dimanche 15 septembre 2019

Au coin d'une rue



Voilà,
Il mord ses doigts, gratte ses croûtes, mange ses peaux mortes. Mâchoire serrée il avance à pas lents dans les rues sales et répugnantes de cette ville perpétuellement en chantier qu'il ne reconnaît plus. Des questions l'assaillent comme des flèches. Voudrait somnoler. Dans certains pays paraît-il existent des bars à sieste, pas ici, dommage. Car, de plus en plus souvent cotonneuse, la réalité. Ou bien poreuse friable transparente peuplée de figurants sans épaisseur ni densité. À cause de la fatigue son rayon d'action s'amenuise. Plus goût à rien. N'avance pourtant pas les bras ballants. Conserve encore quelque maintien. Observe à droite à gauche respecte les feux tricolores traverse au passage-piétons. Même si dedans délabré. Se souvient de cette lointaine époque où  transporté de ci de là, sans avoir à décider de quoi que ce fût, il n'avait qu'à regarder. Premiers temps de la vie où tout n'était que contemplation sans projet. Sans nécessité aucune de formuler, de rendre des comptes. De se justifier. C'était bon. Aurait pu tout aussi bien s'arrêter de vivre alors. Bien sûr n'aurait pas connu les plaisirs de la chair. Ni ses démons. Ah ! Jours sans fantômes et sans autre désir que chier manger dormir et pour le reste simplement voir entendre. Sûrement les choses n'étaient-elle pas aussi simples. C'est fou comme on enjolive. Finalement ne restent que les bons moments. Bonne nature tout de même. Optimiste, oui. Presque joyeux drille en dépit de la mélancolie cette méduse qui remonte sournoisement des profondeurs de l'être, c'est joli ça, les profondeurs de l'être. Il devait y avoir de la souffrance c'est pas possible autrement. Mais oui les dents les boyaux et tout plein d'autres trucs. De la sensation d'abandon aussi, de la méduse déjà. Aujourd'hui n'a plus envie de responsabilité. Sent bien qu'il lâche l'affaire. N'aura finalement pas su conduire sa barque. On dit conduire ou mener sa barque ? Épuisé de toujours donner le change, de sauver les apparences. Parfois les mendiants lui demandent la monnaie qu'il n'a pas. À quoi bon se lever se laver sortir marcher il pourrait tout aussi bien rester dans son lit dormir se branler écouter la radio procrastiner peu importe l'ordre, mais il s'obstine encore à marcher. C'est donc qu'il y a de l'insurgé en lui, du résistant. Il lui reste encore un peu de révolte. D'ailleurs, la fugitive vision d'un vieillard crispé sur trottinette électrique suffit amplement à justifier un telle rébellion. Le ridicule ne tue pas, mais l'on en vient parfois à se réjouir du danger des carrefours. Qu'il crève ! Et puis il y a les murs aussi. Bien énigmatiques parfois les murs, au détour d'une rue. 
(Shared with Monday murals)

8 commentaires:

  1. He still has a little revolt! A great line. And a great mural.

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  2. Yes! Enjoying the danger of cross-roads, we only live once, why not.

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  3. You certainly have a very colorful and expressive approach to this mural. "Surely things were not so simple. It's crazy how much we embellish." Truer words were never spoken. This is an amazing mural emboldened by your colorful embellishments.

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  4. Thanks for participating Kwarkito. You've certainly provided a nice backstory to the mural :)

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  5. génial ce texte Arnaud ! et le gugus avec sa casquette toctoc qui dessine un si joli coeur !
    une belle semaine je te souhaite !

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  6. "Le ridicule ne tue pas, mais l'on en vient parfois à se réjouir du danger des carrefours. Qu'il crève !" Ces deux phrases qu'énonce le narrateur retiennent particulièrement mon attention. Peut-être à tort. Mais elles semblent faire écho à un nombre croissant de violences au quotidien. Ici un client tue le barman parce qu'il n'est pas assez rapide. Là un jeune écolo a mis le feu à un SUV. Et, statistiquement, les incivilités (qui vont jusqu'au meurtre) sont en forte augmentation, si j'en crois mes sources d'information (web journaux et radios du service public). Aussi bien en France qu'au Brésil ou encore en Belgique, pour parler de pays que je crois assez bien connaître.

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