dimanche 1 février 2026

Pêle-mêle au pied de la lettre

 
Voilà,
au cours de mes promenades je suis retombé sur ces collages intitulés "au pied de la lettre" appliqués sur les murs par ce collectif "les murs ont la paroles", dont j'ai déjà montré des travaux ici ou bien ou encore et dont les artistes illustrent des métaphores courantes de la langue française. Celle du haut s'intitule "le cœur sur la main" ; elle exprime la générosité et la seconde s'appelle "tourner de l'œil" ce qui signifie, s'évanouir.

 

Cela me fait toujours plaisir de tomber par hasard sur une nouvelle image de cette série, car je les trouve particulièrement élégantes. Et puis d'une certaine façon cela flatte mon goût pour la collection. 
 

 
À part ça, j'ai fini de lire "Portrait d"une traductrice", sous-titré "Ludmila Savitsky à la lumière de l'archive". C'est un ouvrage universitaire de Patrick Hersant et Leonid Livak, précis détaillé, regorgeant d'informations. J'ai souvent entendu parler de "Lud" dans ma jeunesse. C'était la mère de Nicole Védrès et la grand-mère de Dominique pour qui elle compta beaucoup. Elle fut la première à traduire Joyce, en français, mais aussi Ezra Pound, Virginia Woolf et Isherwood. C'est elle qui avait fait l'acquisition de la maison de Lestiou, à quelque kilomètres de celle du poète André Spire avec qui elle entretint une longue correspondance tout au long de sa vie. Je ne sais d'ailleurs lequel des deux attira l'autre sur les bords de Loire. 
Bien des passages de ce livre sont tout à fait passionnants. Entre autres, ceux concernant les vingt premières années du XXeme siècle où l'on évoque, entre autres  "la question juive" — c'est une expression de l'époque (l'affaire Dreyfus est encore fraîche) et plusieurs ouvrages portent ce titre —, mais aussi  les débats idéologiques après l'apparition du bolchevisme. Il y est fait mention des controverses qui opposaient à ce propos les intellectuels français, et de la situation des exilés russes en France. 
Cela résonne parfois étrangement avec notre époque ; on y trouve la même confusion idéologique, et cela me paraît incroyable qu'on en soit encore là, un siècle après. Comme le constatait Huxley "le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l'Histoire est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne".. 
Mais l'intérêt du livre réside surtout dans la découverte de la méthode de travail de Ludmilla Savitzky. On peut suivre, grâce à de nombreux documents — fac-similés de manuscrits — qui témoignent des différentes étapes sur un même texte, son lent et patient cheminement pour restituer au plus juste l'intention et le style de l'auteur qu'elle traduit. 
Lisant ceci ma pensée vagabonde. Je repense à Mireille Havet dont Ludmilla Savitsky était l'amie. A la valise que Mireille Havet confia au début des années trente à Lud avec la promesse que jamais elle ne serait ouverte de son vivant, et qui fut trouvée dans le grenier de Lestiou au début du siècle suivant. Elle contenait une correspondance avec Apollinaire (entre autres), et son journal intime. Dominique en favorisa l'édition et en assura la préface. 
 
 
Le photogramme de Dominique, est extrait du film de Nicole Védrès qui s'appelle "la vie commence demain". Elle a alors dix-neuf ans. La ressemblance sur cette photo avec sa fille cadette au même âge m'étonne toujours autant.
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