vendredi 27 mai 2016

L'Injonction


Voilà,
Celle-ci je l'ai prise en pensant à Peggy Je crois vraiment que c'est un plan qu'elle aurait pu faire si elle était passée par là. Ce qui m'a plu bien sûr c'était la flaque mais aussi cette sensation de n'être pas tout à fait dans un paysage parisien. Ce quartier de la Gare Montparnasse, de la rue Vercingetorix, du pont Pasteur, violemment réurbanisé dans les années soixante-dix et quatre-vingts, m'attire et m'intrigue, avec son aspect agressivement minéral. Je regrette que le cinéma ne l'ait pas encore honoré. La banalité de cet urbanisme brutal dans sa stricte fonctionnalité suscite à la fois inquiétude et malaise. "Circulez, il n'y a rien à voir" semble-t-il nous ordonner. Mais bon, c'est une ville, qui existe, vivante. Et je ne peux m'empêcher de songer (sans doute en raison de la visite du Président Obama à Hiroshima), à cette chanson qui dans mon enfance me terrifiait. (The weekend in black and white). 

mardi 24 mai 2016

C'est du passé, la situation était différente

  

Voilà,
hier, sur Arte (ah oui, il reste au moins ça de gratuit et d'intéressant à la télévision) était programmé le premier film allemand de l'après-guerre "Les assassins sont parmi nous". j'en avais souvent entendu parler, par ma mère me semble-t-il, qui vivait en Allemagne au début des années cinquante (c'est là-bas que se sont connus mes géniteurs, tous deux appartenant aux troupes d'occupation françaises en Allemagne qui est ma terre natale). Cette période d'immédiate après-guerre outre-Rhin, m'a toujours intrigué, sans doute à cause des photos de ruines, que j'ai vues dans mon enfance, et en particulier celle de l'église du souvenir de Berlin que l'on a gardée telle quelle. Sans doute aussi à cause de ce film de Rossellini, "Allemagne, année zéro", que j'ai vu très jeune, je ne me souviens plus dans quelles circonstances. Mon existence est une continuation de cette guerre, c'est curieux quand j'y pense. La guerre au fond m'a toujours accompagné, hanté, pollué. Les deux, le Guy et la Yolande se sont trouvés sur les ruines de la seconde guerre mondiale, ils se marient, puis mon père va en Indochine huit jours après, il revient en Allemagne il assure sa postérité, puis part guerroyer en Algérie. ma mère le rejoint là-bas et m'emmène avec elle. J'ai évoqué ces années là, maintes fois (il suffit de taper sur le label Enfances). De retour en France, ce sont les garnisons de l'Est. Je fais connaissances avec les champs de manœuvres de Suippes, Mourmelon où le paternel continue de jouer à la guéguerre (c'est que les soviétiques sont à trois jours de char de Paris, dit on alors). Parfois on va visiter les champs de batailles de la première guerre mondiales, les alignements de croix, les ossuaires, ah les beaux dimanche. En 1964, pourtant, l'horizon se dégage on va vivre dans les landes. C'est beau, il y a le soleil, l'Océan, les lacs, les gens sont gentils, l'air est doux, je découvre le Rugby, il me semble que le bonheur est là, en tout cas quelque chose qui ressemble à la paix. Oui mais le soir il y a la télé, le Vietnam tous les soirs aux infos, le vieux refait sa guerre, se fait stratège, il connaît tous ces coins, il dit qu'à la saison des pluies les américains devraient bombarder les digues à Hanoï, quand est connu le massacre de My-Laï, il dit qu'on ne fait pas d'omelettes sans casser d'œufs et laisse entendre qu'il a lui aussi été amené à faire des choses comme ça. Tout ça sur fond de guerre froide et de bandes dessinées de SF qui se trouvent à la maison que je dévore et où il est toujours question de guerre. A dix-sept ans je rencontre la famille Tiry, qui m'ouvre les yeux sur d'autre choses, l'art, la peinture, le théâtre, le vin, la cuisine, mais je suis trop sali, déjà, trop pollué de l'intérieur, la paix, l'harmonie, la joie, j'ai du mal avec ça. Etrange encore, le premier grand spectacle où je joue, s'appelle "Prends bien garde aux Zeppelins" et c'est une évocation de la guerre de toutes les guerres, mon premier téléfilm est sur "la nuit de Cristal", quelques années plus tard je joue dans "Les derniers jours de l'humanité" de Karl Kraus... Mais bon je digresse, je digresse, je voulais parler d'un film. C'est très beau, très étrange, "Les Assassins sont parmi nous". Ce qui est curieux, c'est qu'il encore marqué par l'esthétique expressionniste des années trente (les ombres, les images désaxées, l'usage de la profondeur de champ, des contreplongées, l'abondance de scènes nocturnes, l'image contrastée), que Carol Reed, dans son film "The third man" lui aussi utilisera abondamment quelques années plus tard, comme si les fantômes de l'époque d'avant-guerre rôdaient encore dans ce monde ravagé.

lundi 23 mai 2016

En pensant à J.G. Ballard


Voilà,
"Vaughan était un solitaire acharné à jouir des noces rouges de la chair et du métal"

dimanche 22 mai 2016

Digital Detox (un projet)


Voilà
je continue mais cela n'a plus grand sens, et je n'ai plus très envie d'ailleurs, ni trop la force. Je le fais pour me donner l'illusion que je tiens encore dans le chaos de ce monde où j'essaie de trouver du répit. Cela ne me satisfait plus. La sensation du temps désormais compté, et qui de plus en plus va manquer, la crainte que la fatigue dévoreuse d'énergie n'ait raison de moi, m'incitent à produire encore des images, mais je n'y trouve plus mon compte. Peut-être au fond n'est ce qu'une peur déraisonnable, mais il est tellement étrange cet état : la sensation d'être englué dans un présent dénué de toute perspective. Désormais je vis dans un presque monde. D'ailleurs est ce vraiment cela vivre ? De moins en moins en phase avec les choses je traverse la réalité comme un somnambule, et je passe de plus en plus de temps non à dormir mais à somnoler précisément. La fatigue est un territoire que j'arpente avec des façons de lémurien. Parfois comme ce dimanche matin un rêve absurde me sort du sommeil. Je passe chez quelqu'un devenu très riche et que j'ai perdu de vue depuis longtemps. curieusement, la porte d'entrée est ouverte donnant sur une sorte de sas, et une autre porte entrouverte au delà de laquelle je devine un vaste séjour. J'entends des cris d'enfants turbulents qui jouent dans la maison. Je sonne néanmoins pour avertir de ma visite que je pressens inopportune d'autant que je m'aperçois que je tiens à la main, un léger pantalon de coton bleu aux motifs imprimés africains, que dans la réalité j'ai récemment déchiré et converti en chiffon à poussières. Mais là dans le rêve il est dans son état d'autrefois, et c'est précisément alors que j'essaie d'enfiler la deuxième jambe que le propriétaire de la maison m'ouvre. Je m'excuse maladroitement en bredouillant - il est même possible que mon élocution ressemble à celle d'un chihuahua réclamant sa gamelle - de vagues et confuses excuses. Il me fait entrer. Il y a là ses enfants, sa femme. Ils ont tous l'air interloqués. Peut-être ai-je l'air de m'être échappé d'un asile. Je dis que si je dérange je peux aussitôt repartir. L'air embarrassé de mon hôte et le long silence qui s'ensuit me réveillent. Et c'est de nouveau le jour gris d'un mois de Mai qui ressemble à Mars. Je dois partir en train dans l'après-midi rejoindre une ville où demain je vais accomplir un travail inutile. Mon appartement est en plan, avec un tas de choses commencées dont je me demande bien si je les finirai un jour. Dans mon ordinateur, des centaines de brouillons, des images qui attendent leurs phrases, des phrases qui cherchent leurs images. Je regarde cela avec de plus en plus de circonspection. Parfois je songe qu'une petite citation suffirait à légender photos ou dessins et que cela serait aussi simple. Par exemple celle-ci de Beckett : "le soleil brillait, n'ayant pas d'alternative, sur le rien de neuf". Mais non même pas. Le soleil ne brille pas. Dehors il fait froid. Allez haut-les-cœurs. Je vais écouter Ella et Louis, cela me réchauffera. 
P.S. 
J'écris cela qui peut paraître triste ou mélancolique, mais dans la vie courante je suis assez souvent drôle plaisantin et même, oui, sans me vanter plutôt rigolo. Je connais des tas d'histoires (mes préférées sont celle de l'étudiant cévenol en anthropologie qui fait son premier terrain en Papouasie, et celle des trois rabbins et du chauffeur de taxi pakistanais à New-york), mais je suis incapable d'écrire comme Alphonse Allais, par exemple. C'est comme ça, entre l'oral et l'écrit je suis clivé, eh oui clivé.

vendredi 20 mai 2016

Grosse Fatigue, encore


Voilà,
ce qui attire d'abord mon regard c'est le piercing sous la lèvre inférieure de la secrétaire médicale très brune et un peu forte qui enregistre ma prise de rendez-vous. Je remarque un tatouage dans l'échancrure de son gilet et de sa blouse, j'y devine le mot spirit. Ses ongles courts et couverts d'un verni rouge bordeaux tapotent mon nom sur le clavier. On pourrait supposer une jeunesse un peu gothique avant qu'elle ne se soit résolue à rentrer dans le rang. Il faut bien vivre n'est-ce pas. Elle porte cependant une bague de facture classique et une alliance, comme n'importe quelle petite-bourgeoise. Je me demande comment elle vit, où elle habite, ce qui la fait rêver si son travail l'intéresse. Plus tard je constate que la plupart des gens attendent sur leur siège les jambes croisées. Je lis un livre sur les couleurs que m'a offert ma cousine. J'ai du mal à me concentrer. Je voudrais que la vie me fasse une bonne surprise. Je  repense  – je ne sais pas vraiment pourquoi – à ce dimanche à Lisbonne ; cette lumière, ce dépaysement, la légèreté qui était alors la mienne. (Linked with the weekend in black and white)

mardi 17 mai 2016

Empreintes sur une surface noire


Voilà,
je ne suis pas responsable du processus accidentel qui a produit ces empreintes. Je n'en suis que le dépositaire. J'y ai tout de suite entrevu la photo que cela pouvait devenir. Une part de moi ne peut s'empêcher de s'attarder de s'attacher à ces formes involontaires dépourvues de sens, à ces épiphanies, ces révélations dont l'existence hasardeuse à quelque chose de mystérieux dans sa banalité même. Cela rappelle qu'une réalité multiple faite de virtualités à peine ébauchées, de structures qui se dérobent à notre attention ou à notre compréhension. existe, travaille, remue, se transforme. 

vendredi 13 mai 2016

jeudi 12 mai 2016

En haut du boulevard St Michel


Voilà,
en haut du boulevard St Michel, juste en face des jardins de l'Observatoire qu'on appelait dans ma jeunesse le petit Luxembourg, j'ai remarqué sur un mur ce collage dont je ne connais malheureusement pas l'auteur puisqu'il n'est pas signé. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas attardé de ce côté-ci. Je me suis souvenu du printemps 75. On passait beaucoup de temps à traîner chez Hugues dans ce grand appartement de la rue Michelet dont il disposait pour lui seul (mais à la réflexion peut-être y avait-il aussi un frère ou une sœur) car ses parents diplomates au Rwanda étaient rarement là. On y avait même tourné un film en super 8 réalisé par Olivier M. devenu depuis cinéaste tout comme Hugues et je crois même qu'ils ont fondé ensemble une maison de productions. Je ne me souviens plus de l'histoire mais je me rappelle d'une scène avec un poule vivante dans la cuisine. Sinon on pique-niquait souvent dans les jardins. Hugues avait une copine qui s'appelait Betty. Ils allaient bien ensemble. Ils étaient très beaux tous les deux. 


C'était pour moi une période un peu trouble. Très tourmenté par la perspective du service militaire je me demandais souvent comment je ferais pour y échapper et si j'y parviendrais. J'y suis parvenu. Ce fut aussi l'année où pour gagner un peu d'argent je participais comme enquêteur au recensement de la population. C'est comme ça que je fis la rencontre de Georges Franju logeant dans un minuscule appartement quai des Grands-Augustins, à deux pas de celui de Claude Brasseur qui, rue Séguier menait pour sa part un tout autre train de vie. Ce fut aussi une année dramatique pour D. dont j'étais proche. Un soir, sur un banc de la rue de Tolbiac, elle vit mourir dans ses bras son ami qui venait de s'injecter dans les veines une drogue douteuse.

mardi 10 mai 2016

Sollicitude

Ange dessiné sur un mur de métro station Concorde
Voilà,
me dit-il
une femme une fois m'a quitté au prétexte que ma sollicitude à son égard l'angoissait
depuis je dessine des anges sur les murs de la ville

dimanche 8 mai 2016

Gare du Nord


Voilà,
Certaines images sont le produit d'associations de dégradations, d'hybridations de destructions. Il s'agit de contourner ce que m'offre la réalité que d'une certaine façon je recompose à seule fin d'obtenir un résultat qui n'existerait pas sans moi. C'est à ça que je passe la plupart de mon temps libre. Ça atténue la douleur. Ça permet de tenir. Il faut juste que ça soit là. 

samedi 7 mai 2016

Le Confessionnal


Voilà,
s'abriter un moment à l'ombre fraîche d'une église de campagne. Sans doute le vieux confessionnal ne reçoit-il plus personne depuis longtemps. J'y suis entré, le banc où s'asseyait le curé était cassé. Non loin, sur une plaque accrochée à l'un des murs demeurent gravés les noms de ceux du village qui ont péri entre 1914 et 1918. Il ne nous reste que ces listes impressionnantes pour mesurer l'ampleur de la saignée que ce fut dans les populations. Jeunes gens dont la conscience du monde se réduisait aux vérités locales et dont la vie se réglait sur le cours des saisons et des fêtes religieuses, envoyés par de vieux politiciens vers une boucherie sans nom, sacrifiés au nom d'intérêts soit-disant supérieurs qui leur échappaient. Il en est souvent ainsi : les peuples sont pris en otages pour satisfaire la folie des puissants, idéologues jamais rassasiés de pouvoir, affairistes ambitieux marchands d'armes, banquiers, religieux parfois. Entre ces vieux murs, où désormais peu de fidèles se rassemblent j'ai songé aux temps troublés que connaît aujourd'hui l'Europe, éprouvant cette sensation que le cours des événements nous entraînait vers des horizons ravagés où l'espérance n'a plus guère sa place. Et dehors malgré la stupéfiante beauté du paysage, son apparente quiétude, je n'ai pu trouver la sérénité. Souvent pourtant je voudrais m'oublier, me dissiper, me volatiliser dans les trilles enchanteresses des oiseaux, me fondre et disparaître dans la beauté qui m'est offerte par le ciel par le vent par la nature et vagabonder hors toute pensée, dans le mystère de ce qui toujours se dérobe.


vendredi 6 mai 2016

Bouquiner au soleil


Voilà,
au sol la lumière dessine les barreaux d'une prison que semble réfuter et même défier cette attitude nonchalante et presqu'indifférente au monde. Bouquiner au soleil, comme si on était à la plage. Le contraste était saisissant alors qu'au cours de l'après-midi, à quelques rues à peine, la manifestation du premier mai avait donné lieu à des scènes de tensions et de violences particulièrement choquantes. Linked with The Weekend in black and white)

jeudi 5 mai 2016

Un Saint Patron inattendu


Voilà,
"Gangon ou Gengoul supporta avec une grande patience et une grande fidélité son épouse infidèle, non sans lui avoir adressé de salutaires avertissements. Il préféra quitter la cour du duc de Bourgogne et se retirer dans ses terres. Elle le fit assassiner par son amant alors qu'il dormait dans son château près d'Avallon. Plusieurs localités rappellent la mémoire de celui qui est le patron des mal-mariés. De temps immémorial on vénère à Gruson dans le Nord, Saint Gangon pour la guérison des maux de jambes ou, nous dit l’Hagiographie 'pour le rétablissement de la paix dans les ménages qui, comme le sien, sont troublés et désunis!" ai-je lu alors que je me demandais qui pouvait être ce Saint-Gengoux ayant donné son nom à un charmant bourg de Saône et Loire où je me trouvais hier en fin d'après-midi sous un ciel qui ressemblait vraiment à un ciel de printemps

mardi 3 mai 2016

dimanche 1 mai 2016

Volumes


Voilà,
les nazis, interdisaient au déportés auxquels ils infligeaient de déterrer des cadavres d'autres juifs de les nommer en tant que corps mais plutôt en tant que "figuren" ou "puppen". Dans l'entreprise, les employés sont des collaborateurs. Si un collaborateur sollicite du renfort pour son service il demandera à la direction des ressources humaines un "Equivalent temps plein" une "ressource" ou même des jours/hommes. Le jour-homme est une unité de mesure correspondant au travail d'une personne pendant une journée. Ainsi un projet qui demande dix jours-hommes peut théoriquement nécessiter le travail d'un homme pendant dix jours, de dix hommes pendant un jour ou encore de deux hommes pendant cinq jours. Le langage de l'entreprise relève de la même logique comptable et concentrationnaire. L'homme y est détruit moins brutalement et accepte sa servitude pour un salaire dont la valeur se réduit au fil des ans. Mais la tendance au démantèlement des lois sur le travail répond aux exigences d'un patronat dont l'objectif est de réduire toute main d'œuvre à l'esclavage. Mais un esclavage consenti dont la contrepartie serait le droit sinon le devoir de consommer toute la merde qu'on lui intime de fabriquer à bas coût et de faire circuler. Quoiqu'il en soit aujourd'hui c'est la fête du travail.