lundi 27 février 2017

La solution classique, éprouvée.


Voilà,
"L'humanité ne m'intéressait pas, elle me dégoûtait même, je ne considérais nullement les humains comme mes frères, et c'était encore moins le cas si je considérais une fraction plus restreinte de l'humanité, celle par exemple constituée par mes compatriotes, ou par mes anciens collègues. Pourtant en un sens déplaisant, je devais bien le reconnaître, ces humains étaient mes semblables, mais c'est justement cette ressemblance qui me faisait les fuir ; il aurait fallu une femme, c'était la solution classique, éprouvée, une femme est certes humaine mais représente un type légèrement différent d'humanité, elle apporte à la vie un certain parfum d'exotisme.". J'ai trouvé ces quelques lignes dans le dernier livre de Michel Houellebecq, "Soumission" dont la fable de politique fiction ou d'uchronie est une pochade plutôt ratée, dont rétrospectivement on comprend assez mal le tintouin qui en a été fait. Ou plutôt on réalise à quel point, cet auteur et sa production sont devenus un produit marketing, qui à ce titre, a rencontré son époque avec le massacre du 7 Janvier 2015,  jour de parution de ce livre, quand fut décimée la rédaction de Charlie-Hebdo, et tués des citoyens français d'origine juive dans un hypermermarché casher par des extrêmistes musulmans. Mais restent cependant quelques passages tout à fait réjouissants quand il évoque les universitaires, parle de Huysmans, ou encore lorsqu'il décrit les comportements de son héros, frustré dépressif misanthrope et sexiste. En fait une fois de plus, il brille surtout par sa description cynique de ce qui régit les rapports des hommes et des femmes dans la France de ce début de millénaire (d'où cette image de couple pour illustrer cette publication) et par la peinture des relations professionnelles entre "collègues" ou "collaborateurs". J'en citerai vraisemblablement d'autres dans les semaines à venir.

samedi 25 février 2017

Dans la Muqueuse du Sommeil


Voilà,
des mondes émergent de l'infra-nuit, des yeux paysagent et babouinent dans la muqueuse du sommeil. Vieux chiens au regard torve, qui glaçaient autrefois les enfants d'effroi, à présent les araignées vous ont mangés. Je les devine qui se crocodilent sous les lichens crabent dans les mousses, ou se dissipent dans le soyeux dessin d'une aile de papillon. Songeant aux temps obscurs où ils n'étaient que larve ou pourriture, les amants se murmurent de tendres obscénités. Le printemps darde sur les tiges. Mords ma chair je te l'offre please mange ma prière.

mercredi 22 février 2017

Étrange Sensation


Voilà,
étrange sensation, s'endormir dix minutes à peine se réveiller saisi par l'inquiétude d'être en retard en songeant qu'on est déjà le lendemain matin. La qualité du soulagement qui s'ensuit. Comme si on avait tout à coup gagné beaucoup de temps au cours de cette journée, alors qu'on n'a fait que s'abîmer dans un sommeil compensateur après un jour de labeur absurde. Mais très vite revient l'angoisse, sournoise et sans objet, et l'accablement de se sentir à ce point aliéné. Dehors le monde s'est assombri. Apercevoir la lumière derrière les autres fenêtres. Toutes ces vies. Comment font les autres ?

lundi 20 février 2017

Une vie entre les coulisses


Voilà,
"C'est une vie entre les coulisses. Il fait jour, c'est un matin en plein air, puis aussitôt la nuit tombe et c'est déjà le soir. Ce n'est pas une supercherie compliquée, mais il faut se soumettre tant qu'on est sur les planches. On n'a le droit de s'enfuir que si on a la force de se diriger vers le fond, de fendre la toile, de passer à travers les lambeaux de ciel peint, et d'enjamber un ou deux accessoires pour se réfugier dans la rue réelle, une rue obscure et étroite qui en raison de la proximité du théâtre, s'appelle encore rue du Théâtre, mais est vraie et possède toute les profondeurs de la vérité.  (Franz Kafka)

dimanche 19 février 2017

Figures de carnaval avec bouquet et smartphone


Voilà, 
le mariage de la tradition et de la modernité. Etrange comme la perception des êtres et du paysage urbain s'est transformée en un rien de temps. Il y a un peu plus de dix ans, les premiers smartphones ont fait leur apparition en France. Je me souviens très bien que c'est un régisseur du Théâtre de Vandœuvre qui m'en a le premier montré l'usage un soir dans une pizzeria de la place Stanislas à Nancy. La dernière fois que je suis venu à Venise on ne rencontrait pas de gens semblant parler tout seuls. On en voyait quelques uns marcher avec un portable mais c'était rare. Désormais même les gondoliers gondolent en téléphonant. Et les perches à Selfies quand ont-elles commencé à apparaître ? je dirai quatre ans à peine. Peut-être moins. Pourtant on a l'impression que cela a toujours été là, tant cela prend de place dans la vie quotidienne. Lorsque le transistor s'est démocratisé les gens qui avaient connu un monde sans ce dernier ont-il éprouvé la même sensation ? C'est la vie moderne. Pour ma fille c'est normal, pour moi c'est étrange. Quoiqu'il en soit, des ondes de toutes sortes nous traversent. Des particules aussi. Certaines nous intoxiquent. Mais il est une ville où les voitures sont absentes, où l'on ne fait que marcher et où l'on peut se perdre, se retrouver seul , loin de la foule des touristes (linked with the weekend in black and white)

vendredi 17 février 2017

Père et Fille



Voilà,
Plus tard dans la journée, nous sommes tout deux attablés l'un en face de l'autre, dans l'arrière-salle d'un bar de Venise où l'on diffuse du blues électrique. Parlant peu, nous regardant souvent, on partage des cicchetti. Je continue de m'étonner que la vie m'ait fait la faveur d'être le père de cet être si drôle et surprenant. Le chemin vers elle a été si difficile avant qu'elle ne vienne. Et parfois encore je me sens si démuni lorsque je ne la comprend pas. Nous sommes deux mondes si éloignés dans le temps. Mais cet écart est au principe de sa présence. Elle ne sait pas à quel point elle m'a transformé. Quoiqu'il en soit je fais comme je peux. Mais devant son sourire j'éprouve une joie intense et secrète. Et aussi un peu de fierté à lui faire découvrir cette ville à nulle autre pareille, si fragile et mystérieuse, comme un miracle toujours renouvelé. 

dimanche 12 février 2017

Hôtel Télémaque


Voilà,
c'est la devanture de l'hôtel Télémaque, rue Daguerre. C'est un hôtel bon marché pour touristes, dans une rue vraiment sympa. J'aime ces figurines, cette décoration. Je passe devant très souvent, et toujours ça attire mon regard. Je ne sais pas pourquoi ce soir j'ai pris une photo. Le buste de clown m'évoque Alain Gautré auquel je pense beaucoup ces derniers jours. Sa disparition m'affecte. On se croisait de temps à autre, et le début des années 90 durant lesquelles nous voyions assez souvent, me revient en mémoire. Voilà, c'est comme ça. Ce qui ne peut se dire doit se taire. essayons de songer plutôt aux menus étonnements de la vie.

vendredi 10 février 2017

Que ne suis-je


Voilà,
Que ne suis-je la poussière du chemin,
les pauvres me foulant sous leurs pieds...

Que ne suis-je les fleuves qui coulent,
avec les lavandières sur ma berge...

Que ne suis-je les saules au bord du fleuve,
n'ayant que le ciel sur ma tête et l'eau à mes pieds...

Que ne suis-je l'âne du meunier,
lequel me battrait tout en ayant pour moi de l'affection...

Plutôt cela plutôt qu'être celui qui traverse l'existence
en regardant derrière soi et la peine au coeur...
                                                                                   Fernando Pessoa "Le gardeur de troupeau"
                                                                                       Linked with "the weekend in black and white"

jeudi 9 février 2017

La lumière ouvrant son chemin


Voilà,
"Il ne dormait pas, il passait des heures aux aguets, finissant par distinguer dans l’enchevêtrement des sons les rumeurs les plus infimes, l’araignée tissant sa toile ou, encore moins perceptible, la lumière ouvrant son chemin à la force du poignet dans le velours épais des rideaux. Le silence venait tard, une fois disparu l’écho des derniers pas. C’est alors seulement que la netteté gagnait ces coups venus du fond de son corps. Ils avaient toujours été là, mais ce n’est que dans ces moments-là qu’ils surgissaient purifiés de tout autre bruit, chacun avec son profil de poignard. Jusqu’à quand allaient-ils durer? Car une heure viendrait, aucun doute là-dessus, où le désert de la nuit et le silence du corps formeraient une seule substance, inséparable à jamais de la fièvre de la rosée, quand matinale elle monte les dernières marches."
(Eugenio de Andrade Versants du regard et autres poèmes en prose, Patrick Quillier traducteur)

mercredi 8 février 2017

Basculer dans un abîme de vide mental : je pieuvre


Voilà,
"Dans le vertige physique, le monde extérieur tournoie autour de nous ; dans le vertige moral c'est notre monde intérieur qui tournoie. J'eus un instant l'impression de perdre la conscience des véritables rapports entre les choses, de ne plus comprendre, de basculer dans un abîme de vide mental. C'est une sensation horrible qui frappe d'une peur démesurée. Ces phénomènes deviennent fréquents. Ils semblent jalonner ma route vers une nouvelle vie mentale, qui sera naturellement la folie. (Fernando Pessoa - Fragments d'un voyage immobile)

lundi 6 février 2017

Contrebande


Voilà,
en fait je ne devrais parler que de cela puisque j'y consacre la plupart de mon temps, de mon énergie  – qui n'est plus très fameuse – et de ma réflexion. Cette contrebande, ce petit trafic avec les images est ce que j'ai trouvé de mieux pour atténuer l'angoisse d'être au monde et la peur d'y décrépir avant d'en disparaître à jamais. Mais j'entends les bruits de ce monde, les vociférations des uns et les prophéties des autres. Je ne peux que constater l'ahurissante bêtise qui gagne un peu partout et se propage plus vite qu'elle ne l'a jamais fait. Cela ne me rend pas très serein. Il faudrait que je me coupe des réseaux sociaux, que je ne lise pas les nouvelles, que je fasse comme si la catastrophe écologique n'existait pas, comme si la menace de l'accident nucléaire était absente, comme si notre alimentation n'était pas empoisonnée et que l'air que nous respirons demeurait pur et sain. Oui, faire l'autruche pour ne pas songer au fou qui gouverne les États-Unis et qui veut avec son administration faire en Europe ce que ses prédécesseurs ont fait au Moyen-Orient, rester dans ma bulle pour éviter de m'insurger contre les corrompus et les prévaricateurs qui prétendent aux plus hautes fonctions de ce pays, et font monter en moi, l'ami des nuages et des papillons de féroces pulsions meurtrières. Ce matin, comme cela m'arrive de plus en plus souvent, au lieu de subir le bulletin d'informations, j'ai changé de canal pour écouter France Musique. J'ai besoin de beauté, d'harmonie, même si ce n'est qu'une illusion. Tout comme ce temps consacré à interroger les œuvres du passé avec les techniques d'aujourd'hui, à les réinterpréter, comme le ferait un musicien de jazz d'un standard reconnu. Une fois encore je me détourne du réel. Le déni de réalité c'est une forme de folie. Mais comme je socialise encore, que je dis bonjour au gardien de l'immeuble, que je vais faire des exposés sur le cinéma dans le lycée de ma fille, que j'accepte des invitations à dîner ou au théâtre, que je participe å des comités de lectures, à des lectures publiques, que je réponds encore au téléphone je passe pour quelqu'un de relativement normal. Pourtant la plupart de mes heures je les dépense à explorer les virtualités que j'entrevois en liant des images les unes aux autres. Les possibilités sont infinies. Elles me libèrent de la contrainte d'une pensée structurée. J'établis une hypothèse. Au lieu de m'interroger sur la rencontre fortuite d'un parapluie et  – putain de quoi d'autre sur la table de dissection ? j'ai la mémoire qui flanche – ah oui d'une machine à coudre merci Google je mets en relation, par exemple un vieux collage réalisé dans les années quatre-vingts et un tableau de Kandinsky sur ma tablette. Je me livre ensuite à toute une série de transformations jusqu'à obtenir une image qui me convienne. Et pendant ce temps rien d'autre n'existe que la musique qui m'accompagne.  "Muzik zum Gedächtnis der Einzamen de Philip Jarnach. C'est la découverte du jour. Elle vaut bien des voyages. parfois j'aimerais me retirer totalement, être pris en charge et pouvoir comme les pensionnaires de Gugging me livrer à mes bricolages. Il y a peu au Goethe Institut, j'ai lu une pièce de Philipp Weiss concernant cet endroit et ces artistes. J'interprêtais le personnage de Walla, le peintre avec son drôle de chapeau. Je veux le même.

vendredi 3 février 2017

Bord-cadre


Voilà,
bien sûr on a beau savoir que, dans la vie, à partir d'un certain moment s'accroît la probabilité d'assister plus souvent à des enterrements qu'à des baptêmes (ou même des mariages), mais c'est à chaque fois un choc, lorsque vous parvient la nouvelle d'une disparition de quelqu'un que vous avez côtoyé, apprécié, admiré. Et lorsque ladite personne est à peine plus âgée que vous, au regret, au chagrin s'ajoute l'amère sensation que somme toute, fort peu reste à vivre, avant de sortir du cadre.

jeudi 2 février 2017

Rattrapé


Voilà,
à cet endroit, un deux février, le cours de ma vie a changé
c'était il y a bien longtemps
Aujourd'hui cette date me rattrape sans que je ne sache trop pourquoi.
Des années que je n'y avais pas repensé.