dimanche 26 juillet 2020

Liste des douleurs


Voilà,
les réveils ne sont jamais fameux. Trop de terreurs macèrent dans la nuit. Les anciennes suintent, de plus récentes suppurent. Le tout bien fétide. C'est cela sans doute vieillir. On ne s'y fera jamais, à cette réalité, et aux désagréments qu'elle suscite. Évidemment il faut bien finir, c'est dans l'ordre de la nature. Mais rien ne dit qu'on finira paisiblement, c'est cela qui taraude. Et toutes ces douleurs qui deviennent le noyau du monde. La fulgurante qui surgit parfois partant de la cheville et remontant dans le mollet. Celle comme un poing enserrant le cœur. L'autre comme une boule d'épingles appliquée à la surface de la peau. Et puis le nœud de fil de fer barbelé qui bouge tout seul à la racine du pouce. Le minuscule et dense brasier de feu froid irradiant dans le biceps. Et aussi la térébrante qui telle un canif fouaille dans l'entraille. Et celle pareille à un nid de guêpes au creux de l'aisselle. Et encore l'urticante et vive comme un jet de venin qui remonte le long de la moelle épinière. Sans compter ce minuscule caillou irradiant la mâchoire de ses piqûres. Ou ce vide étourdissant parfois dans la tête comme si le cerveau n'était plus qu'un grand courant d'air. La plus récente, irradiant depuis l'aine qui endolorit la jambe au point de rendre la marche pénible. Alors tenir le mur, s'accrocher à la rampe. Du vacillement permanent, faire une aventure. Et toutes les autres infimes innombrables, les fugitives, étoiles filantes, météorites... Parfois cette peur d'être malade sans le savoir. Parce que tout de même ce n'est pas possible ce n'est pas ça être en bonne forme. Se rassurer, penser à tous ceux qui n'ont cessé de se plaindre, tiens Michaux par exemple, qui malgré tout avait une mauvaise santé de fer. C'est aussi que, il n'est plus de semaine qui n'instruise de la maladie de l'un, du décès de l'autre. Le réseau social devient une putain de gigantesque rubrique nécrologique. Le téléphone un pourvoyeur de sinistres nouvelles... On passe plus de temps à rédiger des condoléances que des billets d'humeur. Et ce qui n'était qu'une abstraction une vague idée qu'on repousse à plus tard, encombre désormais. On a du mal à trouver la légèreté. Particulièrement au cœur de l'été. On voudrait bien pourtant. On se dit qu'il faudrait mettre des couleurs un peu plus chaudes dans la maison. On écoute de la disco des années soixante dix. On dansotte tout seul mais le souffle se fait court et le cœur n'y est pas. D'ailleurs il fatigue, lui aussi.
Et  désormais, cette épidémie qui relègue aux oubliettes tout le reste. C'est masqué que nous allons à notre fin.
Quel rapport avec la photo ?
J'ai lu, il y a peu, que l'écrivain Charles Dantzig avait déjà pensé à son épitaphe  : "Un taxi m'attend".
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9 commentaires:

  1. A couple of days ago this thought occurred to me: I am waiting to die while everything I took for granted is changed or gone. No, no, I am not ready for the end. I am well, but with some cranky parts. I still have old friends, and so many new friends thanks to blogs like this one. I take great comfort in that. I don't know what awaits me, but I still have my music, my pictures, and my friends-- And now I am a great-grandfather. Sheesh.

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  2. bon, disons le tout net, le texte est génial. "fouaille dans l'entraille", une sacrée trouvaille ! j'espère tout de même que ton corps ne souffre pas vraiment de pareille liste de douleurs. quant à l'épitaphe de CD, je trouverai peut-être l'occasion de la sortir en taxi...

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  3. Ah oui ça t’inspire le cocktails des vieilles douleurs (:

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  4. "Du vacillement permanent, faire une aventure." Et observer d'un oeil curieux et parfois rageur toutes ces fissures des corps, surtout en ces jours torrides, mollesses. Confinés par la chaleur et l'appréhension...pourtant des rires, jaunes parfois.
    Un besito.

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  5. ...he may have a harder time hailing a taxi.

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  6. A fine photo! I'm not ready to call that taxi just yet ...

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  7. Excellent photo !

    Quelqu'un a dit que l'art de vieillir est un art malaisé.

    J'ai décidé de progresser au lieu de vieillir. - Grégoire Lacroix

    Moi j'ai peur de vieillir.

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