lundi 29 mai 2023

Tout ce que nous possédons



Voilà
Que de poètes
sont déjà venus ici,
que de poètes
ont déjà écrit
sur l’éblouissante annihilation,
face à ces dramatiques profils minéraux,
si proches de la motte originelle de glaise
antérieure à la forme ;
des choses
réduites à rien d’autre qu’un amoncellement,
quasi naturelles ;
des choses placées
à la frontière de la main qui travaille, du vent et de l’eau ;
c’est ici
que retentissent les sifflets du vent,
c’est ici
que résonne l’écho de la voix affolée du vide, du creux, de la fente,
silence nuancé de murmures,
et maintenant
je suis l’un de ceux qui voient clair, moi aussi :
l’informe,
le passé monstrueux,
ce furent les sculpteurs de l’inverse
qui les réduisirent à cela,
les auteurs
du cruel théorème
qui nous condamne au présent
et répète
que nous ne savons rien du tout, que rien ne vaut même la peine,
car notre passé et notre avenir ne sont
que des pas vers l’informe pérennité,
et c’est à grand-peine que nous observons
la réalité dispersée par ici et par là,
dans un autre endroit
où nous sommes encore moins existants :
c’est bien nous
qui sommes des fantômes,
et la solidité
est ce qui se tient là-bas,
parmi ces ruines
qui ne cessent de répéter
que cela
– RIEN DU TOUT –
est tout ce que nous possédons.

(Claudio Willer) 

6 commentaires:

  1. Unique landscape and beautiful poetry

    RépondreSupprimer
  2. Beautiful photo, interesting poem.

    RépondreSupprimer
  3. A wonderful photo and poem. Thank you for linking up.

    RépondreSupprimer
  4. Solid geological features and fluid poetry, however, we still possess the airy spirit of our thoughts. Thanks for taking part in the "My Sunday Best" meme.

    RépondreSupprimer

La modération des commentaires a été activée. Les commentaires ne seront publiés qu'après approbation de l'auteur de ce blog.