jeudi 30 avril 2015

Une Proie facile


Voilà,
C'est un moment étrange dans un lieu sans grâce. Il ne comprend pas trop ce qu'il se passe. Cet éblouissement, ce vertige furtif et ces fourmillements dans le bras. Songe que cela pourrait être l'instant où jamais. La silhouette imprécise derrière l'opaque paroi de verre de l'abribus telle une proie facile. Personne alentour. La lame effilée dans la poche. Des années qu'il ne l'a pas fait, et depuis quelques temps de nouveau ça l'obsède cette envie. La dernière fois c'était au cœur d'un été. Ce clochard. Si simple cela avait semblé si simple. Comme autrefois lorsqu'il égorgeait les volailles à la ferme. Il avait ensuite passé la fin de l'après-midi dans un sauna gay et il avait joui des humiliations qu'il était venu y chercher. La nuit tombée, il avait ensuite longtemps marché d'un pas allègre par les rues moites et désertes de la ville dépeuplée. Il s'était alors senti léger, habité par un sentiment d'impunité et de puissance qu'il n'avait jamais connus. Malgré les odeurs de détritus et d'urine que la chaleur rendait plus tenaces, il lui avait semblé avancer dans l'évanescente densité d'un rêve. Désormais il serait dépositaire d'un secret et d'une mission : ne jamais se faire prendre.
Aussi, à cette heure particulière du jour et dans l'éclat singulier de cette lumière Loïc Picardan hésite : peut-être n'est-ce pas vraiment raisonnable. (linked with the weekend in black and white)

mercredi 29 avril 2015

Fondation Louis Vuitton


Voilà,
hier j'ai visité la Fondation Louis Vuitton avec ma fille. Le travail architectural de Frank Gehry me fascine. Où que l'œil se porte c'est un pur bonheur. Le bâtiment est à lui seul une œuvre d'art, une sculpture immense où il fait bon se promener. Si l'on se tient au jeu des lignes, et qu'on le restitue, on obtient une sorte de dessin constructiviste, ce qui somme toute est assez logique. Du fait que, par le jeu des transparences, la structure s'offre au regard, j'ai eu eu la sensation de me mouvoir autant dans le concept (c'est à dire au plus près de l'idée) que dans sa réalisation. Mais je reparlerais de ça plus tard et d'autres photos viendront ultérieurement, c'est sûr. shared with midweek muse challenge


lundi 27 avril 2015

La voix de Michel Boujut

Voilà,
tout à coup dans la nuit, il y a la voix de Michel Boujut... Miracle des podcasts, la radio rediffuse un entretien qu'il a donné autrefois et que j'avais relaté fin 2012. Et c'est comme si jamais il ne nous avait quittés. Il y évoque Wim Wenders qui, dit-il, a été une révélation pour lui. Raconte que ses films l'ont accompagné ainsi que ceux de sa génération. Se rappelle en avoir entendu parler pour la première fois sur une autoroute la nuit, alors qu'il écoutait le pop-club de José Artur. Pour ma part, je m'en souviens comme d'un baba cool un peu arrogant, interviewé pour la télévision sur la croisette au sujet de son film "Au Fil du temps". Je l'avais à première vue trouvé assez déplaisant. Mais la vision de son film quelques semaines après, avait constitué un véritable choc esthétique. A la projection, il y a quelques semaines de son dernier opus "Every thing will be fine", il était là, gentil, aimable détendu et plein d'humour. Je me suis rendu compte que sans le connaître je l'aimais beaucoup, que depuis longtemps j'avais pour lui et pour son œuvre si tendre sensible et généreuse une sympathie immédiate.



Je me souviens aussi de "Alice dans les villes" où Rüdiger Vogler prenait beaucoup de polaroïds et ce plan incroyable où il rentre dans un café au fond duquel se trouve un Jukebox. À côté de l'appareil et l'oreille collée contre celui-ci se tient un enfant assis sur une chaise. Ses pieds ne touchent pas le sol et battent la mesure. Il fredonne. C'est un plan fixe qui dure le temps du morceau : "On the road again"de Canned Heat .



Et bien sûr "L'Ami américain", dont l'affiche avait longtemps décoré mon salon, j'en ai déjà parlé dans le Post consacré à ce film, mais j'ai retrouvé une image. Wenders donc, mais Boujut encore, de sa voix en off dans la formidable émission "Cinémas cinémas", et lui encore une autre fois à la radio parlant de son admiration pour Chaissac, chez qui, lorsqu'il était enfant, il se rendait avec son père  poète et éditeur de la revue "La Tour de Feu" (j'ai dans mon adolescence acheté des plaquettes de poètes éditées là bas). Souvenir mêlés, femmes images photos, le premier livre offert par C. avec sa délicate dédicace —dont la calligraphie si belle si ample, m'a toujours ému —"Une fois", de Wim Wenders précisément, auquel ce blog doit beaucoup, peut-être même son principe.


il y a aussi ce polaroïd qui date de fin 79 ou début 80, avec Agnès, dans l'appartement de la rue des Jonquilles où nous vivions alors ensemble, devant l'affiche dessinée par Guy Pellaert, ... J'aime beaucoup cette image d'elle.... Agnès que j'ai revue il y a peu lors de l'enterrement de son père...

samedi 25 avril 2015

vendredi 24 avril 2015

April in Paris


Voilà,
c'est aussi ça Avril à Paris, non loin de la cinémathèque où se donnent en ce moment une rétrospective consacrée à Antonioni et une autre à Buster Keaton. Comme à chaque fois que reviennent les beaux jours, il y a ce délicieux parfum d'insouciance, cette illusion trompeuse. Tout à coup la nature reprend le dessus, et l'on s'en remet à elle, à la douceur de l'air, au charme des senteurs printanières, à la bienfaisante chaleur du soleil. On se prend à rêver d'un monde plus léger, plus tendre comme ce duo entre Entre Ella et Louis.  Et puis on se souvient que dans deux jours ce sera un triste anniversaire, que les catastrophes sont indifférentes à ces petits bonheurs. Impossible de ne pas y penser, de ne pas songer à cet acharnement que met l'homme à détruire son écosystème. Il y a peu, j'ai lu cette phrase "Quand quelqu'un détruit une chose créée par l'homme on dit que c'est du vandalisme, quand on détruit quelque chose créé par la nature on appelle ça le progrès"


mercredi 22 avril 2015

Les Yeux fermés


Voilà,
"J’ai en ce moment tant d’idées fondamentales, tant de choses vraiment métaphysiques à exprimer, que soudain je me sens las, et que je décide de ne plus écrire, de ne plus penser : je laisserai la fièvre m’apporter l’envie de dormir, et les yeux fermés, je caresserai doucement, comme je ferais à un chat, toutes les choses que j’aurais pu dire." Fernando Pessoa (shared with midweek muse challenge )

dimanche 19 avril 2015

Le Décolleur


Voilà,
pour faire simple, je n'aime pas le monde tel que je le vois d'ici ni la réalité telle qu'elle se présente sous ces latitudes. Je ne le fais pas exprès. J'aurais grandi dans la région de Perth ou vit Gracie, ou bien non loin de la Columbia River comme Bill et Laura j'aurais sûrement un point de vue différent sur la question, ou du moins je m'en accommoderais différemment. Et si j'avais vécu à Haïti dans les Balkans en Afrique en Palestine ou en Syrie, mon point de vue serait sans doute autrement pire, ou peut-être n'aurais-je même pas l'occasion d'en avoir. Je suis tout à fait conscient que pour certains il y a quelque chose d'indécent à lire ce que j'écris parce que ailleurs, 'il y a de plus grandes détresses, que le confort européen est souvent très envié, et que d'une certaine façon j'appartiens à une époque et une géolocalisation relativement préservées. Mais bon, j'ai commencé très tôt par voir des horreurs, j'ai passé mon enfance dans des casernes, j'ai côtoyé la connerie, j'ai sans doute en partie, été contaminé, je ne suis pas sûr que cela m'ait vraiment immunisé mais, en dépit des belles rencontres que j'ai pu faire et dont j'ai souvent parlé dans ce blog, cela m'a permis de comprendre assez vite que, comme le disait St François de Sales "où il y a de l'homme il y a de l'hommerie", et ça, cela n'a pas vraiment contribué à faire de moi un optimiste. Ou alors comme dans la blague... C'est à cela que je songeais avant que cette scène ne m'apparaisse.

samedi 18 avril 2015

Portrait de Groupe


Voilà,
je l'ai prise parce que je trouve toujours rigolos les gens qui photographient et puis aussi ceux qui font des selfies. et des photos touristiques. Ceux-là ma foi avaient l'air bien joyeux et peut-être à ce moment là ai-je envié leur jeunesse et leur insouciance. Je me suis rappelé que c'étaient là que se trouvaient les danseurs lors de mon premier séjour. Ensuite, avec ma fille nous sommes descendus vers l'Alfama. Parce qu'il était marqué sur un mur "Je suis Charlie" j'en suis venu à lui expliquer pourquoi pour ma part, en dépit du fait que parmi les victimes certains dessinateurs m'étaient familiers depuis l'enfance, et bien que je trouvais odieux cet assassinat, je ne l'étais pas. Dans un premier temps elle a semblé étonnée, presque choquée et j'ai du longtemps argumenter afin de faire valoir mon point de vue. 
première publication

jeudi 16 avril 2015

La Buvette des Marionnettes


Voilà,
aujourd'hui il fait beau, et même si la nuit n'a pas été sereine, cela va mieux. Je ne sais pas si j'aurais le temps aujourd'hui, mais faire un petit tour au jardin du Luxembourg, me ferait le plus grand bien. Un moment que je ne m'y suis pas attardé. L'autre jour dans le bus rue Guynemer, je me suis rendu compte que les arbres y étaient en feuilles. Il y eut une époque où je le traversais chaque jour de l'année, pour aller au Lycée. C'était un lieu de rendez-vous. Bien des années après j'y suis retourné avec ma fille, à l'aire de jeux. Oui le Luxembourg, pourquoi pas, en fin d'après-midi, je peux tout de même bien m'autoriser ça...

mercredi 15 avril 2015

Migraine

 

Voilà,
la journée aura commencé avec un air gai, j'aurai, jeté beaucoup de papiers et de revues, fait un peu de jardinage sur mon balcon, vu ma fille et travaillé un moment avec elle, rencontré un jeune homme intéressant et parlé de cinéma avec lui, découvert enfin  — mieux vaut tard que jamais — le film "Zabriskie Point" d'Antonioni, mais une migraine terrible ne m'aura pas quitté de toute la journée. Parfois, je crains de n'être plus qu'une ombre qui s'apprête à sortir du cadre. Oui ce n'est pas très gai, assurément, mais il m'arrive parfois d'avoir les idées sombres. Il ne me reste plus qu'à trouver le sommeil.

mardi 14 avril 2015

Fermés de l'intérieur


Voilà,
dans le métro. Direction du quartier d'affaires. Une sorte d'accablement généralisé. Voyageurs résignés et comme décomposés dans un mélange de tristesse ombrageuse et d'hébétude inquiète. A intervalles réguliers un homme démuni vivant dans la rue ou dans des hôtels de fortune, pénètre dans le wagon, déclame sans conviction sa doléance et navigue la main tendue parmi les voyageurs. Chacun s'absorbe à de menues activités. Certains lisent les nouvelles — les mêmes pour tout le monde — sur un journal gratuit, (on moquait autrefois les pays communistes qui n'avaient qu'un seul organe de presse, aujourd'hui les marchands d'armes et les gros industriels se partagent l'information et abrutissent le populo), d'autres songent. Les petites machines modernes permettent à ceux qui en disposent de s'affairer sur leur écran tout en écoutant une musique qui les soulage un peu du poids de leur propre existence et des vicissitudes de ce monde. Une attitude volontairement autiste leur évite de croiser le regard de celui ou celle qui vient à leur rencontre. Comme les chiottes, ils sont fermés de l'intérieur. Après tout chacun sa merde n'est-ce pas ? 

dimanche 12 avril 2015

Sac à main



Voilà, 
c'est une fin de journée il y a quelques semaines ; en passant je vois ça sur le parvis de la Défense, ce sac à main géant, je ne sais pas ce que c'est, un décor pour une pub ou bien une sculpture éphémère. Juste avant je suis en train de me dire que je commence à en avoir vraiment ras-le-bol de toutes ces contradictions dans lesquelles je m'épuise, de tous ces compromis auxquels je dois consentir. Les pensées se mélangent, je songe aussi au hasard cette loi qui, selon un poète arabe, voyage incognito, en même temps qu'à toutes ces nouveaux mots insupportables qui font aujourd'hui florès, comme "le ressenti", le "vivrensemble", "l'empathie" mise à toutes les sauces, ou encore ces expressions à la con telles que "pas de souci", "on gère", "bonjour l'ambiance", "un truc de ouf", "être en mode ceci ou cela"... Les intuitions s'emberlificotent dans mon crâne, fusent sans qu'il ne me soit possible de les formuler  : je réfléchis au marketing qui prend le contrôle autant des consciences que de l'inconscient collectif et laisse libre cours aux pulsions, je pressens que pour beaucoup il transforme l'existence en quelque chose de douloureux et la vie en commun en quelque chose de triste : le manque appelle perpétuellement sa satisfaction, mais faute d'être assouvi, n'engendre que frustration et névrose. Je gamberge aussi sur tout ce qui avance à bas bruit auquel le rythme médiatique est peu adapté : les conflits de plus ou moins basses intensité, les droits de l'homme bafoués un peu partout sur terre, les transformations écologiques, l'acidité des océans, l'accord commercial transatlantique en train de sournoisement se mettre en place, la lente dégradation des conditions de travail, mais je m'arrête quand même, devant cette scène, non parce qu'elle me semble insolite mais parce que ce que j'ai besoin de ne plus penser, de fuir en quelque sorte dans l'instant et de me réduire à cette infime fraction de présent qui s'offre à mon regard. 

vendredi 10 avril 2015

Profiter du soleil



Voilà,
en feuilletant le blog de José Mendonça, je suis tombé sur une magnifique photo du porche d'entrée du monastère des Hiéronymites. Je me suis souvenu de l'homme aperçu il y a quelques semaines au même endroit. Alors que le soleil déclinait doucement, il profitait de la lumière frappant sur les piliers. Certes il faisait frais - on était à la mi-février - mais la journée avait été radieuse, et la promenade avec ma fille du côté de Belem, un enchantement. Je me suis aussi souvenu du premier séjour et de la découverte du cloître. Lisbonne me manque terriblement. Tant de choses que je n'y ai encore vues. Et comment ne pas en rêver quand ici à Paris, la pollution rend l'air irrespirable.
première publication 10/4/2015 00:02

jeudi 9 avril 2015

L'Affiche de Cerrone


Voilà,
c'était début décembre, et cette affiche fraîchement collée où était imprimé le nom de Cerrone m'a paru étrange ou plutôt incongrue. C'était comme un retour des années 70. Je me souviens tout à fait de l'état qui était le mien à ce moment là, de mon "Einstellung" comme dirait Wim Wenders. Je venais juste de recevoir un message qui laissait entendre que l'audience avec le juge s'était mal passée. J'avais tenté (mais sans grand succès) d'être rassurant : "ce n'était là qu'une impression" avais-je suggéré ; mais quelques jours plus tard il avait fallu se rendre à l'évidence. La ruse, la mauvaise foi et la duplicité pouvaient tromper la justice. De sombres jours s'en étaient suivis. Je me rappelle qu'ensuite pendant un peu plus d'une semaine, la peur ne m'a pas quitté.

dimanche 5 avril 2015

Le Masque


Voilà,
surgi du passé ce lapin dont je ne sais s'il était alors vraiment de Pâques
je pense avoir pris cette photo en 1976, avec un Ihagee Exakta qui ressemblait à celui-ci
première publication5/4/2015 à 00:05

jeudi 2 avril 2015

Dormir pour oublier (17)


Voilà,
les espaces urbains où il est encore possible de s'abriter sont à présent de plus en plus réduits et n'offrent qu'une protection relative contre le vent le froid et la pluie. Les cabines téléphoniques, pour ceux qui les squattaient, constituaient autrefois, en dépit de leur exiguïté, une sorte de refuge. C'est cette raison sans doute, qui a précipité leur disparition. Il est probable que d'ici quelques mois la copropriété de cet immeuble fera en sorte d'empêcher par l'installation d'une grille ou par quelque autre subterfuge toute possibilité d'accès à ce renfoncement. Ils chercheront ailleurs ceux qui, dans l'espace public se trouvent désormais réduits au statut d'encombrant dont il faut à tout prix se débarrasser. Du reste ces sans-domicile empaquetés dans leurs duvets, leurs couvertures de survie, leurs cartons finissent par prendre l'apparence des choses abandonnées destinées au rebut. Ainsi se détournent-ils de nos regards qui ont si souvent honte ou peur de croiser les leurs. De leur déchéance ils n'offrent qu'une forme vague, et indécise à la périphérie de la communauté des vivants qui secrètement, depuis longtemps, mais sans pour autant se l'avouer, ne les reconnaît plus comme tels.


lundi 30 mars 2015

À quai


Voilà
"Il est des bateaux qui aborderont à bien des ports, mais aucun n'abordera à celui où la vie cesse de faire souffrir, et il n'est pas de quai où l'on puisse oublier." écrit Fernando Pessoa dans "Le livre de l'Intranquillité". J'ai repensé à cette phrase l'autre soir, après un moment de grande douceur et de félicité, pourtant. Au lieu de m'endormir paisible et épuisé, je songeais au commandant de bord de l'avion tentant de défoncer la porte blindée du cockpit à coup de hache et aux hurlements des passagers pris de panique devant l'imminence d'une fin aussi atroce qu'absurde, et combien alors le temps avait du paraître long. Oui, propagée sur les ondes, les écrans, petits ou grands, avec ses commentaires multipliés et incessamment répétés, l'information permanente est devenue une sorte de poison qui contamine nos pensées. Elle nous donne à ressentir jusqu'à l'écœurement un monde malade chaotique et suicidaire où peu à peu ni l'amour ni la beauté ne sont à même de nous offrir consolation ou réconfort. J'essaie de me cramponner aux choses simples. Mon forsythia a fait sa première fleur il y a deux trois jours. Un peu plus tardivement que les autres années. Linked with the weekend in black and white)

samedi 28 mars 2015

Sans Repos


Voilà,
hier, à l'occasion de la Journée Nationale du Sommeil, des étudiants en théâtre de l'Université Paris Diderot ont, dans le hall d'accueil de l'Hôpital Bichat, où beaucoup de gens attendent, proposé une performance intitulée "Sans repos". Afin de suggérer des états suscités par des pathologies observées et soignées dans ce centre hospitalier, les performeurs, tout en manipulant des objets oniromanciques (doudous et autres talismans qui parfois aident à trouver le sommeil) se déplaçaient les yeux mi-clos avec lenteur parmi les visiteurs et les patients, parfois indifférents, souvent étonnés mais rarement hostiles. Alentour, des médecins distribuaient des brochures informant des différents risques encourus liés aux troubles du sommeil et de la nécessité d'une alimentation saine au motif que sommeil et appétit influencent notre équilibre hormonal. Sur un banc, une vieille femme dévorait un sandwich sans trop paraître comprendre ce qui se passait autour d'elle.p

vendredi 27 mars 2015

Une Chambre en soi


Voilà,
"tout homme porte une chambre en lui. On peut même le vérifier en écoutant. Quand quelqu’un marche vite et que l’on tend l’oreille, la nuit par exemple, lorsque tout est tranquille, on peut entendre le petit bruit d’un miroir mal fixé au mur ou celui d’un chapeau de lampe." (Franz Kafka)

mercredi 25 mars 2015

Titanik bar


Voilà,
en regardant "Damnation" le film de Bela Tàrr dont les plans sont souvent très longs, il m'a semblé que tous ces cinéastes de la lenteur (comme lui, Angelopoulos, Nuri Bilge Ceylan, Tarkovski ou Antonioni) passés maîtres dans l'art du plan-séquence, parvenaient – mais pour des raisons totalement opposées à celles que suggère Kafka – à obtenir le résultat que redoutait l'auteur de "La Métamorphose". "Je suis de ces êtres chez qui prime la vueécrivait-il "Or le cinéma perturbe la vision. La rapidité des mouvements et la succession précipitée des images vous condamnent à une vision superficielle de façon continue. Ce n'est pas le regard qui saisit les images, ce sont elles qui vous saisissent le regard. Elles submergent la conscience". En fait, j'ai plutôt l'impression que plutôt que de submerger la conscience "la succession précipitée des images" dont il parle a plutôt tendance à l'annihiler complètement. C'est sans doute la raison pour laquelle elle est à ce point utilisée dans les publicités et les films d'action, et qu'au contraire c'est la lenteur qui saisit le regard et submerge la conscience. Lorsque je vois un film d'Angelopoulos, par exemple, il me semble que je me dilue dans le récit, que mon imaginaire est devenu une matière de ce film et qu'en effet ma conscience est "totalement submergée".

lundi 23 mars 2015

L'Animal des Bois


Voilà,
"à peu près ce qu'il en est : j'étais un animal des bois qui, en ce temps là, ne vivait presque jamais dans la forêt, mais terré n'importe où dans un sale fossé (sale en raison de ma seule présence, naturellement), lorsque je vis au grand soleil la chose la plus merveilleuse que j'eusse jamais aperçue ; je ne songeais plus à rien, je m'oubliais totalement ; je me suis levé, je me suis approché, craintif, au sein de cette liberté nouvelle qui me rappelait pourtant l'air natal, je me suis approché malgré ma peur, et je suis arrivé jusqu'à toi. Que tu étais bonne ! je me suis couché à tes pieds, comme si j'en avais le droit, et j'ai posé mon visage dans tes mains, je me suis senti heureux, fier, libre, puissant, chez moi ; tellement chez moi ! (toujours, toujours tellement chez moi!). Mais au fond j'étais resté la bête, je n'appartenais qu'à la forêt, je ne vivais ici, au grand jour, que par ta grâce. Sans le savoir (j'avais tout oublié) je lisais mon destin dans tes yeux. Cela ne pouvait durer. Tu ne pouvais éviter, même en me caressant de la main la plus bienveillante, de découvrir en moi des singularités qui relevaient de la forêt, de cette origine, de cette véritable patrie ; il a fallu te donner, fallu te répéter ces explications sur la "peur" qui me torturaient (toi aussi, mais injustement) comme si j'avais déjà les nerfs à nu ; j'ai senti quelle plaie répugnante je représentais dans ta vie, et quel obstacle universel ! "(Franz Kafka, lettre à Milena)

samedi 21 mars 2015

Quai de la Bastille


Voilà,
je pourrais, sur ce blog, m'en tenir à la stricte présentation d'instants qui m'ont capté, ou de certaines visions que j'ai cru bon figer sous forme de photos, sans pour autant y adjoindre un texte. Ce serait au fond, bien plus simple, moins chronophage aussi. Mais bon, j'ai besoin que des mots accompagnent les images. Non qu'ils m'inspirent confiance, les mots (j'en ai parlé ici ou ), mais s'ils sont souvent effrayants, malcommodes et parfois duplices, leur usage rassure néanmoins. Car, tant que je parviens à agencer des phrases cohérentes, à composer des paragraphes, à formuler des pensées, aussi sommaires soient-elles, cela signifie que je suis encore au monde, que j'y participe (même modestement), que j'ai mon mot à dire, que je peux encore à peu près me situer dans le chaos ambiant sans tout à fait céder à la confusion.
Avec les images il arrive parfois que je me perde à dessein, comme dans ces reflets où, en un même temps et un même cadre, divers pans de réalité s'enchevêtrent. J'aime le trouble et la surprise que cela suscite, ce doux vertige pareil à celui que l'on peut éprouver au sortir d'un rêve. C'est pour de tels étonnements que je marche dans la ville au gré de ma fantaisie. Si je m'efforce d'écrire, au contraire, c'est souvent pour me contraindre, m'obliger à formuler le plus clairement possible ce que je peux ressentir ou penser. C'est ma façon de lutter contre la sensation de dépossession, de perte de contrôle que de plus en plus souvent je crois éprouver, et dont je redoute qu'elle en vienne peu à peu à me submerger. Ecrire pour aussi partager des points de vue, inventer des histoires dont j'ai peut-être besoin de me débarrasser, traficoter des dispositifs rendant la réalité plus supportable. Et puis encore, pour donner du relief à ce qui pourrait sembler ordinaire ou insignifiant, mais qu'une raison obscure ou indéfinie rend toutefois nécessaire.

jeudi 19 mars 2015

Requin


Voilà,
ce que j'ai vu un jour dans la boutique de l'aquarium de Lisbonne. C'était il y a un mois et cela me paraît déjà bien loin. Entretemps j'ai la sensation de ne pas avoir fait grand chose et de m'être éparpillé dans des tâches insignifiantes. Il me semble que le temps me file entre les doigts. Les insomnies me perturbent et me fatiguent.

mardi 17 mars 2015

Un Bernard Buffet rue des Saints-Pères


Voilà,
passant mercredi dernier, rue des Saints-Pères, mon regard a été attiré par cette devanture. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un tableau de Bernard Buffet exposé dans une galerie. Buffet, tout de même, c'est une image du Saint Germain-des-près des années cinquante au même titre que le café de Flore, les caves et les existentialistes. Cela relève presque de la carte postale, du cliché. Je me rappelle que jusqu'à la fin des années soixante-dix on en voyait encore beaucoup dans le quartier. Pour ma part, je n'aimais alors pas trop sa manière, ni cette façon d'apposer une signature géante sur ses toiles. Je trouvais que tout cela relevait du procédé, et que toutes ses peintures se ressemblaient. Durant ces trente dernières années, il me semble — mais peut-être n'est ce qu'une impression — que son œuvre a connu une sorte de purgatoire, du moins en France, car j'ai lu quelque part qu'il est très populaire au Japon où ses toiles sont rassemblées dans un musée qui porte son nom. Aujourd'hui je regarde cela d'un œil moins hostile. Je n'irai pas jusqu'à écrire que cela me plaît, mais cela me touche, sans doute moins à cause de la toile que du temps écoulé entre ma perception présente et celle d'autrefois. Est-ce là une manifestation de faiblesse, une forme d'auto-apitoiement, qui sait, peut-être même de gâtisme ? Ce qui, par contre, continue de m'intriguer, c'est la capacité que peuvent avoir certains artistes de toujours creuser le même sillon sans pour autant jamais s'ennuyer d'eux-mêmes. C'est une question que je me pose de temps à autre.

dimanche 15 mars 2015

Vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises...


Voilà,
souvent, pour expliquer le sens de son action, il avait coutume de dire qu'il était "l'âne qui porte les prophètes". C'est une ânesse qui, pendant qu'une enceinte diffusait les suites pour violoncelles de Bach, a précédé la carriole transportant son cercueil décoré par ses filles de motifs de tapas océaniens qu'il aimait beaucoup. Dans le petit cimetière, quelqu'un a lu "la prière pour aller au paradis avec les ânes" de Francis Jammes. Des amis ont ensuite rendu des hommages sobres et émouvants, où des sanglots parfois s'étouffaient au détour d'une phrase. Il y eut d'autres discours après, plus officiels et convenus. C'est alors que l'ânesse s'est mise à souffler un peu. Mais quand ensuite fut diffusé le poème de Verlaine chanté par Léo Ferré qui commence par "âme te souvient-il au fond du paradis de la gare d'Auteuil et des trains de jadis..." Il y eut un grand silence, et des larmes difficiles à retenir. Le curé d'origine africaine qui autrefois venait donner la communion à Dominique quand elle ne pouvait plus se déplacer a pris alors la parole. Non pour une bénédiction que le défunt ne souhaitait pas, mais pour, en peu de mots, mais si justes et sincères, s'adresser une dernière fois de sa voix chaude et apaisante, à "Papa Philippe" comme il l'appela. Il savait que dans cette assemblée, nombreux étaient ceux pour qui il avait été comme un père. Ensuite, ce fut la mise au caveau au son de l'adagio du concerto pour hautbois en Ré mineur de Alessandro Marcello, les pétales de fleurs jetés sur la bière, et une dernier poème, celui des "deux escargots qui s'en vont à l'enterrement d'une feuille morte" de Prévert, chanté par les Frères Jacques, ses amis d'autrefois. On s'est ensuite retrouvés dans la salle des fêtes du petit village pour boire et manger comme il aimait tant le faire... Le portrait peint par Yves Faucheur qui se trouvait autrefois dans l'entrée de l'appartement de la rue de Vaugirard y était accroché. Cette matinée de séparation, ses filles ses petits-enfants et ses proches ont su en faire un adieu tendre et paisible, un moment partagé qui lui ressemblait, atténuant ainsi le chagrin éprouvé. Par delà la mort, quelque chose de lui se perpétue, essentiel : cet art de vivre qui lui était si singulier, prodigue de tant de bonté, d'attention et de générosité. 

Portrait de Philippe Tiry par Yves Faucheur

Les liens qui évoquent Philippe

jeudi 12 mars 2015

Où le vent m'emporte


Voilà,
"Ce matin je suis sorti très tôt parce que je m’étais éveillé encore plus tôt et qu’il n’y avait rien que j’eusse envie de faire… Je ne savais quelle direction prendre, mais le vent soufflait fort, il poussait d’un côté, et je suivis le chemin vers quoi le vent me soufflait dans le dos. Telle a toujours été ma vie, et telle je désire qu’elle soit à jamais ; je vais là où le vent m’emporte et je ne me sens pas penser. "(Fernando Pessoa) Linked with "the weekend in black and white"

lundi 9 mars 2015

Philippe Tiry


Voilà,
on s'est perdus de vue depuis longtemps, on reçoit de loin en loin, par des tiers, des nouvelles... On a beau avoir pris conscience que, à plus ou moins brève échéance, cela finira bien par arriver — c'est inéluctable, une loi de la nature —, on a beau s'y attendre, lorsqu'il advient, l'événement laisse décontenancé, abasourdi et plonge dans le chagrin.  Philippe n'est plus de ce monde. J'ai beau avoir aujourd'hui à quelques mois près, l'âge qu'il avait sur cette photo prise en Provence à l'été 1986, je me sens moi aussi comme orphelin. Je l'ai souvent évoqué ici ou . Le rencontrer, lui et son épouse Dominique, à l'âge des incertitudes, quand on ne peut plus, ne veut plus être enfant et que l'on ne sait comment devenir un adulte, a été une chance qui m'a sûrement évité bien des déboires, des fausses routes et des folies. Il m'a appris à regarder le monde autrement, à le goûter autrement aussi. Peter Brook a réalisé autrefois un film "Rencontre avec des hommes remarquables". Philippe Tiry, sans aucun doute, était lui aussi de cette espèce là. Il était merveilleux, de gentillesse, d'humour et d'intelligence. Et par dessus tout, il aimait partager la table et le vin, avec élégance imagination et fantaisie...

dimanche 8 mars 2015

Journée internationale des droits des femmes


Voilà,
aujourd'hui c'est la "journée internationale des droits des femmes".
Et ça une vitrine rue Oberkampf. Je ne ferai pas d'autre commentaire.

vendredi 6 mars 2015

Et dans cette songerie...


Voilà,
"Et dans cette songerie sans calme ni grandeur, dans cette flânerie sans but ni espoir, mes pas usaient cette matinée de liberté, et mes phrases prononcées tout haut à voix basse résonnaient, en se multipliant, dans ce simple cloître de mon isolement." (Fernando Pessoa) (Linked with the weekend in black and white)

mardi 3 mars 2015

Intuitions


Voilà,
"On peut ainsi imaginer que les écrivains et les artistes pressentent des formes qui n'ont pas encore cours et auxquelles seule leur intuition permet d'exister, avec un temps d'avance plus ou moins long. (...) Les créateurs perçoivent autour d'eux les éléments annonciateurs d'événements qui ne se sont pas encore produits mais dont les premiers signes sont perceptibles à ceux qui disposent d'une sensibilité exacerbée (...) ils sont attentifs à des mouvements collectifs subtils auxquels tous les êtres n'ont pas accès, et ils en tirent les conséquences dans leurs fictions, en prolongeant les lignes de force invisibles perçues dans la réalité". Pierre Bayard in "Il existe d'autres mondes"
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lundi 2 mars 2015

Foudroiement


Voilà,
Un après-midi au cœur de l'été, apercevant ces arbres fantomatiques, de vieilles terreurs ressurgissent. Ce qui tout à coup, sans qu'on s'y soit préparé réduit une existence à néant. L'infarctus, l'accident vasculaire cérébral, la faute d'inattention qui dans la rue ou sur la route vous fait passer immédiatement de vie à trépas, l'agression inexpliquée, l'attentat aveugle et meurtrier qui saccage tout, sans distinction, le train qui déraille sur une voie mal entretenue, l'opération bénigne qui tourne mal, la nouvelle effroyable qui vous plonge dans le malheur et le chagrin (la liste n'est pas exhaustive bien sûr, mais là j'ai un peu la flemme d'en rajouter car en peu de mots ça fait déjà beaucoup). Et puis un souvenir de lecture aussi : ces pages traumatisantes dans "Ostinato" acheté et lu à Annecy début 1997. Louis-René des Forêts y évoque la tragique disparition de sa fille frappée par la foudre. L'incrédulité qui s'en était alors suivie devant ces pages si pudiques et émouvantes. Et aussi l'accablement qui m'avait alors accompagné se prolongeant plusieurs jours durant. Bon si je n'ai jamais pris d'antidépresseurs de ma vie c'est parce que ça rend tout mou paraît-il (Linked with skywatch friday)

samedi 28 février 2015

Récentes promenades


Voilà,
dans la salle d'attente au sortir d'un examen radiologique, une jeune femme raccompagne sa vieille mère dont la démarche hésitante nécessite qu'elle se rasseye un moment. C'est aussi qu'elle voudrait retrouver dans son sac ou dans ses poches elle ne sait plus très bien un document dont elle a besoin pour un rendez-vous suivant, à la banque crois-je comprendre. Cela dure un certain temps. Le visage de la fille et surtout ses intonations lorsqu'elle questionne sa mère laissent transparaître son agacement. Voyant cela, c'est évidemment à moi que je pense. Je redoute la possibilité qu'un jour nous nous donnions aussi, père et fille, à notre insu de la sorte en spectacle. J'essaie de chasser cette idée de mon esprit en convoquant les doux souvenirs de nos récentes promenades.

vendredi 27 février 2015

La Fille au bord du Tage


Voilà,
le jour du mardi gras qui est un jour férié là-bas, 
j'ai passé un long moment à regarder cette jeune femme qui n'arrêtait pas de faire des selfies sur le bord du Tage. 


Elle avait l'air plutôt contente comme ça toute seule, 
quoique, à son sourire, je supposais qu'elle devait être, du moins en pensée, en compagnie d'une personne aimée à qui elle destinait ces photos. 


Elle y prenait beaucoup de soin, recommençant souvent et fignolant son cadre, 
sans même se rendre compte à quel point elle attirait l'attention
(Linked with skywatch friday)

jeudi 26 février 2015

Le Héros


Voilà
le héros s'appelait Jim Curtiss. Non, pas le héros, le double. C'était un lointain parent de Ted Curtiss le fameux parachutiste, dont j'ai fait la connaissance vers 63 ou 64. L'adversaire s'appelait Roy Boy. Il avait une sacrée carrure était bien plus grand que Jim, les yeux clairs, le cheveu blond et ras, totalement antipathique mais sacrément coriace. C'est lui qu'il fallait absolument battre aux dames, aux dominos, au mikado, à la course en vélo en solitaire-mais-pas-vraiment, lui qui attaquait en traître dans la forêt, qui portait continuellement la contradiction et manigançait des mauvais coups. Je ne sais pas trop ce qu'ils sont devenus. Ils se sont évanouis dans la nature, à peu près à la même époque. La dernière fois où j'ai aperçu Jim, il paraissait un peu las, et préoccupé. Il fumait beaucoup. Il avait pris du poids. "Les héros sont fatigués" avait-il maugréé dans un demi-sourire. Il n'avait, de toute la conversation, quitté ses lunettes de soleil, de sorte qu'a aucun moment je n'avais pu croiser son regard. Nous avions été pourtant si proches, autrefois. (shared with friday face off

mercredi 25 février 2015

La Douceur


Voilà,
parfois, au détour d'une rue, une vision fugitive infiniment tendre et apaisante, un instant, vous réconcilie avec le monde
(qui d'ailleurs n'en a rien à faire)

mardi 24 février 2015

Le jour où le Sporting a battu Gil Vicente 2 à 0


Voilà,
Il n'y avait pas grand monde dans les rues de Lisbonne ce matin-là. Je ne sais s'il en est toujours ainsi, le dimanche. Ou si la fraîcheur en était la cause ou bien encore le début du carême. Ma fille et moi avons traversé le Tage juste pour voir à quoi ressemblait la ville depuis la rive opposée. On a traîné un long moment sur les quais abandonnés de Cacilhas. Parfois je ne pouvais m'empêcher de songer à cette horrible vidéo mise en ligne par Èva que j'avais, quelques jours auparavant, en partie regardée, sans trop comprendre dans un premier temps de quoi il s'agissait, si c'était une fiction ou pas. Réalisant soudain ce qui allait suivre, j'avais laissé tombé. Je pensais à ces temps pas si lointain où la réalité n'était pas encore devenue cette vaste pornographie que propage Internet. Des choses étaient encore cachées. Je me demandais pourquoi j'avais si peur de voir ou de regarder certaines fictions séquences ou documentaires relatant une réalité crue alors que les images fixes me semblent plus supportables. Et parce que dans la nuit j'avais cherché des informations sur l'origine des langues ibériques, me traversaient aussi de vagues considérations sur le déclin des civilisations, les mouvements migratoires, le délitement actuel de l'Europe, les menaces terroristes et les déclarations de guerre des Islamistes radicaux contre "les peuples de la croix". Parfois je claquais quelques photos, et puis comme je sais faire plusieurs choses à la fois, je plaisantais avec ma fille si heureuse de découvrir Lisbonne. D'ailleurs le grand projet du jour n'était pas de flâner sur ces berges ni même d'aller voir de plus près la statue du "Cristo Rei". Non le grand projet était d'aller, à l'Estadio José Alvalade XXI assister comme promis en fin d'après-midi à un match opposant le Sporting du Portugal contre Gil Vicente l'équipe de la ville de Barcelos qui porte tout de même le nom d'un poète classique portugais du XVème siècle. 
Oui c'est comme ça, ma fille aime le foot. 
Dans le très beau film "La vérification" que j'ai vu récemment dans le cadre d'une rétrospective qui lui est consacrée, le réalisateur soviétique Alexeï Guerman, fait un éloge appuyé du football au cours d'une conversation entre deux résistants communistes à l'occupation nazie. L'un d'eux dit  même que "c'est un sport très intelligent et subtil". Sur le moment j'avais trouvé cette séquence vraiment surprenante. 
première publication 24/2/2015 à 7:34

samedi 21 février 2015

Calçada


Voilà,
Petits cubes de calcaire blanc et de basalte noir, parfois glissants pour les semelles usées, ils forment une marquetterie brillante qui dépayse et c'est très bien. Cette ville me charme de plus en plus. Aujourd'hui le vent y souffle fort. Et la lumière y est continuellement changeante. Le linge sèche vite aux fenêtres.

vendredi 20 février 2015

Rétrospective Jeff Koons


Voilà,
je ne peux pas dire que j'ai vraiment visité la rétrospective Jeff Koons. Je m'y suis plutôt promené, je l'ai parcourue. C'était un début de soirée, en semaine, il y avait beaucoup moins de monde que je le craignais. J'y ai déambulé comme dans une galerie marchande, ou comme on s'attarde devant les vitrines des Galeries Lafayette ou du Bon Marché au moment de Noël. D'ailleurs peut-être n'est-ce pas tout à fait le fruit du hasard si cette expo a été inaugurée avant les fêtes de fin d'année. Ce n'était pas désagréable plutôt distrayant. L'ensemble est assez kitsch avec ses sculptures colorées représentant des icônes de la société de consommation américaines, ou des reproductions géantes de ces objets que l'on gagne dans les fêtes foraines. Ou encore avec ces objets gonflables plutôt mous durcis dans l'acier. L'artiste assez malin sans doute, s'amuse du paradoxe et de la prévisible interprétation freudienne qu'on peut en faire. Il a retenu les leçons de Duchamp et de Warhol.
Comme nombre de ses œuvres sont constituées de surfaces réfléchissantes que le public est autorisé à photographier, la plupart d'entre elles se révèlent ainsi à chaque fois comme une pièce unique qui n'existe qu'au regard de celui qui l'a enregistrée. Non seulement ce qui s'y reflète est toujours différent (les spectateurs ne sont jamais les mêmes) mais en plus l'observateur figure presque toujours sur la surface qu'il photographie conférant ainsi à l'œuvre capturée le statut de selfie qui est le comble de la contemporanéïté. C'est ça surtout qui m'a saisi (et que j'ai saisi) : le nombre incroyable de gens photographiant les "œuvres".


Sinon j'y ai appris qu'il avait étudié avec Ed Paschke. j'ai découvert ce peintre de Chicago, à la fin des années 70 au cours de mes pérégrinations adolescentes entre la rue Mazarine la rue de Seine et la rue Dauphine. Il était exposé à la galerie Darthea Speyer sise près du café "La Palette" rue des Beaux-Arts. Je me rappelle en particulier de grands toiles en noir et gris. Je reparlerai un jour de ces déambulations... (Linked with weekend reflections)

mercredi 18 février 2015

Le Funiculaire de Bica


Voilà,
"le funiculaire de Bica effectue une coupe transversale dans ce quartier de vieux escaliers inaccessibles aux automobiles. Cent fois par jour, le petit tram à crémaillère trouble les canaris et les chiens nonchalants, sépare les mégères, interrompt les livreurs pénètre en reflets chez la mercière des beaux et bons boutons et dans la bibliothèque d'un vieux républicain. Que les gens sont accueillants ! Quels transports pendant ce tendre parcours" (Christian Auscher)  (shared with the weekend in black and white - my corner of the world)
première publication 18/2/2015

mardi 17 février 2015

Demi-fou


Voilà,
lors du jugement de Jean-Claude Romand (cet homme qui a tué sa famille après s'être, pendant dix huit ans, fait passer auprès d'elle et de tout son entourage pour un chercheur et un médecin), le psychologue assermenté auprès du tribunal a déclaré le criminel à demi-fou "parce qu'il avait une vison altérée du réel". A juste titre au cours d'un entretien radiophonique le photographe Eric Delsaux en a conclu que "nous sommes tous des demi-fous puisque chacun cultive un rapport diffus bizarre et fuyant au réel". D'ailleurs ce post, lui aussi, atteste d'un rapport équivoque au réel, puisque, non seulement l'image n'illustre en rien le propos que je tiens mais en plus — comme bien de ceux qui vont lui succéder dans les jours à venir et comme de nombreux autres qui l'on précédé —, ce billet programmé à l'avance, se trouve en quelque sorte publié au futur antérieur. (Shared with Monday murals)

samedi 14 février 2015

Aux Eyzies


Voilà
Je repense souvent à ce lieu — vraisemblablement un des plus visités de France — peuplé depuis plus de 35 000 ans. Je me demande souvent si, à l'heure des téléphones portables et de l'informatique, ils se sentent reliés au monde d'une façon différente ceux qui, aujourd'hui encore vivent à proximité de ces grottes ou nos lointains ancêtres ont autrefois trouvé refuge.

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