mardi 31 mai 2011

Pensif


Voilà,
"...I think that somebody's near
I'm sure that someone is following me
Why did you throw the Jack of Hearts away
Why did you throw the Jack of Hearts away
It was the only card in the deck That I had left to play
And I'll say it again I need a brand new friend..."
                                             (Jim Morrison)

samedi 28 mai 2011

Nightmare


Voilà
Le rêve m'a déporté aux abords d'une maison qui aurait pu être familière, mais qui dans la réalité, se trouve désormais réduite, autant que ses occupants, à l'état de souvenir. Jeune peut-être, en tout cas sûrement sous l'emprise d'une drogue puissante, qui multiplie les états de conscience et rend la perception de l'événement d'autant plus confuse, je me sens en totale perdition, égaré dans une obscurité toujours plus vertigineuse, croyant cependant que la maison est dans les parages, mais persuadé que cette proximité la rend encore moins accessible. Pris au piège d'un agencement inextricable de temporalités aussi furtives que changeantes où la maison n'est qu'une succession d'idées dans un champs d'hypothèses non résolues, tour à tour ruine à l'abandon sous une nuit de cendres, râle porté par la ténèbre, horloge éventrée, tas de coquilles d'huîtres, regard de chien en agonie, impact soudain de la balle qu'on ne voit pas venir, et tant d'autres choses encore, incongrues saugrenues et aussi énigmatiques que le mystère de la masse manquante ou le boson de Higgs, seul en tout cas, irrémédiablement seul et plus perdu que jamais, je dois continuer, sans repère, m'appuyant sur l'ombre, et toujours reconfigurant l'espace à la limite de la chute. Chaque pas augmente mon effroi, le moindre arrêt avive ma terreur. Et soudain, comme happé par une force invisible, me voilà dans le vestibule où se tient ma parentèle (mais dans quel état je n'en dirai pas plus). Tout tremblant, sûr d'avoir échappé au gouffre et aussi à la noyade dans la mare voisine, pas convaincu cependant d'être tout à fait sorti d'affaire, doutant de la véracité du moment présent mais sauf toutefois, sauf, j'ouvre un œil, puis l'autre et me rendors aussitôt. Pour une fois je n'ai pas laissé la radio allumée.

vendredi 27 mai 2011

Embarras


Voilà
son embarras devant la femme saoule qui, ne tarissait pas d'éloges sur ce qu'il avait été autrefois, parlant trop fort dans ce lieu public, d'où il aurait voulu s'effacer disparaître s'évanouir pour devenir l'un des fantômes de ce temps qu'elle évoquait avec une indécente nostalgie.

jeudi 26 mai 2011

Le légionnaire Mauwel


Voilà
je me souviens du légionnaire Mauwel. Plus exactement je me souviens de la fascination du géniteur pour le légionnaire Mauwel. Mais je crois cependant qu'à ce moment là, je partageais cette fascination car je trouvais très beau le légionnaire Mauwel. Le légionnaire Mauwel avait une prestance, une présence qui manquait au géniteur. Le légionnaire Mauwel était un vrai guerrier. Le géniteur n'était qu'un soldat. Du légionnaire Mauwel se dégageait une puissance, une densité de fauve. Et dans les bras du légionnaire Mauwel, car il m'a pris dans ses bras le légionnaire Mauwel, on se sentait en sécurité, comme invulnérable. Le légionnaire Mauwel, du moins c'est ce que prétendait le Géniteur, avait toujours fait la guerre. Il ne connaissait que ça. Il avait du être aux jeunesses nazi, puis engagé plus ou moins volontairement dans la Wehrmacht et envoyé, vers l'âge de seize ans sur quelque front déjà perdu. C'est l'usage de sacrifier la jeunesse d'un pays, quand la défaite est proche et que le dictateur ne veut s'y résoudre. Lui et moi avions ça en commun d'être né sur le sol d'Allemagne. Ce n'est pas rien la terre sur laquelle on a fait ses premiers pas. A la défaite comme tant d'autres de sa génération il s'est engagé dans la légion étrangère. Peut être que Mauwel n'était pas son vrai nom, mais il est devenu le légionnaire Mauwel. Un jour le légionnaire Mauwel est venu manger à la maison. Je m'en souviens, car il a enlevé son ceinturon celui où il y avait son pistolet. Il n'était pas loin bien sûr,  mais par politesse, du moins me l'a-t-on expliqué plus tard, le légionnaire Mauwel ne mangeait pas armé lorsqu'il était invité. Je me souviens qu'il y avait du couscous et que pour faire comme le légionnaire Mauwel j'ai accepté d'y ajouter un peu d'harissa, et que je n'aurais pas du, si bien qu'ensuite je n'ai pas goûté de couscous pendant dix ans.... Le géniteur aimait raconter ce fait d'armes que lui avait rapporté le légionnaire Mauwel. Il fallait reprendre une position que tenaient les fellagahs. Ils étaient sur un piton rocheux et canardaient la section du légionnaire Mauwel. A un moment les fells ont arrêté de tirer. Le légionnaire Mauwel a tout de suite compris que lui et sa section étaient dans un angle mort et qu'ils pouvaient monter tout droit. C'est ainsi qu'il a conclu son assaut et repris la position.
Est ce le légionnaire Mauwel qui a fait rallumer pour moi la crêche animée que les légionnaires avait construite dans leur caserne. Je me souviens d'un âne grandeur nature tournant autour d'un puits, du bœuf dont la tête bougeait toute seule, de l'enfant jésus, et de quelques légionnaires en rangs serrés chantant pour moi seul un cantique de Noël en allemand. Je ne sais pas... Qu'est il devenu ? Mort sans doute aujourd'hui, au combat peut-être... Pas sûr... A-t-il été mercenaire au Katanga, trafiquant d'armes ou de diamants, a-t-il fini sa vie sur quelque île enchanteresse après avoir vendu ses services pour de peu louables causes? Est il mort misérable dans une paillote pendant que la pluie frappait le toit de tôle, son âme s'évanouissant dans l'odeur de la latérite humide ? A-t-il torturé en Argentine, disparu sans laisser de traces, peu importe, je ne saurai jamais le légionnaire Mauwel est un fantôme dans ma mémoire...
J'ai une photo de lui. Je l'ai trouvée il y a longtemps dans une boîte à biscuits, au Quartier Général du bruit et de la bêtise. Le légionnaire Mauwel dort sur le capot d'un véhicule de combat.
Un jour je parlerai du légionnaire Anglicker. Le légionnaire Anglicker était gros et suisse.

dimanche 15 mai 2011

Dimanche matin


Voilà
Bonheurs d'enfance.... Plaisir solitaire de la lecture... Insouciance des grasses matinées... moi aussi autrefois j'aimais les planches de "Modeste et Pompon" dans le journal de Tintin...

lundi 9 mai 2011

Marché aux fleurs


Voilà
marcher solitaire dans la nuit tiède. Ne croiser que de rares promeneurs. Une fois encore passer la Seine, en se disant que vraiment cette ville est très belle, et le fleuve vu du pont au double, calme et rassurant. Puis traverser l'Ile de la Cité rejoindre le marché aux fleurs. Il y a des lieux comme ça, qui semblent n'avoir jamais changé, et conservent une inexplicable magie. Ce cadre, pourtant peu spectaculaire, je pourrais le prendre à différents moments du jour, sous différentes lumières. Dans cet endroit désert à cette heure, il y a l'invisible trace de tous mes passages. Oui, je suis dans cette image. Définitivement.

samedi 7 mai 2011

Une photo

Voilà
il y a cette adolescente amputée assise sur son lit et qui rit à gorge déployée face au photographe. On est dans un pays dévasté qui ne se reconstruira jamais et ce rire est la vie même, la vie triomphante en dépit des épreuves et des deuils. Lui, aimerait bien savoir ce qui s'est tissé entre ces deux êtres et comment ce miracle d'un instant a pu advenir.

vendredi 6 mai 2011

La Conversation




Voilà
un jour, on n'est plus celui qui rit au spectacle d'une chute, mais l'homme qui tombe. Et ce changement de perspective, ce renversement des rôles n'est pas sans conséquence. On éprouve une grande tendresse pour l'Auguste, mais aussi une admiration sans borne pour l'Acrobate, au point qu'on se prend à rêver qu'il vous accorde un peu d'attention et vous dispense quelques conseils. Et parfois même il arrive qu'on implore le pardon auprès de sa mère pour, en d'autres temps, s'être rangé au côté des rieurs.

mercredi 4 mai 2011

Vallée de Swat

Abida
Voilà
à la lumière des événements récents qui alimentent l'Actualité et nous font un temps oublier qu'à Fukushima rien n'est résolu et que les réacteurs de la centrale nucléaire continuent sans doute de fuir et de contaminer la mer proche et l'atmosphère, je repense à ce séjour au Pakistan, où sans doute je ne retournerai jamais plus, à ces scènes ordinaires de la vie quotidienne, à ces silhouettes croisées au bord des routes dans la vaste vallée de Swat, si prospère et si paisible, dont j'appris bien des années plus tard qu'elle avait été surnommée la Suisse du Pakistan et en effet, me promenant dans les montagnes j'avais alors éprouvé les mêmes sensations que dans les alpages, respiré de semblables odeurs de bouse et d'herbe grasse, avec ce léger détail qui faisait la différence : les bergers pashtounes qui se promenaient étaient tous armés de kalachnikov (contrefaçon locale sans doute fabriquée artisanalement à la forge ) et ma marche à moi était plus lente en raison de l'altitude et du manque d'air.  A cette époque, là-bas les Talibans ne s'étaient pas encore implantés pour y imposer la charia et il semblait que rien ne pouvait altérer la tranquillité de cette région plutôt agricole si loin de l'agitation désordonnée, de la brutalité, de la précipitation permanente, et du chaos de Rawalpindi.
J'éprouvais une sorte de malaise durant ce voyage. Car ici comme en tant d'endroits du monde, l'homme blanc qu'il soit américain ou européen n'est pas aimé, souvent même détesté pour tous les méfaits et parfois les crimes qui ont été commis au nom de la Civilisation Occidentale. Où que nous allions, il était clair que nous n'étions pas vraiment les bienvenus, qu'une suspicion pesait a priori sur nous, même si l'accueil était cordial, le rituel de l'hospitalité respecté (thé, parfois repas), et les apparence sauves. En discutant avec un antiquaire local à Madyan, chez qui nous étions allés acheter quelques boîtes à épices ainsi que des coffres et des tabourets sculptés, l'homme avait fait part de son amertume aux amis que j'accompagnais et qui avaient déjà été en affaire avec lui. Il s'était plaint du fait qu'un gros client venu acquérir de nombreux meubles (qui sans doute seraient vendus en Europe avec un bon bénéfice) l'avait, malgré sa promesse de le régler en liquide, payé avec un chèque qu'il était obligé d'aller encaisser à Peshawar, ce qui allait lui prendre deux jours. Il avait alors regretté ce temps où la cour était pleine de gens qui passaient là, et en l'interrogeant j'avais alors compris de son anglais plutôt hasardeux, que ce qu'il regrettait c'était l'époque des routards et des hippies des années soixante dix. Peut-être alors, était il plus facile de nouer des liens. Il ne comprenait pas pourquoi le monde avait si vite changé, et semblait penser que c'était notre faute à nous les Blancs forcément riches, qui étions devenus si pressés, ne serait-ce que pour parler et prendre le temps de négocier un prix, et ainsi créer une apparence d'échange. Au bout d'une heure passée dans sa boutique, nous avions du marquer le signal du départ  après une brève négociation de principe et il avait alors semblé déçu comme si, nous aussi, avions manqué d'égards pour lui. 

lundi 2 mai 2011

Furtive



Voilà
parfois je rêve d'images qui ne diraient rien d'autre que l'incertain, le furtif, le presque-rien et le je-ne-sais-quoi chers à Jankélévitch. Des images évanescentes comme des idées, énigmatiques aussi comme un parfum respiré au passage d'une femme, qui persiste encore un moment après qu'elle a disparu et laisse un peu vague cependant, suggérant de confuses et lointaines réminiscences, si troublantes qu'on ne peut être en mesure de dire s'il s'agit vraiment de cela ou - qui sait ?- de quelque chose de plus mystérieux encore, d'un temps dérobé où l'on était à peine palpable, invisible pourquoi pas, esprit de peu de matière, tremblement vibration pollen poussière molécule dissipée dans les grandes respirations de la nature ou le froissement des lisières....

dimanche 1 mai 2011