mercredi 30 mars 2011

Le bout du monde


Nous voilà donc entre rêve et ravage
abandonnés en ce lieu qui n'en est plus tout à fait un
moins un endroit qu'un envers
Ne sommes pas venus ici de notre plein gré
une force obscure nous a poussés à cette lisière du monde
et nous assigne à présent à demeurer par ces contrées
en proie à un amour douloureux et sans objet
sans savoir si notre désir est de fuite ou de retour

Des fantômes nous habitent, une tristesse souveraine règne sur nous

mardi 29 mars 2011

Regard



Voilà
c'est peut-être cela et rien que cela notre regard sur l'actualité. Nous contemplons la forme que cela prend, observons comment ça évolue, comme si ça ne nous concernait pas. On trouve ça bizarre, étrange. On ne comprend pas trop ce qu'il se passe exactement. L'impression d'avoir déjà vu ça, ou rêvé ça, nous traverse, mais on n'en est pas vraiment sûr. Le monde change, et sans nous en rendre compte nous changeons avec le monde. La réalité semble le fruit de notre imagination, elle l'est d'ailleurs, la réalité est le fruit de l'imagination humaine, sauf que là, on ne sait pas trop bien à quel endroit de l'humanité nous sommes, enfin quelle est notre place là-dedans, parce qu'il y a les problèmes urgents à régler, acheter une visseuse à castorama, remplacer la chambre à air sur la roue avant du vélo du petit dernier, régler l'orthodontiste, aller chercher un chéquier à la banque et tant d'autres contingences matérielles...

lundi 28 mars 2011

Puzzle


 Voilà
je ne parviens pas à saisir la réalité comme une totalité. Je n'en perçois la plupart du temps que des bouts des morceaux des fragments. C'est un bordel ce puzzle. A la fin ça devient épuisant, il manque toujours une pièce.

dimanche 27 mars 2011

Primevère

Concerto en ré mineur

Voilà
elle commençait sa journée en mettant le concerto en ré mineur de Jean Sébastien Bach sur la chaîne. Nous n'avions pas les mêmes horaires, et j'émergeais doucement du sommeil dans cette explosion d'allégresse et de pure beauté. C'était doux de vivre aux côtés d'un être si doué pour le bonheur auquel des parents aimants et raffinés avaient transmis le goût des belles choses. Je songe encore à elle parfois, avec qui je suis sorti de l'enfance et entré dans mon âge d'homme, qui fut à ma vie comme un cadeau de la destinée, et que je croise encore parfois, avec le même enchantement. Il suffit que j'écoute à nouveau ce morceau, pour être aussitôt transporté dans ce temps chargé de possibles, qu'elle savait avec grâce et légèreté rendre aussi paisible qu'harmonieux.

samedi 26 mars 2011

L'entretien


Voilà
je suis enténébré poursuit-il. "Je voudrais me rassasier de fleurs de lotus et quitter ce pays d'ombres que je suis à moi-même devenu. Des lueurs parfois traversent mes paysages, lointaines et inaccessibles. Le sont-elles vraiment d'ailleurs ? Rien n'est moins sûr. Si longtemps que je me tiens dans l'écart et le retrait, que je ne sais plus guère apprécier la distance. Je vais comme la nuit, mais une image de clarté me hante, d'où le blanc cependant disparaît. Un ours polaire, tourne en rond sur un morceau de banquise qui rétrécit à mesure qu'il dérive."Il s'interrompt alors que la voix restée en suspens laissait supposer une suite. Un long silence. Je ne dis rien. Il me toise un moment. Attend-il de moi quelque réponse, ou appréciation sur son monologue sans doute déjà ressassé à d'autres, qui suinte l'auto-complaisance et la préciosité narcissique, avec ses relents de poésie collégienne surranée. Comme il me fixe intensément et que je ne veux pas détourner le regard, je secoue très légèrement la tête de haut en bas et ne trouve rien d'autre à répondre que "C'est très curieux ce que tu dis là" et tout en parlant je redoute qu'il ne me demande pourquoi, question à laquelle je serais vraisemblablement incapable de donner suite a priori, quoique j'aie tout de même quelques dispositions pour improviser, oralement du moins, mais comme il commence vraiment à m'indisposer ce vieux poseur qui s'imagine parler comme un livre, je pourrais tout aussi bien l'envoyer se faire foutre ce qui serait tout à fait contreproductif bref le problème ne se pose pas car aussitôt il reprend sa péroraison, et vas-y que je t'étire quelques syllabes, mais il se prend pour Alain Cuny ou quoi ce  pédant je vérifie combien il reste de batterie sur l'enregistreur numérique, c'est que j'ai un article à rendre pour demain matin, et il continue d'enfiler des métaphores j'ai envie de lui demander s'il bande encore, si ses branlettes littéraires suffisent à alimenter sa libido, si ça nécessite un gros travail pour devenir aussi con, je pense aussi que, après tout nous sommes déjà une espèce nucléarisée depuis longtemps. Des nuages radioactifs il y en a eu  bien avant Tchernobyl, avec un nombre d'essais atomiques en surface considérable depuis 1945, (au moins 300 c'est certain, mais il est probable que ce soit beaucoup plus). Simplement à l'époque on ne nous mentait pas, c'est juste qu'on ne nous disait rien, on 'y pensait peut-être même pas, si bien que des fruits, des viandes du lait contaminés, on a du en ingurgiter à haute dose sans vraiment s'en rendre compte, et que c'est peut-être pour ça, que l'espèce dégénère, c'est peut-être qu'une victime après tout :-), combien de temps ça va durer encore, et tout à coup sans que je ne comprenne pourquoi, il y a le souvenir de cette vieille image qui s'interpose entre lui et moi, et aussi ce doute : et si moi aussi il m'était arrivé d'être comme lui sans même m'en rendre compte.

mardi 22 mars 2011

Patience dans l'usure

Here comes the sun king
Voilà
il se tient là et ne sait trop pourquoi un vague chagrin lui noue la gorge. Les beaux jours arrivent sans pour autant chasser cette indifférence aux événements qui le submerge depuis quelques temps, ni cette lassitude et cet accablement dont il ne peut se soulager. Il se voudrait pierre, caillou, sable ou poussière qu'importe, mais minéral cependant, taillé par l'artisan, jeté sur le chemin, poli par la marée ou dispersé au gré des vents, en tout cas épargné par la douleur et délivré de toute question. Face à la lumière il songe à tout ce qu'il lui faudrait quitter, s'il était un tant soit peu détaché des choses matérielles, à ce qu'il n'a pas su retenir, et aux endroits où de la sorte, il s'est abandonné à la douce caresse du soleil. Il cherche à retrouver cette sensation qu'il éprouvait autrefois en de semblables circonstances, sensation d'éternité et dont il peine à se souvenir, alors que chaque jour qui passe l'en rapproche un peu plus, et que la relative proximité de cette échéance à présent l'inquiète et le désole. 

lundi 21 mars 2011

Soleil soleil


Voilà
aujourd'hui, belle journée ensoleillée. Il paraît que c'est parti pour durer. Étrange printemps qui vient, dans ce pays désormais en guerre, démangé par le prurit du racisme et que ronge un populisme de bas étage. Loin encore, reléguée en quelques heures aux troisième rang dans les titres de l'actualité, la menace atomique demeure toujours. Latente. Mais dit un économiste ce soir à la radio, "la catastrophe qui s'est abattue sur le Japon est une aubaine car sa reconstruction à venir va favoriser la relance économique". Cynisme ou connerie ?
Cette longue déambulation au Jardin des Tuileries et sur les quai de Seine, le spectacle de ces corps s'abandonnant aux premiers rayons du soleil après un long hiver souvent gris et maussade,  la vision de ces amoureux plus très jeunes qui s'embrassent et  se caressent sur les bancs comme des adolescents qui se croient seuls au monde, le regard de la petite fille à l'arrêt du batobus jouant avec une peluche mécanique, et qui soudain s'arrête pour observer une personne promenée sur un fauteuil roulant, l'obstination du dompteur de bulles quai des arts,  la silhouette résignée de l'accordéoniste solitaire, et puis cette longue cordiale et imprévue conversation rue de Seine avec un belle inconnue, comment tout cela me parviendra-t-il dans quelques mois ou même d'ici quelques semaines ? Peut-être alors, rétrospectivement, m'étonnerai-je de cette disponibilité, de cette nonchalance, auxquelles les circonstances ne se prêtent guère et dont je suis de toute façon si peu coutumier. J'ai cependant fait ce que j'avais décidé aux premières heures du jour. Profiter de cette lumière, de cette douceur printanière, et me promener comme un étranger dans ma propre ville, comme si le reste ne me concernait plus. Écrivant cela, je pense à cette phrase de Kafka, dans son journal "2 Aout 1914, après-midi piscine". C'est peut-être aussi ça l'illustration de cette maxime qu'il s'était adressé. "Dans ton combat avec le monde, supplée le monde". Le monde a aussi tellement besoin de joies simples.

vendredi 18 mars 2011

Artima ou "Dans le passé même le futur était mieux "(karl valentin)

Invaders
Voilà
le géniteur, passionné de science-fiction avait conservé ces bandes dessinées idiotes achetées en 1959, 60. Sans doute les avait il lues alors,  c'est à dire au moment  où en Algérie,  en tant qu'engagé volontaire il était venu participer à des "opérations de maintien de l'ordre" comme on disait  en ce temps là.  Dans ces fascicules au format d'un cahier édités par une petite entreprise de Tourcoing, Artima, on trouvait des récits complets en noir et blanc.  Il y avait "Météor"  avec, dessinées par Raoul Giordan des histoires d'explorateurs intergalactiques, missionés par l'Organisation des Planètes Unies afin de civiliser d'autres populations vivant sur des astres lointains.  
A Biscarrosse, entre 1965 et 1969 livré à moi-même pendant que mes parents travaillaient, je profitais du jeudi pour me délecter des périples fertiles en aventures  de Spade, Texas, et de leur commandant à bord de la fusée "Space Girl", le capitaine Spencer qui avait une moustache lui, et un faux air d'Errol Flyn.  Je me rappelle ces grasses matinées dans l'abri tiède et douillet de mon lit. Je voyageais avec ces héros qui traversaient les espaces intersidéraux parce que les moteurs atomiques de leur astronef leur permettaient de franchir la vitesse de la lumière. Spencer était aussi docteur. Vif, alerte, mais toujours pondéré, il pouvait résoudre un problème en un temps record, trouver un vaccin, en quatre cases, maîtriser une situation d'un claquement de doigts. Lorsqu'il débarquait avec ses compagnons sur une planète, il tentait de s'adresser en slanton, (la langue internationale de la galaxie) à des peuplades  avec lesquelles heureusement il était possible, la plupart du temps, communiquer par télépathie - et j'espérais alors qu'un jour, moi aussi je connaîtrais ce mode de communication -. Les noms étranges de ces aliens me fascinaient tout autant que leur apparence. Il y avaient les Vrocks de l'astéroïde inconnu Lambda, les géants de la planète Diriop naufragés sur un astre nommé Armen, les Nyctalopes de Guria esclaves des Héméralopes, les Chmocks au pouvoir magnétique qui les rend si redoutables, les Syrtiens aux prises avec les hommes-méduses, les narkys et les hommes singes tamias, les pieuvres cosmiques " très intelligentes " de la planète Jouvencia, que nos héros avaient fini par apprivoiser. C'était toujours des histoires néo-colonialistes où, ambassadeurs du progrès et de la civilisation, nos trois terriens à la morale irréprochable, venaient rétablir l'ordre et apporter les bienfaits que seule notre humanité était à même de dispenser.

Il y avait aussi "Aventures fictions" traduction d'un comic book américain  "Strange Adventures" dont les couvertures me fascinent encore aujourd'hui. Venus de l'espace des Envahisseurs malfaisants, souvent difformes et répugnants, mais capables aussi parfois de se dissimuler sous notre apparence tentaient d'asservir la population terrienne, toujours blanche et plutôt américaine. Je laisse Jean-Pierre Dionnet en parler : "De brèves histoires bâties autour d'une chute, apparemment très simples mais cependant jamais simplettes. Toujours la même trame : la Terre en péril, menacée par un ganymédien gazeux (et fou par surcroît) qui collectionne les planètes dans un globe de verre au-dessus de sa cheminée ou bien par un jupitérien débile qui pêche notre belle planète à la ligne ou la coupe en tranches ou l'attire avec un aimant géant. Mais, attention! Il y a chaque fois un brave petit gars bien-de-chez-nous qui trouve le truc et sauve la baraque! Derrière ce thème que de trésors d'invention, d'idées superbes, à peine esquissées (...) L 'efficacité visuelle du récit, de la mise en place, du découpage, du dessin, l'aisance dans la description de figures imaginaires : tout cela n'avait pas d'équivalent chez nous.".

Ces récits faisaient écho à l'épopée bien réelle de la conquête spatiale et de la course à la lune entre américains et soviétiques. Tous les trois quatre mois, une fusée était lancée, avec à son bord des hommes réalisant des exploits inédits et des prouesses qui pouvaient laisser supposer que oui, un jour peut-être pourrait-on vivre hors de cette terre, voyager dans des fusées, visiter la lune. Que des choses inouïes seraient possibles en l'an 2000.... Mais voilà l'an 2000 est arrivé, et finalement il ne s'est rien passé de bien spectaculaire. Les hommes ne voyagent plus dans l'espace, et la croyance dans l'avenir, s'est dissipée dans une ivresse du présent où l'on tente d'abolir l'idée du temps et les vertiges qu'elle engendre. Comme si on s'efforçait de ne plus penser au futur, dont on sait depuis Tchernobyl qu'il sera forcément radioactif. Et nul besoin non plus d'extraterrestres pour envisager la mort imminente de de l'humanité. L'espèce la plus intelligente de la planète est aussi la plus prédatrice....  La nature hostile, contre laquelle pendant des siècles, elle s'était battue, mais dont elle avait fait une alliée pour assurer sa survie, elle a voulu l'asservir. Et ce rêve prométhéen est devenu un cauchemar. Les puissances qu'elle a déchaînées, se retournent à présent contre l'Humanité. Et l'on peut  désormais affirmer avec certitude, que c'est bien l'instinct de destruction qui a pris le dessus sur toute autre forme d'intelligence. Le temps est probablement proche, où les vieux locataires de la planète que sont les insectes, pourront, en s'alimentant de tout ce que nous aurons laissé à leur disposition, continuer leurs mutations, sans risque d'être écrasés sous nos pas.

jeudi 17 mars 2011

Fukushima

Voilà
Il faut continuer de vivre non seulement avec toutes ces choses que nous avons conscience d'ignorer mais aussi avec toute celles qui nous demeurent inconnues, et dont nous n'avons même pas idée... Il y a tant de risques qu'on ne peut prévoir, tant d'éventualités que nous sommes incapables d'envisager, tant de conjonctions inimaginables, d'événements qui peuvent surgir par accident et rompre la cohérence que nous nous efforçons de donner au monde qui n'en a pas pour autant plus de sens.  Cependant, il y a aussi, tout ce qui est prévisible, envisageable et qu'on se refuse à considérer.

Un jour advient le désastre, ce désastre qui était prévu programmé, mais dont on s'efforçait obstinément de croire qu'il nous épargnerait. Et l'on sait que désormais ce désastre sera notre environnement. C'est dans ce désastre qu'il faudra continuer de vivre, d'aimer de pleurer, de rire aussi. Mais on ne veut pas s'y résigner tout à fait, il faut que l'idée fasse son chemin. Pourtant il est impossible de s'en échapper. Pas d'autre solution que de croire et faire confiance aveuglément. On vit intensément le présent parce qu'il n'est plus possible de faire autrement, tant le futur semble hypothéqué. Noyé sous le flot des informations contradictoires, on reste parce que c'est au cœur de la Catastrophe, s'efforce-t-on de croire, dans les entrailles du chaos, qu'on peut vraiment assigner une valeur à l'espoir. Il se pourrait que quelque chose d'autre arrive. Quelque chose à la mesure de ce qui nous a précipité dans ce désarroi. Pour nous en délivrer. Et quoiqu'il en soit, en dépit de tout, on se prend à espérer, à croire à l'insensé : an miracle.

mercredi 16 mars 2011

Geiger (1979)


Voilà
Toutes ces images qui me hantaient autrefois. 
Comme s'il s'agissait alors d'exorciser une trop probable catastrophe.

mardi 15 mars 2011

les beaux jours reviennent


Voilà
On reste là au soleil, on est amoureuse, le reste n'a plus d'importance. On a l'espérance avec soi, en dépit du monde tel qu'il va ou ne va pas. Un homme vous prend dans ses bras vous murmure des mots doux, vous embrasse dans le cou, et ce simple bonheur pourrait suffire à éloigner un temps les démons et les fantômes. On voudrait que cela dure toujours, mais il y a ces nouvelles de l'autre bout du monde, ces nouvelles atroces, qui jettent comme une ombre sur les premiers beaux jours....

samedi 12 mars 2011

Lost in translation


Voilà
l'Evénement est ce qui crée une rupture dans l'ordre de l'intelligible. Même lorsqu'il est prévisible, l'Evénement advient comme quelque chose qui tout à coup réfute le Réel, notre construction de pensée, qui est faite aussi de leurres, d'illusions de croyances qu'on oppose à la probabilité des faits. Pour vivre, on a besoin de se mentir, du moins par omission. On préfère se penser immortel, plutôt que d'accepter la précarité de notre condition et la mort certaine qui peut surgir à n'importe quel instant. Alors on se convainc que cette mort est forcément lointaine.  On mise sur l'hypothèse optimiste.  Par exemple on fume on sait que c'est dangereux, mais on le fait tout de même, parce que la satisfaction immédiate de notre plaisir, mise sur l'espoir que sûrement d'ici là on aura trouvé une solution au problème du cancer.  C'est exactement ce qui se passe avec le Nucléaire. On sait que c'est dangereux, que le problème des déchets se posera forcément à terme, qu'un tremblement de terre peut avoir raison de ces fiers édifices, mais on s'obstine néanmoins à construire des centrales sur des failles, en espérant que la catastrophe adviendra plus tard, dans bien longtemps, après qu'on ait trouvé d'hypothétiques solutions aux problèmes bien réels qui se posent dès à présent. Mais voilà, un jour c'est là, c'est bien là. Et ce qu'on s'était toujours obstiné à refouler, il faut bien tout à coup le considérer objectivement ; comme un fait. On se souvient soudain que c'est déjà arrivé. Mais ce n'était pas nous. Ce n'est pas arrivé à des gens comme nous. On s'était alors imaginé, que si ça leur était arrivé aux autres, c'est parce que leur organisation sociale, le désordre et la confusion générés par ce type d'organisation était la cause de cette catastrophe. Tchernobyl n'était pas une catastrophe écologique, c'était un dysfonctionnement du communisme. On se souvient qu'on n'avait pas voulu voir, qu'on préférait l'aveuglement à la lucidité, et que ceux qui étaient lucides on les traitait de pessimistes et d'oiseaux de mauvais augure. Mais maintenant on ne regarde plus le ciel ; les oiseaux ne passent plus. On regarde la télévision où repassent en boucle, les images d'un réacteur qui explose. Un nouveau mot va enrichir notre vocabulaire commun. Fukushima, qu'on ne connaissait pas, va rejoindre le patrimoine universel des grandes catastrophes. On n'aura pas tout perdu dans l'affaire.

vendredi 11 mars 2011

Fillette, Londres


Voilà
parce que j’étais très troublé par cette poupée aussi grande qu’elle et dont l’habit suggérait un uniforme de déporté, j’ai demandé à la fillette si je pouvais la photographier. Évidemment les conditions de l’observation peuvent parfois modifier la nature du sujet observé, et aussitôt elle a pris la pose. Peut-être s’est elle sentie contrainte, obligée de répondre à ma demande. Qui sait si dans ce visage qui me scrute encore à présent il n’y a pas de l’effroi, du reproche. 
Je garde de ce séjour, le souvenir de longues déambulations dans les quartiers les plus excentrés de Londres. La plupart des magasins étaient fermés, abandonnés. C’était un temps de crise, la misère menaçait certaines franges des classes moyennes. Une atmosphère morne, maussade se répandait un peu partout. La nuit dans la rue, ce qu’on n'appelait pas encore des SDF s’assemblaient sur les bouches d’aération pour y dormir. C’était l’époque des premiers punks, du no future, on sentait qu'un changement était dans l'air, mais chez les copains qui m'hébergeaient on écoutait plutôt Van der Graaf Generator (on était même allé les voir en concert dans une école d'art) ou Renaissance. Quant à moi j'avais vingt ans je ne savais pas trop quelle orientation donner à ma vie. Toujours est-il que Didier F. que je connaissais depuis peu, m’avait chargé de lui ramener une cellule Shure pour sa chaîne HiFi car c’était alors beaucoup moins cher en Angleterre.

mardi 8 mars 2011

Le début d'une histoire


Voilà
ils se sont donnés rendez-vous là, en début d'après midi (c'est elle qui a choisi l'endroit) ils ont pris un verre ou un café. Ensuite  plutôt que d'aller à l'expo comme ils l'avaient initialement prévu, ils vont passer l'après-midi à marcher dans les rues de Paris, depuis les Halles jusqu'à République et le quai de Valmy. Ils ne se sont rencontrés qu'une ou deux fois auparavant, et un mois s'est écoulé depuis leur précédente rencontre. Mais entretemps, de nombreux mails ont été échangés qui laissent supposer qu'ils sont loin d'être indifférents l'un à l'autre. Puis ils font une longue halte dans un restaurant  au bord du canal, où il vont manger. C'est là qu'il se décide à lui dire ce qu'il ressent pour elle, cette attirance confuse. Timidement il  prend un instant sa main. Il se sent aussitôt un peu ridicule et embarrassé de tant d'audace. Cela fait longtemps qu'une telle chose ne lui est pas arrivée. Peut-être est ce prématuré. Il la sent réticente, et n'insiste pas. Alors ils continuent de se parler. Ils ne voient pas le temps passer,  ils ressortent, elle lui propose de marcher encore, elle dit qu'elle aime ça marcher, lui aussi il aime. Ils retournent vers la rive gauche où, après s'être longtemps attablés pour un dernier verre dans un café rue Mazarine, ils finissent par se séparer tard, devant l'église St Germain des Près, celle où, lui dit-elle, sa sœur a fait un très beau mariage.... C'est alors qu'elle l'embrasse... Ils s'embrassent un certain temps... Elle lui dit je ne te sens pas avec moi... Comment peut elle dire cela ? Pourquoi dit elle cela ? Il est bien là, il est bien, avec elle.  Pourquoi dit-elle cela ? Il a un peu peur. Quelque chose de vraiment étrange est en train d'arriver.... Un grand désordre se prépare. Il se prend déjà à espérer et croire à des choses impossibles, mais il ne sait pas encore ce qu'elle a en tête.... Longtemps il vont rester proches.... Et parfois il lui semble que s'engager en elle c'est avancer dans le futur ....Mais comme dit la chanson, la vie sépare ceux qui s'aiment....

dimanche 6 mars 2011

Un vacillement bref


Voilà
c'est un vacillement bref, puis un accablement furtif, à quoi succède une douce confusion. La pièce semble soudain ne plus correspondre à l'idée qu'il s'en faisait quelques secondes auparavant. Plus rien n'est en perspective. Marcher à tâtons vers la fenêtre, voilà l'objectif, mais les quelques mètres qui l'en séparent, lui semblent incroyablement longs autant qu'incertains. S'en tenir à la stupeur, ne pas céder à l'effroi. Étendre la main vers le dossier de la chaise, s'appuyer sur le rebord de la table, retrouver de l'épaisseur, de la densité malgré le tremblement des jambes qui rend incongrue toute tentative supplémentaire de déplacement. Ne pas laisser se former en soi l'image d'un oursin qui grossit dans la gorge jusqu'à atteindre le volume d'un poing serré, respirer calmement, convoquer une histoire drôle, une anecdote absurde un sketch stupide vu sur you tube ah oui tiens le congrès des phobiques anonymes c'est très bien ça bonne idée, adopter une attitude résolument positive et comme dit le formateur du stage "4322 entretiens difficiles" recommandé par la direction pour le cursus cadre, être assertif, jouer cartes sur table, se libérer d'une croyance dépréciative (pas question de céder à la panique comme la dernière fois) dire gentiment mais fermement "non" sans se sentir coupable, désamorcer le conflit. "Non l'Angoisse  toi qui tentes de m'ét(r)eindre, tu ne m'auras pas, vois-tu, je ne suis pas d'accord". Affirmer clairement sereinement sa position sans agressivité ni soumission ni ironie comme c'est écrit dans le fascicule, s'en tenir aux faits rien qu'aux faits, sortir de son système de référence, ne pas se laisser submerger par l'émotion, oui voilà putain ça passe, ça passe, mais c'est quoi là  ce bourdonnement dans l'oreille ?

mardi 1 mars 2011

Le diable


Voilà
hier, au théâtre du Rond Point, projection du film d'Olivier Meyrou, "l'avocat du diable", en présence de Richard Delgenes avocat commis d'office pour défendre Monique  Ollier la compagne de Fourniret, violeur et tueur en série. L'effroi suscité par ces pages écrites de la main de Fourniret d'une calligraphie précise, propre, élégante même. Phrases concises, claires, où il détaille par le menu ses crimes. Ou bien, billets glissés pendant l'audience dans lesquels il demande des piles pour son transistor, alors qu'un avocat de la partie civile parle de l'une des jeunes filles violées. Evocation aussi des familles des victimes. Où l'on apprend que certains pères de familles avaient eux même eu des relations incestueuses avec leur filles. Autre anecdote encore : à un des parents de victime qui s'est adressé à lui de façon véhémente, Fourniret de répond pas pas immédiatement.  Mais plus tard, s'adressant à lui il dit "Monsieur pour votre fille vous pouvez imaginer le pire".
Souvent, me promenant dans la rue, je me demande combien de détraqués, de pervers, de violeurs de types qui battent leur femmes, de meurtriers en puissance ou en acte on peut croiser sans même savoir ....  Je n'ignore pas non plus qu'un tortionnaire peut aussi faire de la broderie.