samedi 28 février 2015

Récentes promenades


Voilà,
dans la salle d'attente au sortir d'un examen radiologique, une jeune femme raccompagne sa vieille mère dont la démarche hésitante nécessite qu'elle se rasseye un moment. C'est aussi qu'elle voudrait retrouver dans son sac ou dans ses poches elle ne sait plus très bien un document dont elle a besoin pour un rendez-vous suivant, à la banque crois-je comprendre. Cela dure un certain temps. Le visage de la fille et surtout ses intonations lorsqu'elle questionne sa mère laissent transparaître son agacement. Voyant cela, c'est évidemment à moi que je pense. Je redoute la possibilité qu'un jour nous nous donnions aussi, père et fille, à notre insu de la sorte en spectacle. J'essaie de chasser cette idée de mon esprit en convoquant les doux souvenirs de nos récentes promenades.

vendredi 27 février 2015

La Fille au bord du Tage


Voilà,
le jour du mardi gras qui est un jour férié là-bas, 
j'ai passé un long moment à regarder cette jeune femme qui n'arrêtait pas de faire des selfies sur le bord du Tage. 


Elle avait l'air plutôt contente comme ça toute seule, 
quoique, à son sourire, je supposais qu'elle devait être, du moins en pensée, en compagnie d'une personne aimée à qui elle destinait ces photos. 


Elle y prenait beaucoup de soin, recommençant souvent et fignolant son cadre, 
sans même se rendre compte à quel point elle attirait l'attention

jeudi 26 février 2015

Le Héros


Voilà
le héros s'appelait Jim Curtiss. C'était un lointain parent de Ted Curtiss le fameux parachutiste, dont j'ai fait la connaissance vers 63 ou 64. L'adversaire s'appelait Roy Boy. Il avait une sacrée carrure était bien plus grand que Jim, les yeux clairs, le cheveu blond et ras, totalement antipathique mais sacrément coriace. C'est lui qu'il fallait absolument battre aux dames, aux dominos, au mikado, à la course en vélo en solitaire-mais-pas-vraiment, lui qui attaquait en traître dans la forêt, qui portait continuellement la contradiction et manigançait des mauvais coups. Je ne sais pas trop ce qu'ils sont devenus. Ils se sont évanouis dans la nature, à peu près à la même époque. La dernière fois où j'ai aperçu Jim, il paraissait un peu las, et préoccupé. Il fumait beaucoup. Il avait pris du poids. "Les héros sont fatigués" avait-il maugréé dans un demi-sourire. Il n'avait, de toute la conversation, quitté ses lunettes de soleil, de sorte qu'a aucun moment je n'avais pu croiser son regard.

mercredi 25 février 2015

La Douceur


Voilà,
parfois, au détour d'une rue, une vision fugitive infiniment tendre et apaisante, un instant, vous réconcilie avec le monde
(qui d'ailleurs n'en a rien à faire)

mardi 24 février 2015

Le jour où le Sporting a battu Gil Vicente 2 à 0


Voilà,
Il n'y avait pas grand monde dans les rues de Lisbonne ce matin-là. Je ne sais s'il en est toujours ainsi, le dimanche. Ou si la fraîcheur en était la cause ou bien encore le début du carême. Ma fille et moi avons traversé le Tage juste pour voir à quoi ressemblait la ville depuis la rive opposée. On a traîné un long moment sur les quais abandonnés de Cacilhas. Parfois je ne pouvais m'empêcher de songer à cette horrible vidéo mise en ligne par Èva que j'ai, quelques jours auparavant, en partie regardée, sans trop comprendre dans un premier temps de quoi il s'agissait, si c'était une fiction ou pas. Réalisant soudain ce qui allait suivre, j'avais laissé tombé. Je pensais à ces temps pas si lointain où la réalité n'était pas encore devenue cette vaste pornographie que propage Internet. Des choses étaient encore cachées. Je me demandais pourquoi j'avais si peur de voir ou de regarder certaines fictions séquences ou documentaires relatant une réalité crue alors que les images fixes me semblent plus supportables. Et parce que dans la nuit j'avais cherché des informations sur l'origine des langues ibériques, me traversaient aussi de vagues considérations sur le déclin des civilisations, les mouvements migratoires, le délitement actuel de l'Europe, les menaces terroristes et les déclarations de guerre des Islamistes radicaux contre "les peuples de la croix". Parfois je claquais quelques photos, et puis comme je sais faire plusieurs choses à la fois, je plaisantais avec ma fille si heureuse de découvrir Lisbonne. D'ailleurs le grand projet du jour n'était pas de flâner sur ces berges ni même d'aller voir de plus près la statue du "Christ Rei". Non le grand projet était d'aller, à l'estadio José Alvalade XXI assister comme promis en fin d'après-midi à un match opposant le Sporting du Portugal contre Gil Vicente l'équipe de la ville de Barcelos qui porte tout de même le nom d'un poète classique portugais du XVème siècle. Oui c'est comme ça, ma fille aime le foot. Dans le très beau film "La vérification" que j'ai vu récemment dans le cadre d'une rétrospective qui lui est consacrée, le réalisateur soviétique Alexeï Guerman, fait un éloge appuyé du football au cours d'une conversation entre deux résistants communistes à l'occupation nazie. L'un d'eux dit  même que "c'est un sport très intelligent et subtil". Sur le moment j'avais trouvé cette séquence vraiment surprenante.

samedi 21 février 2015

Calçada


Voilà,
Petits cubes de calcaire blanc et de basalte noir, parfois glissants pour les semelles usées, ils forment une marquetterie brillante qui dépayse et c'est très bien. Cette ville me charme de plus en plus. Aujourd'hui le vent y souffle fort. Et la lumière y est continuellement changeante. Le linge sèche vite aux fenêtres.

vendredi 20 février 2015

Rétrospective Jeff Koons


Voilà,
je ne peux pas dire que j'ai vraiment visité la rétrospective Jeff Koons. Je m'y suis plutôt promené, je l'ai parcourue. C'était un début de soirée, en semaine, il y avait beaucoup moins de monde que je le craignais. J'y ai déambulé comme dans une galerie marchande, ou comme on s'attarde devant les vitrines des Galeries Lafayette ou du Bon Marché au moment de Noël. D'ailleurs peut-être n'est-ce pas tout à fait le fruit du hasard si cette expo a été inaugurée avant les fêtes de fin d'année. Ce n'était pas désagréable plutôt distrayant. L'ensemble est assez kitsch avec ses sculptures colorées représentant des icônes de la société de consommation américaines, ou des reproductions géantes de ces objets que l'on gagne dans les fêtes foraines. Ou encore avec ces objets gonflables plutôt mous durcis dans l'acier. L'artiste assez malin sans doute, s'amuse du paradoxe et de la prévisible interprétation freudienne qu'on peut en faire. Il a retenu les leçons de Duchamp et de Warhol.
Comme nombre de ses œuvres sont constituées de surfaces réfléchissantes que le public est autorisé à photographier, la plupart d'entre elles se révèlent ainsi à chaque fois comme une pièce unique qui n'existe qu'au regard de celui qui l'a enregistrée. Non seulement ce qui s'y reflète est toujours différent (les spectateurs ne sont jamais les mêmes) mais en plus l'observateur figure presque toujours sur la surface qu'il photographie conférant ainsi à l'œuvre capturée le statut de selfie qui est le comble de la contemporanéïté. C'est ça surtout qui m'a saisi (et que j'ai saisi) : le nombre incroyable de gens photographiant les "œuvres".


Sinon j'y ai appris qu'il avait étudié avec Ed Paschke. j'ai découvert ce peintre de Chicago, à la fin des années 70 au cours de mes pérégrinations adolescentes entre la rue Mazarine la rue de Seine et la rue Dauphine. Il était exposé à la galerie Darthea Speyer sise près du café "La Palette" rue des Beaux-Arts. Je me rappelle en particulier de grands toiles en noir et gris. Je reparlerai un jour de ces déambulations...

mercredi 18 février 2015

Le Funiculaire de Bica

  

Voilà,
"le funiculaire de Bica effectue ue coupe transversale dans ce quartier de vieux escaliers inaccessibles aux automobiles. Cent fois par jour, le petit tram à crémaillère trouble les canaris et les chiens nonchalants, sépare les mégères, interrompt les livreurs pénètre en reflets chez la mercière des beaux et bons boutons et dans la bibliothèque d'un vieux républicain. Que les gens sont accueillants ! Quels transports pendant ce tendre parcours" (Christian Auscher) 

mardi 17 février 2015

Demi-fou


Voilà,
lors du jugement de Jean-Claude Romand (cet homme qui a tué sa famille après s'être, pendant dix huit ans, fait passer auprès d'elle et de tout son entourage pour un chercheur et un médecin), le psychologue assermenté auprès du tribunal a déclaré le criminel à demi-fou "parce qu'il avait une vison altérée du réel". A juste titre au cours d'un entretien radiophonique le photographe Eric Delsaux en a conclu que "nous sommes tous des demi-fous puisque chacun cultive un rapport diffus bizarre et fuyant au réel". D'ailleurs ce post, lui aussi, atteste d'un rapport équivoque au réel, puisque, non seulement l'image n'illustre en rien le propos que je tiens mais en plus — comme bien de ceux qui vont lui succéder dans les jours à venir et comme de nombreux autres qui l'on précédé —, ce billet programmé à l'avance, se trouve en quelque sorte publié au futur antérieur.

samedi 14 février 2015

Aux Eyzies


Voilà
Je repense souvent à ce lieu — vraisemblablement un des plus visités de France — peuplé depuis plus de 35 000 ans. Je me demande souvent si, à l'heure des téléphones portables et de l'informatique, ils se sentent reliés au monde d'une façon différente ceux qui, aujourd'hui encore vivent à proximité de ces grottes ou nos lointains ancêtres ont autrefois trouvé refuge.

mercredi 11 février 2015

Le chat de Chris Marker



Voilà,
j'aime bien apercevoir le chat de Chris Marker nous faisant coucou par l'une des fenêtres de la cinémathèque. J'attends avec impatience qu'une rétrospective lui soit ici consacrée (à Chris Marker, pas au chat). Il y a quelques mois j'ai manqué l'exposition le concernant au Centre Pompidou.

lundi 9 février 2015

A travers le hublot


Voilà,
quoique bien fatigué, pour tout dire assez lessivé, secoué, rincé comme il faut, essoré même, je me sentais malgré tout soulagé d'autant qu'il me semblait avoir un peu retrouvé des couleurs. J'éprouvais le sentiment d'être à la fois autre et neuf. J'étais pantalon, j'étais chemise ou culotte et même chaussette, mais uni à moi-même et non plus éparpillé dans ma propre diversité. J'avais cependant un peu froid. On viendrait bientôt me recueillir me sécher, cela ne faisait aucun doute. Il suffisait d'être patient. Contemplant le monde à travers le hublot, je savais qu'on qu'on ne m'abandonnerait pas. Je craignais juste d'être volé, ou qu'un morceau de moi ne soit oublié à l'intérieur de la machine.

samedi 7 février 2015

Pension de famille


Voilà,
celle-ci je l'ai prise il y a quelques années, à la vitrine d'un antiquaire, je ne me souviens plus exactement quand (vers 2011 ou 2012 vraisemblablement — mais est-ce que cela a vraiment de l'importance ? —), et  — ça j'en suis tout à fait certain —  c'était par une journée d'été  (sans doute au mois d'Août) dans le sixième arrondissement, un dimanche (car tout était fermé) non loin de la rue du Regard. Je me sentais alors très seul, et il m'arrivait souvent de traîner sans but. J'étais un peu comme la statuette du fond qui a l'air de se poser bien des questions quant à l'usage des tirets et des parenthèses,  —  semble-t-il ( mais je me trompe peut-être) —. 

jeudi 5 février 2015

Théâtre de pierre


Voilà,
il y a ces instants où le malheur nous effleure. Il suffirait de quelques secondes en moins, de quelques mètres de plus. La mort nous fait signe de près. Le sort nous épargne l'accident et nous fait ainsi grâce des tourments et de la souffrance physique mais nous rappelle cependant qu'en dépit de ce que nous nous efforçons de croire, nous sommes bien peu maître de notre destin.

mardi 3 février 2015

Fin de la récréation


Voilà,
samedi dernier on était encore tous Charlie


Maintenant,
on est tous IPhone 6.

Bon je vais me coucher.

lundi 2 février 2015

La juste distance


Voilà,
parfois j'envie cette distance singulière et toujours juste que Jean-Louis Boissier, dans son blog, sait établir entre lui et les choses ou entre les événements et la perception qu'il en a. Le texte est précis toujours en lien avec l'image. Ce qu'il évoque doit à l'évidence le toucher, sinon il n'en parlerait pas mais la tentation de l'ego, la boursouflure de la métaphore, le sentimentalisme complaisant lui sont étrangers. Une élégante sobriété confère à son propos pertinence et fluidité. Le lisant, je repense souvent aux courriels ou textos qui m'étaient de temps à autre destinés et dans lesquels avec rigueur et concision M.A restituait ces choses vues ayant attiré son regard et alimenté sa réflexion. Son acuité me manque.

dimanche 1 février 2015

Dans la nuit froide


Voilà,
juste marcher dans la nuit froide sans but sans perspective. Marcher, sans savoir pourquoi en si peu de temps, c'est devenu aussi difficile et douloureux. Marcher tant que c'est encore possible. Essayer de chasser les idées sombres. Celles se rapportant à soi. Celles qui concernent le monde. Des choses écrites il n'y a pas si longtemps reviennent en mémoire. Sensation que désormais le péril se précise, qu'il suffit d'un rien pour que l'Europe bascule dans le chaos. Il n'y a pas que les menaces de terroristes musulmans radicaux. Il y a aussi, évoquée dès 1996 par Viviane Forrester, "l'horreur économique" du Libéralisme qui est lui aussi un fanatisme, plus sournois, plus insidieux. D'ailleurs il est possible que tous deux se nourrissent de l'autre. En tout cas, l'émotion suscitée par les derniers attentats permet aux politiciens d'Europe (pantins au service des banques et de l'oligarchie financière qui constitue ces 8% de l'humanité détentrice de 84% de la richesse mondiale) de faire passer en douce quelques lois bien dégueulasses.
Pendant ce temps, les français se remettent de leurs émotions... Et parce que le président d'un pays meurtri, a su trouver les mots justes et une attitude digne, le voilà crédité de 21 points supplémentaires dans les sondages de popularité. On vit une époque formidable écrivait autrefois Reiser. Mais quoiqu'il en soit, les problèmes demeurent. Il y a fort à parier que d'ici quelques mois il ne restera pas grand chose de cette légitime indignation partagée et complaisamment réduite à un slogan. L'absence d'argent pour financer, la culture, la santé, l'éducation, sont au cœur des problèmes qui se posent ici dans nos banlieues.
Pendant ce temps là, les patrons des grandes entreprises, et ces entreprises elles-mêmes continuent de payer des impôts ridicules au regard de leurs profits.
Pendant ce temps, les mollahs de la pensée néo-libérale et les petits flics à leur service continuent de gesticuler proclamant qu'il n'y a rien à voir.