mercredi 30 novembre 2011

Zen café

Lower East side (1985)

Voilà
je marchais, vaguement honteux dans les rues d'Alphabet City à la recherche d'Herbie Go à qui j'ai oublié de souhaiter son anniversaire cette année. Mais je ne reconnaissais plus rien de la ville, des pans entiers de rue disparaissaient parfois sous un épais et suffocant brouillard. Et c'était comme une atmosphère de fin du monde. Il faisait chaud, des corps décharnés erraient quasi nus, hébétés et toujours à la limite de la chute, bredouillant quelquefois des mots d'espagnol que je ne comprenais pas. L'élégant pantalon indien à rayures et le léger t-shirt que je portais, devaient, pensais-je, me rendre suspect à leurs yeux. Ou bien parfois des hommes d'affaires semblant échanger des secrets d'initiés apparaissaient brièvement pour s'évanouir aussitôt dans cette brume. En d'autres endroits au contraire, l'air était sec, pur et les rues désertes. Soudain, au détour d'un bloc j'ai revu ce plan, cadré il y a longtemps dans le lower East side entre avenues A et B. Aussitôt, m'apercevant que je n'avais aucun appareil sur moi, je me suis réveillé pris de panique.

mardi 29 novembre 2011

Salle d'attente


Voilà
je l'aime bien a salle d'attente de mon dentiste. C'est très joliment décoré, assez classe, sans ostentation, avec des beaux tableaux sur les murs. J'ai même tendance à venir un peu plus tôt parce qu'il y a aussi plein de revues intéressantes à lire : "Beaux arts magazine", "Diapason".... Mais bon là, cette fois-ci, je ne pensais pas que ce qui allait suivre serait si dur.

lundi 28 novembre 2011

samedi 26 novembre 2011

Arrêt du 38, place du Chatelet



Voilà
il y avait dans cet individu tout un concentré d'abjection de morgue et de méchanceté qui le rendait particulièrement répugnant. Je ne sais d'où il était, russe serbe ou polonais, mais avec un fort accent de l'Est en tous cas. Je le voyais et l'entendais s'oublier là, ivre, tenant encore à la main le gobelet de vin chaud que des bénévoles à quelques pas d'ici offraient aux sans-domicile qui errent dans le quartier. C'était un flot ininterrompu, mêlant à un idiome de l'est, des mots de français dans une insupportable loghorrée antisémite. Tous les clichés y passaient, sur les juifs voleurs et leurs femmes salopes, je ne développerai pas. Il s'imaginait policier en train de perquisitionner. Se représentait comme un bras du pouvoir, peut-être comme le pouvoir même. Dans son délire surgissait parfois le mot "Imperator". Mais ce qui revenait sans cesse à sa bouche c'était "tuer". Ce qui l'animait c'était ce désir là, irrépressible et obsessionel. Ce type effrayant avait dans la mâchoire quelque chose de brutal, cruel et prédateur. Je ne pouvais m'empêcher de penser à tous ces miliciens serbes, aux ravages commis par tous ces types pétris de haine envers tout ce qui ne leur ressemblait pas. Mais sa haine à lui devenait contagieuse, c'était ça le plus horrible, j'en venais à mon tour à le regarder comme un moins que rien une espèce nuisible, à lui dénier son statut d'être humain, à songer qu'il méritait déjà le couteau qui le crèverait. Je sortais d'un musée où j'avais vu de belles œuvres qui élèvent et apaisent, et à présent son comportement me souillait, faisant sourdre en moi de sombres idées qu'il me fallait au plus vite chasser de mon esprit. Quand je l'ai vu se lever pour se diriger d'un pas martial, les mains croisées dans le dos vers ce square du Chatelet où vraisemblablement il devait passer ses nuits, j'ai songé que le monde tout de même, était un sale endroit oui vraiment un bien sale endroit. Et j'ai repensé  à ce livre "les naufragés" de Patrick Declerk, qui à sa manière étrange et perturbante a tenté de construire une "ethnographie du désordre, du chaos et du néant" que chaque jour nous côtoyons.

jeudi 24 novembre 2011

Sans-abri au rond-point des Champs-Élysées


Voilà
la mode de nos jours, ce sont les acronymes. J'en ai découvert un particulièrement réjouissant ces derniers temps. Pour le pondre, on a probablement payé des communicants qui ont bien du se marrer quand ils ont touché leur chèque. Parce que là question cynisme c'est le top. Donc, ce qui autrefois était un dépot de mendicité ouvert en en 1887, est devenu aujourd'hui un hôpital général ouvert à tout public, un centre d'accueil de long séjour, une maison de retraite, un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, et le centre d'hébergement et d'assistance au personnes sans abris qui reçoit les SDF amenés par la polices et les services de la RATP. Je parle de Nanterre, du Centre d'Accueil et de Soins Hospitaliers de Nanterre. On dit  un CASH. Aujourd'hui quand va se faire soigner dans un établissement public, à l'heure où les soins coûtent de plus en plus chers où l'on réduit la couverture sociale où les démunis sont de plus en plus nombreux, on va se faire soigner dans un CASH. Si ce n'est pas du foutage de gueule ça.

mercredi 23 novembre 2011

Pendant la répétition


Voilà
le plaisir de retrouver les vieux camarades de jeu lors de ces rendez-vous stimulants que sont les lectures organisées chaque année par Heinz Schwarzinger autour du théâtre autrichien. Hier c'était au Goethe Institut "La maison du sang" excellente pièce de Händl Klaus auteur tyrolien (il parait qu'au Tyrol il est d'usage de décliner d'abord son nom puis son prénom) Les ombres des lecteurs faisaient au mur une étrange farandole.

dimanche 20 novembre 2011

Sur le pont de Choisy un autre matin


Voilà
je m'amusais alors à faire danser les lampadaires. C'était ma façon à moi d'intervenir sur le monde. Tordre les perspectives suffisait à mon plaisir. Je vivais alors joyeux dans un rêve eskimo. C'était quand déjà ? Aujourd'hui, cette image me raconte tout autre chose. L'espace n'a plus la même densité, le temps s'affaisse. Les objets parlent une langue que je ne comprends pas. D'ailleurs la théière ce matin n'était pas très amicale. Je m'efforce de tenir ma place, mais je peine à reconnaître mon ombre.

mercredi 16 novembre 2011

Banc

Adagio
Voilà
Des hommes sur des bancs solitaires, j'en ai photographiés beaucoup, dans la rue souvent, dans les jardins publics parfois. De loin, réduits à l'état de silhouettes pour la plupart. Sans doute suis-je incapable d'y voir autre chose que les figures de la fatigue de l'accablement ou de l'abandon. Je crois que la première fois que j'ai entendu dire que quelqu'un avait été mis "au ban de la société", c'est cette image qui m'est venue à l'esprit, et depuis je n'ai jamais pu m'en déprendre.

mardi 15 novembre 2011

Une vague sensation

Violences policières

Voilà
sur le parvis de la Défense, une vague sensation de catastrophe imminente me saisit devant le maigre campement de la petite centaine d'indignés qui, dans le froid et l'indifférence, essaient de faire entendre leurs voix. Comme si ces cartons ces bâches et ces parapluies annonçaient ce qui nous guette ; comme si c'était là désormais, pour s'abriter des ravages déjà visibles qui se répandent sous nos latitudes, la seule perspective possible. Et la noire silhouette de la tour d'Areva ("leader mondial de l'énergie atomique" comme il écrit sur le site de l'entreprise) se dresse, sentinelle menaçante d'un monde où l'homme, réduit à l'état de "ressource", n'est plus qu'une variable d'ajustement. Car telle est la cynique et funeste logique d'une minorité d'oligarques détentrice du pouvoir. Pour le conserver elle engrange des profits et amasse des fortunes sur le dos de la majorité de la population. Parfois le pouvoir politique asservi à cette toute-puissance, n'hésite pas à envoyer sa police et faire usage de violences à l'encontre d'une population dont le seul délit est d'exprimer pacifiquement son désaccord. A terme - c'est dans la logique de l'Histoire - ces agissements finiront bien par susciter leur lot d'émeutes et ouvrir la voie d'insurrections sans doutes salutaires dans un premier temps, mais probablement génératrices de chaos. Tel est aussi le prix à payer pour envisager de bâtir un monde plus juste, sans qu'il soit pour autant certain qu'il soit en mesure d'advenir. Mais plutôt courir ce risque que de  céder à la résignation. 

dimanche 13 novembre 2011

Une surface



Voilà
sur la vitre du train de banlieue stationné à quai, se réfléchit dans la démultiplication des lignes de fuite et des plans superposés ce que le monde peut, en une simple fraction de seconde, offrir de confusion et de complexité à un regard qui ne sait plus faire le point. Et alors que s'annulent dans le brouillage des perspectives, surface et profondeur, la pensée voyage vers d'autres paysages, imaginaires ceux-là, mais autrefois si intensément rêvés, qu'ils persistent dans la mémoire comme s'ils avaient réellement existé. Elle dérive aussi vers ces temps où bien plus rares étaient les miroirs et les vitres plus opaques, mais où les peintres inventaient alors des Jérusalem imaginaires, des Egypte fertiles et verdoyantes, couvertes de sombres forêts. Le monde était alors plus inaccessible et mystérieux, plus hostile aussi. La nature dictait sa loi et demeurait une énigme qui prodiguait bienfaits et catastrophes. On la respectait avec terreur car elle était l'œuvre de Dieu. Que signifiait alors "regarder", que voyait-on vraiment, que ressentait-on (pour ne parler que de l'Europe)  à la vue d'une œuvre d'art, d'un vitrail ou d'un tableau du Dominiquin par exemple? Et, de cette façon autre de percevoir, que reste-t-il aujourd'hui, dans un environnement devenu si différent, si artificiel et peuplé de tant d'écrans que de ce fait même il est difficile de savoir ce qui, du réel, se dissimule et ce qui s'en projette ?

Paysage avec fuite en Egypte (Domenico Zampieri 1581-1641)

jeudi 10 novembre 2011

Histoires de manèges

manège
Voilà
les manèges aussi, j'aime bien photographier les manèges. Même si une photo de manège en rappelle inévitablement une autre (c'est dans l'histoire de la photographie un motif récurrent, je crois). A chaque fois pour moi, c'est l'enfance qui vient s'insinuer dans l'image, la nostalgie d'un temps aboli, la reviviscence de quelques lointains moments de joie et de mélancolie mêlées, car il fallait bien se résoudre n'est ce pas, à ce qu'il y ait un dernier tour, et que cela s'arrête, cet enchantement de tourner en rond, cet abandon à la jouissance d'un temps circulaire et toujours trop court. Souvent la frustration l'emportait sur le plaisir. Dans la plupart des albums de famille, il y a le sourire, ou la mine sérieuse et concentrée d'un enfant sur un petit cheval une girafe, ou dans un avion, une voiture de pompiers, un carrosse de conte de fées. Et puis vient toujours un moment où la perspective de tourner en rond se révèle moins attrayante et l'on s'éloigne des manèges tout au moins tant qu'on n'y a personne à accompagner... 


Certains manèges, ont retenu mon attention. Je me souviens de celui que j'appelle le manège du bout des terres, photographié par une fin d'après midi d'été en Bretagne.


Ou encore de celui de Talmont si émouvant par ce petit matin tiède vraisemblablement au lendemain d'une fête de village... Etais je alors vraiment là, ou bien renvoyé à une autre période de mon existence, ou au désir d'une vie autre et inaccomplie? Wim Wenders a magnifiquement évoqué cela dans la préface de son livre "Une fois". Parlant de l'appareil photo, il dit que celui ci "voit devant lui son objet et derrière lui la raison pour laquelle cet objet devait être fixé" il dit aussi  - car c'est le même mot qui en allemand définit l'attitude par laquelle quelqu'un s'oriente vers quelque chose, et la façon dont on cadre une image en photographie - que "chaque Einstellung (c'est à dire chaque image) reflète aussi l'Einstellung (attitude) de celui qui a enregistré cette image". 

samedi 5 novembre 2011

Assemblage


Voilà,
il y avait chez Philippe et Dominique, posée sur la cheminée du salon, dans l'appartement de la rue de Vaugirard, cette petite statuette en bois, très ancienne et vermoulue, représentant une vierge à l'enfant dont il manquait la tête. Et puis aussi, ramené de Cayenne par Philippe, ce noyau de je ne sais plus trop quel fruit exotique sculpté par un bagnard. Je trouvais cette tête particulièrement émouvante. Un jour j'ai eu l'envie d'assembler ces deux œuvres conçues à plusieurs siècles d'écart par des mains anonymes dans des bois et sous des cieux dissemblables. En dépit de la différence d'échelle il me semblait qu'elles avaient quelque chose à voir l'une avec l'autre. Étais-je simplement séduit par l'idée d'une rencontre improbable ? Je ne crois pas qu'il ne se fût alors agi que de cela. Il est vraisemblable que secrètement j'ai désiré que ce noyau d'art brut, qui me semblait avoir une âme - sans doute était-ce la seule forme de liberté que son auteur avait pu se permettre -, fût associé à l'idée de sainteté de pureté et d'élévation que suggérait la statue acéphale portant l'enfant Jésus, que longtemps après on désignera aussi sous le nom de Rédempteur.

mercredi 2 novembre 2011

le rêve du matin


Voilà.
Lévite dans la pièce tout en haut coincé dans un coin. Le dos touche le plafond. Bras en croix comme un parachutiste en chute libre, sauf que là... bouge pas flotte juste. La pénible sensation d'être un ballon gonflé à l'hélium. Impossible articuler un mot. Grognements pousse des grognements. Par moments songe que ce n'est un rêve. Alors peut-être en train de grogner pour de bon ? Risque de réveiller ma fille donc dans la chambre à côté mais non pas là ma fille. M'angoisse aussi la possibilité que ce sortilège cesse d'un coup. M'écraserais au sol alors sur le ventre et le reste. En dépit de l'envie tenace, incapable de bouger de me déplacer dans la pièce putain dois avoir l'air un peu con tout de même. Si quelqu'un rentre et me trouve dans cette ridicule situation des problèmes ça posera des problèmes pour sûr. Péniblement, esquissant quelques approximatifs mouvements de brasse parviens à revenir (quel talent tout de même!) à une hauteur raisonnable. Encore un petit effort ! Accède à la pièce adjacente. Mais ne suis pas chez moi, croyais que... mais non pas chez moi. Dans un appartement haussmannien. Dingue! un appartement haussmannien !!! Dans une chambre faiblement éclairée maintenant à une hauteur déjà plus raisonnable, environ un mètre au dessus d'un lit. Deux vieillards y dorment. Mais descendre plus bas, ai beau insister, ça ne marche pas. Tiens mais au fait ces deux les connais non ?  Pas vrai! Pas eux!  Perds tout contrôle aussitôt sur eux m'écrase. Prends mes jambes à mon cou déguerpis illico presto. Ouvre les yeux. Erection et courbatures. J'émerge. Ce matin nouveau me rappelle au bon vieux principe de réalité. Passé un certain âge si on n'a pas mal quelque part c'est qu'on est mort. Je ne suis pas encore tout à fait décati certes, mais la décrépitude approche à grand pas. Voilà je suis dans ce qui s'appelait encore il y a quelques heures demain. Avec beaucoup de choses stupides à y faire. A n'en point douter, le temps manquera. Il faut s'y résoudre. Désormais le temps manquera.