mardi 30 juillet 2013

Grande-Synthe

Grande-Synthe (Été 1994)
Voilà,
Nous étions partis vers le Nord, et pour moi, c'était un truc vraiment étrange et nouveau de prendre cette direction en plein été, et même tout simplement de prendre cette direction. Cette jeune femme allait me présenter à sa famille, apparemment elle y tenait. Auparavant nous avions passé quelques jours à Leffrinckoucke. Il me paraît aussi improbable désormais de retourner à Leffrinckoucke qu'à Karachi, (je me demande si ce n'est pas la première fois que je mets autant de K dans une phrase en français), mais bon j'ai bel et bien passé quelques jours à Leffrinckoucke. Un après-midi nous sommes allés faire un tour à la Grande-Scynthe dans la zone industrielle de Dunkerque où j'ai pris ce cliché. J'aimais bien sa façon de s'habiller en ce temps. Ce pantalon d'été à bretelles lui donnait un genre bohème qui lui allait à ravir. Elle avait le corps d'un petit Fragonard et la tête de Bibi Fricotin. Nous avions peu de choses en commun au fond, sauf un intérêt partagé pour le rugby, et que nous travaillions dans des secteurs d'activité voisins. On s'entendait pas mal alors. Comme deux bons copains. Au fond, c'est comme ça qu'on devrait toujours s'aimer, comme deux bon copains, ça serait tellement plus simple. En tout cas je me souviens avec bonheur de ces fois où nous partions ensemble en voyage. Elle était très organisée. Oui, ce sont des doux souvenirs. Et puis peu à peu on a fini par ne plus se comprendre au point qu'aujourd'hui, il est impossible de se parler sans un certain embarras. Tant de choses que nous n'avons su nous dire et qui ont suppuré. Pourtant cette femme, sans doute plus qu'aucune autre, a fait de moi - à mon corps défendant - un autre homme, et de cela je lui serai toujours reconnaissant. Bien sûr, à l'époque où j'ai pris cette photo, je ne l'imaginais même pas. Mais ça c'est une autre histoire....

dimanche 28 juillet 2013

Après la pluie

Vallée du Lot à Entraygues sur Truyère
Voilà,
Après la nuit d'orages, la température est un peu retombée. Me promenant je retrouve des odeurs des sensations éprouvées dans le Gers, il y a longtemps. Je ne me suis rarement senti aussi bien dans des paysages que depuis ces quatre derniers jours. Cette nature me correspond tout à fait et la vallée du Lot m'émerveille. Et je n'ai encore rien dit du choc éprouvé dans le village de Conques... Je noterai tout cela un peu plus tard quand je disposerai d'une machine qui fonctionne...

mercredi 24 juillet 2013

Examen



Voilà,
en terrasse au buffet de la gare de Béziers entre deux trains. Les grillons stridulent dans les platanes. Je me souviens avoir été là il y a presque (...)ante années jour pour jour. Et d'un certain danger auquel j'ai alors échappé - mais j'étais déjà un être très méfiant -. Je ne pensais pas à cette époque atteindre l'âge que j'ai à présent, et si j'imaginais le vingt-et-unième siècle c'était bien autrement. Plus proche des bandes dessinées de mon enfance, vraisemblablement. Je me rêvais voyageur. C'est assez comique quand je songe à l'angoisse qui me saisit à la constitution d'une simple valise. Je crois que si je rencontrais le jeune homme que j'étais à ce moment-là j'aurais envie de lui coller une grande beigne. Le souvenir d'avoir été celui-là me file encore la honte. Depuis, des paysages m'ont traversé j'en ai traversé d'autres, des êtres rencontrés m'ont changé - pas suffisamment à mon goût (il est difficile de se quitter tout à fait et ce blog d'une certaine façon en témoigne). J'ai toujours autant de doutes, peut-être d'une autre nature. En dépit de mon pessimisme et même si ce qu'est devenu ce monde ne me réjouit guère, j'aime la vie. Parfois une grande angoisse me saisit quand je pense a tout ce que l'Espèce a entrepris pour la rendre plus fragile. Hier soir, à Avignon, dans la foule des festivaliers, la fugitive vision d'un rougeoiement embrasant le ciel nocturne m'a presque transi, malgré la lourde chaleur qui sévit sur la région. Oui il faut vivre avec cette menace et dans son déni entretenu par les médias les gouvernants et les puissances industrielles, comme si rien n'avait changé depuis Tchernobyl et Fukushima, comme si ce qui est arrivé ailleurs n'était pas possible ici. Mais Il faut vivre cependant, pour la part de rêve de mystère et de fantaisie que certains - parfois sans même en avoir conscience - portent en eux  comme un don de la providence -  et qu'une simple rencontre peut soudain révéler.

dimanche 21 juillet 2013

La découverte de l'été



Voilà
Le "glacial" la boisson rafraîchissante de cet été si particulier. Désormais chaque fois qu'il fera chaud et que j'aurai soif je me souviendrai de la première fois que j'en aurais bu. Où et avec qui. Et de celui-ci quelques jours après sur une terrasse en solitaire...

samedi 20 juillet 2013

La vague

 Métro parisien Station Plaisance (1982)
Voilà
toutes les paroles qui manquent ou se déchirent dans le silence la confusion des pensées incohérentes des peurs anciennes quelque chose a été arraché autrefois ne restent que les terreurs qui ne peuvent se dire qu'il est si douloureux de nommer parfois il lui semble qu'elle ne parviendra jamais à échapper à l'effroi qui l'envahit si souvent pourtant son rire il y a son rire si délicieux réconfortant même pour qui ne sait pas oui son rire

vendredi 19 juillet 2013

Le grenier de Châteaudouble


Voilà
beaucoup de souvenirs me rattachent à cet endroit. Il m’est souvent arrivé de rêvasser dans ce grenier qui me liait à une histoire qui n’était pas la mienne. Longtemps je me suis senti chez moi ici. C’est là que j’ai ressenti ce que signifiait « luxe calme et volupté. »  La dernière fois où je suis venu j’ai passé des heures à feuilleter des vieux numéros de France Observateur, l’ancêtre du nouvel Obs, et des vieilles revues d’art. Il y faisait un peu chaud mais c’était bien. Je crois que c’est ici, que Michel Vinaver a écrit «Par dessus bord», il me semble avoir entendu dire qu'il avait beaucoup aimé ce grenier mais je n’en suis pas sûr, je recompose peut- être. Je réalise tout à coup que cela fait quarante ans que j'y suis venu pour la première fois. Quarante ans... Qui ont passé comme un battement de paupières. Il faudra que je demande à Delphine et Agnès si elle ont toujours des photos de cet été là. Notre bel été ... Je crois avoir connu le bonheur en cet endroit, et qu'une part de ce qui me constitue s'est fondée là. Il ne reste que l'image... Les sensations d'alors sont profondément enfouies mais persistent comme l'écho d'un lointain son de cloche. D'ailleurs je me souviens que le carillon de l'église du village sonnait tous les quarts d'heure.

jeudi 18 juillet 2013

Une autre sirène


Sculpture de Kiki Smith Exposition "Papesses" Avignon 2013
Voilà,

Une autre sirène aperçue cet après-midi, dans la fraîcheur de l'exposition "Papesses" à la fondation Lambert d'Avignon. Hâvre de paix contrastant avec le cirque ininterrompu de la rue, où il n'est pas possible de faire dix pas sans être sollicité par quelqu'un vous incitant à venir assister à un spectacle. Une certaine mélancolie gagne peu à peu sans que je ne sache trop pourquoi. Peut-être cette sensation pénible éprouvée hier en présence d'universitaires parlant du théâtre politique dans la cour de la maison Jean Vilar. Tout en dénonçant les travers de la marchandisation de la société, en déplorant l'état du monde culturel présent, en fustigeant la démission de l'Etat du champ culturel, ils affichent en privé, une sorte de mépris, du moins de dédain pour tout ce qui ne leur ressemble pas et ne relève pas de leur champ d'études. Ils manifestent sans même peut-être en avoir totalement conscience l'arrogance et les attributs de ceux qui se considèrent comme appartenant à une élite. Ils ont des idées arrêtées sur ce qui est juste et ne l'est pas. À aucun moment le paradoxe de leur discours et la contradiction dans laquelle ils se trouvent ne semblent les effleurer. Car enfin, ce festival pour pouvoir cette année soutenir des productions africaines ne s'est il pas trouvé contraint de solliciter l'argent de la société Total, parce qu'aucun theatre public ne voulait prendre le risque de la coproduction. Et puis aussi le sentiment que que l'histoire est passée et ne repassera plus, et que le grand rêve d'un théâtre populaire et intelligent imaginé par Vilar sombre à l'endroit même où il a été conçu. Mais bon, comme dit Roland, on ne peut pas reprocher à un homme de soixante ans de prendre du ventre...

lundi 15 juillet 2013

Sirènes


Voilà
ta tête bascule ton cœur se crispe la frayeur jaillit dans ta poitrine durant une seconde tu passes de vie à trépas c'est juste un mauvais rêve et tu penses (mais pourquoi donc ?) aux sirènes du Bowery. Le caillou autrefois trouvé sur le bord du chemin, gardé longtemps comme un fétiche un talisman comme s'il était le gardien de tes rêves d'enfant tu le retrouves dans une boîte en fer blanc mais c'est aux sirènes du Bowery que tu songes pourtant. La femme au sourire avenant qui ne fit que passer, belle et longue de corps, disparue dans un froissement de feuilles mortes tu peines à présent à t'en souvenir, mais pas des sirènes du Bowery (Linked with the weekend in black and white)

dimanche 14 juillet 2013

Clifton Beach


Voilà,
C'est la première excursion que j'ai faite au Pakistan. A Clifton Beach, où je ne retournerai vraisemblablement jamais, au bord de la mer d'Oman, non loin de Karachi, sur une plage qui sentait plutôt le crottin que l'iode. Les gens ne s'y baignaient pas, se promenant simplement sur la grève ou bien roulant à moto, ou se laissant balader à dos de chameau. Sans doute était ce un vendredi, jour de repos, car l'ambiance semblait familiale et détendue. J'étais d'humeur étrange, surpris de me retrouver ici, qui n'était pas vraiment prévu dans mon itinéraire, en compagnie de C. venue me chercher le matin même à l'aéroport, et qui détonnait particulièrement dans le paysage. A peine avais-je débarqué qu'elle s'était empressée de récriminer contre le chauffeur de taxi dont elle avait loué les services pour la journée. Il y a quelques années j'ai appris qu'une immense marée noire qu'on n'a évidemment pas évoqué sous nos latitudes avait depuis ravagé cette côté.

vendredi 12 juillet 2013

Étrange apparition



Voilà
Hier soir une étrange et belle apparition. Un peu de beauté faisait plaisir à voir dans ce qui est devenu une obscène foire du spectacle vivant bien loin désormais, aux antipodes même de ce qui a suscité l'initiative de ce festival. Les temps changent, la laideur la bêtise et la vulgarité gagnent inexorablement du terrain.

jeudi 11 juillet 2013

Accès interdit

Voilà,
je crois que ce genre de fontaine existe à des centaines voire des milliers d'exemplaire dans le monde, ilme semble en avoir vue une semblable mise en ligne par Gracie sur son blog qui atteste qu'il existe presque la même à l'autre bout du monde. Je rêve de quelque chose comme ça pour la chaude journée qui s'annonce. À part ça on m'a encore dit que je ressemblais à Pierre Desproges. J'espérais tout de même être moins laid que ça. Je peux bien sûr me consoler en me disant que c'est toujours mieux que de ressembler à Le Pen. Peut-être faudrait-il que je fasse un check-up un de ces jours, tout de même.

mardi 9 juillet 2013

Festival



Voilà,
Ce que je vois de ma fenêtre. Si longtemps que je n'étais pas venu. Quand j'avais vingt ans il me semblait que c'était un luxe inouï que de loger ici pendant le festival au pied du palais des papes. C'est en tout cas très confortable et pratique. Je m'étonne d'être là. Reviennent d'anciennes sensations. Et d'autres si nouvelles et inattendues. La vie est parfois bien étrange. Oui bien étrange. Tous mes âges se mélangent. Quelques temps encore, faire comme si rien ne guettait. Même si parfois elle est bien inquiétante la rumeur de ce monde, 

lundi 8 juillet 2013

Peu de possession


Voilà,
en ce temps-là j'avais peu de possessions. La vie m'était plus légère, j'allais et je venais. L'appartement n'était alors qu'un lieu de passage, et ressemblait à une résidence de vacances. C'est terrible ce que l'on peut bien accumuler au cours des ans et comme il est difficile de se débarrasser  de ce qui finit par encombrer.

samedi 6 juillet 2013

D'un baiser volé dans la foule


Voilà,
en regardant ces deux là s'embrasser au milieu de la foule elle se demande si parfois ils échangent des paroles tendres, des mots d'amour. Sans doute ont-ils encore l'âge et la naïveté de dire qu'ils s'aiment. Pour sa part, elle est éprise d'un homme qui se tait. Elle sait un peu de son histoire par ce qu'il a bien voulu lui en dire (car il est assez secret), et il lui semble bien avoir compris qu'il ne peut plus. Que certains mots ont pour longtemps (ou peut-être à jamais) disparu de son vocabulaire. Pourtant il est doux, attentif avec elle, lui prodigue des tendresses que peu d'autres ont eu à son égard, et d'une certaine façon lui révèle son corps autrement qu'elle ne le connaissait. Parfois il répond aux messages qu'elle lui adresse quand elle ne peut s'empêcher de partager ce qu'elle éprouve et lui dire combien elle tient à lui. Il prend acte, répond de façon très douce et élégante, avec infiniment de tact, exprimant son regret de ne pouvoir dire plus ou mieux et son incapacité à donner les réponses qu'elle souhaiterait peut-être. Elle suppose qu'il a cru autrefois, mais que des douleurs sont encore à vif, qu'il n'est pas encore dans la paix des cicatrices. Mais au fond elle sait que c'est lui qui a raison. Tant d'espérances, d'espoirs insensés d'histoires d'amour commencées dans l'ivresse du sublime et qui s'achèvent tristement en mesquines et souvent sordides tractations dans le bureau d'un juge avec des histoires compliquées d'argent et de garde d'enfants souvent transformés en otage, tout cela bien sûr n'incite guère à filer des métaphores amoureuses. Alors elle s'en veut de céder parfois à cette sorte de sentimentalisme si peu conforme aux usages de ce temps. Mais qu'importe, s'il ne peut lui promettre quoi que ce soit, elle goûte avec délice le présent qu'il lui offre. Après tout Léonore Cortese regarde avec amour et bienveillance cet homme meurtri. Et la façade de rires qu'il s'est bâtie pour se protéger la touche au-delà de toute mesure. Maintenant il commence à la présenter à ses amis. Parfois elle craint de se sentir comme une intruse parmi eux. Saura-t-elle faire bonne figure, mériter sa confiance et ne pas le décevoir ? Il suffit parfois de si peu. Un détail, une maladresse, un mot compris de travers, un silence embarrassant...

vendredi 5 juillet 2013

La fête foraine des Tuileries


Voilà,
dans la grisaille de ce matin je me suis une fois de plus rappelé que j'aime l'ambiance des lieux désertés ou désaffectés, mais aussi les espaces vides ou à peine fréquentés, les manèges fermés, les fêtes foraines au petit matin, les plages qui attendent d'être envahies, ou que les baigneurs ont quittées, les lieux de grande activité avant ou après les heures d'ouverture... J'aime ce léger décalage qui dès lors donne un tout autre sens aux choses, et en retenir des images qui me semblent dès lors peuplées de fantômes. D'ailleurs la photographie, est par nature fantomatique. Il suffit de songer à toutes ces clichés d'Atget, pris à la chambre et qui nécessitaient un si long temps de pause, que les corps en mouvements, les passants les calèches et les voitures n'avaient pas le temps de s'y inscrire. Mais toute cette vie n'ayant pas laissé de trace visible hante néanmoins ces images, et ce qui n'y est pas apparu, toute cette activité spectrale y demeure peut-être plus essentiel encore que ce qui est resté à voir.

mercredi 3 juillet 2013

Kafka


Voilà,
il y a 130 ans, naissait Franz Kafka. C'était un être d'une grande douceur, "il était timide, scrupuleux, paisible et bon mais il écrivait des livres cruels et douloureux (...) Sa connaissance du monde était insolite, lui qui à lui seul était un monde insolite et profond (...) C'était un homme et un artiste doué d'une conscience si aiguisée qu'il entendait même là où les autres, les sourds se sentent en sûreté" (Milena Jesenska)

lundi 1 juillet 2013

Eros and Venus


Voilà,
en 1985 à New-York, Eros et Venus étaient en grève.
Christopher St, la rue des bars gays avait été rebaptisée "le cañon de la mort"
Il faisait terriblement chaud sur la ville cet été là.