dimanche 17 décembre 2017

Histoires de mots


Voilà,
Il y a quelques mois, Serge Volle, a envoyé à une vingtaine d'éditeurs une cinquantaine de pages du roman de Claude Simon "Le Palace", paru en 1962 aux éditions de Minuit. Le Huffington post rapporte ce résultat édifiant : 12 d'entre eux ont dit non, 7 n'ont même pas répondu. Serge Volle a raconté dans une radio publique qu'un éditeur avait justifié son refus en expliquant que "les phrases sont sans fin, faisant perdre totalement le fil au lecteur". "Le récit ne permet pas l'élaboration d'une véritable intrigue avec des personnages bien dessinés", a ajouté cet éditeur. Serge Volle constate que ces 19 refus attestent que les créations littéraires exigeantes ne visant pas à établir des records de ventes sont délaissées. Paraphrasant Proust, il a rappelé qu'avant d'écrire il fallait être "célèbre". ajoutant que "Aujourd'hui c'est le concept de livre jetable qui fait fureur". Claude Simon, mort en 2005, considéré comme un auteur difficile, y compris par ses admirateurs, demeure malgré son Nobel, obtenu en 1985, encore un écrivain plutôt confidentiel. Je profite de l'occasion pour rappeler ce très passionnant entretien avec Denis Roche où il aborde son activité de photographe. De nombreuses reproductions de son travail sont visibles. C'est un peu long mais vraiment intéressant, car évidemment il met tout cela en relation avec l'écriture, il y évoque aussi la notion de distance. Il existe aussi cet autre entretien concernant la relation entre le présent et le souvenir, la représentation par l'image, la perception de la réalité et son rapport à l'imaginaire en particulier au cinéma. Plus ancien, datant des années soixante, il mérite qu'on s'y attarde. Je ne sais pas pourquoi, en lien (très lointain) avec ce billet j'ai eu envie d'une photo bougée, imprécise, tremblée. Je devrais en réaliser de semblables plus souvent. Le bougé restitue la vie, et la dimension incertaine de la réalité lorsqu'elle passe au filtre du souvenir, il contribue à donner à l'image une dimension plus spectrale plus fantomatique. J'arrivais à faire cela très bien avec un autre appareil il y a quelques années. D'ailleurs au passage dans ce genre, il y a cette remarquable photo prise dans le grand ouest américain  dont je jalouse l'auteur.
Sinon hier j'ai aussi lu que la plus haute administration américaine en matière de santé publique devra désormais réduire son vocabulaire, au moins le temps du vote de son budget. Le gouvernement a en effet interdit aux Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC, qui forment ensemble une agence du Département américain de la santé) d'utiliser sept mots dans les documents officiels destinés à l'élaboration du budget de l'année prochaine. D'après une information du Washington Post publiée vendredi 15 décembre, lors d'un rendez-vous d'une heure et demi avec les directeurs des CDC en charge du budget, il a été demandé aux analystes de cet organisme de bannir de leurs notes et rapports  "fœtus", "transgenre", "diversité", "vulnérable", "prestation sociale", "fondé sur des données concrètes" et "fondé sur la science".
Dans certains cas, les analystes se sont vus proposer des formulations alternatives. Au lieu de dire "d'après des données concrètes" ou "d'après la science", ils leu est fermement suggéré par exemple d'écrire: "les CDC basent leurs recommandations sur la science en tenant compte des normes et des souhaits de telle communauté". La question du vocabulaire à utiliser pour parler d'orientation sexuelle, d'égalité des sexes ou d'avortement a refait surface avec l'élection de Donald Trump alors que ces sujets avaient une visibilité importante sous les mandats d'Obama, rappelle le quotidien américain. Le président américain se montre régulièrement hostile à l'évolution des droits des personnes transgenres et au mariage homosexuel. Le département américain de la santé et des services sociaux a même supprimé de son site internet les informations à destination des personnes LGBT. En octobre, l'administration Trump avait étendu à toutes les entreprises commerciales une exemption accordée à des institutions religieuses leur permettant, au nom de leurs convictions religieuses et morales, de refuser de proposer des moyens de contraception gratuits à leurs salariées. Le décret a été suspendu temporairement vendredi par une juge fédérale. D'après l'analyste interrogé par le Washington Post, les réactions de la salle lors de la réunion étaient "incrédules". "Vous êtes sérieux?", "Vous rigolez?", pouvait-on entendre.
"Brave new world"
Allez que ce dimanche ne soit pas maussade. Il y a Ella et Louis, pour le rendre plus doux, plus serein. J'ai découvert que cette interprétation a le même âge que moi.


5 commentaires:

  1. J'ai assisté récemment dans une librairie de Besançon à une table ronde autour du travail de Claude Simon effectué dans la proche région d'Arbois, des sortes de repérages qui donnaient à "voir" sa manière de travailler. Il y avait une vingtaine de personnes, dont quelques jeunes, plus que ce qu'avait prévu le libraire. Tout n'est donc peut-être pas perdu.

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    1. Je m'en réjouis. C'est un auteur que j'aime beaucoup.

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  2. Je ne connais pas du tout Claude Simon...je vais donc commencer par lire les entretiens que tu as gentiment mis en lien.

    Quant au vocabulaire banni...que dire? Il y a des cons et des super cons.
    Bonne fin de dimanche à toi aussi, merci pour Ella et Louis.

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  3. Siempre originales sus fotografías.
    Feliz Navidad !!
    Abrazos.

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