lundi 9 mars 2026

Impressions de Taizé

 
Voilà,
comment ça s'est passé : j'étais dans les parages l'été dernier avec un copain qui possède une maison dans la région. C'était un samedi matin, nous étions allés au marché du côté de la ville de Cluny, un marché très chic d'ailleurs, avec beaucoup de "pârisiens" fortunés. Comme sur la route j'avais vu un panneau indicateur, j'ai dit et si on allait à Taizé. 
Taizé c'était un nom qui traînait depuis longtemps dans ma tête. Depuis le début des années 70. Oui vers 74 quelque chose comme ça. Dans ma classe se trouvait alors un certain Yves Krier, un beau garçon à la beauté un peu trouble. De longs cheveux blonds qui lui donnaient une grâce presque féminine. Un gars brillant, cultivé, parfois arrogant, mais traversée d’ombres et de tourments. Je pressentais chez lui, sans pouvoir le formuler dans les termes d’aujourd’hui, une inclination secrète vers les garçons – ou peut-être seulement une fluidité, une liberté – que l’époque n’autorisait à nommer. J'ai retrouvé sa trace sur le net. C'est peu dire que la vie nous change.
 Je le croisais parfois en dehors des cours avec un garçon sensiblement plus âgé, qui semblait être pour lui une sorte de mentor. Ils avaient l'air assez liés. Le gars en question s'appelait Jacques Legay, il était plus ou moins chanteur à texte et à guitare, genre Maxime Leforestier, plutôt bon d'ailleurs, avec de jolies mélodies et des chansons assez bien tournées selon mon souvenir. Il avait organisé à Salers, en 1974,  un petit festival de chansons et de théâtre, où je m'étais rendu. C'est par ces gens-là que j'ai entendu parler de Taizé pour la première fois. Il me semble qu'ils avaient en projet de s'y rendre, ou qu'ils y étaient allés dans le cours de l'année. Ces deux gars étaient du genre cathos progressistes et vaguement rebelles (enfin comme on peut l'être chez les cathos). Ils avaient du grandir dans des familles où la religion tenait une grande place. Toutefois ils étaient sensibles aux mouvements qui traversaient alors la jeunesse, l'écologie, les manifestations contre la réduction du sursis militaire, ils fumaient de temps en temps des pétards, adoptaient un code vestimentaire un peu hippie, baba-cool, ce genre de truc. Je me demandais bien à l'époque ce qui pouvait à ce point susciter leur enthousiasme. Plus tard j'ai rencontré d'autres personnes qui en parlaient aussi comme quelque chose d'extraordinaire. Mais bon question religion je me suis arrêté à la communion solennelle, et les cathos même progressistes, ne m'intéressaient pas vraiment. En fait je suis plutôt du genre mécréant et anticlérical. Pour moi, ce qui est écrit dans la Bible n’a jamais eu plus de véracité que les récits de la mythologie grecque, le Mahabarata ou les textes sacrés amérindiens. Les énigmes de l’astrophysique et les mystères de la biologie moléculaire répondent mieux à mes interrogations sur la transcendance. Mais je digresse… Bref, les années passèrent, emportant Taizé dans l’oubli, reléguant ce nom dans un coin obscur de ma mémoire
Mais là, cet été, l'occasion faisait vraiment le larron. C'était trop idiot de se trouver si près et de ne pas y jeter un œil. Ce n'est pas Lourdes, mais tout de même. Donc on est venu un samedi en fin d'après-midi.
J'ai plutôt été déconcerté par cette affaire.
Étonné par la foule que ça draine. Des gens de tous âges et de toutes nationalités. Une organisation et une logistique très au point. Comme un gigantesque camp de vacances autogéré qui fonctionne. Évidemment l'architecture de la communauté a un aspect vaguement concentrationnaire, avec des communs pour la cuisine et la restauration, des baraquement pour dormir. Un petit côté stalag des gens heureux, autogéré avec des chapelles, et une boutique de souvenirs. J'exagère ? Non. Il suffit de regarder une vue aérienne sur le net. Bon il y a aussi des campings alentours pour accueillir la foule des pèlerins.
Ce qui m'a le plus étonné c'est l'air serein et plutôt épanoui de toutes ces personnes. L'effet communauté de gens qui, vus de l'extérieur, semblent se reconnaitre dans un même élan, une même quête.
 
 
 
 Voici ce qu’écrivait l’historien suisse Henri Guillemin en 1992, à propos de Taizé. "Reste ce constat irrécusables que Taizé devient d’année en année, plus vivant, plus attirant. Et ce n’est pas rien, dans notre monde, tel qu’il est, que ces foules de jeunes gens issus de tous les milieux. – excepté, je crois, malheureusement, les milieux ouvriers –, de tous les continents, (y compris, nombre d’agnostiques), se réunissant pour autre chose que des compétitions sportives ou vacarmes  rythmés ; pour causer, ensemble du sens possible de la vie, de l’emploi des jours, de l’existence de Dieu, certaine ou problématique ( et quel Dieu ?), Du message de Jésus-Christ. Et j’ai toujours été frappé, oui, remué, par l’extraordinaire, qualité du silence, respecté par ces milliers d’êtres humains. Pas un bruit, pas même une toux ; une prodigieuse intensité de silence. Que nous sommes loin, – Dieu, merci !– de l’atmosphère irrespirable de certains groupes, dits charismatiques, peuplés de gesticulations convulsives, vociférations. Une grande et belle bonne réalité, cette vie spirituelle, ardente et calme, de Pâques à tout l’été, sur la colline."
Ceci dit, beaucoup de trucs m'ont tout de même paru bizarres. Par exemple, ce qu'on voit sur la photo du haut prise dans ce qui s'appelle la crypte, située sous l'église qui, quant à elle, ressemble à un gigantesque hangar. Là aussi aussi c'est étrange, tous ces gens allongés sur une moquette, certains corps abandonnés au sommeil, à la méditation ou à la contemplation distraite de leur téléphone portable. Scène à la fois paisible et incongrue, comme si l’élan mystique et la banalité la plus prosaïque s’étaient donné rendez-vous dans un même espace.
Évidemment je n'ai pas voulu en rester là sur ces premières impressions et j'ai un peu, comme à mon habitude creusé la question. Je me suis intéressé à l'historique de cette communauté, Et puis j'ai fini par trouver — bien qu'il se trouve sur le réseau Voltaire, un site néo-fasciste et complotiste — un article de Fabien Gaulué très complet, très bien rédigé, extraordinairement clair en ce qui concerne l'historique de cette communauté œcuménique et ses divers développements depuis sa création. Il  y donne même quelques éléments de sociologie sur les personnes qui fréquentent ce lieu. C'est en fait ce qui m'intrigue le plus. Qui sont ces gens ?
Le lendemain, avec mon copain Pascal on a décidé d'assister à la messe.
Il y a avait vraiment du monde, comme en témoigne cette photo prise à la fin de l'office.

 
 Office très étrange d'ailleurs. Les "fidèles" sont pour la plupart assis par terre ou sur de petits tabourets. Le long des murs se trouvent aussi  des bancs pour les gens un peu plus âgés. Des chants méditatifs très caractéristiques de Taizé, courts, répétés plusieurs fois, souvent en plusieurs langues (latin, français, anglais, etc.) sont régulièrement entonnés. J'ai remarqué que nombre des participants les connaissaient par cœur. Pour les débutants ou les étrangers il existe des livres de chants que 'on peut se procurer à l'entrée, et le numéro des cantiques proposés à l'office est inscrit sur des écrans vidéos. Des lectures bibliques, un psaume, un texte de l’Évangile ou de l’Ancien Testament, lus lentement suivi d'un long temps de silence parfois plusieurs minutes, au cœur de l’office. C’est un élément central. Des prières simples et universelles pour la paix, la réconciliation, l’unité des chrétiens, le devenir du monde. Une atmosphère très dépouillée. Quasiment pas de sermon, ou très bref. La communauté est œcuménique : catholiques, protestants et orthodoxes prient ensemble, ce qui explique sans doute la pauvreté du rite. On reste dans le plus petit commun dénominateur.. La communion n’est pas systématique ; elle est proposée selon les traditions et expliquée clairement aux participants. On peut juste être présent, écouter, chanter ou rester silencieux : aucune obligation.  
Tout cela tient à la fois du feu de camp et à d'un woodstock chrétien en plus clean, et paraît être au christianisme ce que les hare krishna sont à l'hindouisme. Cela m'a paru gentil, convivial, peu exigeant et plein de bonnes intentions. Et aussi, sans doute un bon spot de drague, pour jeunes gens en quête de spiritualité et désireux d'échanger leurs fluides.

dimanche 8 mars 2026

Différence

 
Voilà 
 c'est ça la différence : la femme regarde et l'homme moustache
première publication 27/07/2010 à 00:48

vendredi 6 mars 2026

Un rêve d'air pur

 
Voilà, 
depuis deux jours le forsythia sur le balcon commence à fleurir. Pour moi, ses petites fleurs jaunes sont vraiment le signe que le printemps arrive. Et cette année il est particulièrement précoce. Le figuier du Mont St Michel, que m'ont offert Toune et Inès en mai 2006 bourgeonne aussi et fait ses feuilles. Mais jamais il ne m'a paru aussi difficile de respirer dans cette ville, pourtant si belle en cette saison mais très polluée depuis quelques jours. Ce matin j'ai repensé à l'air si pur tout en haut de la vallée de Swat. J'y avais alors éprouvé l'étrange sensation d'être en plusieurs lieux à la fois. Les odeurs m'évoquaient des paysages suisses, et je songeais qu'à mon retour en Europe il faudrait que j'aille plus souvent à la montagne. Bien sûr lorsqu'il m'était arrivé de croiser par hasard un berger pachtoune, enturbanné avec sa kalachnikov en bandoulière, j'avais alors réalisé l'absurdité de ma rêverie et la pensée de la paisible Suisse aussitôt s'était dissipée. Pourtant quand au détour d'un sentier m'était apparue cette modeste mosquée de bois si émouvante dans sa simplicité, je n'avais pu m'empêcher de l'associer au souvenir des chapelles de montagnes aperçues quelques années auparavant. Enfin tout ça c'était il y a fort longtemps. Nul doute que là-bas aussi les choses ont bien changé. Il est vraisemblable qu'on n'y vit plus aussi sereinement qu'alors. Mais où peut-on vivre sereinement aujourd'hui lorsque partout ce qui reste d'équilibre et d'harmonie est devenu si précaire et semble céder à une grande hâte de chaos ? Au fait, les abeilles butinent-elles encore dans ces hautes vallées ?  première publication 14/3/2014 à 10:55) 

mercredi 4 mars 2026

Un dernier rêve de galop


Voilà,
la vallée irradiait.
Entre deux versants sévères pareils à des gencives d’ombre, s’étendait sous une lumière tranchante et limpide, une langue d’eau stagnante. Devant moi, couché sur le flanc, un cheval – alezan pâli, crinière d’écume – gisait avec la solennité d’un monument renversé. 
Dans ce rêve cette bête m'en rappelait une autre qui m'avait hanté durant des années. Son ventre entrouvert, n'offrait pas pas l'abjecte obscénité d’une blessure ;  comme par une porte cédant sous la poussée d’une invisible foule, s’en échappait un essaim de papillons.  Tous semblaient participer d’une respiration secrète. Montant en spirale, colonne fragile, fumée chatoyante et multicolore, ils jaillissaient, surgis d’un ultime et invisible galop, puis s'éparpillaient en désordre.
Je me souviens avoir pensé : voilà donc ce que je contiens, je suis ça aussi.
Chaque papillon révélait une nuance de rouille, de cendre, de fleur fanée. Les regardant, je songeais que chacun emportait avec lui un moment de ma vie où j'avais éprouvé de la honte : une parole trop vive lancée à un ami, un désir tu, un geste retenu par lâcheté qui eût pourtant été apaisant, une situation inconfortable et risible. Ils tournoyaient avec une légèreté gracile et capricieuse un peu dégoûtante aussi, parce que née de la décomposition même.
Sa tête reposant sur l’herbe, le cheval dans son abandon avait la langueur d’un enfant fatigué. Les papillons frôlaient mon visage. Le battement de leurs ailes évoquait le son discret d’une page qu’on tourne.  Je songeai à un livre se feuilletant tout seul... Plus ils s’élevaient, plus la vallée semblait s’élargir. Les montagnes reculaient, comme intimidées par cette ascension d’apparence futile. Je voulus toucher le flanc du cheval. Le contact de ma main suscita un violent spasme. Je me reprochai aussitôt d'avoir esquissé ce geste. Quelque chose vivait encore dans cette charogne. Je devais absolument me réveiller.

mardi 3 mars 2026

Le printemps qui vient



Voilà,
les lupins au bleu profond ont éclos de même que les calendulas oranges, le buisson de thym (c'est sa première floraison de l'année) et le romarin. Le forsythia aussi précoce qu'il y a deux ans donne ses premières fleurs, le mimosa illumine encore de son joyeux jaune, et le polygala dispense ses touches de mauve. Abeilles et bourdons viennent déjà butiner. Oui le printemps est arrivé sur mon balcon. Mais la rumeur du monde me parvient quand même. Je l'entends fort bien. je m'en passerais volontiers.

lundi 2 mars 2026

Hakanai

 
Voilà,
je ne peux que trouver salutaire l’élimination de Ali Khamenei. Ce criminel religieux de la pire engeance opprimait son pays depuis trente-cinq ans et n’a pas hésité à ordonner que ses milices tirent à balles réelles sur des foules pacifiques. Mais voir Ben G'vir le ministre de La Défense et boucher de Gaza se réjouir de sa mort en remerciant Dieu pour sa "victoire", ou le fasciste Trump et l'ordure Pete Hegseth jouer triomphalement au chef de guerre me consterne. Car sur l’échelle de l’ignominie, il n’y a guère de différence entre ces quatre là. 
Cela m'embarrasse d'écrire ces noms sous une si délicate image.
Pour désigner la beauté et la fragilité de quelque chose qui peut disparaître à tout moment (comme la lumière dans ce jardin), le japonais possède le mot hakanaï. C'est le monde — et les instants de répit qu'il peut parfois nous offrir — qui me semble désormais hakanaï. Et pendant que j'écris cela, un "earworn" s'est insinué dans ma tête alors que rien ne le laissait présager. Si longtemps que je n’ai pas entendu cette chanson.

dimanche 1 mars 2026

Nyngo

 
 
Voilà,
situé au 86 rue de la mare ce mur est, à l'initiative de l'association les BombaSphères, régulièrement réinvesti par un artiste différente. Ainsi, le loup blanc de Louyz a été remplacé par cette fresque de Demoiselle MM. visible jusqu'à la mi mars, qui s'intitule "Demoiselle Nyngyo". Une ningyo est une créature des mers de la mythologie japonaise..
Les premières sources historiques, comme le Shanhaijing chinois, décrivent les ningyo comme ayant à la fois un corps de poisson, un visage humain, avec une voix d'enfant. Le recueil d’histoires Kokon Chomonjū datant de 1254, décrit des poissons aux visages humains, mais avec des bouches protubérantes dotées de petites dents, et des traits proches de ceux des singes. La première encyclopédie illustrée du Japon, Wakan sansai zue, parue en 1713, présente la créature avec un haut du corps féminin et une queue proche de celle d’un poisson.
Ces créatures étaient considérées comme nuisibles pendant la période médiévale. Attraper une ningyo déclenchait des tempêtes et provoquait la malchance. Des pêcheurs qui capturaient ces créatures étaient mis en garde par d’autres marins et les rejetaient dans l'océan. On dit aussi que lorsqu’une ningyo s’échouait sur les plages, cela provoquait aussitôt une guerre ou une calamité quelconque. Cependant leur rôle a changé à travers les époques et situations, pouvant se révéler en certaines circonstances, de bon augure. Elles sont aujourd'hui censées éloigner la mauvaise fortune et aider à la bonne santé.  

vendredi 27 février 2026

Attendre


Voilà,
le philosophe Nicolas Grimaldi est mort ce mois-ci. Il avait écrit quelque part "L’attente est constitutive de la conscience. Or toute attente porte en elle le sens de ce qui ne laisserait plus rien à attendre : l’infini, l’éternité, la perfection, la plénitude". La conscience, se révélant comme la pure attente de l’intuition à venir, il entrevoyait cependant le piège qu'elle peut se faire à elle-même : "vivre dans l’illusion que ce qui est important n’est pas encore commencé". et il ajoutait "quoi qu’un homme ait poursuivi et quoi qu’il ait attendu, rien ne le contente, puisque infinis sont les possibles ouverts à son attente. Alors de deux choses l’une : on n’attend plus rien de la vie, ce qui est une façon de la faire mourir, ou bien on en "attend tout", ce qui exige la médiation de l’imaginaire." 
Pour ma part, je ne sais plus trop où j'en suis de cette question. Mais sur les quais de métro, je laisse vagabonder la pensée qui va comme l'écrivait Montaigne "à sauts et à gambades". C'est ma façon à moi de tromper l'attente. 

mardi 24 février 2026

Quatre ans

 
Voilà
quatre ans que le peuple ukrainien résiste avec courage et détermination à l'envahisseur russe. Hélas le reste du monde semble de moins en moins s'intéresser à son sort, aux crimes de guerre dont il est victime, aux bombardements systématique des populations civiles. Comment ne pas penser à tout ce que celles-ci endurent quotidiennement, alors qu'ici, pour quelque temps encore, il est possible de profiter des premiers beaux jours dans une relative insouciance, en tous cas sans craindre que dans l’immédiat des drones ou des missiles ne s'abattent sur nous.

samedi 21 février 2026

Nouveaux Parasites


 
Voilà,
J’aime assez la thèse du biologiste Robert Brooks et de la philosophe Rachael L. Brown selon laquelle nos smartphones du point de vue de l’évolution sont devenus des parasites. "De la même manière que certaines guêpes pondent leurs œufs dans des pucerons, et que ces œufs se développent en se nourrissant du puceron, le smartphone est littéralement une extension d’une entreprise privée qui se développe en envahissant son hôte (c’est-à-dire, nous)". Robert Brooks, également auteur de "Artificial Intimacy : Virtual Friends, Digital Lovers and Algorithmic Matchmaker" (2021), explique que prendre conscience de cette relation de parasitisme est aussi une manière de réclamer un meilleur contrôle de l’environnement numérique.
Oui on en est là. Ce que nous apparaissait comme une innovation, une avancée pratique n’est en fait qu'une forme supplémentaire de destruction, simplement plus douce, plus sournoise, presque aimable. Une forme de destruction qui ne fait pas de bruit qui ne remplace pas les autres, mais qui les accompagne, les prolonge, les perfectionne. Car désormais, le capitalisme ne se contente plus de broyer les corps et les paysages : il s’installe dans les heures creuses, il siphonne les instants de répit, il occupe le temps où l’on aurait pu dormir, parler, aimer, conspirer. Le temps libre devient une ressource. Il faut le capter, l’étirer jusqu’à l’épuisement. On vous garde connectés, immobiles, le regard penché, pendant que les plateformes engrangent des revenus publicitaires. Ce temps-là, vous ne l’emploierez pas à chercher des alliés, à forger des colères communes, ni à renverser quoi que ce soit. Vous ne manifestez plus. Vous voilà sans jambes, sans voix. Tout cela s'opère de façon ludique. Dans la distraction programmée. 
 On convoque la part infantile, la plus docile, celle qui réclame des récompenses immédiates, des couleurs vives, des sons brefs. Le téléphone, autrefois, servait à appeler. À dire : je suis là. Le smartphone, lui, ne dit plus rien. Il amuse. Il occupe. C’est un jouet sans repos. Un objet de dépendance quotidienne. On le consulte comme on attend une friandise. Et, sans qu’on s’en aperçoive vraiment, quelque chose cède : le rapport à l’autre se dégrade, l’autonomie s'amenuise. On s’installe dans un confort trompeur, une utilité factice. Une contrainte aussi discrète qu'insidieuse s'introduit, à laquelle l’individu, peu à peu, consent passif, presque reconnaissant.
 

vendredi 20 février 2026

Résignation


 
Voilà,
j'ai pris cette photo en février 2012, non loin de la section chinoise du troisième arrondissement, à l'angle de la rue Beaubourg et du passage des Ménétriers alors que l'on fêtait l'avènement de l'année du Dragon. D'ailleurs dans le reflet de la vitre on peut deviner la procession. L'attitude de cet homme assoupi — fatigue, accablement, découragement ou peut-être, en guise de défi, suprême indifférence à son propre sort — m'a ému. 
Peu à peu le corps qui n'a plus été touché depuis si longtemps, devient un champ de bataille saccagé par trop de douleurs. La rue chaque jour plus hostile et confuse, n'offre d'autre répit qu'un porche crasseux ou un bout de trottoir. Face à l'incompréhension de ceux qui ne vous regardent même plus, accablé par la fatigue d'une perpétuelle errance, on sombre dans le sommeil. On vient à espérer qu'il nous fera glisser doucement vers la mort qui lui ressemble, et qui nous allègerait du poids de toute cette misère.
Qu'est il devenu celui qui faisait la manche avec si peu de conviction ?

jeudi 19 février 2026

Épiphanie


Voilà,
ce n'est pas seulement l'instant radieux que l'on cherche à fixer ou l'éclat du moment que l'on veut retenir. C'est aussi que l'on cède au besoin de manifester qu'on est encore présent au monde, toujours sensible à son charme et, qu'en dépit de tout ce qu'il nous ôte à mesure que les années passent, on aime ce qu'il continue de nous offrir : sa lumière, son ciel et ses nuages, cette singulière perspective qui, jusque là nous avait échappé. Et pendant que l'on tente de saisir ce qui jamais plus ne se représentera, un regret nous étreint. Cette illusoire fraction de seconde dissimule un mystère bien trop vaste pour nous dont rien ne dit en outre que nous serons un jour à même de le résoudre.

lundi 16 février 2026

Chatoiement


Voilà,
je me souviens du livre de Cees Noteboom "Rituels". Lu en 1988, il m’avait alors durablement impressionné. Il en fut de même pour ses ouvrages ultérieurs. Et puis je me me rappelle aussi le Festival de Chateauvallon en Août 1973. En première partie de Cecil TaylorLe Michel Portal Unit, avec parfois d'étranges instruments. Ce fut mon premier concert de Jazz. Assez déconcertant. J'ai retrouvé sur le net une trace de cette performance. Je suis quelque part dans le public avec Agnès. Portal et Noteboom ont l'un et l'autre disparu la semaine dernière. D'eux subsistent encore les chatoyantes impressions que leurs créations ont fixées dans ma mémoire. 

dimanche 15 février 2026

Sur le bout de la langue

 

Voilà,
autour, tout est à sa place. Le décor tient. Les rues, les gens qui passent, les images parfois énigmatiques sur les murs. Il regarde, il s'attarde peut même encore sourire. Mais quelque chose en lui s’est absenté. L’idée du lendemain peut-être. Le corps continue de faire son travail, sans grande conviction, la tête aussi, mais de plus en plus difficilement. Les mots n'accèdent plus aussi aisément à la pensée. Parfois ils affleurent  et s'effacent aussitôt. Ne se laissent pas retrouver. Durant une bonne partie de l'après midi, il y avait ce mot sur le bout de la langue. Un nom de métier ayant à voir avec les assurances. En vain. Et puis il est revenu comme ça, en début de soirée alors qu'il n'y pensait plus. "Actuaire". Au moins sait-il encore ce que cela signifie. Cela survient de plus en plus souvent. Est ce que ce sont les années ? Un traumatisme précis ? Il fait peu d'efforts, mais tout l'épuise. Et il y a cet ennui. Un ennui calme, sans raison, sans plainte. Il est là, c’est tout. Quelque chose s'est achevé à son insu, pense-t-il, mais quand ? Y-a-t-il un nom à donner à cela ? Pourtant, la peur du dimanche soir ne le quitte toujours pas et une ritournelle, dans son crâne, elle ne se laisse pas oublier. On dit qu'il va neiger cette nuit.
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samedi 14 février 2026

J'aime / Je n'aime pas (19)

 
 
Voilà,
j'aime l'atmosphère paisible de cette photo prise au pays basque à Fontarrabie en Août 2012
 
Je n'aime pas les gens qui vous postillonnent dessus quand ils vous parlent. Ce sont souvent les mêmes qui n'ont pas le sens de la distance sociale et qui s'approchent toujours trop près de vous
 
J'aime ces petits rituels alimentaires qui s'installent pour quelques temps : boire un mélange de citron et de gingembre, acheter de l'araignée de porc tous les vendredis au marché,
 
Je n'aime pas le fait que les All Blacks dont le jeu est devenu prévisible et stéréotypé perdent autant ces dernières années et qu'ils ne soient plus la fantastique équipe de rugby qu'ils étaient il y a dix ans
 
J'aime la téoulette, ce fromage de brebis fabriqué en Lozère
 
Je n'aime pas les interviewers qui a la radio ou à la télévision essaient de briller au dépens de la personne qu'ils sont supposer interroger et faire parler
 
J'aime regarder de vieilles cartes routières "Michelin" surtout celles que j'utilisais dans ma jeunesse, avec mes itinéraires surlignés
 
Je n'aime pas, je ne supporte plus ces voix synthétiques qui se ressemblent toutes et toujours plus  nombreuses dans les "reels" et les stories inondant les réseaux sociaux
 
J'aime revoir cette vidéo où, lors de la cérémonie d'ouverture du festival de Cannes,  Zao de Sagazan chante "modern Love"  de David Bowie  en hommage à Greta Gerwig, présidente du jury cette année-là. La performance de Zaho de Sagazan a été conçue comme un clin d’œil à au  film, "Frances Ha" (2012), danse dans les rues de New York ou Greta Gerwig danse sur cette même chanson dans les rues de New York., reprenant le célèbre plan séquence dans "Mauvais sang" de Leos Carax. Le moment où les deux femmes se prennent la main est très émouvant.
 
Je n'aime pas relire les livres de Roland Barthes dont le maniérisme et le style pseudo-scientiste m'exaspèrent aujourd'hui et me rendre compte que oui, tout de même à une certaine époque, dans les années soixante-dix j'y ai tout de même été sensible, parce qu'il était à la mode dans le milieu universitaire.

J'aime cependant la structure fragmentaire et l'architecture du livre "Roland Barthes par lui-même" avec ses photos insérées
 
Je n'aime pas quand la grisaille froide et humide de l'automne s'installe durablement sur la ville et rend tout morose
 
J'aime à peu près autant les chansons de variété indienne que celle de variété italienne. Et même si ça peut paraître très ringard, je m'en fous
 
Je n'aime pas le bavardage des coiffeurs, surtout lorsqu'ils sont enrhumés
 
J'aime les livres de Chris Marker intitulés "Commentaires 1 & 2" parus aux aux éditions du Seuil en 1961 avec leur typographie si particulière, des Egyptiennes grasses avec des empattements solides et des Garamond.
les expérimentations de Chris Marker mêle divers documents – coupures de presse, bandes dessinées, gravures… – à des photographies et des textes qui commente ses propres films.
les expérimentations de Chris Marker mêle divers documents – coupures de presse, bandes dessinées, gravures… – à des photographies et des textes qui commente ses propres films.

Le recueil de ses Commentaires II (Seuil, 1967) contient un projet, Soy México, inabouti faute d’accord avec François Reichenbach.
les expérimentations de Chris Marker mêle divers documents – coupures de presse, bandes dessinées, gravures… – à des photographies et des textes qui commente ses propres films.

Le recueil de ses Commentaires II (Seuil, 1967) contient un projet, Soy México, inabouti faute d’accord avec François Reichenbach.
les expérimentations de Chris Marker mêle divers documents – coupures de presse, bandes dessinées, gravures… – à des photographies et des textes qui commente ses propres films.

Le recueil de ses Commentaires II (Seuil, 1967) contient un projet, Soy México, inabouti faute d’accord avec François Reichenbach.
 
Je n'aime pas que des gens exigent de moi une attention qu’ils n’ont pas été capables de m’accorder quand j'en avais besoin
 
J'aime le jus de pommes pétillant "Apibul" au gingembre. C'est ma nouvelle boisson favorite depuis cet automne

Je n'aime pas les gens qui disent inclinaison à la place d’inclination, surtout lorsqu’ils s’expriment sur une chaîne culturelle.
 
J'aime la satisfaction éprouvée après avoir fait un grand ménage dans la maison
 
Je n'aime pas le comportement des gens qui portent un sac à dos dans les transports en commun et ne se rendent pas compte, de l'espace qu'ils occupent, et ne s'aperçoivent pas de votre présence derrière eux

J'aime le fait qu’en France, depuis quelques années, il puisse y avoir tous les dimanches matins un émission consacrée à Bach sans coupures publicitaires et avec quelques informations pédagogiques.
 
Je n'aime pas subir l’odeur des fumeurs dont le corps sent le tabac même quand ils ne sont pas en train de fumer
 
J'aime le goût citronné de certaines tomates, en particulier les zebra 
 
Je n'aime pas ces derniers temps entendre chaque matin une nouvelle connerie proférée par Trump ou une nouvelle menace de sa part adressée au reste du monde
 
J'aime les bandes dessinées de Daniel Clowes qui décrivent une Amérique profonde bien glauque
 
Je n'aime pas l’émission protestante le dimanche matin sur France-Culture. Je la trouve souvent niaise et compassée
 
J'aime l'Alexion cette mixture conçue à partir d’un mélange secret de 52 plantes naturelles. Cet élixir unique est reconnu pour ses bienfaits sur l’organisme et sa richesse en vitamines et minéraux. Fabriqué par les moines trappistes de l'Abbaye d'Aiguebelle dans la Drôme, on ne peut se le procurer que dans les boutiques d'artisanat monastique.

Je n'aime pas cette sensation que j’ai éprouvée récemment le matin au sortir d’un rêve où ma dernière phrase était "je n’ai plus envie de vivre" raison pour laquelle vraisemblablement je me suis réveillé. Mais peut-être après tout les rêves ne font ils qu’exprimer des vérités qu’on n’ose s’avouer même à demi-mots.

J’aime l'arrivée en train à Bordeaux lorsque l'on franchit la Garonne

jeudi 12 février 2026

Vacanciers

 
Voilà,
à vingt ans on regarde la mer sur un inconfortable rocher, on fait des projets, une vie passe et pour peu qu'on l'ait traversée sans trop d'encombre, on finit — si l'on est encore en relativement bon état — par emporter ses pliants avec soi pour paisiblement contempler le fleuve et la ville au loin. Je me souviens très bien de cette fin d’après-midi de Juillet sur l’île de la Barthelasse face à la cité des Papes. Les vieux, les familles et les fumeurs de joints se promenaient ou pique-niquaient sur les berges du Rhône. La température tombait doucement sans pour autant atteindre la fraîcheur. Je n'étais déjà plus tout à fait là, songeant à mon retour sur Paris.

mercredi 11 février 2026

Dormir pour oublier (35)


Voilà, 
ce que montre cette photo est scandaleux, comme c’est le cas pour la plupart des photos de la rubrique "Dormeurs". Mais tant de choses sont scandaleuses de nos jours en France. Elle est loin la belle euphorie des J.O. de 2024 qui ne furent somme toute qu'un trompe-l'œil. D'ailleurs un article du journal Ouest-France daté du 30 Octobre 2025 faisait le point sur ce que cette année olympique avait été pour les sans-domicile. Là encore des records ont été battus.

lundi 9 février 2026

Tout est là pourtant


Voilà, 
figés dans la lumière artificielle des réseaux, leurs visages comme autant d’empreintes. Ils écrivent quelques mots sous des photos instantanées où ils posent en souriant — mais rien de tout cela n’a de poids ni d’épaisseur. Je les connais à peine, ou je les ai connus, autrefois, dans une autre vie, quand les saisons semblaient avoir un sens. Pourtant, chaque jour, sans y penser, je les aperçois furtivement comme depuis la vitre d’un train silhouettes passagères. S'ensuit une étrange et presque douloureuse impression de proximité sans présence ni chaleur. Sans corps réel.
Je vis dans un étourdissement, une sorte de calme et lent vertige, comme si le temps de vivre s’était désagrégé. Il n’y a plus de lendemain clair, juste des journées qui s’effacent à mesure qu’elles s’étirent. Et parfois, j’entends parler d’eux. Un message, une photo, un nom qui réapparaît. Un chagrin sournois me gagne : je réalise alors que certains sont déjà partis, je ne les reverrai plus.
Je me retire peu à peu de cette foule silencieuse. Je m’éloigne de ces silhouettes numériques comme on s’écarte d’un bal trop bruyant, le cœur battant encore de ce qu’on a cru partager. Je m’entête à consigner ce qui me traverse, comme si les mots pouvaient fixer ce qui, autrement, glisserait vers l'oubli. Je m’y accroche pour ne pas sombrer dans ce flou permanent qui m’enveloppe.
Me reste cette fragile sensation de transparence, comme si je devenais peu à peu le témoin silencieux de ma propre vie. Tout est là, pourtant — les souvenirs, les visages, les instants volés — mais comme à travers un voile. Je continue d'écrire, non pour retrouver le fil, mais pour ne pas le perdre tout à fait. Je finirai bien par m'effacer moi aussi.

dimanche 8 février 2026

Une nuit je fus papillon


Voilà,
sur un mur de l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne, j'ai aperçu ce papillon peint par l'artiste C215, connu pour ses portraits de célébrités disséminés un peu partout dans Paris. J'en ai déjà montré ici, et encore , et aussi sur cette page.
Le  groupe hospitalier souhaitait donner poésie et couleurs à des sites a priori rébarbatifs, chargés du tabou de la maladie mentale. Désireux, selon un des responsables du projet, de déstigmatiser les troubles mentaux, et de remettre l'hôpital dans la ville afin que celui-ci ne soit plus un lieu à part, il a été demandé à C215 d'intervenir. Il a tout de suite pensé au papillon, car selon lui "sa dimension métaphorique correspond bien à l'idée initiale. Le papillon c'est l'évasion, c'est éphémère, insaisissable et léger… C'est aussi la transformation, comme les gens qui viennent ici pour évoluer, se transformer". Il paraît qu'il y en a d'autres, mais je n'ai aperçu que celui-ci. 
M'est alors revenu en mémoire l'apologue de Zhuāng Zhōu, un penseur taoïste chinois du quatrième siècle siècle av. J.-C.  Il dit en substance ceci : Jadis, une nuit, je fus un papillon, voltigeant content de son sort. Puis je m'éveillai, étant Zhuāng Zhōu. Je me demandai alors suis-je bien le philosophe Zhuāng Zhōu qui se souvient d'avoir rêvé qu'il fut papillon, ou suis-je un papillon qui rêve maintenant qu'il est le philosophe Zhuāng Zhōu ? Qui suis-je en réalité ? Dans mon cas, y a-t-il deux individualités réelles ? Y a-t-il eu transformation réelle d'une individualité en une autre ? Ni l'un ni l'autre, est la réponse. Il y a eu deux modifications irréelles de l'être unique, de la norme universelle, dans laquelle tous les êtres dans tous leurs états sont Un. "
 
 
Sinon, pour passer à un sujet plus léger, le tournoi de rugby des six nations a commencé ce weekend. À ce propos j'aimerais rappeler que si l'on connaît bien Montaigne pour ses Essais, on a tendance à oublier qu'il a aussi claqué quelques bons drops. Il est probable que cette plaisanterie n'atteindra que peu de gens, — essentiellement francophones — mais bon, je fais ce que je peux pour démentir ceux qui me considèrent comme un esprit chagrin qui voit toujours tout en noir.
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jeudi 5 février 2026

Psycho the rapist


Voilà,
pas une journée sans quelque éructation. Rien jamais n'épuise cette diarrhée verbale. Psycho the rapist donne son avis sur tout avec le vocabulaire d'un enfant de six ans. Il occupe le terrain à longueur de journée. Certains spéculent que ce sinistre clown a perdu la raison. L’a-t-il jamais eue ? Quoi qu’il en soit c’est le visage que l’amerikkka s’est aujourd’hui choisi et qui fait l’affaire des capitalistes libertariens. 
Menaces, vociférations, décisions tonitruantes, visées expansionnistes, dérapages plus ou moins maîtrisés, brutalité administrative : le chaos, mais en costume cravate. Avec toujours un brin de mégalomanie : projet d'un arc de triomphe, d'institution culturelle à son nom, d'un défilé militaire ridicule. Sinon quoi d’autre ? Ah oui, l'État fédéral transformé en games center. Pour recruter, l'administration dite "républicaine" a publié des clips inspirés de jeux vidéo. Les migrants comme des silhouettes à abattre. ICE en mode joystick. Elle terrorise sa population pour la dissuader d'aller voter dans dix mois. Milices privées, intimidations, assassinats ciblés, mépris du peuple. Toutes les fraudes et tous les coups sont permis. C’est à la fois grotesque et effrayant.
Quand il ne tweete pas, Donnie le taré parle parle... partout, à n’importe quelle heure, dans son bureau, à l'étranger, dans son avion. C'est toujours stupéfiant de connerie, de bassesse, de vulgarité. Il fait le show. Mais il suscite encore l’adhésion d’un grand nombre de ses compatriotes. Gênés devant le triste spectacle de ce concentré de bêtise qui se pavane avec arrogance et se perd parfois dans des logorrhées délirantes, les dirigeants "alliés" de lOTAN qui soudain découvrent qu'ils n'ont toujours été que des vassaux et qu'ils seront désormais traités sans ménagement, le regardent, l’écoutent, sidérés. Lapsus en série, messages privés publiés par erreur. Gouverne-t-il encore ?  Improvise-t-il ? Quoi qu'il en soit l'ordre ancien vacille, une certaine idée du monde s’effondre.
La Chine calcule. Poutine sourit. Pour se soustraire des scandales, à quelques mois des midterms, Donnie le taré qui prétend avoir réussi haut la main tous ses tests cognitifs, les plus beaux les plus merveilleux que les médecins ont jamais vus, s'en va-t-en guerre. Un coup au Vénézuela, un autre en Iran. Menaces par-ci, invectives par là. Propositions indécentes ailleurs.  
Pendant que l’Américain moyen compte ses centimes, que l’inflation grignote les salaires, que le plein d’essence devient un luxe, la Maison-Blanche, elle, regarde vers le Nord. Très au Nord. Le gangster orange ne lâche pas son idée d’acquérir le Groenland au prix d’un gros chèque. Un million de dollars pour chacun des 57 000 Groenlandais. Soit plus de 40 milliards de dollars au total. De quoi faire rêver. Surtout quand on vit dans l’Ohio ou le Michigan, où le niveau de vie baisse mais où personne ne recevra jamais un chèque à sept chiffres. 
L’idée dit-on serait à l’étude. Un référendum, un vote et un virement bancaire géant. Une méthode présentée comme une alternative élégante et pacifique à la force militaire. Moins de missiles, plus de dollars, il suffit de faire marcher la planche à billets croit-on encore. L'administration républicaine juge l’opération raisonnable. Après tout, 40 milliards, ce n’est presque rien. Comparé aux 600 milliards du budget du Ministère de la Guerre (puisque c'est ainsi qu'il a été rebaptisé). Une broutille stratégique. Pendant ce temps, les citoyens ordinaires regardent leurs factures et se serrent la ceinture. Ils pourraient se dire que, décidément, mieux vaut être Groenlandais qu’américain. Aux premiers, on propose un vote et une prime ; aux seconds, on explique tranquillement que leur droit de vote, en novembre prochain, est une option négociable. Mais bon la vie continue : bientôt la cérémonie des oscars et la finale du super bowl… That’ s entertainment !
Haut les cœurs ! en ces temps déraisonnables, on n'est pas au bout de nos surprises. Mais cela me donne toutefois l'occasion de réaliser un collage comme j'en faisais dans mes jeunes années...
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.
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dimanche 1 février 2026

Pêle-mêle au pied de la lettre

 
Voilà,
le hasard de certaines promenades, m'a, ces derniers mois, remis en présence avec ces collages intitulés "au pied de la lettre" réalisés par le collectif "les murs ont la paroles". J'ai déjà montré leurs travaux ici ou bien ou encore . Ils illustrent des métaphores courantes de la langue française. Celle du haut s'intitule "le cœur sur la main" ; expression qui désigne la générosité et la seconde s'appelle "tourner de l'œil" ce qui signifie, s'évanouir.

 

Cela me fait toujours plaisir de tomber par hasard sur une nouvelle image de cette série, car je les trouve particulièrement élégantes. Et puis d'une certaine façon cela flatte mon goût pour la collection. 
 

 
À part ça, j'ai fini de lire "Portrait d"une traductrice", sous-titré "Ludmila Savitsky à la lumière de l'archive". C'est un ouvrage universitaire de Patrick Hersant et Leonid Livak, précis détaillé, regorgeant d'informations. J'ai souvent entendu parler de "Lud" dans ma jeunesse. C'était la mère de Nicole Védrès et la grand-mère de Dominique pour qui elle compta beaucoup. Elle fut la première à traduire Joyce, en français, mais aussi Ezra Pound, Virginia Woolf et Isherwood. C'est elle qui avait fait l'acquisition de la maison de Lestiou, à quelque kilomètres de celle du poète André Spire avec qui elle entretint une longue correspondance tout au long de sa vie. Je ne sais d'ailleurs lequel des deux attira l'autre sur les bords de Loire. 
Bien des passages de ce livre sont tout à fait passionnants. Entre autres, ceux concernant les vingt premières années du XXeme siècle où l'on évoque, entre autres  "la question juive" — c'est une expression de l'époque (l'affaire Dreyfus est encore fraîche) et plusieurs ouvrages portent ce titre —, mais aussi  les débats idéologiques après l'apparition du bolchevisme. Il y est fait mention des controverses qui opposaient à ce propos les intellectuels français, et de la situation des exilés russes en France. 
Cela résonne parfois étrangement avec notre époque ; on y trouve la même confusion idéologique, et cela me paraît incroyable qu'on en soit encore là, un siècle après. Comme le constatait Aldous Huxley "le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l'Histoire est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne".. 
Mais l'intérêt du livre réside surtout dans la découverte de la méthode de travail de Ludmilla Savitzky. On peut suivre, grâce à de nombreux documents — fac-similés de manuscrits — qui témoignent des différentes étapes sur un même texte, son lent et patient cheminement pour restituer au plus juste l'intention et le style de l'auteur qu'elle traduit. 
Lisant ceci ma pensée vagabonde. Je repense à Mireille Havet dont Ludmilla Savitsky était l'amie. A la valise que Mireille Havet confia au début des années trente à Lud avec la promesse que jamais elle ne serait ouverte de son vivant, et qui fut trouvée dans le grenier de Lestiou au début du siècle suivant. Elle contenait une correspondance avec Apollinaire (entre autres), et son journal intime. Dominique en favorisa l'édition et en assura la préface. 
 
 
Le photogramme de Dominique, est extrait du film de Nicole Védrès qui s'appelle "la vie commence demain". Elle a alors dix-neuf ans. La ressemblance sur cette photo avec sa fille cadette au même âge m'étonne toujours autant.
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