mardi 16 août 2011

Gamberges




Voilà,
Six heures confusion du petit matin où les pensées se chevauchent les temporalités s'entremêlent l'Aîné se réveille dans un grand remuement d'idées sombres avec la certitude que pour lui les jeux sont faits qu'il a perdu sa mise et que si par le passé la chance lui a parfois souri il n'a pas su vraiment la saisir par paresse peut-être par manque d'audace par peur de l'échec ou du jugement des autres qu'importe à présent c'est trop tard son tour est passé il n'a plus depuis longtemps les moyens de ses ambitions et les années lui sont comptées le corps le trahit ne surmonte plus la fatigue   Se demande ce qu'il fait là dans la maison de ce frère depuis longtemps perdu de vue et auquel rien d'autre ne le rattache qu'un nom pas si propre que ça et le sang ah oui c'est ainsi qu'on dit les liens du sang   Songe à ce visage bouffi par trop d'alcool et de tabac à ce visage qui suinte la connerie la prétention par tous les pores de sa peau   Étrange cette gêne mêlée de dégoût qu'il éprouve en le regardant   Peut-être craint-il d'y voir la caricature de sa propre médiocrité le reflet grossi de toutes les tares qu'il n'ose s'avouer qu'à lui même   Où bien est-ce à cause de cet air de famille contre lequel malheureusement il ne peut rien   Il y a - c'est inévitable - quelque chose de lui qu'il entrevoit parfois dans les traits les comportements du cadet quelque chose qui lui fait honte et dont il voudrait alors que cela n'eût jamais existé   A quarante ans ce misérable crétin va encore tous les soirs taper l'incruste chez ses vieux parents dont la maison est à deux pas   Pour y manger s'engueuler avec eux selon un rituel immuable où chacun semble trouver son compte   C'est une étrange cérémonie qui se déroule là dans l'atmosphère étouffante et morbide d'un logis encombré poussiéreux dont le désordre n'a d'égal que la crasse   Une cérémonie d'un autre âge   Celui où l'Ainé sortait de l'enfance quand le Cadet entrait dans la vie   Et c'est comme si Géniteur Génitrice et Cadet rejouaient les scènes d'engueulade familiales de cette époque où le Cadet existait à peine   Et finalement c'est bien à ça que sa vie s'est réduite au Cadet  Rien que ça exister à peine à grand-peine et se consumer dans la névrose de ceux qui l'ont mis au monde en y tenant le rôle que l'Aîné n'a pas voulu endosser   Ouvrir les fenêtres les volets   De l'air de l'air    C'est un jour gris et brumeux   Au loin chante un coq les oiseaux dans les ramures proches pépient des tourterelles roucoulent dans la grange abandonnée il faudrait peut-être songer à écourter ce séjour aller où ça respire encore   Partir  N'importe où   Ailleurs   Pourvu que ça respire

2 commentaires:

  1. ...sweet little scene! Thanks so much for sharing, enjoy your week.

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  2. Really beautiful photo! Could not find a translator button so I missed out on your narrative. :-(

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