à cause de la vue qui baisse (oui peut-être devrais-je changer mes verres). J'ai eu la nette sensation de n'être plus tout à fait de ce monde comme si quelque chose en moi se résignait. Parvenu à destination, j'ai un peu marché. Mon regard a été attiré par la modestie sauvage de ces deux là. J'étais encore capable de les apercevoir, de me rapprocher d'elles. C'était ça la vie. La vie intense et fragile. J'ai songé aux photos de Bill qui célèbre les grands horizons, mais aussi les mousses et les lichens et dont les photos sont un hymne permanent à la nature toujours changeante

 

lundi 11 avril 2016

Association d'Idées

Voilà,
pendant l'exposition des œuvres du Douanier Rousseau au musée d'Orsay
Je me suis rappelé que la dernière fois que j'y étais venu 
c'était pour l'exposition "images de la prostitution au XIX ème siècle"

samedi 9 avril 2016

Regarder Paris comme un touriste


Voilà,
une petite carte postale parisienne du jardin des Tuileries en ce début d''Avril frais et pluvieux pour remercier tous celles et ceux qui ont la gentillesse de me laisser des mots au bas de mes publications. Juste pour dire que ces témoignages constituent à chaque fois une heureuse surprise et qu'ils me touchent et me font plaisir. (Linked with skywatch friday)

vendredi 8 avril 2016

La Borne


Voilà,
m'importe plus ce que j'imagine et projette que ce que je vois vraiment. D'ailleurs apercevant ce lieu c'est l'image que cela pouvait éventuellement donner qui m'est apparue. Et puis c'est aussi une histoire de moment. Cette borne devant laquelle je passe tout les jours et souvent aussi la nuit, a pris une singulière densité à cause de l'état – ce fameux "Einstellung" qu'évoque Wim Wenders – dans lequel je me trouvais ce soir-là. Il me paraissait nécessaire de revendiquer mon appartenance au monde, fût-ce dans l'évocation d'une chose banale et sans grâce. Un instant, j'ai été tout entier dans ce cadre. Avec mon inquiétude. (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 7 avril 2016

Au Bord d'un monde


Voilà,
tu te tenais au bord d'un monde qui te rappelait vaguement celui qu'il te faudrait – pensais-tu – bientôt quitter et qui n'était cependant pas celui où tu avais vécu. Au fond de ta poche de pantalon sur un papier froissé semblable à un ticket de théâtre était inscrit ton nom. C'était ton sésame pour cette barge sur laquelle tu étais supposé embarquer. Qu'elle fut amarrée sur l'autre rive te déconcertait. Moins cependant que ce ciel liquide où elle semblait flotter sans pour autant s'y refléter. Fallait-il que tu attendes ou devais-tu par tes propres moyens accéder à l'autre côté ? Tu pensais pourtant en avoir fini une bonne fois pour toutes avec les questions les décisions les choix les initiatives. Le souvenir lointain d'un voyage scolaire dans la vallée du Rhin passa comme une brume légère entre toi et le paysage. Peut-être après tout suffisait-il que tu restes ainsi à contempler ce qui s'offrait à ton regard. Et tu finirais par te dissiper toi aussi comme un nuage, sans même t'en rendre compte.

mercredi 6 avril 2016

Un brave idiot



Voilà,
sommeille aussi en moi un brave idiot pareil à un épouvantail
Il faut qu'il ait aussi sa chance celui-là, 
qu'on lui laisse le temps de se réveiller
qu'il fasse enfin ce que bon lui semble

mardi 5 avril 2016

Autoportrait en déconfiture


Voilà,
c'est assez joli ce que j'ai entendu ce matin à la radio, cet extrait de Bergson dans l'Energie spirituelle : "Chacun de nous est un corps, soumis aux mêmes lois que toutes les autres portions de matière. Si on le pousse, il avance; si on le tire, il recule; si on le soulève et qu'on l'abandonne, il retombe. Mais, à côté de ces mouvements qui sont provoqués mécaniquement par une cause extérieure, il en est d'autres qui semblent venir du dedans et qui tranchent sur les précédents par leur caractère imprévu : on les appelle « volontaires ». Quelle en est la cause ? C'est ce que chacun de nous désigne par les mots « je » ou « moi ». Et qu'est-ce que le moi ? Quelque chose qui paraît, à tort ou à raison, déborder de toutes parts le corps qui y est joint, le dépasser dans l'espace aussi bien que dans le temps. Dans l'espace d'abord, car le corps de chacun de nous s'arrête aux contours précis qui le limitent, tandis que par notre faculté de percevoir, et plus particulièrement de voir, nous rayonnons bien au-delà de notre corps : nous allons jusqu'aux étoiles. Dans le temps ensuite, car le corps est matière, la matière est dans le présent, et, s'il est vrai que le passé y laisse des traces, ce ne sont des traces de passé que pour une conscience qui les aperçoit et qui interprète ce qu'elle aperçoit à la lumière de ce qu'elle se remémore : la conscience, elle, retient ce passé, l'enroule sur lui-même au fur et à mesure que le temps se déroule, et prépare avec lui un avenir qu'elle contribuera à créer." J'ai repensé à Philippe qui l'aimait beaucoup. Je me suis souvenu de l'odeur des vieux livres, de ce qui se décompose et se recompose, et du portrait de Dorian Gray peint par Ivan Albright que j'avais découvert dans ma jeunesse dans un ouvrage consacré à L'Art fantastique, à tous ces hasards qui m'ont constitué. J'ai songé que c'était déjà pas mal d'être arrivé jusque là sans trop d'encombre, et que je ferai au mieux pour m'accommoder de la suite et qu'il fallait fabriquer, fabriquer encore, expérimenter, imaginer, traficoter bidouiller que c'était là ma seule aptitude, que je n'étais plus bon qu'à ça, et qu'elle ne tenait qu'à ça mon "énergie spirituelle", que c'était un grand mystère pour moi que je sois devenu ça, que j'ai pu en partie échapper à toute cette bêtise soldatesque qui m'avait engendré et éduqué, et limiter les dégâts, et que tout de même, maintenant, un peu de campagne me ferait le plus grand bien. Quoiqu'il en soit, il va tout de même bien falloir réfléchir un peu sérieusement à cette question de matière. 
shared with friday face off

lundi 4 avril 2016

La Promenade



Voilà,
"La promenade [...] m’est indispensable pour me donner de la vivacité et maintenir mes liens avec le monde, sans l’expérience sensible duquel je ne pourrais ni écrire la moitié de la première lettre d’une ligne, ni rédiger un poème, en vers ou en prose. Sans la promenade, je serais mort et j’aurais été contraint depuis longtemps d’abandonner mon métier, que j’aime passionnément. Sans promenade et collecte de faits, je serais incapable d’écrire le moindre compte rendu, ni davantage un article, sans parler d’écrire une nouvelle. Sans promenade, je ne pourrais recueillir ni études ni observations." (Robert Walser)

vendredi 1 avril 2016

L'Enseigne

 

Voilà,
Ce qui reste d'enfance, et dont on ne peut tout à fait se déprendre semble parfois s'insinuer dans les paysages. Une fenêtre toujours close et ses volets défraîchis, une enseigne désuète débusquée au hasard d'une promenade, ou bien encore tout un fouillis de jardin abandonné, une arrière-cour encombrée que les années ont transformée en débarras, l'ombre portée d'un arbre sur une façade décrépite ravivent les souvenirs de regards jetés en d'autres temps sur d'autres lieux. D'une multitude de menus détails que la mémoire a sédimentés, émerge alors une vie fantôme et inexprimée faites de toutes les choses perdues parce qu'inaccomplies : nos actes manqués, nos moments d'absence, nos vagabondages rêvés (Linked with the weekend in black and white)

mardi 29 mars 2016

Phosphènes



Voilà,
enfant avant de m'endormir je frottais mes yeux avec les poings. Entre paupière et pupille — me semblait-il — d'étranges formes apparaissaient alors, en volutes multicolores. J'appris bien plus tard qu'elles portaient le doux nom de "phosphènes". Et puis il y eut les années psychédéliques, avec leurs affiches aux couleurs chatoyantes. Certaines même sous un certain éclairage, étaient comme phosphorescentes. Il y en avait beaucoup dans cette petite boutique de la rue des Écoles où j'ai passé beaucoup de temps. On y vendait des disques et des posters. Celui de John Lennon d'après une photo de Richard Avedon a décoré ma chambre d'adolescent. Je ne peux le regarder sans un certaine émotion. Bref, ces derniers temps, j'ai beaucoup de plaisir à faire des images dans le genre psychédélique. D'ailleurs musicalement il semblerait qu'on y revienne depuis quelques temps.


shared with midweek muse challengeSITAR

lundi 28 mars 2016

Un rêve idiot et des vieilles photos


Voilà,
Il y a peu, bizarrement j'ai rêvé de Jean Reno. J'étais chez lui, en l'occurrence un modeste pavillon de banlieue qui n'avait donc rien à voir avec les luxueuses propriétés qui sont aujourd'hui les siennes. Ma présence était totalement incongrue car nous ne fréquentons plus depuis des années. La dernière fois que je l'ai aperçu c'est en mars 2002 lorsque nous avons repris le spectacle "Prends bien garde aux Zeppelins" au Théâtre national de Chaillot. Il n'était pas revenu jouer avec nous parce qu'il voulait aller en vacances à l'île Maurice avec ses enfants et sans doute aussi parce que son statut de star était incompatible avec la reprise de ce qui autrefois avait été une aventure.  Mais il était passé au pot de bienvenue du théâtre, et avait pleuré le soir de la première sur les vieux souvenirs. En plaisantant je lui avais dit de ne pas s'inquiéter, que si Didier le metteur en scéne avait d'autres projets il lui proposerait un rôle. Donc j'étais dans le salon de la maison de Jean. Je ne faisais rien, ne disais rien. On ne me chassait pas mais je sentais que j'étais vaguement embarrassant. À un moment, dans la courette où je m'étais retiré, sa femme, une étrangère qui ne me connaissait pas, venue y étendre son linge (putain ! la femme de Jean Reno qui vient étendre son linge, il y a qu'en rêve qu'un truc aussi con et absurde peut arriver) m'a demandé qui j'étais. J'ai grommelé mon nom, expliquant que j'étais juste passé par là parce que j'avais besoin de réfléchir. Je n'ai pas jugé bon de lui dire qu'on avait fait autrefois dans une autre vie, quatre ou cinq pièces et une paire de films où on jouait ensemble, à quoi bon. L'idée de venir chez Jean pour y réfléchir était déjà en soi si grotesque et absurde. Réfléchir à quoi ? À comment mettre de l'ordre dans ses affaires et se préparer à la mort tout en jouissant du bonheur de vivre ? Bref gamberger sur comment devenir sage comme Montaigne alors qu'on a toujours vécu au gré des événements en remettant au surlendemain ce qu'on aurait dû faire l'avant-veille ? Quoiqu'il en soit, je ne m'explique toujours pas ce scénario stupide créé par mon cerveau. Peut-être étais-je coincé dans une vie parallèle où la chance n'a pas souri à Jean, et qu'au lieu d'être la vedette qu'il est devenu, il y vivote enchaînant des petits rôles et des pubs. Cela dit dans cette vie parallèle, je ne suis pas en très grande forme non plus, et j'ai l'air assez looser. Jean aujourd'hui, vit sur l'île de la jatte à Neuilly, il possède plusieurs résidences un peu partout dans le monde, collectionne les Bentley (j'ai entendu dite qu'il en possède cinq), il a des amis riches et puissants, le témoin de son dernier mariage est même l'ancien président de la République. Bien évidemment nous nous sommes perdus de vue. Mais ce rêve très con est l'occasion de ressortir quelques vieilles photos, la première prise en cours de répétitions en octobre 1981 – j'avais beaucoup travaillé cette année là – lors de la reprise de "Prends bien garde aux Zeppelins" de Didier Flamand pour l'Opéra Comique et celle ci qui date de 1979 je crois, près du Gymnase Japy en compagnie de Jacques Nolot, qui a suivi un chemin tout à fait différent, réalisant quelques films rares et précieux, extraordinairement sincères et personnels, qui viennent de ressortir en coffret il y a peu.


A l'époque Jacques et Jean me semblaient déjà un peu vieux, enfin disons qu'ils n'étaient pas de ma génération. Et en tout cas je n'aurais alors jamais imaginé que l'un deviendrait une star internationale, et que l'autre cachait en lui tant de poésie et de sensibilité. Dans ces années là, Jacques avait tendance à sortir sa queue sous n'importe quel prétexte à faire de la provocation avec un humour assez acide. Il est probable que sur cette photo il s'apprête à dire une grosse connerie à connotation sexuelle, parce qu'il sait que ça met la plupart des gens mal à l'aise. Il en a déjà l'œil qui pétille.
C'est pour lui que j'avais pris la photo de la devanture de coiffeur à New-York, car il avait écrit une pièce qui se passait dans un salon de coiffure dans le Gers, l'histoire d'un comédien qui retourne au pays après une longue absence et va se faire coiffer chez son frère qui ne le reconnaît pas immédiatement. La pièce, excellente, s'appelle "La matiouette". André Téchiné l'a adapté en film pour la télévision.

dimanche 27 mars 2016

C'est Pâques


Voilà,
c'est Pâques, le forsythia est en fleurs, Le figuier du balcon commence à faire ses feuilles, les jours rallongent on est passé à l'heure d'été. Mars n'est pas fini et il y a encore des giboulées. Il faudrait que je mette un peu d'ordre à la maison. Je n'ai envie de rien faire. 

vendredi 25 mars 2016

Fanfaronnade


Voilà,
c'est un appel téléphonique étrange et inattendu. Une personne perdue de vue depuis des années me rappelle une citation que je le lui aurais faite il y a bien longtemps, mais elle ne se souvient pas du nom de l'auteur. Je n'ose lui demander dans quelles circonstances, j'ai pu lui souffler "J'ai pour me protéger du regard des autres toute la distance que j'ai vis-à-vis de moi-même" ni pourquoi il lui semble utile de m'en parler à ce moment précis. Cela me paraît tellement bizarre d'avoir pu prononcer cette phrase qui ne m'évoque rien du tout – sur le coup je pense à Blondin, à Cioran – que je lui suggère que peut-être elle confond, ce n'est pas moi, mais elle m'affirme que de ça en tout cas elle est tout à fait certaine, car cette phrase l'a particulièrement marquée. Je songe alors que cette maxime j'aurais d'abord du me l'appliquer à moi-même. La formule est belle, elle est d'Artaud. J'ai un peu fait le fanfaron avec cette citation. Mais lui aussi, je pense, qui n'était pas aussi indifférent qu'il voulait le faire croire à l'avis des autres. (Linked with the weekend in black and white).

mercredi 23 mars 2016

L'Esprit d'escalier


Voilà,
je me souviens d'une certaine piscine l'été passé. C'était mon dernier après-midi. J'étais content d'être là et en même temps j'en avais marre d'être seul. Comme je m'ennuyais, je photographiais des reflets, en fait je photographiais un peu n'importe quoi. Kafka a noté dans son journal : "il est impossible de voyager – et même de vivre – sans prendre de notes ! Sans cela le sentiment mortel de l'écoulement uniforme des jours est impossible à supporter." Cette impression je la partage et c'est sans doute ce qui m'amène à poursuivre ce blog. Et qu'importe si les pensées et les images que je convoque pour surseoir cette inquiétude n'ont pas forcément la fraîcheur du jour. Il m'arrive souvent d'avoir ce qu'on nomme "l'esprit d'escalier". (linked with weekend reflections - Rain'sTADD 

mardi 22 mars 2016

Plaza de la Constitucion


Voilà,
Il est peu probable que je retourne un jour là-bas, il y a tant d'autres lieux à voir, mais sait-on jamais. Cette place, avec ses grands palmiers californiens, j'ai aimé la traverser, surtout à la tombée de la nuit. Il y avait de la douceur dans l'air, chaque fois que nous passions par là, alors que 80 ans auparavant ces lieux étaient le théâtre d'affrontements sanglants et fratricides. En compagnie de ma fille — son sourire son humour, son intelligence et sa curiosité me revigoraient — qui était fière de tester son espagnol, je me sentais bien. Et puis avec ma cousine et son mari aussi pendant quelques jours. Cependant j'avais souvent la tête ailleurs, j'étais ici et là, dans un monde réel et dans d'autres plus ou moins possibles et pas forcément gais. Je ne pouvais faire autrement. Cela me happait parfois. (première publication 22/3/2016 à 00:30)

vendredi 18 mars 2016

Un jour encore


Un jour encore et c’est pour voir  
Et pour aimer ces choses

Qui auraient pu rester

 Pour toujours dans le noir
À ne pas être vues

Un jour encore

Pour voir le jour

Tâter l’espace et le gagner.
Un jour pour approuver

Ce que vaut la lumière.

Et pour y faire

Tout ce que c’est que vivre

Un jour encore
(Guillevic)
Linked with The weekend in black and white)

mercredi 16 mars 2016

Madame rêve


Voilà,
C'est à cela que je pensais, à cette chanson où il est question
"d'un amour qui la flingue
d'une fusée qui l'épingle
au ciel ooh ciel"
les années ont passé donc, si vite trop vite, et les étoiles serties dans la nuit demeurent impassibles délivrant de trop obscurs messages. Il ne reste qu'à songer à tout ce qui nous a quitté — tant de mots alors nous étaient cachés — ; trop jeunes nous n'avions pas encore appris à changer les larmes en pierre. Ils sont désormais hors de portée les espoirs que nous formions, à certaines heures, quand nous étions insatiables, avides de vertiges et comme le vent, rebelles. Nous traquions la beauté dans la louange crue du Réel. il ne nous a pas oubliés. Les excroissances, les plis les boursouflures, les rides et les plaies : nous payons notre tribut. Nous nous traînons avec nos douleurs et nos empêchements. Insolents pourtant nous sifflons dans l'Azur, nous fredonnons des airs d'une autre époque, comme si de rien n'était, comme si rien jamais ne devait arriver. Mais de plus en plus souvent nous devinons des ombres au grand midi. Nous les redoutons même à travers nos yeux plissés. Et de secrètes voix nous enjoignent de jeter au fossé nos livres et nos clés. Nous ne croyons plus avec la même désinvolture à nos propres mensonges. Trop de fantômes s'invitent aux moments les plus inattendus, à nos tables, dans nos lits. Parfois même on les aperçoit qui sèchent aux fenêtres mais le cœur serré on se sent malgré tout l'âme vagabonde. Désormais chacun va son chemin. On s'appelle quand l'un ou l'autre donne des signes de fatigue. On sait qu'on ne se reverra plus guère. Les jeux sont faits. D'autres histoires nous appellent. Et c'est à cœur perdu qu'on s'y précipite.



mardi 15 mars 2016

De la suite dans les idées


Voilà, 
"Pas de technique, mais un imperturbable appétit", c'est Michaux qui écrivait ceci à propos de lui peut-être mais ça je n'en suis plus très sûr. Je reprends ça à mon compte. Et aussi, "de la suite dans les idées". Cette image je l'ai composée il y a plus de trente ans. Je l'ai réinterprétée il y a trois jours et à présent elle me plaît tout à fait. J'ai fait ça presque secrètement pendant des années. D'ailleurs des copains sont sont morts qui n'ont jamais su que je bricolais des images dans mon coin. C'est Thierry Flamand qui m'a encouragé. Si j'ai pu lui montrer, mes travaux d'alors c'est qu'il inspirait confiance. Thierry était un excellent illustrateur, un affichiste de talent, et il est devenu un décorateur de cinéma réputé. C'est le frère de Didier l'acteur et metteur en scène. Ils ont tous les deux eu un césar du cinéma à vingt ans d'écart : Didier pour le court métrage "La vis" et Thierry pour le décor du film "La belle et la bête" de Christophe Gans. Au début des années 80, donc, grâce aux encouragements de Thierry j'ai même fait un peu d'illustration pour la presse et l'édition. Jean-Baptiste Blom qui travaillait chez Delpire et ressemblait à Frank Alamo, m'a fait travailler pour le nouvel Obs. Annick Geille qui dirigeait Play-Boy France et qui choisissait elle même les illustrations, m'a pris un jour cinq images d'un coup, juste avant l'été et les vacances. Ça payait bien à l'époque. J'ai travaillé aussi pour les éditions du Seuil et fait quelques affiches à droite à gauche pour des compagnies de théâtre qui n'avaient pas beaucoup de sous. Mon rêve était de réaliser des pochettes de disques. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Ça n'a pas marché. Et puis je préférais jouer la comédie. C'est comme ça que j'ai longtemps, raisonnablement gagné ma vie. Ça m'arrive encore de le faire. Mais la vie en troupe, la vie en commun surtout avec des comédiens c'est vite chiant. Alors je faisais l'aller-retour. Au bout d'un certain temps j'avais besoin d'être seul et je m'enfermais pour faire des photomontages, des dessins des trucs à moi. Et puis quand j'en avais marre je me remettais dans le circuit pour être avec des gens et faire l'acteur. Je l'ai déjà écrit ça m'a aidé à tenir le coup à ne pas devenir fou, peut-être même à ne pas tuer. Oui c'est l'avantage de travailler seul, ça évite de devoir supporter les autres. Les autres souvent ne sont pas comme ceux dont j'ai cité le nom. la plupart du temps ils sont casse-couilles. Voilà c'est dit, je suis plutôt misanthrope.

lundi 14 mars 2016

Acronymes


Voilà
Si vous êtes en contact avec la clientèle soyez SBAM ! Si vous managez des équipes soyez SCORE ! et agissez SMART ! En cas de tension avec un collaborateur suivez le DESC pensez ECAPA ! et surtout allez vous faire foutre ! Vous devez restituer une analyse personnelle, fiez vous à la méthode APPROACH, conduire un projet, adoptez PILOTAGES, construire un plan utilisez ARDESC. Un projet marketing ? la matrice SWOT vous sera d'un grand secours. Vous souhaitez surveiller les risques et les opportunités que pourraient rencontrer votre entreprise et son marché, les outils d'analyse PESTEL sont à votre disposition. Et chaque jour, pour optimiser vos ressources rester proactifs et force de proposition, DANLQ demeure votre indispensable process d'épanouissement personnel.
shared with Rain's TADD -

vendredi 11 mars 2016

Les Jambes


Voilà,
cette photo prise un matin au métro République m'en rappelle quelques autres, réalisées autrefois en d'autres lieux. J'aime bien les corps incomplets dans un cadre, et aussi les jambes des femmes qui selon François Truffaut sont « des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. ». Et puis, me plaît aussi le contraste de ces jambes avec la géométrie hostile de l'endroit. (linked with The weekend in black and white)

mercredi 9 mars 2016

Pêle-mêle, avec la pluie


Voilà,
Aujourd'hui j'ai repensé à Philippe. Il est rare que je n'y repense pas. Et à eux tous, Philippe et Dominique, Agnès Delphine et Laurence. Et puis, à cause de la nouvelle entendue ce matin à la radio avant que je ne parte, me sont revenus en mémoire le solo de trompette piccolo, les flûtes et le hautbois dans "Penny Lane" que j'adorais fredonner quand j'avais onze ans. Même si je n'en comprenais ni les paroles ni la joyeuse nostalgie, il y avait du soleil dans ce morceau. Les instruments classiques c'était paraît-il, une idée de George Martin. Une vraiment bonne idée. Et puis je suis sorti du métro. Un putain de vent froid cinglait sur l'esplanade avec la pluie qui giflait le visage. Mais bon, au moins allais-je me rendre utile durant cette journée et me mettre au service d'une juste cause, et ça tout de même ce n'était pas rien.


mardi 8 mars 2016

Back to La Défense


Voilà,
Un moment que je n'étais pas revenu dans les parages. En tout cas je j'avais encore jamais fait l'expérience du café "le globe-trotter" à huit heures du matin avec BFMTV sur l'écran géant face au comptoir. J'aurais vraiment préféré feignasser dans mon lit en écoutant France-Musiques, ou lire ou, parce qu'en fait je crois que je ne suis bon qu'à ça ou du moins pas trop mauvais bidouiller des images sur mon ordi qui d'ailleurs commence à donner de sérieux signes d'usure. Les nouvelles du monde racontées à la télévision me font gerber. Le quartier des affaires aussi. J'ai du mal à socialiser ces jours-ci. En fait ce qui m'apparaît évident c'est qu'en ce moment travailler me fatigue.

lundi 7 mars 2016

Une rue déserte et c'est comme si la ville m'était offerte


Voilà,
une rue déserte et c'est comme si la ville m'était offerte. Sur le pavé humide luisent tant de souvenirs. Je retrouve avec émerveillement ces murs que j'ai tant de fois longés, ce quartier où j'ai vagabondé adolescent. J'allais où mes pas m'entraînaient, me laissant doucement dériver, au gré de ma fantaisie. Parfois je poussais la porte d'une galerie de peinture. J'ai mis un certain temps à comprendre qu'on pouvait y entrer sans être obligé d'acheter. Aurais-je été moins timide alors, j'aurais peut-être pu apprendre un métier, là. Mais ce monde me semblait interdit, tellement supérieur. On se moquait bien de l'art dans ma famille. J'ai encore dans ma bibliothèque des cartons d'invitation, des fascicules où sont reproduits des tableaux de cette époque. J'allais tout voir. Le quartier était comme un livre d'images. Cette photos je l'ai prise il y a quelques jours. J'étais en compagnie de D. avec lequel je venais de passer une paire d'heures à bavasser dans un café, et quand nous sommes sortis, nous nous sommes tous les deux faits la même réflexion : oui vraiment Paris était une très belle ville, même s'il est de plus en plus difficile d'y vivre. Il est reparti en scooter, j'ai un peu marché le long de la Seine. Il faisait froid, l'air était vif. C'était bien comme ça.
shared with Paris in July

dimanche 6 mars 2016

Quand vient la nuit


Voilà,
c'est sympa la solitude parfois. Oui ça a de bons côtés, se coucher tôt, bouquiner au lit, écrire, traîner, regarder un film ou un documentaire chaudement calé entre deux oreillers. On se dit que c'est encore un luxe par ces temps tourmentés, qu'il faut en profiter, car le chaos et la folie gagnent peu à peu nos régions. Parfois pourtant une frayeur me traverse, la peur de mourir plus ou moins subitement d'un infarctus ou d'un AVC, (je me souviens d'un ami retrouvé comme ça chez lui un livre à la main – et ce n'était pas un très bon livre – cette image malgré les années continue de me hanter). Donc je pense à ça parce que, je me sens terriblement épuisé sans trop comprendre pourquoi et aussi parce que sur les réseaux sociaux il y a des gens qui envoient des trucs comme "que faire en cas d'AVC ". Donc même si on ne veut pas y penser eh bien les autres y pensent pour nous n'est-ce-pas ? Mais bon, même cette perspective a quelque chose de paisible à la lumière de certains témoignages qui sont rapportés. Celui de l'enfant syrien de treize ans enfermé dans une cage de Daech pendant 128 jours. Le jeune homme afghan de 17 ans dans le père choisit l'assassinat du frère aîné pour sauver la jeune sœur d'une violence sexuelle dictée par un bourreau taliban, l'homme de 21 ans enfui depuis huit ans qui se souvient à peine du nom de son village. Quelques unes de ces personnes qui vivent dans la boue à Calais et qu'au lieu de secourir on assaille de grenades lacrymogènes dans le pays où s'est écrit, il y a longtemps, la déclaration des droits de l'homme. Ce qui me choque, c'est cet acharnement contre le faibles pour masquer l'impuissance de nos dirigeants face aux organisations qui représentent un réel danger. C'est la pénalisation de ceux qui tentent de porter assistance aux démunis, c'est la démission morale et le cynisme de ceux qui furent élus sur des valeurs d'humanisme et de générosité. Et puis parfois, en guise de justification on entend des choses telles que, "oui mais si on les accueille aujourd'hui, demain en Europe nous serons les palestiniens du XXI ème siècle. Nos enfants nous reprocheront notre hospitalité, leurs territoires seront occupés et colonisés, et puis il y a déjà tellement peu d'argent pour résoudre tous nos problèmes actuels". Des figures cauchemardesques surgissent entre les pensées, je ne parviens pas à trouver le repos. Nos enfants auront de toute façon tant d'autres choses ã nous reprocher....

vendredi 4 mars 2016

Asnières la nuit


Voilà,
je me souviens, les jours rallongeaient mais il faisait encore froid et le printemps se faisait attendre. Ma présence dans ces parages me semblait absurde. Il m'avait fallu parcourir des rues désertes et inquiétantes pour me rendre ce soir là dans un petit théâtre où se donnait une pièce écrite et mise en  scène par une jeune chinoise et j'avais aimé le spectacle donné devant une maigre assistance. Plus tard au retour, j'avais craint de ne pas retrouver mon chemin. (linked with the weekend in black and white)

jeudi 3 mars 2016

mercredi 2 mars 2016

Menus Détails




Voilà,
Pendant la conversation je ne pouvais m'empêcher de jeter un œil sur le sol et de constater combien ces anomalies dûes à la négligence des peintres en bâtiment étaient intéressantes. Depuis des années je rassemble des images où, dans un cadre choisi, le noir joue avec la lumière sur différentes surfaces. Ces détails infimes auxquels la plupart des gens ne prêtent guère d'attention me réjouissent et me sont à chaque fois une source de plaisir. Heureux hasards, je les reçois comme une offrande que le monde me fait. Tant pis si certaines personnes me prennent pour un type bizarre. Mon petit frère un jour (il devait avoir huit ans et moi vingt-deux) m'a fait remarquer que je photographiais n'importe quoi. Je n'ai jamais cherché à démentir. D'ailleurs, lui et moi n'avons pas suivi les mêmes voies. 

lundi 29 février 2016

Évaluations


Voilà,
de plus en plus je suis sommé, par des questionnaires que je reçois dans ma messagerie internet, d'évaluer des chauffeurs de taxi, des vendeurs d'aspirateur ou de vêtements, des installateurs de câbles de fibre optique, des sites de réservation, des loueurs d'appartement, des stagiaires en recherche d'emploi, des réceptionnistes d'hôpital, des voyagistes, des téléconseillers de toutes sortes, des applications informatiques, bref, des gens, du matériel, des services, soi-disant pour mesurer et améliorer la satisfaction client. Parfois même on m'envoie un questionnaire pour évaluer un autre questionnaire et je suppose que moi-même je dois être évalué comme client : suis-je très satisfaisant, satisfaisant, moyennement satisfaisant, pas du tout satisfaisant ?  A vrai dire je m'en fous. Je constate juste que les hommes sont évalués comme des produits et que lorsqu'ils ne font pas l'affaire, on les jette. C'est la tendance. "Ce dispositif permanent d'évaluation impose à l’humain de se transformer en ressources pour faire fructifier le capital en ingurgitant de nouvelles règles de conduite, une nouvelle langue et de nouvelles valeurs. Souvent installées au nom même de la liberté et de la transparence démocratique, ces nouvelles servitudes (Zarka, 2007 ; Gori, 2009) exigent un consentement plus ou moins volontaire des sujets à incarner les dispositifs de la censure sociale et des normes morales confondues avec le consumérisme de masse".(Roland Gori et Marie-José Del Vogo)
première publication 29/2/2016 à 8h36

vendredi 26 février 2016

Bus Stop


Voilà,
comme ça bêtement se termine comme ça soir pluvieux / par terre pas vraiment mal non mais / l'instant se déploie / lentement se déploie comme éventail / comme éventail géant / comme la queue d'un paon / bientôt n'aura plus sa place / dans ce paysage / ni celui-là ni aucun autre / plus sa place / en vain cherche en vain à recomposer le visage / cette femme / son absence son silence si pesants depuis tant de temps / que font-ils donc les gens que font-ils alentour / ombres à présent / billets d'avions réservés et voilà / expire maintenant expire avant son passeport / joue humide sur bitume soir pluvieux c'est encore la vie / en profiter faut en profiter / mieux qu'une chambre d'hôpital après tout / dernières secondes c'est sûr / ah merde promesse au petit garçon promesse de promenade à bicyclette dimanche prochain / le mot en tête bicyclette / mais à quoi ça peut bien ressembler déjà bicyclette bicyclette / le sol tremble bientôt saura enfin / comme un lavabo qui se vide disait le personnage dans ce film / vraiment ça oui c'est vraiment ça et toutes ces voix affolées au dessus / nul besoin pour moi de faire la koré autour du mont Kalash / pourquoi cette phrase pourquoi / et le mot proférer qui revient  / détestait ce mot / toujours l'a détesté / ne la verra plus cette / femme / j'ai trop envie avait-elle dit / l'avait embrassé / pluvieux / mais pas lui jamais plus vieux / partir fâché partir en froid grelottant maintenant / c'est peut-être ramadan mais qu'est ce que j'ai envie de faire l'amour / se souvient de cet homme qui avait dit ça dans la rue / était attablé à une terrasse avec quelqu'un dont il cherchait à deviner les intentions / c'était un été maussade / se souvient de ça / gaîté c'est écrit / devient flou puis plus rien.

jeudi 25 février 2016

Le Bar du Cirque Électrique


Voilà,
un soir, c'était avant le massacre du 13 novembre, je suis allé au cirque électrique. Il y avait une sorte de cabaret, animé par Kiki Picasso qui autrefois, (j'écris ça pour les plus jeunes) participait à un groupe de graphistes nommé "Bazooka". Allez pour simplifier on dira que c'était les tenants d'un graphisme "punk". J'aimais bien d'ailleurs à l'époque. Donc ce soir là, c'était plein de vieux punks. Il n'y avait pas que ça mais il y en avait beaucoup. C'est assez pathétiques les vieux punks, ceux qui disaient "no future" qui trouvaient marrant de balancer des croix gammées quand leurs dessins passaient dans un journal gauchiste parce que c'était provoc, et qui sont là malgré tout et qui ont survécu, et qui essaient de ne pas faire trop vieux, qui s'accrochent difficilement, qui se traînent parce quand même, à une époque ils ont beaucoup brûlé, mais maintenant, ils ont du mal : ils ont toujours la révolte, mais plus l'énergie de cette révolte. C'est un peu comme les vieux rockers. Sauf les Stones bien sûr. Les Stones n'ont jamais triché. Dans des interviews où ils ont vingt ans, on leur demande s'ils se voient jouer du rock à 60 ans, et ils disent oui. Rétrospectivement c'est dingue. Ils ont toujours vécu sur le mode Sex Drugs et Rock et Roll en se disant qu'il n'y avait aucune raison de ne pas faire ça tout le temps, et, à l'exception de Brian Jones, ils ont quand même survécu. Peut-être parce qu'au fond, durant toute leur vie ils n'ont été mus que par le principe de plaisir.

mercredi 24 février 2016

Les Bourgeois de Calais

Grues sur le port de Calais
Voilà,
la première fois où j'ai entendu parler de Calais, c'était en cours d'histoire, avec l'épisode des bourgeois qui se rendent pour sauver la ville. Je rappelle l'affaire  en citant wikipedia : "en septembre 1346, Édouard met le siège devant la ville de Calais dont la garnison commandée par le chevalier Jean de Vienne résiste héroïquement à l'armée du roi d’Angleterre. Après onze mois de siège, la cité affamée négocie sa reddition. Édouard III, fatigué et énervé par la longue résistance calaisienne, accepte que six bourgeois lui soient livrés afin d'être exécutés. C'est à ce prix qu'il laissera la vie aux habitants toutefois contraints de déserter leur ville une fois les Anglais arrivés. Son épouse Philippa de Hainaut parvient cependant à le persuader d'épargner la vie de ces six malheureux, désespérés, venus devant le souverain en chemise, la corde au cou, les clefs de la ville et du château en mains. Par ce geste d’amour chrétien, Édouard épargne la vie d’Eustache de Saint-Pierre et de ses cinq compagnons d'infortune devant une reine en pleurs. Calais devient anglaise le  et le demeure jusqu’au  lorsque Henri II de reprend la ville à Marie Tudor"


illustration extraite de "L'Histoire de France racontée à tous les enfants"

Une célèbre statue de Rodin, illustre cet événement, qui suggère à la fois le courage, le sacrifice, la piété chrétienne, le sens du pardon et de la charité. Oui, le roman historique de l'Ecole républicaine exaltait aussi ces valeurs qu'elle désignait ainsi comme constitutives de l'esprit de notre Nation. Aujourd'hui ce qui caractérise ce pays, c'est que ses dirigeants se gargarisent de l'énoncé des grands principes, sans agir conformément à ceux-ci, mais c'est une autre histoire. 
Plus tard, au milieu des années soixante dix, Calais était surtout l'endroit d'où l'on embarquait à bord du Ferry en partance pour Douvres. On croisait dans les rues des hordes d'Anglais ivres et pas toujours sympathiques, mais les commerçants étaient contents ça faisait marcher le commerce. Depuis quelque temps l'évocation du nom Calais a quelque chose de triste et de sinistre. C'est un lieu de fracture de notre histoire contemporaine. Les gens qui vivent dans cette petite ville sans grand charme à part son beffroi, se retrouvent comme autrefois leurs ancêtres de "la guerre de cent ans" dans la tourmente de l'histoire et les tumultes du monde. Le XXI ème siècle sera celui des grands exodes, des pauvres vers les contrées riches. Dans un monde où selon l'organisation OXFAM, 62 personnes possèdent autant que la moitié de la population mondiale on ne peut s'étonner que de grands bouleversements sont amenés à se produire. Pourtant sur place des réseaux de résistance de soutien d'entr'aide s'organisent. et ce ne sont pas les plus riches qui paient de leur personne.

Publications les plus consultėes cette année