mercredi 30 décembre 2020

Dans des limbes brumeux


 
Voilà, 
cela pourrait être n'importe quel bord de plage, mais c'est celui-là, celui d'un matin froid, en un temps qui semble lointain, bien qu'il ne le soit pas tant que ça. Le confinement a creusé une sorte de fossé temporel dans notre perception de la durée. Ce qui est advenu il y a plus d'un an, semble s'être perdu dans des limbes brumeux et confus. C'est comme un coma, qui nous a coupé du monde, renvoyé à une intériorité et à une solitude polluée par la peur et l'incertitude. Toutefois, durant cette période, sur les réseaux, il y aura eu tout un lacis d'informations contradictoires, et les divers spectacles de la bêtise médiatique, de l'arrogance de quelques mandarins et de leur soif de reconnaissance, de l'infantilisation humiliante et méprisante des pouvoirs publics à l'égard des citoyens, du mensonge et des omissions des politiques tentant de dissimuler leur imprévoyance et leurs erreurs, des atermoiements des uns, des imprécations des autres... 
Pendant les trois quarts de cette année un vague chagrin se sera tenu en coulisse, jamais très loin d'une scène déserte et lugubrement éclairée où l'on aura tout de même tenté de faire bonne figure. On aura fait des promenades de santé plus ou moins clandestines, on se sera accordé des attestations provisoires de déplacements. On aura passé des soirées à comparer des courbes sans y trouver la moindre logique ni quelque éclaircissement. On aura beaucoup mais vainement espéré, différant souvent nos souhaits d'hypothétiques lendemains enchantés. On aura cru quelques semaines au monde d'après, avant de comprendre qu'on y était déjà, et vraisemblablement englué dedans pour un long moment. On aura aussi plus souvent que de coutume traîné au lit et converti notre paresse en un geste barrière vertueux. Pour ma part jamais autant que ces derniers mois, je n'aurais entendu la septième de Beethoven. C'était son année. 
Sinon, ayant eu, la chance d'être préservé de la maladie, j'aurais tout de même eu la joie de suivre les matches du tournoi de rugby des provinces néo-zélandaises et envié ces visages heureux d'enfants jubilant dans des stades pleins en compagnie de leurs parents. Et à ceux pour qui cela peut paraître comme de la futilité, de la frivolité, je l'assure, c'était bon à prendre, cette rémission, car même si cela manquait de danseuses, souvent de belles chorégraphies furent improvisées avec l'espiègle ballon ovale.

lundi 28 décembre 2020

Conservatoire de danse de La Villette


Voilà,
il est parfois plus doux, plus mystérieux, plus rassurant, de contempler les choses de façon inversée, de chercher dans la réalité, la part de rêve qui manque tant, et contempler les choses ordinaires en s'oubliant dans un regard d'enfant. De toute façon ces derniers temps, à ce qu'il semblerait, tout est plus ou moins sens dessus dessous, non ?

dimanche 27 décembre 2020

En bas de la rue Mouffetard

  
Voilà, 
hier, je me suis promené du côté de la rue Mouffetard, où je n'étais pas repassé depuis quelques semaines. J'ai une affection particulière pour cette rue commerçante. C'est une des première que j'ai connue en arrivant à Paris. Celle où le dimanche matin, nous allions faire les courses avec mon géniteur qui pour l'occasion endossait une vieille veste qu'il avait parait-il portée dans sa jeunesse. Ce jour était d'ailleurs le seul où il s'habillait en civil. Pendant ce temps, la mère s'occupait de son nouveau rejeton, l'enfant si désiré tard venu après tant de fausses couches. Pour la première fois j'ai remarqué cette façade, tout en bas vers la Rue Daubenton. Autrefois devait s'y trouver un grand magasin de fromagerie charcuterie, comme il en existait tant alors. J'aime particulièrement le haut de la façade, avec ses cochons dans une forêt et qui évoque une tapisserie ancienne. Je suis ensuite remonté, en marchant lentement jusqu'au quartier latin. J'aime bien musarder et faire le touriste dans cette ville. (Linked with Monday murals - Paris in July
 

vendredi 25 décembre 2020

La petite photographe des Champs Élysées


Voilà,
dans un premier temps je m'étonne de ne l'avoir jamais publiée, celle-ci. Puis en regardant attentivement je devine bien ce qui a pu susciter mes réticences. Quelque chose dans le cadre ne me satisfait pas pleinement. Peut-être ai-je voulu y faire entrer trop de choses. J'aurais pu resserrer sur les personnages, afin qu'ils soient moins décentrés, mais au moment de déclencher, il est probable que je tenais à ce que la grille de l'entrée de la boutique "Abercrombie & Fitch", figure entièrement, de sorte qu'il y a un peu de vide à gauche de l'image que ne compense pas tout à fait la symétrie des deux arbres ni la croix que suggère la fenêtre. Dommage que personne ne soit passé en arrière plan entre l'arbre et la poubelle. Trois ans auront été nécessaires pour que je m'accommode de ces imperfections et que j'admette que, bien que pas complètement réussie cette photo demeure néanmoins honorable et mérite tout de même sa publication. Le regard de cette petite fille avec son gros appareil est si intense. (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 24 décembre 2020

Presser le pas

Voilà,
peut-être sommes-nous composés de traces qui font aussi notre histoire les mots ont leur importance ils font advenir de l'invisible... Des formes inouïes s'entrelacent dans différents temps des absents redeviennent présence inattendues... le rêve parfois surgit comme amorce il crée de l'inédit...  Les images sont à la fois énigmes et vérités... Tous ces morts sur moi... Pourrions-nous chercher, non pas des signes à interpréter dans la lumière, mais des échos qui nous parviendraient dans un murmure... Comment se compose-t-on a partir de nos images... on écrit du temps et des images de temps... Les images surgissent de l'enfance et le présent nous tient la main dans le maintenant ... 
Il essayait de retrouver le cheminement de sa pensée en longeant le quai. Tout près le fleuve coulait impassible. "Le chaos demeure un ordre à déchiffrer". Cette phrase lue en exergue d'un film dont ne lui restait aucun autre souvenir lui traversa l'esprit. Pressant le pas il haussa le col de son pardessus. Un vent humide et froid lui cinglait à présent le visage.

mardi 22 décembre 2020

L'Album "Revolver"


Voilà,
j'ai pas mal réécouté l'album "Revolver" des Beatles, ces derniers jours. C'est mon préféré. Je ne sais pas si c'est mon préféré parce que c'est le premier que j'ai intégralement écouté réécouté et surécouté. Je l'avais enregistré sur mon mini K7 Phillips qui était l'objet à posséder quand on avait treize ans en 69. Ce fut d'ailleurs mon cadeau de Noël cette année là. J'avais trouvé un argument de poids. Le collège du Kremlin-Bicêtre où j'étais nouvellement arrivé ne dispensait pas de cours d'allemand en première langue pour les classes de quatrième. Il me fallait donc rattraper deux ans d'anglais au plus vite et pour cela un magnétophone sur lequel il serait très simple de m'enregistrer et de me réécouter était absolument indispensable. En mettant en avant tout ce que cet appareil pourrait avoir de bénéfique pour les heures studieuses que je ne manquerais pas de passer avec lui, je n'eus guère de mal à convaincre mes parents de ce coûteux achat pour eux (ils ne manquaient jamais de me dire combien à leur porte-monnaie plutôt qu'à leur cœur j'étais un être cher, insistant sur tout ce que je leur coûtais et tout ce qui leur en coûtait).
Mais revenons à Revolver. Sur le pick-up (c'est ainsi que l'on appelait autrefois les tourne-disques) de mes parents dont j'ai retrouvé (non sans émoi) un jour dans une brocante le modèle en bon état, et auquel,
sans pour autant être atteint de pareidolie, je trouvais  un air tout à fait souriant (moins cependant que la 4CV familiale), sur le pick-up donc, j'avais, au micro (il n'y avait pas de branchement direct) enregistré l'album à l'envers (la face B d'abord puis la face A). Un garçon du nom de Serge Santoro me l'avait prêté. Il était le seul de la classe à avoir les cheveux longs et une moustache. En fait il cultivait sa ressemblance avec George Harrison qui était son Beatle préféré.
Pendant des semaines je me suis endormi en écoutant ce disque dont certains morceaux suscitaient des images mentales. "Here, there, and everywhere" m'évoquait ces paysages enneigés que l'on voit sur les anciennes cartes postales de Noël, "Eleanor Rigby" des souvenirs de romans de Charles Dickens. "For no one", suggérait une détresse qu'il me semblait avoir déjà connue quelques années auparavant, alors que "good day sunshine" était parfait pour décider que la journée qui s'annonçait serait belle. "Tomorrow never knows" et "love you to" si bizarres et chacun exotique à sa manière, l'un avec son sitar l'autre avec ses cris de sioux et ses paroles si énigmatiques m'enchantaient. J'aimais aussi le joyeux "and your bird can sing", le nonchalant "i'm only sleeping" avec ces vers qui me touchent toujours particulièrement "please don't spoil my day i'm miles away", parce qu'ils semblent résumer ma nature profonde. C'est là aussi que j'avais redécouvert "Yellow submarine", souvent entendu à la radio sans savoir que c'était eux. Par la suite, je m'étais aperçu que je connaissais beaucoup de morceaux des Beatles, puisque dans les années soixante leurs chansons avaient inondé toutes les radio du monde. J'avais aussi découvert que Johnny Hallyday, — que je n'ai jamais vraiment beaucoup apprécié — avait adapté une de leurs chansons en français
En fait, pour faire court, c'est après être à Paris que j'ai commencé à m'intéresser aux chanteurs anglais et américains. Cette première année au Kremlin-Bicêtre, fut assez étrange. Contrairement à mes camarades, je venais assez souvent à Paris, profiter de la petite piscine de l'École Polytechnique où mon père travaillait à l'époque. Et puis c'est à ce moment que j'ai commencé à traîner dans le quartier latin, sur le Boulevard Saint Michel qui j'ai arpenté de haut en bas des milliers de fois dans ma vie, et où ma fille à présent poursuit ses études. Serge Santoro, m'avait une fois emmené chez un disquaire aujourd'hui disparu de la rue des écoles, juste en face du cinéma Champollion, et il y avait acheté l'album "Let it be". Pour ma part c'est à "Paris Musique" en bas du boulevard Saint Michel que j'avais fait l'acquisition de mon premier album qui fut "Sergent Pepper". 
Sinon la vie au Kremlin-Bicêtre n'était pas très exaltante. Je me souviens juste d'avoir été étonné qu'il y ait deux filles noires (et d'un noir très différent) dans ma classe. Je venais de province, et dans le sud-ouest à l'époque il n'y avait pas de mixité raciale. L'une d'elle, d'origine sénégalaise s'appelait Brigitte Prouha. Elle était très belle très gentille et sa peau très sombre. Elle habitait deux étages au dessus de chez moi, et sa famille nombreuse disposait de deux appartements sur le même palier. Il m'arrive quelquefois de penser à elle. Je l'associe à un sentiment de hontee que j'éprouve toujours rétrospectivement, en y songeant.
Un jour elle m'avait prêté des disques de musique soul, et de rythm'n blues, Otis Redding, Aretha Franklin, James Brown. "pour me faire partager sa culture" m'avait elle dit. J'avais accepté par politesse, en avais écouté quelques uns, mais j'avais trouvé ça "criard" c'était ainsi que je me l'étais formulé. Mais à la vérité, c'est parce que j'étais encore sous l'influence raciste de mes parents, et que je ne pensais pas nécessaire d'accorder une attention soutenue à cette musique, parce que ce n'était après tout que de la musique de noirs, alors que sans le savoir il y avait beaucoup de morceaux composés ou interprétés par des artistes noirs — les Supremes, Armstrong, Sydnet Bechet — que j'aimais et que j'avais entendus en radio...  Je regrette encore aujourd'hui de ne pas avoir prêté une oreille plus attentive à la généreuse proposition de Brigitte ni d'avoir compris comme c'était important pour elle. Je m'en veux en outre, d'avoir alors été aussi con et de ne pas avoir été en mesure de me débarrasser tout seul de toute cette merde qu'on m'avait collé dans la tête et de me débarrasser de tous mes préjugés. C'est aussi à cette période que l'on m'annonça de façon tout à fait inattendue qu'un frère ou une sœur viendrait compléter la famille. J'allais avoir treize ans j'étais fils unique et cette nouvelle ne me fit pas, sur le coup (c'est assez banal comme réflexe) particulièrement plaisir, mais ça c'est une autre histoire.

dimanche 20 décembre 2020

Changer de lunettes


Voilà,
il faut être positif m'a-t-on récemment fait remarquer en commentaire au bas d'une publication, et c'est vrai que je peine à saisir les nombreux motifs d'allégresse qui s'offrent à moi. Aussi vais-je derechef réparer cette erreur, changer de lunettes, observer le monde autrement, et sur-le-champ me réjouir de n'être pas Ouïghour du Xinjiang en ce début de vingt et unième siècle. Parce que franchement quand tu es Ouïghour en ce moment, pas grand monde se préoccupe de ton sort. Tu as beau être respectueux du Coran, aucune des monarchies pétrolières du Moyen-Orient, aucun grand pays musulman ne lève le petit doigt pour toi. Aucun Imam de banlieue ne se soucie de tes problèmes. Pas de Jihad pour te sauver. Pas de protestation officielle. Mon pauvre, tu n'as pas la chance d'être une caricature de papier, pour justifier une indignation. Tu peux crever la gueule ouverte comme esclave dans des champs de coton, te faire dépecer et prélever tes organes pour constituer des banques de greffons, on peut te traquer grâce à des logiciels de reconnaissance faciale qui te sont exclusivement destinés, personne n'en a rien à branler. Puisque toi aussi tu es turcophone tu pourrais espérer un peu d'aide sinon de compassion de la part de ce président toujours prompt, depuis son palais d'Ankara à traiter d'islamophobes les démocraties européennes. Mais pas de bol, si tu as eu la naïveté de penser que tu trouverais un asile politique dans la région, comme tu ne pèses pas grand chose en comparaison d'accords commerciaux, te voilà immédiatement réexpédié en Chine où tu rejoindras un de ces camps de concentration astucieusement renommé camp de rééducation par le travail et de transformation par l'éducation. Le monde ne se préoccupe pas plus de toi, pauvre Ouïghour qu'on ne se préoccupait des juifs européens dans les années trente et au début des années quarante. La plupart des gouvernements des grandes démocraties fermaient alors les yeux en se réjouissant secrètement que quelqu'un, sans aucune mauvaise conscience, fasse le boulot qu'ils n'osaient pas faire. Je me réjouis donc, non de ton malheur, mais de ne pas avoir jusqu'à présent subi l'injustice qu'il y a à naitre en telle époque et tel endroit plutôt qu'ailleurs ou en autre temps. Même si sous ces latitudes et ces jours-ci, il y a quand même de sérieuse raisons de douter de la possibilité d'une intelligence collective, quand on voit les gens se précipiter dans les magasins par temps de pandémie.
Je me demande si c'est typiquement parisien ou bien juste un ravage de la société de consommation, ces attroupements. Cette bêtise est-elle particulièrement française  ? Les gens ne se rendent-ils pas compte de l'affront fait à tous les soignants qui sont en première ligne ? Ou est-ce simplement la nature humaine, cette connerie là, alors qu'on sait que les courbes de contamination ne baissent plus depuis une semaine et que tout laisse augurer d'une troisième vague ?
Peut-être ne s'agit-il que de la manifestation de ce qu'on appelle un biais cognitif, c'est à dire "une distorsion que subit une information en entrant dans le système cognitif ou en sortant. Dans le premier cas, le sujet opère une sélection des informations, dans le second, il réalise une sélection des réponses"(Jean-François Le Ny). Il existe ainsi des biais d'attention lorsque les perceptions sont influencées par nos propres centres d'intérêts, par exemple, mais aussi des biais de raisonnement comme préférer les éléments qui confirment une hypothèse plutôt que ceux qui l'infirment, ou bien encore travestir la réalité d'un problème en le transformant en fonction des réponses (les outils) dont on dispose. De nombreux autres biais ont été répertoriés. La période que nous vivons offre bien des occasions d'observer ces travers autant que d'en être victimes. Ce n'est pas nouveau, mais cela atteint désormais un seuil critique. Le point positif, c'est que cela me donne l'occasion de réfléchir, m'incite à construire des phrases pour me frayer un chemin à travers de confuses pensées quand tout m'incite à me coucher et à me retrancher "du cocotier de l'espèce" comme écrivait Beckett
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jeudi 17 décembre 2020

Encore des livres


Voilà
comme je l'ai déjà fait ici, et là, je poursuis la liste de ceux qui m'ont conseillé de lire certains livres "Hurrah ou la révolution par les cosaques" d'Ernest Cœurderoy, c'est Engel, "Nos Adieux" de Timothy Findley et ensuite tous les autres livres de Findley, c'est Christelle, "Baise Moi" de Virginie Despentes, c'est Hervé Blanc, qui me l'a offert pour mon quarantième anniversaire je crois, "L'étoile du chien" de Bernard Puech, c'est Alain Neddam, au début des années 90, "Le Musée imaginaire" de Malraux c'est Dominique Tiry, ainsi que "Les mémoires d'Hadrien" et l'œuvre de Marguerite Yourcenar, "Le Roi des Aulnes" c'est Jean-Jacques Goron qui lisait beaucoup plus de romans que moi à l'époque, "le stéréoscope des solitaires" de Rodolfo Wilcock c'est Jean-Marie Lhôte, "le réel et son double" et "Le traité de l'idiotie", de Clément Rosset, c'est Jean-Paul Wenzel, les poèmes de Gottfried Benn, c'est Philippe Delaigue, les livres de Léo Perutz c'est Fabrice Bénard (un excellent acteur, trop rare), "Qu'est ce que la philosophie antique" Pierre Hadot, c'est Hervé Dubourjal qui me l'a recommandé, "la Supplication" de Svetlana Alexievitch, c'est Michel Polac dans une émission de radio, Ramuz, c'est Thierry Bédard, "Mémoires trouvés dans une baignoire" de Stanislas Lem c'est Jean-Marie Verdi, et les livres de Philippe K.Dick, Jean-Baptiste Berthelin, les "Microfictions hispaniques" d'Andrès Neuman, Christine Saint-Geours... C'est au cours d'une promenade nocturne, il y a quelques jours, peu avant que la France ne soit de nouveau sous couvre-feu, que je me suis abandonné à ce petit exercice de mémoire... C'est incroyable comme cette ville peut-être belle parfois...  (linked with skywatch friday  & weekend reflection

mercredi 16 décembre 2020

L'Absinthe oxygénée

  

Voilà,
un reflet pris du côté de la rue Saint-Jacques, dans une devanture de café parisien, fermé au moins jusqu'à mi-janvier. C'est la reproduction d'une vieille réclame, car l'absinthe Cusenier n'existe plus aujourd'hui, et je ne suis pas certain que l'absinthe soit de nouveau autorisée à la vente en France. Je me souviens que dans la région de Perpignan, au début des années 80 du siècle dernier, on en fabriquait, bien qu'elle fût interdite à la vente en France. Cependant elle était commercialisée en Espagne. C'est dans un bar de Madrid, attenant au théâtre où j'étais venu jouer, que j'en ai goûté pour la première fois. Elle était servie pure dans des verres à Cognac. Je me rappelle que Madrid, dans les premières années de la movida, juste après la tentative de putsch du général Tejero au parlement espagnol en février 81, était, en certains endroits une ville fantasque, débordante de joie et de vitalité, et que la jeunesse y était particulièrement excentrique et délurée (Linked with Signs2 & weekend reflections)

lundi 14 décembre 2020

Soleil vert


 
Voilà,
en commentaire de ma publication d'hier, Bill me fait remarquer à juste titre qu'en ce moment, aux USA, le Covid occasionne quotidiennement autant de morts que Pearl Harbour ou le 11 Septembre. C'est un fait. On pourrait cyniquement ajouter que cela diminuera considérablement dans les statistiques le nombre de décès dus au diabète, à l'obésité, et aux maladies cardio-vasculaires puisque, caractéristiques d'une société qui encourage la surconsommation  au détriment de la santé, ces pathologies constituent un terrain favorable au coronavirus. Il est d'ailleurs paradoxal — et il ne faut voir là aucune relation de cause à effet mais simplement une curieuse coïncidence — de constater à ce propos, que le Vietnam, pays par la force des choses frugal et sur lequel les États-Unis se sont si longuement acharnés avec le succès que l'on sait, compte très peu de victimes de cette maladie. Si le covid n'est pas une maladie américaine, nul doute qu'il a trouvé, dans ce pays, tous les facteurs, en plus de ceux cités auparavant, propices à son développement : système de santé déficient et guère favorable aux pauvres, président conservateur débile élu démocratiquement sur un programme incohérent, peuple bigot (qui inscrit sa croyance jusque dans ses billets de banque) persuadé de sa toute-puissance et de son invulnérabilité, exaltation de la foi au détriment de la rationalité, individualisme forcené... Que mes amis américains n'y voient aucun grief personnel. Tous les peuples ont leurs tares —  raison pour laquelle le nationalisme m'a toujours paru une forme de crétinisme rédhibitoire —. Pour ma part j'ai rarement eu dans ma vie, (sauf parfois pour le rugby) de raisons de me sentir particulièrement fier d'être français ; et je ne parle pas seulement de ces derniers temps.  Le nationalisme demeure pourtant un des principaux vecteur l'Histoire, ce qui tend à confirmer que l'Humanité est une cause définitivement perdue.
 
Même si Trump a qualifié ce virus de "chinois", cette épidémie qui ignore allègrement les frontières me semble un signe avant-coureur des effondrements qui s'annoncent, prévus, chiffrés, modélisés depuis au moins quarante ans durant lesquels on n'a cessé d'être dans le déni. Si elle a l'avantage de présenter (au niveau mondial) un relativement faible taux de létalité, sa considérable vitesse de propagation et les soins qu'elle nécessite pour certaines personnes fragiles constituent un problème. Et comme on manque de structures et de personnel pour soigner, il faut éviter que trop de personnes tombent malades en même temps. Donc, afin de ne pas engorger les hôpitaux on est obligé de confiner. L'inconvénient n'est pas que les gens meurent, ou tombent malades, mais bien qu'on se retrouve dans l'incapacité de gérer les flux, car on ne peut pas stocker. Ni du mort ni du malade. L'ultralibéralisme, c'est le flux permanent, et la réduction des stocks. Mais en matière de circulation, le virus est plus "agile". Il circule encore plus vite que les gens. Donc il faut les stocker chez eux, les confiner.
Mais comme on ne peut pas confiner tout le monde  — sans quoi la machine économique serait trop enrayée — on opère une sélection favorisant certaines professions et secteurs d'activité au détriment d'autres. Et petit à petit s'esquisse un monde où les populations seront discriminées en fonction de leur taux de rentabilité ou de productivité. D'une certaine façon, le coronavirus nous rappelle la situation écologique et économique dans laquelle nous nous trouvons. Il y a plus de demande que d'offre. Plus d'exigence de soins, que de matériel et de personnel disponibles tout comme il y a plus de population à nourrir que de ressources à disposition sur terre, plus de rejet de carbone que de capacité d'en absorber, et surtout, ce virus surpasse notre temps de réaction en même temps qu'il rend plus vivace le problème de l'excédent, de l'humain excédentaire. Et ça d'ici quelques temps cela va devenir un problème de plus en plus aigu, cette histoire de trop-plein, et il est fort à craindre que les solutions envisagées aient un petit air de déjà-vu, dans le registre de la barbarie planifiée par exemple et et la réactualisation du concept de "ressource humaine" tellement en vogue dans le monde de l'Entreprise ... En Chine on est d'ailleurs déjà assez avancé en la matière.

Tiens, à propos je me regarderais bien Soleil Vert un de ces jours prochains

dimanche 13 décembre 2020

14, Rue Bonaparte


Voilà
déjà quelques semaines, passant rue Bonaparte, j'ai remarqué au-dessus l'entrée de l'École des Beaux-Arts, cette peinture murale de Monsieur Chat comme il en existe beaucoup de variations à Paris. Je l'ai trouvée amusante et de circonstance, vu le lieu, puisque celle-ci représente le chat dans un tableau accroché à un mur. J'aimerais d'ailleurs tant voir un vrai tableau dans une exposition. Les musées me manquent. Je ne comprends pas pourquoi ils sont fermés. En l'absence de touristes étrangers, ils ne sont pas les lieux les plus fréquentés. Je suis allé au Louvre fin Août, juste avant la rentrée des classes, tout le monde était masqué, et il y avait fort peu de visiteurs et bien moins de risque de contamination que dans les grands magasins ouverts sept jours sur sept et bondés en cette période précédant Noël. Je me souviens aussi du bonheur que ce fut de commencer l'année 2014 en allant visiter avec Sophie l'exposition consacrée à Georges Braque. Avec la nuit qui tombe tôt, le froid et la pluie je n'ai guère envie de sortir. Marcher dans les rues pour se dégourdir. Oui un peu. Plus par nécessité que par envie. Mais j'évite les transports en commun, les lieux trop fréquentés. Je me replie sur moi. Heureusement, il y a encore en France des radios et des chaînes culturelles pour ne pas hiberner idiot. Il y a aussi des livres que je n'ai pas lus dans ma bibliothèque, je peux en profiter. Mais l'époque est mélancolique, et du chagrin brasille dans la gorge. 
Nous sommes quelques uns à réaliser que nous avons définitivement changé de paradigme, même si les chaînes de télévision mainstream entretiennent l'illusion que ce n'est que passager, et que nous retrouverons un mode de vie comparable à celui précédant l'épidémie, lorsque le vaccin sera disponible. Je pense souvent  ces dernières semaines à ce titre du livre de l'auteur nigérian Chinua Achébé "Le Monde s'écroule". Je crois que c'est à présent au tour de la civilisation occidentale, de voir ses croyances et ses valeurs voler en éclats. Car l'épidémie s'accompagne d'une réduction sournoise des libertés et des droits des citoyens, sans doute pour parer ultérieurement aux mécontentements et aux émeutes, dont on peut d'ores et déjà  entrevoir quelques prémices, et qui, dans les prochaines années, ne manqueront pas d'advenir de manière sans doute plus brutale, encore, lorsque, sur fond de changement climatique, de perturbations écologiques et migratoires, la crise économique et sociale succédera à la crise sanitaire. 'Linked with Monday murals)

vendredi 11 décembre 2020

Derrière la vitre du bus

 
Voilà,
cette photo a été prise il y a tout juste un an, durant les grandes grèves de décembre contre le projet de réforme du régime des retraites. Ce matin là, j'avais pu prendre un bus à son terminus, dont j'espérais qu'il m'amènerait assez loin, vers le nord de Paris, où je répétais avec plaisir, une pièce courte en compagnie de vieux camarades. Un an après, les salles de spectacles sont fermées, pendant que les lieux de cultes restent ouverts, ainsi que les grands temples de la consommation où le virus a plus de chance de se propager que dans les théâtres.
Je me souviens de l'indescriptible chaos de Paris, des embouteillages, des pistes cyclables dangereuses en raison de la circulation insensée (car j'ai aussi beaucoup pédalé à cette époque). Les rares bus bondés, en raison de l'absence de métros, étaient pris d'assaut par des gens qui voulaient monter à tout prix quand d'autres ne pouvaient en descendre. J'ai pris cette photo à l'un de ces arrêts. Bousculades mise en danger de la vie d'autrui, insultes, scènes parfois surréalistes d'où surgissaient violence et frustrations contenues. C'était le sinistre spectacle du salarié, esclave consentant soumis à la violence néolibérale pour laquelle il est capable d'endurer tant d'humiliations, de renoncer à sa vie de famille, à la sérénité, aux heures de sommeil, au plaisir sexuel, pour ne pas être en retard, ne pas risquer la sanction du patron, tout ça souvent pour un salaire de merde.
Je m'étais alors fait la réflexion que le comportement des gens face aux perturbations causées par la grève dans les transports parisiens démentait cruellement les théories de certains collapsologues-bisounours selon lesquelles l'Effondrement verrait advenir un nouvel humanisme basé sur l'entr'aide et la solidarité. Foutaises ! La connerie ontologique qui caractérise l'espèce ne se manifeste jamais avec autant d'éclat que dans ces moments où l'ordinaire des jours se trouve bouleversé. Et je comprenais ceux qui luttaient pour leur dignité.
Évidemment que c'était un problème pour l'usager, ces grèves. Mais tout de même les gens ne font pas ça pour le fun ou juste pour faire chier. Il se passait quand même quelque chose de grave non seulement avec les retraites, mais aussi avec le travail en général, dans les services publics, à l'hôpital, dans les transports, dans l'enseignement, à l'université, dans la Recherche. Et la crise du Covid qu'on ne soupçonnait alors même pas (car ce qui se passait en Chine et dans une partie de l'Asie, apparaissait alors comme un virus exotique de plus, qui ne viendrait jamais jusqu'à nous) a montré à quel point la dégradation du service public et les restrictions ont mis à mal le service hospitalier, qui a pu faire face grâce à l'esprit de solidarité et de responsabilité des "premiers de corvée" souvent mal payés, et qui pour certains l'ont fait au péril de leur vie. C'étaient souvent ces personnes qui avaient défilé dans les rues et manifesté leur mécontentement, et se faisaient tabasser par la maréchaussée.
 Mais à l'époque, il y avait quelques connards qui écrivaient, que la CGT est un lobby, les syndicats des preneurs d'otages, que la grève des transports cause la mort de gens. Il m'était même arrivé de lire sur un blog tenu par quelqu'un qui m'avait paru, quelques années auparavant, au premier abord plutôt fréquentable, un éloge de la police et des patrons qui prennent des risques. Il y parlait de la liberté dont on jouit en France, — oui s'il s'agit de consommer on l'a, mais pour le reste, c'est déjà grandement menacé, et ça m'avait vraiment foutu l'envie de gerber, surtout quand il suggérait que contre la violence il faudrait faire intervenir l'armée. Mais la violence policière et les tirs de Flash ball, évidemment, il n'en parlait pas ce gros naze.
J'avais alors envie de dire à tous ceux qui gueulaient contre les grèves, de ne surtout pas prendre leurs congés payés, de ne plus se faire rembourser par la sécurité sociale, de ne pas toucher de retraite quand en viendrait le temps, de ne pas percevoir les allocations prénatales ni le congé maternité, de ne plus pas utiliser la médecine du travail, de ne pas accepter, pour ceux qui travaillaient en entreprise le paiement de leurs heures supplémentaires et de ne bénéficier d'aucuns des acquis et avantages sociaux inscrits dans les conventions collectives, toute choses dont on sait qu'elles n'ont pas été accordées par philanthropie par de généreux patrons soucieux du sort de leurs employés, mais qu'elles ont été obtenues de haute lutte.
Ce qui fait sourire aujourd'hui, c'est que les même qui trouvaient qu'il y avait trop d'assistés, que les chômeurs étaient des branleurs qui n'ont qu'à traverser la route pour trouver du travail,  sont à réclamer, depuis la crise du Covid des aides de l'État et à implorer la solidarité nationale. 
Mais tout cela paraît si lointain. L'année qui vient de s'écouler nous a maintenus dans une sorte d'anesthésie, d'attente beckettienne. Sans le réaliser nous sommes passés dans le monde d'après. Celui des libertés restreintes, de l'impossibilité de circuler à sa guise, de la précarité généralisée, de l'exil intérieur, de la désagrégation sociale, du divertissement interdit 

jeudi 10 décembre 2020

Ce qui affleure à la surface du présent


Voilà,
si je montre cette vitrine ou tant de plans s'enchevêtrent, où des reflets se réfléchissent dans d'autres reflets c'est parce que cela traduit assez bien l'état dans lequel je me suis trouvé, ou plus exactement égaré tout au long de la journée.
Au petit matin je fais un rêve étrange. Je suis dans un appartement assez cossu semble-t-il et je monte un escalier avec une rampe en bois sculpté. Je marche doucement pour ne pas faire de bruit. Il semble que j’arrive un peu tard dans la soirée. C’est un appartement qui doit m'être familier bien que il ne me rappelle rien en particulier de ce que je connais. C’est plutôt la condensation de plusieurs appartements bourgeois où j'aurais pu me trouver dans la vie. Bref je monte doucement et lorsque je parviens à l’étage je suis soudain accueilli par Dominique qui est là en train de travailler avec un jeune homme que je ne connais pas. Ils sont devant de petits appareils vidéo ressemblant des smartphones. Elle semble se réjouir de me voir en me disant qu’elle ne pensait pas que je passerais ce soir. Elle interrompt immédiatement son activité avec ce jeune homme qu’elle me présente comme étant un chercheur. Tous deux travaillent sur des films et elle me dit que il y a une solution qu’ils n’arrivent pas à trouver mais qu’elle va appeler quelqu’un qu’elle connaît qui est aux États-Unis. Veux tu manger quelque chose ? demande-t-elle. Non je te remercie. Je me sens vraiment en sécurité ici. Le jeune homme porte un pull bleu, je lui serre la main. Il paraît assez timide, un peu emprunté et ressemble à un jeune intellectuel, propre sur lui, avec des lunettes rondes. Cela pourrait aussi bien être une version de mon ami Olivier, qui l'a bien connue et qui a été un de ses élèves de théâtre. Étrangement j’ignore totalement l’âge que j’ai. Je pense que c’est à la fois moi-maintenant et moi-plus-jeune (bien que je ne sache guère ce que moi recouvre). Dominique doit avoir une cinquantaine ou une soixantaine d’années mais elle est très vive, très alerte c’est la Dominique que j’ai connue avec plein de gens de son entourage, active participant à des projets. D’une certaine façon toujours en éveil et moi je ne sais pas quel corps j’ai. Je me sens tout à fait à l'aise à l'abri dans cet appartement dans ce chaleureux intérieur. Peut-être y ai-je une chambre sans doute puisque j’arrive tard dans la soirée. 
Entre le moment où j’ai rêvé et celui où je note ce rêve je demeure dans un état intermédiaire, l'esprit et le corps hésitant entre être réveillé ou rester endormi (les italiens appellent cela "dormiveglia" et ’je gamberge mollement sur la nature de ce rêve. Je suis si surpris de revoir Dominique et en même temps je trouve rassurant qu’elle me visite encore dans mes nuits. Je repense à ce livre de Nasstaja Martin, que j’ai récemment lu, mais pas encore tout à fait digéré et dans lequel un passage concernant la façon dont un chaman perçoit le monde, m’a beaucoup impressionné. L'autrice rapporte ceci : "Les arbres, les animaux, les rivières, chaque partie du monde retient tout ce que l’on fait tout ce que l’on dit, et même, parfois, ce que l’on rêve et ce que l’on pense. C’est pour ça qu’il faut faire très attention aux pensées que nous formulons, puisque le monde n’oublie rien, et que chacun des éléments qui le composent voit, entend, sait. Ce qui s’est passé, ce qui advient, ce qui se prépare. Il existe un qui-vive des êtres extérieurs aux hommes, toujours prêt à déborder leurs attentes. Aussi chaque forme-pensée que nous déposons hors de nous-mêmes vient se mêler et s’ajouter aux anciennes histoires qui informent l’environnement, ainsi qu’aux dispositions de ceux qui le peuplent. Il existe un sans-limite qui affleure à la surface du présent, un temps du rêve qui se nourrit de chaque fragment d’histoire qu’on continue d’y adjoindre. Il y a dans le monde une latence et un bouillonnement, semblables à la lave qui attend sous le volcan que quelque chose la force à sortir du cratère." Je voudrais tant croire cela, tant croire que le monde est peuplé d'âmes et d'esprits ou bien qu'il existe des réalités  parallèles..
Quoi qu’il en soit ce rêve me trouble beaucoup car il surgit inopinément. A la fois très confus et très agréable, il convoque aussi de vieux souvenirs et ce temps où tout ce qui advenait n'était que découverte. Ce temps où j'étais en train de me réparer. Je crois aussi que c’est la bonté qui se manifeste ainsi par delà les années, et par-delà sa mort. Sa bonté qui se rappelle à moi, la bonté de cette personne qui a su me prêter attention me guider me conseiller et m'a éduqué d’une certaine façon. Elle a été pour moi comme une parente, discrètement aimante confiante et attentive. Elle est la seule femme adulte qui m’a soutenu, encouragé. je suis heureux qu'elle passe encore par mes rêves et cependant quelque peu déstabilisé du fait de cette confusion dans mon esprit, de ces réalités enchâssées les unes aux autres, et de cet état d'hyperémotivité dans lequel je me trouve depuis ce matin (linked with weekend reflections)

mercredi 9 décembre 2020

Au large

  
  
Voilà, 
pour commencer, — et je m'excuse auprès de mes lecteurs étrangers de ce billet bien-franco-français — une petite retouche à un récent post, puisque un article du journal "Le Monde" m'a livré des informations dont je ne disposais pas concernant le livre du Génénéral De Villiers oui je vois il y a une faute de frappe mais finalement elle me plaît bien je la laisse. Le titre d'abord : il n'est pas de lui — celui qu'il avait initialement proposé "Halte au feu" sonnait nettement plus militaire et puis cela rappelle la bande son de la fusillade de la Rue d'Isly à Alger —. Le titre définitif a été proposé par son éditeur (ex-conseiller de Laurent Wauquiez), "homme discret, fin connaisseur de la droite catholique il a ses entrées au Vatican, écrit de pieux ouvrages" selon le journal et très apte à générer des profits pour son employeur, ce qui est tout de même une forme de talent. Il a dégotté une obscure citation de Camus, Albert, pas Renaud. Au passage il paraît toujours selon "Le Monde" que le le général "assume sans ciller Renaud Camus et sa peur du grand remplacement sans même y mettre un guillemet". On apprend aussi dans cet article de Franck Johannès et Solenn de Royer que "sur la boîte de son casoar, qu'il conserve pieusement, son binôme de Saint Cyr a inscrit "mon âme à Dieu, mon corps à la patrie, mon cœur à la famille", ce qui, sans doute nos deux journalistes l'ignorent ils, n'est autre qu'une variation sur la devise du dictateur portugais Salazar. Finalement on peut dire sans grand risque de se tromper que Philippe de Villiers incarne une idéologie fort suspecte. Mais c'est une autre histoire. J'espère qu'il n'y aura pas lieu d'en reparler.
Albert Camus donc. Je ne retire rien de ce que je pense de cette formule dont Fayard a fait un titre. Comme quoi, on peut être prix Nobel, auteur de ce livre génial que demeure "L'Étranger" (à chaque fois que je le relis, je suis saisi par sa concision, son apparente simplicité, sa puissance, sa densité, sa perfection), et quand même pondre une phrase assez bancale. Peut-être d'ailleurs ne l'a-t-il pas écrite. Peut-être sort elle d'une interview. Allez un petit coup de "glottophobie", tant que ça n'est pas encore un délit. Peut-être qu'avec l'accent pied-noir ça sonne mieux. Peut-être même que c'est un proverbe pataouète.
Sinon, par trois décrets du 2 décembre dernier, le Gouvernement a modifié l’article R. 236-13 du code de la sécurité intérieure. Cet article, qui autorisait jusqu’à présent la collecte d’informations relatives aux "activités politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales" de personnes pouvant "porter atteinte à la sécurité publique" ouvre désormais cette possibilité pour de simples opinions. Ainsi, constate la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) dans son avis sur les décrets, ceux-ci étendent le recueil de données aux identifiants utilisés sur internet, dont les pseudonymes (mais pas les mots de passe), et à l’activité sur les réseaux sociaux. Le ministère a "précisé que les informations collectées porteront principalement sur les commentaires postés sur les réseaux sociaux et les photos ou illustrations mises en ligne". C'est ainsi qu'on glisse doucement vers un état policier
Décidément l'horizon s'obscurcit. Mais je suis trop fauché pour prendre le large et trop vieux pour fermer ma gueule. Je devrais peut-être songer à me procurer du pentobarbital. 
(Linked with skywatch friday)

mardi 8 décembre 2020

Une Crèche un souvenir une maladie


Voilà,
le Centre Culturel tchèque expose dans sa devanture cette magnifique crèche en bois sculpté qui nous rappelle qu'on approche tout de même de Noël. Quartier St Germain, les rues sont plutôt désertées. Il n'y a pas cette hystérie consumériste dont on nous fait souvent croire qu'elle est un signe de fête, quand ce n'est qu'une forme de servitude aux lois de la société marchande. On a droit à trois heures par jour de sortie. Les bars, les restaurants sont fermés. Cela évite de subir la mauvaise humeur des garçons de cafés parisiens qui sont pour la plupart des loufiats. Quelques commerces sont ouverts. Ce n'est pas la joie. C'est juste une lente descente vers on ne sait quoi qui ne promet rien de bon. 
Sinon, je me souviens de ce triste 8 décembre 1980. Quarante ans si vite passés. Je répétais alors un spectacle qui s'appelait "Les fils meurent avant les pères" d'après un roman de Thomas Brasch. Comme pour beaucoup, ce jour là j’ai définitivement compris que le mal et la bêtise étaient partout et que nul n’en était à l’abri et j’ai perdu bien des illusions. 
Pour finir, je lis ce matin qu'en Inde une mystérieuse maladie est apparue samedi dernier dans une ville du sud. Elle provoque des convulsions, des nausées et des douleurs chroniques. Selon les autorités, une personne est déjà décédée.  L’année dernière à la même période on évoquait aussi, avec une certaine indifférence, l’apparition d’un étrange virus en Chine.
(Linked with our world tuesday)

dimanche 6 décembre 2020

Fermé pour travaux

 

Voilà,
Il y a quelques jours je suis passé devant le Musée du Moyen-âge situé dans les thermes de Cluny, non loin du Boulevard Saint-Michel et de la Sorbonne. Des travaux y sont en cours pour réaménager les accès du musée dont une extension moderne a pourtant été achevée il y a un ou deux ans. Vraisemblablement on avait dû omettre de faciliter les accès aux handicapés, sans quoi je ne vois rien qui puisse justifier de nouveau cette nouvelle fermeture. Heureusement la crise du covid et la fermeture générale des musées en ont atténué le désagrément. Afin sans doute d'égayer la palissade peinte en lettres enluminées réalisées comme sur les manuscrits médiévaux par Julien Priez et Gia Tran, ont été ajoutés de petits personnages dessinés par Quentin Vijoux figurant des silhouettes de visiteurs. (Linked with Monday murals
 


  

vendredi 4 décembre 2020

Coincé

 

Voilà,
il a commis une erreur de jugement et se trouve à présent coincé dans un reflet qui le déforme. Il aimerait bien fuir à toute jambes, loin très loin, mais, en raison de considérations morales qui l'encombrent, il est désormais bien tard pour rebrousser chemin. Il n'a toutefois pas envie de se rendre malade pour autant. Après tout pourquoi devrait-il continuer, si cela prend un tour qui ne l'intéresse plus. Quelle nécessité y a-t-il de le faire ? Cette perspective le consterne. Il n'a plus l'âge de perdre du temps. Il pèse le pour et le contre. Ne discerne plus l’endroit de l’envers. Se tait à tort et travers.

mercredi 2 décembre 2020

Performances


Voilà,
"avec un bond de plus de 20 %, l'indice phare de la place parisienne a réalisé en Novembre sa meilleure performance mensuelle depuis février 1988, peu après sa création. Toutes les sociétés membres de l'indice ont terminé le mois dans le vert. Mais le CAC 40 perd encore plus de 7 % depuis le début de l'année." Pourtant, l'économie est encore au ralenti, non ? Il n'y a pas quelque chose qui déconne, là ? il n'y aurait pas un peu de spéculation dans l'air ? Et pendant ce temps, on continue de supprimer des lits et des postes dans l'hôpital public, on a du mal à remplacer les professeurs dans le secondaire, on sacrifie une génération à bas-bruit, on licencie et délocalise dans l’industrie et les services. Plus que jamais l’humain devient une variable d’ajustement. Ailleurs en Inde, 250 millions de paysans et travailleurs sont en grève et marchent sur Dehli. On en parle assez peu dans la presse occidentale.
Enfin, quoiqu'il en soit, l'hiver arrive doucement. Aujourd'hui les températures se sont nettement rafraîchies. Il faut pourtant que je sorte. Je n'en ai pas envie. (linked with my corner of the world - linked with the weekend in black and white )