vendredi 13 mars 2020

Songer aux Himbas à Nanterre

 


Voilà,
un jour je suis resté assez longtemps assis sur un banc, dans le parc de Nanterre, où je traînais parce que j'étais en avance à mon rendez-vous. Pour m'occuper je regardais des trucs sur mon smartphone même si ça ne me rend pas pour autant plus intelligent. Et puis par hasard j'ai trouvé cette jolie histoire sur le net.
"Chez les Himbas de Namibie en Afrique australe, la date de naissance d’un enfant est fixée, non pas au moment de sa venue au monde, ni à celui de sa conception, mais bien plus tôt : depuis le jour où l’enfant est pensé dans l’esprit de sa mère . 
Quand une femme décide qu’elle va avoir un enfant, elle s’installe et se repose sous un arbre, et elle écoute jusqu’à ce qu’elle puisse entendre la chanson de l’enfant qui veut naître. Et après qu’elle a entendu la chanson de cet enfant, elle revient à l’homme qui sera le père de l’enfant pour lui enseigner ce chant. Et puis, quand ils font l’amour pour concevoir physiquement l’enfant, ils chantent le chant de l’enfant, afin de l’inviter.
Lorsque la mère est enceinte, elle enseigne le chant de cet enfant aux sages-femmes et aux femmes aînées du village. Si bien que, quand l’enfant naît, les vieilles femmes et les gens autour de lui chantent sa chanson pour l’accueillir.
Au fur et à mesure que l’enfant grandit, les autres villageois apprennent sa chanson. Si bien que si l’enfant tombe, ou se fait mal, il se trouve toujours quelqu’un pour le relever et lui chanter sa chanson. De même, si l’enfant fait quelque chose de merveilleux, ou traverse avec succès les rites de passage, les gens du village lui chantent sa chanson pour l’honorer.
Dans la tribu, il y a une autre occasion où les villageois chantent pour l’enfant. Si, à n’importe quel moment au cours de sa vie, la personne commet un crime ou un acte social aberrant, l’individu est appelé au centre du village et les gens de la communauté forment un cercle autour de lui. Puis ils chantent sa chanson. La tribu reconnaît que la correction d’un comportement antisocial ne passe pas par la punition, c’est par l’amour et le rappel de l’identité. Lorsque vous reconnaissez votre propre chanson, vous n’avez pas envie ou besoin de faire quoi que ce soit qui nuirait à l’autre.
Et en va de même ainsi à travers leur vie. Dans le mariage, les chansons sont chantées, ensemble. Et quand, devenu vieux, cet enfant est couché dans son lit, prêt à mourir, tous les villageois connaissent sa chanson, et ils chantent, pour la dernière fois, sa chanson."
J'ai levé les yeux, j'ai regardé le paysage devant moi, si atrocement laid et si dénué de générosité avec ces deux tours au loin, siège et symbole d'une grande banque française. Il commençait à faire un peu frais ; j'ai redouté qu'il se mette à pleuvoir. J'ai pensé que le monde dans lequel je vivais était décidément bien absurde. Quel rapport pouvait-il bien avoir entre cette humanité dont j'ignorais tout avant de tapoter sur cet engin sophistiqué pourtant devenu en moins de dix ans banal et quotidien et la réalité qui était la mienne ?  Une fille voilée passa qui trottinait vêtue d'un jogging sombre et de nike jaunes fluos. Non loin de jeunes noirs dansaient et exécutaient en parlant très fort des figures complexes autour d'un ghetto-blaster diffusant du rap américain. Quelques canards cancanaient non loin. J'eus soudain une terrible envie de crêpe au sucre.

Souvenir des jours ordinaires.

Linked with the weekend in black ans white
linked with skywatch friday

16 commentaires:

  1. Oui... Vous avez ressenti cela aussi. A quel point nous sommes désormais coupés de notre humanité, de ce qui en a fait le socle, pendant des millions d'années. Ce qui nous a formés, poussés vers le haut, élevés, entourés, construits, protégés, reliés au monde, faits monde. A quel point coupés de la nature, nous tournons dans des roues de hamster, hébétés, répétant des rites de parade sans aucune efficacité, nous sommes devenus des zombies. Il suffit d'ailleurs de pas grand chose pour le sentir, un petit décalage. Moi qui suis partie au fin fonds de la Bretagne, je vous assure que d'ici, on voit très bien la bande de dingues qui s'agitent à Nanterre, on dirait les boules du loto dans le truc en plastique transparent. Je ne sais pas si c'est toujours comme ça, je ne me souviens plus de la dernière fois que j'ai regardé la télé, ce devait être dans les années 2008-2009...

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  2. What a wonderful story! The whole community recognises each individual this way.

    By the way, symbolism apart, your photo is excellent.

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  3. An interesting story with the song for the child. I've never heard of it, kann mir aber gut vorstellen, dass es ein schönes Ritual ist! Zumal es bei weiteren Lebensereignissen immer wieder gesungen wird. Es fasziniert mich und ich bedanke mich bei dir für diese schöne Geschichte, die auch sehr gut zu deinem Foto passt!
    Have a nice weekend!

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  4. that is a wonderful story with the Song!!!The photo is very nice!
    Greetings Elke

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  5. ...a nice combination of nature's and man's handywork.

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  6. Oh que j'aime cette chanson, cette histoire si humaine,
    Merci merci.

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  7. Very dramatic in black and white. Vernture to say this shot wouldn't be the same in color, much like all the old movies the entertainment industry has colorized. thanks.

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  8. I like your stories, although I lived for a while in Africa, never heard this one!
    You have that knack to put things in context! Cheers!

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  9. Brilliant image and a wonderful peep into Namibian culture to relate to!

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  10. ·.
    I really like the edition of that black and white, and how you have decomposed the image into three thirds.
    regards

    LaMiradaAusente · & · CristalRasgado

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  11. love the contrast between hard, tall buildings and the soft nature. :)

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