jeudi 28 février 2013

Porte des Lilas

les lilas
Voilà
bon ce n'est pas une surprise, je le savais depuis un moment ça quand même, qu'il n'y a plus de poinçonneur aux Lilas, ni même ailleurs. Je ne viens jamais ici, pour moi c'est très exotique, comme les bords de Seine pour les japonais. Mais enfin j'espérais que peut-être il y aurait une statue en l'honneur de la chanson de Gainsbourg, ou une plaque, enfin un truc dans le genre quoi. De même que si je sais qu'il n'y a plus de première ni de seconde classe dans le métro depuis longtemps (ah oui tiens ça fait combien de temps que la différence de classe a été abolie dans le métro ?), que le monde a changé, que même en France beaucoup de choses ont changé ces dernières années, eh bien quand même j'ai reçu un gros coup de massue l'autre soir où contraint de garder le lit et incapable de lire et de me concentrer sur quoi que ce soit j'ai regardé à la télévision une émission sur les syndicats. Et là jai entendu une dame de la CGT qui s'appelle Françoise Geng dire à propos du probable prochain secrétaire général de son organisation "Je pense que ses compétences à la tête de la CGT c'est une plus-value pour l'ensemble du syndicalisme en France". Peut-être après tout vivrais-je assez longtemps pour voir - allez pourquoi pas ? - le Parti Communiste vendre son siège à une  banque ou une multinationale. 

lundi 25 février 2013

Sur la route de Taxila



Voilà,
il y avait eu des paysages parfois anodins, bien sûr, d'autres plus majestueux, ou rendus tels par la densité du moment, mais ce qu'on ne pouvait s'empêcher de voir, qui faisait partie du quotidien c'étaient ces vieux camions Bedford outrageusement décorés qui sillonnaient les routes du pays. Sans doute étaient-ils pour la plupart comme le vaisseau d'Ulysse, complètement transformés sans aucune pièce originale, mais il n'en continuaient pas moins de rouler, parfois sur des pistes vertigineusement impraticables, à flanc de montagne, conduits par des seigneurs du volant risquant tous les jours leur vie. Il y avait eu cette sorte de relais routier où nous avions fait une halte sur la route de Taxila, et  cette dimension de bricolage généralisé qui caractérisait ce pays m'avait alors une fois de plus effrayé et fasciné.


Et puis aussi l'étrangeté des panneaux publicitaires Coca-Cola, le salut surprenant presque incongru du jovial bonhomme Michelin dans ces endroits pourtant peu souriants et parfois même hostiles

dimanche 24 février 2013

Je serai dedans


Voilà
(...) il est impossible que j'ai des pensées, et je parle et pense, je fais l'impossible, ce n'est pas possible autrement, c'est lui qui a vécu, moi je n'ai pas vécu, il a mal vécu à cause de moi, je vais raconter ça (...) la fin de sa vie, au fur et à mesure au présent (...) s'il râle c'est lui qui râlera, moi je ne râlerai pas, c'est lui qui mourra moi je ne mourrai pas (...) comment il va faire pour finir, il est impossible que je le sache, je le saurai au fur et à mesure, il est impossible que je le dise, je le dirai au présent, il ne sera plus question de moi, seulement de lui, de la fin de sa vie et de sa mort (...) il ne dira plus jamais rien, il ne parlera à personne, personne ne lui parlera, il ne parlera pas tout seul, il ne pensera pas, il ira, je serai dedans, il se laissera tomber pour dormir, pas n'importe où, il dormira mal à cause de moi, il se lèvera pour aller plus loin, il ira mal à cause de moi, il ne pourra plus rester en place, il n'y a plus rien dans sa tête, j'y mettrai le nécessaire (Samuel Beckett in "Pour finir encore")

samedi 23 février 2013

Cadaquès

Cadaquès, Janvier 1991
Voilà,
entassés dans la Trabant verte de Anne, On était allé faire un saut à Cadaquès. La guerre du Golfe venait juste de commencer, et on en ignorait encore l'issue. Mais on avait conscience que quelques chose était en train de changer. De toute façon, elle était lointaine, mais cependant fascinante sur les écrans de télévision qui nous en renvoyaient des images verdâtres aussi abstraites que de la vidéo expérimentale. A Béziers, ville bien raciste, les maghrébins redoutant d'être assimilés à ceux dont on bombardait le pays ne sortaient plus le soir par crainte de se faire agresser. La vie semblait absurde. Il y avait quelque chose d'incongru à jouer une pièce de Molière en ces temps obscurs et tourmentés. Mais cette absurdité nous rendait joyeux, car au moins il se passait quelque chose qui venait contrarier le cours ordinaire des événements. Nous ne soupçonnions pas que c'était là, le commencement d'un chaos qui depuis ne cesse de se propager dans tout le monde arabe. Cet après midi d'hiver, le petit port de pêche offrait un contraste déconcertant. Tout y était si lent, si calme, presque évanescent. Après une longue promenade dans les ruelles désertes, et avant de repartir nous étions allés prendre un verre dans ce café où il n'y avait pas foule. Je me souviens avoir dit en plaisantant à Frédéric, que j'allais essayer de faire une photo "façon Libé".... Nous étions alors bien désinvoltes plutôt moqueurs et nos soucis d'une autre nature...

vendredi 22 février 2013

Démocratie

Boulevard St-Michel 2013
Voilà,
sous certaine latitudes, le mot désigne quelque chose qui relève encore de l'espérance, un idéal pour lequel on se bat encore et pour lequel l'on meurt parfois, quoique en général ces aspirations finissent souvent sous le joug de dictatures religieuses. Ici, c'est devenu une enseigne qui vend des fringues. Peut-être parce qu'on y croit de moins en fait, à la démocratie. Je ne sais pas... J'ai juste trouvé ça étonnant, incongru... Ou peut-être s'est-on résolu à ce que la démocratie soit juste devenue un espace apparent de liberté où la tyrannie de l'argent (qui reste peut-être encore une tyrannie relativement soft au regard de celles qui ensanglantent d'autres régions) peut s'exercer avec cynisme et en toute impunité. Ou peut-être l'image de la démocratie n'est-elle plus que cela : des silhouettes sans corps réduites à une apparence.

mercredi 20 février 2013

Coincé là-dedans


Voilà,
il me semble parfois qu'il n'en réchappera pas, le petit bonhomme enfermé dans la bouteille, j'ai beau essayer de grimper, d'en sortir, il restera coincé là-dedans, avec mes pensées impossibles à mettre en ordre, oui coincé à mi-chemin sur l'échelle appuyée au réel, au monde réel que je ne comprends pas, à la fois loin et proche et tout déformé, il ne bouge plus je me tiens sur son barreau, il s'accroche, immobile, je n'ai plus les mots il n'a plus d'horizon combien de temps encore allons nous tenir lui et moi, combien ? une ombre lui survivra-t-elle quand je lâcherai prise ?

dimanche 17 février 2013

Flashback


Voilà,
au marché ce matin j'ai subitement réalisé qu'il y a trois ans jour pour jour je m'embarquai pour changer d'air et me laver les yeux à d'autres lumières. J'ai finalement, au cours de ces trois dernières années, assez peu évoqué ce séjour. Une photo de plage et une autre de bateau, un bout de film aussi, et puis c'est tout. Quelques mois auparavant j'avais tout autrement rêvé cette escapade, et d'une certaine façon j'en garde un souvenir mitigé. Durant une dizaine de jours j'ai parcouru l'île en solitaire, vague et mélancolique, marchant beaucoup, au bord des larmes parfois, essayant de laver mon chagrin à la beauté radieuse des paysages qui s'offraient à moi. Le premier matin, dans la confusion du jet-lag j'étais parti vers cinq heures au petit bonheur la chance, attrapant des bus aux horaires de passage très approximatifs avec l'idée de me rendre à mon rythme sur une belle plage. 

  

Je me souviens de la litanie des noms égrenés que diffusait dans le car la radio locale pour annoncer, comme le veut l'usage en ces terres, les récents décès... Je me rappelle Sainte-Rose aussi dans le matin désert mais déjà chaud, les jappements des chiens, le chant des coqs - et un moment j'eus l'impression d'avoir déjà vécu cet instant bien des années auparavant aux Philippines - et ce poulet mort entrevu sur le bitume se décomposant pareil à un amour déçu. 


Un peu plus tard il y eut la plage de Grande-Anse, et cette sensation de perfection d'harmonie et d'équilibre où, en dépit de tout, il est possible, ne serait-ce qu'un instant, d'éprouver "la proximité folle du bonheur" expression d'Alain Hervé qui a ainsi titré un recueil de ses textes de voyages.

vendredi 15 février 2013

Cocotier

Palais de Tokyo, Avril 2012
Voilà,
j'aime bien les musées, et il m'arrive quelquefois d'y prendre des photos quand c'est possible. Là je me suis vraiment demandé ce que pouvait bien penser ce gardien antillais devant cette sculpture évoquant un palmier ou un cocotier. 

mercredi 13 février 2013

Summer 85


Voilà
J'ai retrouvé celle là, faite il y a longtemps, dans un parc d'attraction lors du premier été new-yorkais. J'étais à deux doigts de la balancer. J'ai eu un peu de mal à la tirer. Mais bon je l'aime bien quand même. La grimace du garçon me plaît. Et puis il y a un parasol, et ce regard jeté hors-cadre. 

mardi 12 février 2013

Stumbling in the neon groves


Voilà,
des écrans au loin projettent leurs images en haute définition, la lumière bave sur des surfaces dont la transparence froissée fait écran, et comme égaré dans la trouble et déconcertante incertitude des choses, un visage semble se dissiper dans le flou. Froide est la nuit. Quelqu'un erre quelqu'un cherche mais ne souvient plus de ce qui depuis si longtemps l'accapare.

samedi 9 février 2013

Hamlet goes shopping


Voilà
parce que cette silhouette me paraissait étrange, incongrue, j'ai pris cette photo devant Shakespeare &Co qui est un des endroits que je préfère à Paris. Je ne réalise que maintenant avoir vu passer Hamlet sans même m'en être rendu compte.

mercredi 6 février 2013

Colle papiers et reflets


Voilà,
sans doute cette image satisfait-elle à la fois mon goût pour les papiers décollés et arrachés, pour les signes provisoires de l'abandon et du délabrement, pour les reflets aussi, les transparences plus ou moins opaques les fenêtres et les menus détails. C'est ici ailleurs aussi bien autrefois que naguère ou maintenant, qu'importe. Juste la fraction de seconde d'un mystère entrevu.

mardi 5 février 2013

La rue sans grâce


Voilà,
Partant de l'avenue du Maine et finissant rue Jean Zay, ce tronçon de la rue Vercingetorix - qui continue ensuite jusqu'à la porte de Vanves après s'être interrompue au niveau de la place de Catalogne  - m'a toujours fasciné. Il n'y a rien, aucun commerce, quelques portes d'entrée d'immeuble, des entrées de service du grand hôtel Pullman, des accès de parking, des murs de briques rouges ou orange. Quant à cette passerelle, elle relie l'école primaire du quartier à une vaste terrasse sans ombre qui lui tient lieu de cour de récréation. Sur les sol en tartan sont tracées les lignes de trois courts de tennis adjacents à un gymnase. Il paraît qu'autrefois, avant la destruction, cette partie de rue, était très commerçante et abritait une multitude d'ateliers d'artisans et d'artistes. Gauguin, y passa même quelques temps avant son dernier voyage pour les Iles. A présent ce n'est plus dans le tissu urbain qu'un lieu de passage de transit où très tôt le matin s'arrêtent les camions de blanchisserie qui chargent des paquets de linge sale de l'hôtel (mais à la réflexion cela pourrait tout aussi bien être autre chose). Sans grâce aucune, cet endroit - sans que je ne me l'explique vraiment - n'en demeure pas moins insolite et mystérieux à mes yeux. Presque fictif. 

lundi 4 février 2013

Un temps à capuche


Voilà,
il y avait eu ça aussi : comme un grand vent de plaine. Pareil à une rumeur, ce frémissement balayant les joncs. Et puis au loin, encore séduisante à cette distance, la ville. Désertes, ses larges avenues froides et humides ruisselaient cependant du morne ennui des dimanche. 

dimanche 3 février 2013

Plat de pâtes


Voilà,
si les mots ne viennent plus ces derniers temps subsiste encore
dans l'opacité des choses et la rumeur confuse du monde, l'envie d'images.
Celle aussi parfois d'un bon plat de pâtes.
Le point positif dans cette affaire, c'est que d'ici peu 
je retrouverai ma silhouette de jeune homme.

samedi 2 février 2013

Parapluies


Voilà
elles étaient quatre japonaises à visiter Paris par un jour de pluie. Quatre amies partageant le bonheur d'être ensemble dans un pays étranger. Je les ai remarquées sur la place de l'Institut de France où elles ont toutes les quatre en même temps, et à peu près du même endroit, photographié la coupole de l'Académie. Dans ce jour gris et pluvieux, je les ai vues s'éloigner vers l'autre rive du fleuve. Il y avait quelque chose de joyeux et d'enfantin dans leur démarche, Une certaine façon d'aller de l'avant. Au Louvre sans doute.