samedi 31 août 2013

Tables

 

Voilà,
sur une table, il y avait ses découpages, 
sur l'autre dans une boîte, les reliques de son été, 
cailloux et coquillages.
Un rêve est passé infiniment doux
qui murmurait des histoires d'un autre âge

vendredi 30 août 2013

La clinique des marionnettes

Vitrine à Fontarrabie
Voilà,
enfant il ne comprenait pas pourquoi les autres ne voyaient pas la même chose que lui, et il trouvait terrible de vivre sans posséder aucun pouvoir sur les mots. Il pressentait bien qu'il devait y avoir un état où s'approcher possiblement de la vraie vie : celle des étonnements des émotions éprouvées devant des apparitions ou des formes qui se dessinaient, celle des fugitives extases liées à l'évanescent surgissement d'une fragrance à peine perceptible et qui en une fraction de seconde convoque tout un peuple de fantômes. ... toutes choses qu'il aurait voulu s'approprier pour qu'elle ne s'anéantissent pas dans l'oubli. À présent Alejandro Morrastel fabrique des marionnettes.

mardi 27 août 2013

Gravissant un chemin


Voilà,
en rêve cette nuit je suis revenu là dans la lumière d'un grand midi. J'étais comme dissocié de moi. À peine quelqu'un. Je me voyais marcher ou plutôt voyais mon corps marcher comme s'il était l'autre de moi-même - ce qu'il est d'ailleurs en réalité -. Je me demandais combien de temps encore il pourrait aller celui-là, seul par les chemins. Je n'éprouvais cependant aucune inquiétude, juste une petite gêne à cause de cette pente à gravir et d'un petit caillou dans ma chaussure. Mais au bout de la ruelle je trouverais mon "salut" de cela j'étais persuadé. Peut-être même supposé-je alors, ce petit désagrément en était il la nécessaire condition. Une phrase tournait en rond dans ma tête : "le bonheur en toi ainsi que le printemps dans l'éclat du bourgeon". L'avais-je autrefois apprise ou bien inventée ? Je ne voulais surtout pas l'oublier. Les grillons chantaient tout près. Au loin les clochettes essaimaient leurs tintements.

lundi 26 août 2013

comme une cicatrice dans le bleu


Voilà,
les choses si ténues si insignifiantes pour tant d'autres, elles me touchent, moi. Un détail infime suffit à m'émouvoir. Cette fissure aperçue sur un rebord de fenêtre dans ce bleu, par exemple, cet accident, il retient mon attention. Pour quelle raison je l'ignore. Qu'y a-t-il dans cette agencement qui fait que d'une certaine façon je m'y reconnais ? J'y trouve quelque chose d'essentiel que je ne saurai qualifier, et qui recèle une vérité latente que je pressens bien qu'elle me soit dérobée. C'est que je suis ça aussi : le simple, l'idiot du village celui qui regarde le doigt plutôt que la lune qu'on lui montre, c'est moi. Le rêveur égaré dans un monde où tout à valeur d'énigme, c'est moi. L'enfant qui pense être le roi de tous les cailloux c'est encore moi. Ou peut-être ce petit accident est-il l'image-écho d'un geste, d'un simple petit geste auquel il m'arrive encore de penser parfois en dépit des années passées. Je ne devais même pas avoir vingt ans. Assis sur ce strapontin du métro, avais-je l'air triste ? tourmenté ? égaré ? gêné ? Sans m'en être aperçu j'avais été observé, car juste avant de descendre un jeune trisomique auquel je n'avais pas prêté attention -ou bien avais-je craint de croiser son regard ? - était venu me caresser gentiment la tête en me souriant. Surpris, j'ai pris ça comme un témoignage d'affection. Avait-il vu en moi quelque chose que j'ignorais ? Peut-être étais-je à l'époque plus désespéré que révolté.... Oui un jour quelqu'un que je ne connaissais pas est venu me signifier que j'existais, avec son sourire, ses yeux grand ouverts sur le monde un de ceux qu'on qualifiait autrefois d'idiot parce que les mots ne viennent pas toujours à eux. Parfois c'est lui qui me montre ce que je dois voir. 

dimanche 25 août 2013

Communisme


Voilà,
finalement - et ça les conditions historiques n'étant pas réunies Karl Marx ne pouvait évidemment pas l'imaginer - le seul endroit où l'hypothèse communiste a quand même trouvé une forme d'accomplissement ( et tant pis si Alain Badiou n'est pas d'accord) c'est bien l'été à la plage

samedi 24 août 2013

Ne pas oublier

oui bien sûr comme William Blake contempler le monde dans un grain de sable, le ciel dans une fleur sauvage tenir l'infini dans la paume de la main et l'éternité dans un heure, mais aussi garder (comme autrefois dans les boîtes en fer blanc les billes les cailloux les bois flottés et autres menues babioles) garder le plus longtemps possible en soi tous ces moments tendres et paisibles - ces heureux moments d'abandon dérobés à l'inquiétude du lendemain - qui les dissipaient elle et lui dans un temps sans mesure rendant soudain la réalité si futile. Ils croyaient ainsi se vouer l'un à l'autre corps et âme avec l'illusion de se donner tout entier alors qu'ils se donnaient tout juste un peu de répit, mais c'était bon si bon de croire à ce doux mensonge s'imaginer sans âge espérer une autre vie possible c'est fini tout ça maintenant songe-t-il les jours sont comptés il a vieilli il tremble désormais Augustin Claverie à l'idée de quitter ce rivage sans avoir épongé tous ses vieux chagrins...

vendredi 23 août 2013

Le lecteur

Fontarrabie Août 2013

Voilà,
Il était en train de lire je l'ai pris en photo il avait choisi le bon endroit, ce parc, en contrebas de la vieille ville à Fontarrabie. Lorsqu'il a demandé quelques minutes plus tard si je parlais français, j'ai répondu oui j'allais pas faire semblant je savais ce qu'il attendait. Il avait dormi dans le parc il avait besoin de quelques pièces. Il affirmait venir de Copenhague et comptait rejoindre Lisbonne en stop. On a un peu parlé. Je lui ai demandé si c'était un bon livre. "L'origine des espèces" de Darwin, en français lui semblait un peu austère. J'ai pensé que c'était un drôle d'ouvrage à lire en voyage, mais bon il y en a bien qui emportent Houellebecq au Kerala. Je lui ai laissé quatre euros en pièces je n'avais pas grand chose. Moi aussi il y a fort longtemps j'ai connu ces errances dormi dans des parcs sur des plages sur les terrasses de maisons fermées avec des pancartes où était écrit "chien méchant". J'ai même une fois petit-déjeuné à Monaco d'une pizza volée, J'étais beau à l'époque mais je l'ignorais. Je devais être assez con aussi mais sans trop vraiment m'en apercevoir. La vie a continué et rien ne s'est passé comme je pouvais l'espérer ni l'imaginer alors. Quoiqu'il en soit j'ai limité les dégâts je tiens, je tiens encore je tiens...

jeudi 22 août 2013

Veille de départ

Fontarrabie 2013

Voilà
C'est toujours comme ça,
Sans doute pour ne plus avoir à y penser
La veille du départ j'ai toujours envié d'être déjà en train de partir

dimanche 18 août 2013

Inventaire

Promenade de la plage d'Hendaye (2013)
Voilà
qu'on en vient à dresser l'inventaire des choses auxquelles il faudra bientôt renoncer et qui s'ajoutent à tout ce que désormais on est incapable de faire. Il faut apprendre à se quitter sans amertume ni regret. C'est une discipline difficile pour qui ne s'est jamais tout à fait trouvé et bien trop souvent égaré

jeudi 15 août 2013

C'est un bien grand mystère que tout cela


Voilà, 
on voudrait pouvoir dire, nommer seulement on ne trouve pas de mots. Et l'on se tourne vers le ciel immense, immense mais trop petit cependant pour contenir l'émotion qui submerge et ce vertige au dedans de soi. On cherche à comprendre, à donner un sens à tout ceci qui n'en a pas plus que le reste, qui n'est qu'affaire de circonstance, juste un heureux hasard. Tout cela aurait pu tout aussi bien ne jamais advenir. Et c'est ça précisément qui rend d'autant plus fragile et précieux ce moment auquel on n'était pas préparé, et où pourtant on ne s'est jamais senti aussi proche de l'éternité.

mercredi 14 août 2013

Léger soudain



Voilà,
nul besoin de mots
rien que la couleur du cuivre sur la peau
la note juste et qui dure
et cette apaisante sensation d'être simplement à sa place
accordé au vol soyeux du papillon

mardi 13 août 2013

Marianne


Voilà,
comment elle m'apparaît aujourd'hui 
la République Française
moche, en lambeaux pas très belle à voir

lundi 12 août 2013

Dormir pour oublier (12)

Paris, Boulevard des Invalides Juin 2013
Voilà,
j'avais dans une précédente publication, évoqué à demi-mots la vision, Boulevard des Invalides, non loin de l'Institut des jeunes aveugles, de cet homme échoué entre le trottoir et le couloir de bus, à hauteur des gaz d'échappement  donc, mais dans la verdure cependant, au pied d'un arbre. Le Paris dépeuplé du mois d'Août, rend cette misère plus flagrante encore, plus inadmissible. Des êtres que depuis longtemps plus personne n'appelle par leur prénom gisent asphaltisés dans l'indifférence générale. Sans doute est-ce moins coûteux pour la société de les laisser ainsi mourir que de leur venir en aide. Sinon serait il possible de voir ça ?

Paris, Hôpital Cochin Aout 2010
Dans un monde où l'humain se réduit à une variable d'ajustement au service de l'économie, où l'hôpital n'est plus un service social mais doit répondre à des critères de rentabilité, où le droit d'asile est sans cesse bafoué, où les enfants même ne sont plus protégés, ces existences comptent désormais pour rien. Oubliées elles sont devenues des choses désormais inutiles et gênantes comme ces "encombrants"déposés sur les trottoirs parce qu'on ne sait plus qu'en faire.

dimanche 11 août 2013

Résolution

Palais de Tokyo 2013
Voilà,
se détacher un peu de soi
Prendre du recul, de la distance. 

samedi 10 août 2013

Cachés

Hôtel de Ville, Paris 2012
Voilà,
on ne reconnaîtra personne sur la photo. Ce n'est pas plus mal d'ailleurs puisque je n'y connais personne. On ne pourra pas me faire de procès. Elle me plaît cette photo à cause des irisations de la lumière. Mais pas que (comme on dit aujourd'hui). "Bulle" est devenu une métaphore boursière : bulles spéculatives bulle internet, bulle immobilière. Voilà, c'est ça notre époque, on regarde avec insouciance les bulles on trouve ça joli et on attend que ça explose. Au moins l'Occident a-t-il le privilège de la métaphore. Sous d'autres latitudes les grenades et les obus explosent dans les foules.

vendredi 9 août 2013

Tourisme à Paris

Voilà,
Comme toujours pendant la semaine qui suit le premier week-end du mois d'Août, il y a peu de circulation dans Paris déserté et on en a profité pour faire une longue promenade en vélo avec ma fille. On a d'abord roulé jusqu'au bois de Boulogne où on a passé un bon moment sur des routes et des allées sans croiser grand monde. Puis on a fait le tour des lacs. C'est là que j'ai photographié ces gens faisant des étirements au bord de l'eau.


Sur le chemin du retour on s'est arrêté chez Yamazaki, le salon de thé japonais situé chaussée de la Muette, près de la station de métro. J'y avais déjà fait une halte il y a trois ans, à la même période après une visite au musée Marmottan. J'avais envie de savourer de nouveau cet excellent granité au thé vert et l'anko (cette pâte de haricot rouge si prisée au Japon) que j'avais alors goûté. Ma fille a pour sa part opté pour celui parfumé à la banane verte. Comme c'était copieusement servi, nous sommes restés attablé assez longtemps. A la table d'à côté était assise une jeune bourgeoise du quartier, un diamant autour du cou, des bagues du même acabit et un jean savamment déchiré qu'elle avait dû acheter ainsi, et dont les trous valaient sans doute plus cher que tout ce que je portais sur moi. L'accompagnaient deux enfants insupportables, les siens sans doute, qu'elle gavait de macarons pour les calmer. A un moment j'ai aussi vu passer une vieille femme avec un sweat du même rouge que son pantalon et sur lequel il y avait le tracé du circuit du grand prix de formule 1 de Monaco auquel je rêvais enfant de pouvoir un jour assister. Je n'ai pas pensé à shooter. Ensuite j'ai tenu à montrer à Constance la rue Berton en contrebas de la Rue Raynouard où se trouve un immeuble que l'on voit sur la première photo construit par Perret, l'architecte du Havre, et de l'église du Raincy (entre autres) la première bâtie en béton. Il y a surtout la maison de Balzac, qui s'enfuyait par la rue Berton quand ses débiteurs venaient le harceler par l'entrée de la rue Raynouard . Cette ruelle pavée n'a vraisemblablement pas beaucoup changé depuis l'époque où il y vivait. La pierre que l'on voit à gauche sur la deuxième photo marquait autrefois la limite entre les communes d'Auteuil et de Passy, et nous n'avons pu nous empêcher de reprendre de concert le refrain du vieux pastiche de rap des Inconnus "Auteuil Neuilly Passy c'est pas du gâteau / Auteuil Neuilly Passy tel est notre ghetto".

 

Passant un peu plus tard par le pont de Grenelle, inévitable détour sur l'île aux cygnes et son étroite allée ombragée que j'aime particulièrement, afin que Constance la découvre. Et là, surprise, j'ai aperçu l'homme que j'avais photographié il y a quelques temps, celui qui se promène avec sa procession de camions, et à propos duquel j'avais imaginé une petite fable. Il avait le même T-Shirt que Charlie, celui qu'il faut trouver au milieu d'une foule. Tout en reproduisant avec sa bouche le bruit d'un moteur il traînait ainsi son attelage en tête duquel roulait un tracteur "piloté" par un ours en peluche. Nous avons échangé quelques mots. Il affirme posséder 88 000 camions chez lui. Comme je lui faisais alors fait remarquer qu'il devait disposer d'une vaste maison, il m'a répondu qu'en effet elle était très grande et qu'il l'avait lui-même bâtie en Haute-Savoie avec des copains. Il prétend être chauffeur routier et profiter de ses livraisons pour amener ses camions-jouets à Paris. Il aurait aussi participé quatre fois au rallye Paris/Dakar dans la catégorie camion. Bien sûr je n'ai aucune raison de ne pas le croire, tant de choses bizarres peuvent advenir. Mais quand même...

 

Il semblerait toutefois que l'homme ne raconte pas tout à fait les mêmes choses aux uns et aux autres. Je viens de retrouver l'article  "le routier et les petits camions" le concernant. Je l'avais lu il y a quelques mois par hasard sur le photoblog de Passante Pensante. Je constate qu'apparemment sa collection s'est beaucoup enrichie en quelques mois... 

mercredi 7 août 2013

En attendant

Skater sur l'esplanade du palais de Tokyo
Voilà,
selon St Augustin il n'y a pas trois temps qui seraient le passé, le présent et l'avenir. Il y a le présent du passé qui est la mémoire, le présent du présent qui est la perception, et le présent de l'avenir qui serait l'attente. Donc hier en début de soirée, il fallait, pour donner un sens au présent du présent occuper le présent de l'avenir parce que mon ami Pascal qui m'avait filé rendez-vous au pied du palais de Tokyo, (un des endroits les plus nazes de Paris ou les skaters viennent faire leurs gammes) était, comme souvent, en retard. Il fallait bien s'occuper, compenser la sensation de perte de temps. J'ai donc pris quelques photos (quelqu'un a dit qu'on photographie toujours plus ou moins au futur antérieur ou au passé antérieur je ne sais plus et puis d'ailleurs je m'en fous mon présent du passé est comme une vieille passoire et j'ai de la fuite dans les idées). Évidemment je regrette maintenant de ne pas en avoir fait d'autres lors du très sympathique dîner avec nos filles respectives dans l'arrière cour du conservatoire Rachmaninoff où la cantine russe a disposé quelques tables pour l'été. 

mardi 6 août 2013

Le bon vermifuge Lune


Voilà,
tous ces objets qui nous survivent c'est tout de même étrange dis-tu
c'est vrai mais du moins n'a-t-on pas besoin de leur consentement pour les photographier.
J'aime ce visage effrayé qui dément le slogan publicitaire

lundi 5 août 2013

Fleurettes et pilier


Voilà,
bien sûr il y a les vitraux conçus par Soulages, le tympan aussi, particulièrement ouvragé et saisissant, mais ça on peut trouver sur le web tout un tas de documents sur ce sujet on tape Sainte Foy Conques par exemple et il y aura forcément des images et sûrement des tas de choses intéressantes racontées à ce propos. Bien sûr, il y a la sérénité qui se dégage de ce village, sorte de Mont St Michel terrestre, mais moi ce qui m'a le plus ému ce sont les petites plantes sauvages, les fleurs de rien qui s'accrochent aux murs extérieurs de l'abbatiale, c'est ça que je voudrais devenir si une autre vie m'était donnée. Non seulement elles me bouleversent mais si je me laissais un tant soit peu aller, elles pourraient me faire croire en Dieu. Oui parfois j'ai cette tentation là, croire - peut-être la sénilité me gagne-t-elle ou bien est-ce une carence en vitamines.... A Conques je me suis même surpris à poser les mains sur un des piliers oui celui-là


Je voulais ressentir l'énergie du lieu. C'est un peu con dit comme ça, mais il y a forcément beaucoup de force dans un pilier, il y a quelque chose qui vibre qui passe dans le corps, ça je l'ai bien senti. Sûr, je n'ai pas été touché par la grâce comme Claudel près d'un pilier de Notre-Dame de Paris pas de bol on peut toujours rêver... J'aimerais bien une extase mystique ou un truc dans ce genre quelque chose d'un peu cosmique quoi ... Pas un astéroïde qui me tomberait sur la tronche ou la foudre non plutôt un truc qui te mette en harmonie qui te fasse parler aux abeilles aux fleurs aux oiseaux après tu es en empathie avec les fougères et les mousses un truc qui te rende l'agonie plus douce quoi

samedi 3 août 2013

Avoir l'œil


Voilà,
et si l'œil soudain venait à manquer, le seul que j'ai eu et avec lequel j'ai tenté tant bien que mal de me constituer un regard, sans pour autant être sûr qu'il soit juste et me restitue vraiment la réalité, que ferais-je alors, que serais-je sans lui ? Je voudrais toujours être dans le mystère des choses naissantes et des apparitions.

vendredi 2 août 2013

Repent-Ye

New-York City (1994)
Voilà,
les prosélytes m'ont toujours particulièrement gonflé. Et je trouve qu'il faut être con à bouffer du foin pour se tenir là, debout à un coin de rue avec une pancarte et nous annoncer non seulement que Jésus va revenir, mais qu'en plus il faut se repentir. Je me souviens en 1988 de l'épisode Jimmy Swaggart un télévangéliste donnant des leçons de morale à tout-va et qui s'était fait gaulé avec deux putes dans un parking. Cet événement faisait les grands titres de la presse et de la télévision, et la retransmission de la messe faisant suite à son arrestation (évidemment il avait été remis en liberté conditionnelle moyennant un bon paquet de dollars) constituait l'événement du week-end. Que Gilles de Rais, pût obtenir, avant d'être exécuté, l'absolution de ses fautes par la foule rassemblée dans l'église de Nantes, me paraissait déjà étrange, mais bon c'était au moyen-âge, mais là, à New-York dans le dernier quart du vingtième siècle, voir sur l'écran l'image de cet homme au moment où, en pleurs, il avouait être un pêcheur, parvenir à faire s'agenouiller une foule de crétins rassemblés dans une "église" semblable à une salle de spectacle (aux Etats-Unis, même la religion relève de l'entertainment), pour obtenir son pardon, m'avait stupéfait. Tant de crédulité laissait pantois. Pourtant, lors de mon premier passage à New-York, (hélas j'avais oublié de prendre mon appareil, mais je me souviens de toutes les photos que je n'ai pas prises ce jour-là), le hasard, au cœur du mois d'Août, m'avait conduit vers Central Park dans un rassemblement de "Jesus freaks", comme ils s'appelaient eux-mêmes, et j'avais pu alors mesurer le degré d'abêtissement collectif à quoi peut mener la religion. Mais à mes yeux d'européen cela évoquait plutôt un regroupement d'originaux de doux-dingues - le nombre de gens croisés cet après-midi là me disant "smile man, Jesus loves you" relevait du comique de répétition, et j'en avais conservé le souvenir d'un événement certes insolite mais ne prêtant pas plus à conséquence, qu'une convention de jumeaux dans une bourgade de province. Bien sûr, par la suite les années Bush Jr, ont montré le poids de la religion dans la société américaine et les ravages de sa vision réductrice et binaire (le bien/le mal) jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir. Je me demande souvent si cette obsession du péché qui hante ce peuple ne tient pas au fait que cette nation s'est constituée sur le génocide des populations indiennes, et à la crainte que ce dieu honoré sur chaque dollar ne lui fasse un jour payer cette faute originelle. (linked with  the weekend in black and white)