vendredi 10 avril 2020

Juste un malaise diffus



Voilà,
ce n'est pas vraiment de l'angoisse ou de l'inquiétude. C'est juste un malaise diffus. Bien sûr il y a cette maladie nouvelle, dont on ne sait exactement comment elle se propage, ni quel est son temps de latence et d'incubation, ni, si une fois qu'on l'a contractée, on en est ensuite préservé ou pas, ni dans quelle mesure elle va muter.  Pour ma part, j'ai pour le moment l'impression d'être passée à travers sans pour autant être certain de ne pas en avoir une forme mineure. En tout cas ce n'est rien, en comparaison des deux ou trois épisodes plus ou moins grippaux, subis l'année dernière dont un m'a beaucoup effrayé par sa violence sa durée et son intensité. En conséquence de quoi, cette année dès le mois de septembre j'ai renforcé mes défenses immunitaires. J'ignore si cela sera suffisant. De toute façon il n'y a pas de test disponible, donc on en est réduit aux supputations
Alors oui il y a le confinement et chacun s'en accommode comme il peut. Comme je suis assez paresseux et contemplatif, et que par ailleurs je dispose d'une bibliothèque plutôt conséquente et variée, d'une discothèque qui ne l'est pas moins j'en prends mon parti sans trop d'embarras. Un documentaire récemment diffusé sur Arte, au sujet de l'histoire de l'Afghanistan met les choses à leur juste valeur, et ce que nous vivons là et sans commune mesure avec les malheurs qui accablent certains peuples depuis des générations. Rien pourtant ne dit qu'il en sera toujours ainsi.
Cependant cette épidémie est aussi le symptôme de quelque chose d'autre. Il y a cette sensation imprécise, ce pressentiment flou que tout ce sur quoi nos habitudes de vie reposaient ne vont pas pouvoir se reproduire de la sorte. Comme si un voile d'illusion se déchirait. Un peu comme dans ce film "the Truman show" où l'un des personnages s'aperçoit que la réalité dans laquelle il évolue, n'est qu'une construction fictionnelle. Ainsi notre pays qui se pensait comme une puissance économique, avec un système de santé que le monde était supposé lui envier, prouve à quel point il est incapable de faire face à une crise sanitaire majeure. Et puis nous découvrons chaque jour les ravages causés par la politique gouvernementale et le cynisme d'un pouvoir moins soucieux d'assurer le bien-être et la sécurité de ses citoyens que de préserver les privilèges des détenteurs de richesses ayant permis l'élection d'un président qui, à la faveur  de l'état d'urgence sanitaire, fait passer en catimini des lois liberticides et antisociales sans précédent depuis un siècle.
Quant à l'Europe, dont la construction laborieuse lorsqu'il ne s'agissait que du marché commun, fut un permanent sujet d'actualité au cours de mon enfance, elle justifie à présent les doutes qu'on pouvait entretenir à son propos. Pas de solidarité, aucune efficacité, nul accord sur des solutions communes. De nouveau se manifestent les replis nationalistes frileux, une bureaucratie inefficace, une incapacité à changer de paradigme. Il est fort à craindre qu'elle ne survive pas à cet épisode.
Le malaise tient donc à cette incertitude devant un avenir où à l'heure des comptes, les pauvres s'apercevront qu'ils le sont encore plus et découvriront que les riches se seront enrichis. 
Avenir d'autant plus angoissant qu'il est difficile à envisager. Une chose paraît sûre : il risque d'être très chaotique si l'on continue avec la même logique économique et industrielle. Car une autre crise se profile autrement plus grave puisqu'elle n'a pas été anticipée, et au regard de laquelle cette pandémie n'est rien. Cette transition écologique, dont on se rend compte aujourd'hui qu'elle est nécessaire, dans quel contexte va-t-elle s'effectuer ? Selon quelles conditions ? 
L'impréparation flagrante voire l'aveuglement et le déni de la plupart des décideurs de cette planète, offrent là bien des motifs de tourment. Et dans cette ville où il fait enfin bon respirer, en cette journée silencieuse, ensoleillée, où par les fenêtres ouvertes parviennent, comme une célébration de la lumière, les trilles allègres des oiseaux, c'est à des horizons plus sombres qu'on ne peut, quoi qu'on en veuille, s'empêcher de songer.

14 commentaires:

  1. juste un malaise diffus, oui. et aussi une interrogation diffuse. pourquoi nos gouvernements à l'échelle du monde ou presque (Bolsonaro reste dans le déni ou plus précisément dans une certaine cohérence), pourquoi nos gouvernements ont réagi à ce point à cette pandémie ? c'est incompréhensible. tout ou presque leur facilitait la suite des opérations. laisser crever les plus vieux pour aider les systèmes de retraite, par exemple. incompréhensible qu'ils n'aient pas fait comme en Equateur : laisser les cadavres s'accumuler dans les rues. une interrogation diffuse. si quelqu'un a une réponse...

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  2. Well said. All I can hope is that, when this is all over, my family and friends will be safe.

    Your photo is excellent.

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  3. Well said indeed. Beautiful moody photograph too to enhance your writing. Be safe!

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  4. ..a gloomy seen that unfortunately matches many people's state of mind at the moment.

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  5. Very well said. Thinking is the enemy of sleep. Lack of sleep is the enemy of the immune system. I sneaked out for some bananas today, breaking my once a week shopping rule. I got chewed out by my keeper. Stay well.

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  6. It's a difficult time and even more after all that !!!
    The photo fits bleakly ...
    Stay safe
    Greetings Elke

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  7. Un grand flou, oui. Toutes ces "grandes puissances" dont la France, Les États Unis, apparemment invincibles et puis...de quoi devenir humbles, mais le deviendront-ils? Doute très certain.
    Tu fais bien de t'accrocher à la lumière du jour, si sûre d'elle!

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  8. Wonderful perspective in both the image and the commentary on the present state of affairs.

    Happy Easter. Stay safe.

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  9. Well said! Will we learn to do better? Will we stop ruining our planet? If we don't stop, will the planet continue to shed us like we are a pest?

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  10. The photo and this scenery is sad.
    But the sun will shine again at any time!
    Happy Easter dear friend.
    stay healthy
    My contribution

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  11. happy easter dear kwarkito and may we soon see a solution...

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  12. I agree Kwarkito, the current situation the world finds itself in is just a slight indication of the possibilities that could follow ✨

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