mardi 30 août 2016

Légèreté


Voilà,
Pendant quelques jours, trop peu, j'ai retrouvé la légèreté. La légèreté c'est la plage. C'est le soleil. C'est se baigner. S'abandonner à ces joies simples. Marcher sur la berge, respirer le grand air. Prendre le temps. Retrouver les sensations de l'enfance. N'avoir de compte à rendre à personne. J'aimerais retourner là. Je m'aperçois que je ne m'autorise pas suffisamment de vacances et de changement d'air. Kafka disait de Prague que c'est une petite mère qui vous tient dans ses griffes. Peut-être ai-je le même rapport à Paris. Il faut que je me libère plus souvent de cette ville. (Linked with my corner of the world)

lundi 29 août 2016

Dans le pays de son passé

Juillet 1983
Voilà,
"Mais le plus souvent le voyageur dans le pays de son passé ne cherche pas à montrer ou démontrer, encore moins à convaincre. C’est à lui-même qu’il parle. Quand il essaie de reconnaître la forme de quelque chose qui fut, et qui fut lui, il essaie de trouver des points d’appui pour se persuader que ce fut réel, qu’il n’a pas rêvé, qu’il ne rêve pas : qu’il existe vraiment, comme une chose du monde, malgré la destruction, l’instabilité et la méchanceté. Il ne cherche pas à reprendre racine dans la stabilité d’un lieu du monde : il cherche, au contact de la fragilité des choses, à se reconnaître lui-même comme lieu d’enracinement. Un lieu provisoire et instable, mais le plus réel de tous." (Pierre Pachet)

vendredi 26 août 2016

Solitudes


Voilà,
hors-cadre, il y a un duo de musiciens qui joue. Je crois que la fille qui allume sa clope est la copine de l'un d'entre eux. Le type adossé contre le mur ne semble avoir aucun lien avec la fille. C'était il y a un an presque jour pour jour à Londres. Il y a pas longtemps avec C. on a reparlé de ce séjour. C'était vraiment bien m'a-t-elle dit. Je confirme. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 24 août 2016

L'Importun

Voilà,
il n'était pas attendu celui-là il a débarqué comme ça.
Il a convoqué ma main mon crayon à mon corps défendant.
Enfin non pas tant que ça il y avait de la tentation.
Un crayon un crayon tout de même. 
Un crayon.
La tentation des gestes anciens.
il me semble que parfois je les perds ce sont eux qui me sauveront c'est sûr ai-je alors songé.
Donc petit à petit il est apparu comme ça il a réclamé ses traits les a eus.
Mais quand même il a fallu que je le passe à la machine.
Pas pu m'empêcher non / je suis lié à la machine.
La machine est une extension de moi.
Je m'en méfie cependant / de plus en plus je m'en méfie.
Ses sollicitations sont sournoises.
Me happent parfois vers des enfers que je m'efforce de retranscrire à ma façon.
Mais c'est éprouvant.
Bref l'ai passé à la machine  assez bien passé je pense.
Me regarde d'un drôle d'air mais c'est comme ça.
Voilà je ne l'attendais pasmais il est là.
Va falloir consentir à un peu de sympathie pour lui. 
Pas très avenant semble-t-il au premier abord.
A l'air de me reprocher quelque chose mais n'y suis pour rien.
C'est lui qui est venu me chercher / a voulu que je l'aboutisse comme ça
L'a pas du envisager qu'il passerait à la machine.
Me promener dans les formes que me suggère la machine j'aime ça.
Jouer avec la machine lui faire des propositions absurdes incongrues J'aime ça aussi.
parce qu'elle répond.
La machine répond toujours quand il s'agit de générer des formes.
Se fout de savoir où et quand elle a été fabriquée.
Mais sollicitez là délicatement
et il est possible qu'elle vous soumette alors des visions auxquelles vous n'aviez pas songé.
Donc c'est sur lui que c'est tombé.
bah oui fallait pas apparaître.
Cette apparition m'a laissé perplexe.
Elle s'est improvisée comme ça.
Oui bien sûr je l'ai laissée venir je lui espérais une chance.
Et puis j'ai voulu voir un peu plus loin.
A un moment je me suis dit 
mais qu'est ce qu'il fait celui-là pourquoi il est là pourquoi il s'arrête ?
Il est là donc peut être las aussi peut-être ailleurs déjà.
Peut-être ne voulait-il que passer
Il n'avait pas conscience de sa forme
Peut-être était-il déjà prêt à se transformer encore mais non.
C'est comme ça que ça s'est passé


Donc il est là dans son cadre 
à ce stade de son évolution de sa métamorphose on peut appeler ça comme on voudra
ou ne pas l'appeler  / non ne pas l'appeler /c 'est aussi bien à ce stade
A moins 
à moins qu'il ne fut cet invité surprise dans le crayon.
Que sa forme ait été tout entière déjà dans le crayon.
Et que la forme dans le crayon savait qu'elle passerait à la machine.
Sans aucune idée toutefois de ce qui adviendrait après la machine.
car les formes pensent.
Les formes sont vivantes elles viennent vers nous
Elles se proposent comme un divertissement
Les formes nouvelles
comme disait Treplev
je les vois partout
Ce sont des sons ce sont des images ce sont des gens avec des petites machines dans lesquelles il se mirent.
Le monde des vivants a pris une autre forme depuis l'apparition des petites machines.
Les dos sont voutés, les pouces hypertrophiés, ils avancent aveugles et courbés.
Mais lui dans le cadre il me regarde.
Il me regarde.
Je lui trouve un air de lutteur fatigué.
Il est encore un peu coincé dans son ancêtre qui était un insecte.
Et puis cette tête sur ce corps c'est pas de chance.
Ce corps non plus c'est pas d'chance.
Mais il est assez abouti dans son pas-de-chance;
il est là donc
dans la réalité
Peut-être va-t-il en appeler d'autres.
C'est bien possible ça
Peut-être est il tribu tapie dans la page blanche.
Mais il est possible aussi que la tribu se trouve tranquille dans la page blanche.
Et qu'elle veuille y rester.
Juste un affaire de crayon.

vendredi 19 août 2016

Sans remède


voilà,
dans ma jeunesse j'ai travaillé à l'AFP. Il s'agissait de trier les dépêches. On me payait (mal) mais on me me payait pour ça. Maintenant par loisir, ou pour combler mon désœuvrement, ou bien lorsque le sommeil ne vient pas, j'en consulte d'autres, plus frivoles. J'y vois des chats qui ont peur des concombres, des questions qui me sont posées "si vous deviez être enfermé dans un film pendant un mois lequel choisiriez vous ?" on m'y affirme que le dernier clip de will.i.am est un chef d'œuvre (c'est vrai que c'est assez réussi), on me donne les noms des députés socialistes qui ont voté pour le secret des affaires au parlement européen, on m'indique la liste des produits monsanto à boycotter en France, et les marques vestimentaires qui ont opté pour la mode musulmane, on m'informe sur l'Achat par des sociétés chinoises de terre agricoles dans le Berry, on m'apprend que des photographies vieilles de cent ans ont été découvertes dans les glaces de l'Antarctique, qu'un comité du rire s'est tenu à l'entrée d'une conférence sur l'Éthique conclue par le président d'une grand groupe bancaire français, que des chinois (encore eux) utilisent la fumée des usine la nuit comme écran géant pour dénoncer la pollution. Une amie trouve que dans son réseau il y a des propos ouvertement racistes à l'encontre des femmes qui s'insurgent contre le port du voile, on diffuse des vidéos montrant des défilés d'enfants qui cherchent à être adoptés, d'autres où l'on voit que le troisième ligne des Reds de Melbourne est capable de claquer un drop de quarante mètres en toute décontraction, que Patti Smith nous recommande d'éviter tout ce qui pourrait faire de nous des esclaves (c'est cool Patti moi-même je me suis libéré je n'achète plus tes disques). Parfois on a envie de silence, un peu. De dire comme Hamm dans "Fin de partie" de Samuel Beckett : "vous êtes sur terre c'est sans remède, allez vous en et aimez vous. Léchez vous les uns les autres. Foutez moi le camp retournez à vos partouzes". Il suffirait de débrancher, de se couper du bruit du monde. Mais peut-être craint-on alors d'être plus seul encore, et de s'apercevoir qu'en ce monde justement on y compte encore moins qu'on ne le craignait et que oui peut-être qu'il est sans remède, ce sentiment d'abandon.

mercredi 17 août 2016

Tout va bien se passer


Voilà
"partir là-bas, pensant qu'on aurait aussi bien pu rester ici ou aller ailleurs. Partir, parce qu'on voudrait être nulle part et partout à la fois. Partir pour fuir une peur et aller au devant d'une autre. A moins qu'il ne s'agisse de la même sous deux formes différentes. Partir à cause d'une injonction qu'on s'est faite un soir dans un état second. Partir dans le vague, entre étourderie et étourdissement. S'absenter quand tant d'absences déjà vous traversent. Partir pour passer à autre chose. Pour fuir les fantômes. Partir seul puisqu'il n'est personne à cette heure avec qui partager le silence ni vers qui tourner son regard. Partir en laissant les fenêtres ouvertes comme si on allait revenir demain tout en craignant de ne revenir jamais. Partir parce qu'il n'y a nul horizon dans les murs. Partir avec l'illusoire et fugitive croyance que les larmes se changeront en rosée. Partir quand tout semble hors de portée. Partir avec des brassées de rêves et de mots éparpillés dans l'indifférence. Partir, car du vertige on ne peut longtemps faire sa demeure. Bref, s'arracher. Allez ! Tout va bien se passer."
Ces lignes que j'avais écrites, en Juillet 2015 avant mon départ pour Madère, j'avais finalement renoncé à la publier. Je les ai laissées quelques heures en ligne le 27 mai, avant de les déprogrammer. Écrites dans un grand moment de panique et de désarroi comme il m'arrive de plus en plus souvent d'en éprouver l'été, elles sont encore d'actualité. En fait, j'ai besoin d'un abri, j'ai besoin d'un refuge où me sentir en sécurité. Je suis fatigué, je n'arrive pas à décrocher. J'ai besoin d'un temps sans objectif sans contrainte sans nécessité sans optimisation sans jugement sans connexion sans planification sans ville sans foule. Ce n'est pas encore pour cette fois-ci. Je ne voudrais pas être comme ça. Perpétuellement inquiet. Mais c'est plus fort que moi. Parfois j'ai envie de baisser les bras. Je n'en peux plus d'être ainsi, perpétuellement aux abois. Je voudrais juste me retirer. Un peu. Un temps. Pas tout seul.

dimanche 14 août 2016

Le monde VUCA


Voilà,
parfois on lit de drôles de choses, des analogies étranges qui associent le monde de l'entreprise à celui d'un théâtre d'opérations sanglantes, la réalité manageriale à un chaos d'où le danger peut surgir à n'importe quel instant  "D’après le sociologue d’origine polonaise, Zygmunt Bauman, notre monde serait passé d’un état solide à un état liquide. Auparavant la terre, centre du cosmos clos, donnait un cadre stable à nos représentations. Aujourd’hui, l’infiniment petit, l’infiniment grand échappent à toute représentation, plongeant l’esprit humain dans les affres métaphysiques de chemins qui ne mènent nulle part. A un tout fini, bien ordonné, une hiérarchie de valeurs reconnue, succède un univers infini, que l’on découvre de plus en plus chaotique. A cette vision de la nature et de ses phénomènes correspond avec quelque décalage la transformation de la société. A une communauté majoritairement paysanne, ancrée dans son terroir d’origine et réglée selon le rythme des saisons, succède une agrégation d’individus soumis aux influences économiques erratiques. En bref, nous n’avons plus de vrai référentiel commun et les avancées technologiques nous offrent des instruments de plus en plus perfectionnés qui « fractalisent » nos représentations, ou, pour le moins, les éclatent."
 Une lecture de ce phénomène rencontre un certain succès dans les organisations ; elle est celle que proposent certains militaires (et ex-) de l’armée américaine : notre monde serait devenu VUCA, acronyme pour Volatility, Uncertainty, Complexity, Ambiguity. Les problèmes rencontrés en Afghanistan, en Irak, etc. seraient d’un type nouveau. Dans nos entreprises, cette description rencontre par analogie un certain écho : beaucoup d’organisations reconnaissent ce caractère volatile à l’exemple du côté éphémère de nombreux projets qui se succèdent sans être toujours aboutis. L’incertitude est présente là où les possibilités de planification réaliste n’excèdent guère trois mois – au-delà nous sommes dans le long terme! La complexité va de soi, avec l’infobésité dont nous sommes au quotidien les victimes plus ou moins consentantes, par le nombre de mails, d’alertes, de tweets, échangés. Quant à l’ambiguïté, elle se vit déjà au travers du manque de clarté dans les communications, manque de clarté lié soit à l’usage du sabir anglo-français bien éloigné de la précision anglaise, soit à une réflexion précipitée. Ce monde VUCA, complexe et en évolution permanente, exige des managers, de l’agilité, de l’intelligence collective, un investissement total. Si certains y voient une crise, c’est-à-dire un changement de paradigme, on peut y voir aussi le retour à un certain équilibre dans les relations humaines, et pourquoi pas une Renaissance.". J'ai lu ça il y a quelques mois c'était signé d'un certain Bertrand Caroy, saisi par ce que Roland Barthes appelait le démon de l'Analogie : "Toutes les explications scientifiques qui ont recours à l'analogie - et elles sont légions - participent du leurre, elles forment l'imaginaire de la Science". Double leurre, puisque le discours sur l'Entreprise se targue encore aujourd'hui de scientificité avec ce que l'on appelle encore de nos jours les sciences de l'information et de  la communication. Quoiqu'il en soit, dans ce monde saturé d'images, de messages, d'informations, d'injonctions permanentes, de sollicitations, de connections, de mots de passe, d'identifiants, d'avatars divers et variés j'éprouve de plus en plus souvent l'impression de ressembler à cette silhouette dans l'image
(shared with friday face off

vendredi 12 août 2016

Poissonnerie


Voilà,
cette image prise au marché couvert de Malaga en novembre dernier me touche parce que les silhouettes qui s'y trouvent me rappellent celles que j'ai pu croiser dans mon enfance. En fait ces personnes ne sont en quelque sorte "pas d'actualité", mais comme les vestiges d'un monde en voie de disparition, fait de proximité physique, de temps partagé de convivialité. Les vêtements du client ont quelque chose de désuet et même la balance semble d'un autre temps. (Linked with The weekend in black and white)

jeudi 11 août 2016

De la peur et des images


Voilà 
que je m'interdis la publication de certaines images. Des photos par exemple qui m'engagent trop auprès des personnes qui s'y trouvent et qui me sont chères. Ou bien des peintures digitales aussi, des dessins des collages des techniques mixtes dont je crains qu'ils soient trop choquants ou violents. D'ailleurs quelques images bien que je les ai conçues me foudroient. Sans trop m'expliquer pourquoi, je leur attribue une intention maléfique, non qui viendrait de moi, mais dont elles seraient porteuses en quelque sorte à mes dépens, comme si elles m'avaient échappé. C'est étrange une image. Tant qu'elle se fabrique, elle se laisse regarder d'une certaine façon. On est occupé par des problèmes bien techniques, de contraste de définition, de densité de couleurs, de transformation, de calques etc... Mais achevée, il arrive qu'une sorte d'effroi gagne. Car il semble à présent que ce soit l'image qui fixe, regarde scrute celui qui tout à coup ne peut plus observer tant il se sent à la merci d'un mystérieux pouvoir de persuasion qu'il ne peut s'empêcher de lui attribuer. Oui l'image regarde convoque d'insoutenables fictions que l'on voudrait aussitôt chasser de la pensée. Mais trop tard, le mal est fait. Sournoisement l'image a déjà commencé son lent travail de sape.
Certaines images il ne faut pas trop se laisser capter par elles. Il faut les tenir à l'écart. Les reléguer. Faut-il pour autant les détruire ? Je ne suis pas certain.
Est ce qu'une image peut porter malheur ? Pourquoi une image apparaît elle ? Les images ont-elles un pouvoir ? Peut on faire de la magie malgré soi ? Ai-je des heures où je suis sorcier ?  Parfois les images captivent et suscitent du bien-être, suis-je alors un bon chaman ? Comment tenir à distance les images ? Certaines formes génèrent elles des angoisses particulières ? N'est il pas stupide de charger une image d'intentions alors que ce n'est rien d'autre qu'une surface optique composée de pixels ? L'image provoque-elle un effet de dédoublement ? Est-il possible qu'on puisse être prisonnier d'une image comme l'enfant dont on raconte l'histoire dans "La Jetée", de Chris Marker  —  je mets en lien le film en version anglaise spécialement pour toi Bill au cas où tu ne le connaîtrais pas —. Suis-je d'ailleurs à jamais prisonnier de l'émotion que suscita ce film lorsque je le vis pour la première fois ? Mais ça c'est une autre histoire.
Donc, l'imagination enfante parfois des monstres. Ma propre imagination. Aujourd'hui je ne suis plus en mesure d'y faire face. Il arrive que je me détourne de ma propre production. Mais bon, pour ce qui est de cette photo, elle me plaît sans me faire peur. Et je suis parvenu à disparaître du reflet

mardi 9 août 2016

Visions de Saint-Antoine



Voilà, 
il y a quelques temps j'avais déjà fait une tentative, ceci en est une autre. Une réinterprétation de "La Tentation de Saint Antoine" donc. Rappelons brièvement l'argument : Antoine le Grand aussi appelé Antoine d'Égypte ou encore Antoine l'Ermite, considéré comme le fondateur de l'érémitisme chrétien, dont la vie nous est connue par le récit qu'en a fait Athanase d'Alexandrie vers 360 serait né vers 251 et mort vers 356 à l'âge de 105 ans, entre les bras de ses deux disciples, Macaire l'Ancien ou Macaire d'Égypte et Amathas. Retiré dans le désert d'Égypte, il est connu pour y avoir subi la tentation du Diable sous la forme de visions des voluptés terrestres. De nombreux peintres parmi lesquels, Bosch, Patinir, Grünewald, Brueghel l'Ancien se sont inspirés de ce thème. Plus près de nous Cézanne, Félicien Rops et aussi trois peintres surréalistes ont illustré cet épisode : Max Ernst, Delvaux, et Dali. Curieusement Picasso ne s'y est jamais intéressé. J'ai découvert les tableaux de Grünewald et Ernst vers 18 ans, dans un recueil de planches intiltulé "Painters of Fantasy" édité chez Phaidon Press et que j'avais acheté lors d'un de mes premiers séjours à Londres où vivait la sœur aînée d'Agnès. Mon intention avec cette image comme avec nombre d'autres depuis Janvier, c'est de faire jouer le principe de l'enchâssement, qui en grammaire générative se définit (pour faire simple) comme une transformation consistant à inclure une ou plusieurs phrases dans une autre. Ainsi devient elle intéressante, non pour ce qui s'y voit mais pour ce qui s'y cache ou s'y laisse entrevoir de façon incertaine. Un peu comme dans les peintures d'Arcimboldo qui faisait apparaître des visages dans des amoncellements de fruits de feuilles et de légumes. 

dimanche 7 août 2016

Dormir pour oublier (21)


Voilà,
j'aimerais ne pas avoir à m'attarder sur cela. Mais cela me choque à chaque fois. Je ne connais pas l'histoire qui a conduit à cette détresse. Simplement on est au cœur de l'été, rue Percier. Dans un quartier riche et désert en ce début du mois d'Août, où à trois rues de là je viens de voir de jeunes adultes traquer des Pokémon avec leurs portables, cette solitude absolue me dévaste. Les souffrances qui ont conduit à cet état des choses, à ce renoncement, cet abandon, cette démission, je ne peux que les imaginer. Mais je vois toute cette misère se répandre sur les trottoirs, et je ne parviens pas être indifférent. Ces personnes n'ont désormais plus d'autre refuge que le sommeil. C'est si long de mourir parfois, si difficile. Cette femme autrefois, elle aussi fut petite fille.

samedi 6 août 2016

Autoportrait dans la vitre


Voilà,
C'était il y a un an comme le temps passe. J'avais eu envie de faire un autoportrait, un selfie comme on dit aujourd'hui. J'étais en train de bidouiller quelques images et de nouveau, comme cela m'était arrivé à la fin du mois précédent, une terrible crise d'angoisse m'avait saisi. Sans doute le programme diffusé par la télévision y était-il pour quelque chose. Ce documentaire sur Hiroshima, soixante-dix ans après, expliquant l'enchaînement des événements et où se croisaient nombre de témoignages était vraiment flippant. Il mettait en évidence combien le commun des mortels a finalement peu de marge de manœuvre dans la maîtrise de son propre destin et combien les peuples ne sont que des otages et qu'ils comptent pour peu aux yeux des dirigeants – selon les époques banquiers militaires industriels de l'armement, oligarques de tous poils. Il m'avait alors semblé qu'il en était de même aujourd'hui. Un an donc a passé entre cet aujourd'hui d'alors et celui de maintenant, avec tous les ėvénements que l'on sait. D'année en année la situation me semble de plus en plus menaçante et incertaine. Il faut faire comme si de rien n'était. Programmer des projets pour l'année qui vient, remplir son agenda et faire encore semblant de croire que ce n'est ni la guerre ni la crise. À chaque attentat il y a des gens qui disent qu'il va falloir beaucoup s'aimer, se prendre dans les bras, se parler et bla-bla-bla. Mais cela n'est jamais comme cela que cela se passe bien sûr.

vendredi 5 août 2016

Livraison



Voilà,
je me souviens de ce lointain séjour à New-York avec C. Lorsque j'ai pris cette photo, à Cortland alley dans chinatown cela m'a évoqué l'impasse dans laquelle avait été tourné le scopitone où Bob Dylan, face à la camera montre des cartons avec inscrits dessus certains mots de sa chanson "subterranean homesick blues". Peut-être même ai-je alors pensé que c'était là que cela avait eu lieu. Là-bas ce qui souvent retenait mon attention, je ne sais pas pourquoi, c'était les choses à l'abandon, la décrépitude de certains lieux, qui me semblaient constituer l'envers du décor, la face sombre de la ville, les coulisse du cliquant et de la prospérité. Evidemment, je ne pouvais pas non plus penser à ce merveilleux recueil de textes et d'images de Raymond Depardon "Correspondance New-Yorkaise" qui reste pour moi un des livres les plus précieux de ma bibliothèque, je veux dire un de ceux auxquels je suis le plus physiquement attaché. 

mercredi 3 août 2016

Hallucinations


Voilà,
flirter avec le vertige, titiller l'effroi, chercher les états limites, les états seconds, il avait aimé cela autour de ses vingt ans. Plusieurs fois il avait eu la sensation de mourir, de frayer avec sa propre disparition. C'était juste une affaire entre son corps et lui, mais son esprit lui avait alors semblé délivré de toute contrainte. Les choses les plus banales, se transformaient comme si d'autres mondes et d'autres temps s'y intriquaient ; et lui même devenait chacun des objets qui entraient dans son champ d'observation. Il croyait percevoir des dimensions de l'univers auxquelles nos sens ne permettent ordinairement pas l'accès, il s'éprouvait à la fois lenteur et vitesse, détail et totalité, angle et courbe tout ensemble. Parfois il discernait des formes fantomatiques si bien qu'un pauvre fauteuil pouvait receler bien des mondes cachés. Souvent il aspirait à rejoindre cette antériorité peuplée d'énigmes qui l'avait en partie constitué, ce lieu irréel, invisible, mathématique où un code tenait lieu de langue et dont il ne constituait qu'une des séquences aléatoires. Lointaine jeunesse propice aux expériences. Il ne pensait pas vieillir. Sa vie alors comme une impasse. Nul désir de se frayer un chemin. Comme le saumon, ne souhaitait que rejoindre sa source.

lundi 1 août 2016

Nuage, fumée


Voilà,
un message à peine codé pour qui s'y reconnaîtra sans peine

Ne cherchez pas à lire mon nom sur mes papiers
J'ai lavé mes empreintes et j'ai perdu mon âge
Appelez-moi nuage appelez-moi fumée
Laissez le reste en blanc sans rien me demander


Je n'ai jamais volé que mes instants de chance
Je n'ai jamais tué que le temps qui passait
Mes poches sont percées mais je garde en secret
Le coquillage bleu du fond de mon enfance


Vous n'avez pas le droit de me prendre mes bretelles
Ouvrez-moi cette porte; rendez-moi mes lacets
Je n'ai rien demandé seulement je passais
Si je n'ai pas de nom c'est que nul ne m'appelle


Je suis très bien ainsi laissez-moi m'en aller
Je ne mendiais pas, n'étais même pas ivre
Et s'il faut à tout prix mettre un nom sur vos livres
Appelez-moi nuage appelez-moi fumée
                                               (Francis Blanche)