lundi 21 février 2011

Encore une histoire de tatouage

Voilà
le tatouage était généralement au poignet :  un moineau portant au bec une cerise. Par ce signe inscrit sur la chair de sa femme, le marin parti en mer faisait passer un message aux hommes restés à terre : elle était mariée (qui plus est à un marin) et mieux valait ne pas s'en approcher. Le Gilbert,  lui, la mer c'était pas vraiment son truc il était plutôt du genre marcheur. D'ailleurs il avait fait son armée dans les chasseurs alpins, Il faisait partie de ceux qui ont fait leur armée. Et surtout des connards qui en parlent avec nostalgie. Pour ma part ayant passé les seize première années de ma vie trimballé dans les casernes  par un géniteur sous-off, et une génitrice élevée sous les glorieux étendards de la coloniale, plus militariste encore que son époux de guerrier, et fermement convaincue de la mission civilisatrice de l'armée française, la camaraderie troufionnesque, les concours de branlette dans les chambrées, les joies des grandes manœuvres, le prestige de l'uniforme, toutes ces conneries on ne peut pas dire que ça ait particulièrement suscité mon enthousiasme. D'ailleurs le service je ne l'ai pas fait mais c'est une autre histoire. Gilbert, donc. Je me suis toujours demandé comment avec sa tronche et l'indigence de sa conversation il pouvait séduire autant les femmes. J'ai beau savoir que ce n'est pas là l'essentiel de l'affaire, cette histoire m'a toujours laissé perplexe. Les femmes il avait un certain ascendant dessus , ça oui. Il pouvait même les rendre folles à ce qu'on m'a raconté. Est ce pour ça que la mère de ses enfants d'ailleurs, a fini à la cabane bambou, chez les dingues gorgée de neuroleptiques, ou est ce qu'elle avait des prédispositions pour ça ? Cela dit, on ne doit pas vraiment fréquenter les mêmes, mais là n'est pas la question. Ce qui m'étonne encore le plus à ce jour c'est son instinct de propriété, si puissant, qu'il parvient à convaincre les  femmes qui lui succombent de se faire tatouer son propre nom sur leur corps. J'ai une amie d'enfance comme ça qui l'a fait. Elle avait des livres de Ronald Laing dans sa bibliothèque, passé quelques années sur un divan à réfléchir sur les nœuds familiaux complexes qui entravaient son devenir, elles pouvait parler des heures sur Gilles Clément le paysagiste, enfin elle ne me paraissait pas stupide, et bien elle a "Gilbert" tatoué entre ses omoplates. c'est dingue non ? Le tatouage d'accord pourquoi pas, mais pas dans le genre plaque d'immatriculation. Ça rappelle de mauvais souvenirs. Tant qu'à faire, on veut du style. Elle par exemple:




Je ne la connais pas. Une polonaise je crois. Je ne me souviens même plus de son petit nom. On a du échanger quelques mots, pas plus... Elle suivait un cours "Programmer dans un environnement client/serveur DOM-AJAX-PHP". Elle avait l'air plus douée que moi. Un jour j'ai remarqué son tatouage. J'ai mis l'Iphone sur silencieux, et hop, ni vu ni connu dans la boîte. Ce qui me plaît là-dedans, c'est l'écotone, l'effet de lisière suscité  par le tatouage qui relie doucement  deux milieux séparés et unis à la fois et vous guide d'une zone extime (le dos les reins) à une zone plus intime, privée... A part ça, j'aime aussi le format polaroïd SX 70. J'adorais ça dans les années 80...

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