mardi 30 novembre 2010

Quai


Voilà
une sorte de malaise, d'embarras ne m'a pas quitté de la journée. Je me suis demandé si cette longue conversation téléphonique la veille, n'en était pas la cause - sans pour autant saisir ce qui précisément avait pu à ce point m'atteindre ou me déranger dans cet échange. Et puis la matinée passée dans un studio confortable et bien chauffé de la maison de la Radio à écouter ces témoignages d'islandais  que la crise bancaire à plongés dans la misère n'a sûrement pas arrangé les choses. Par la suite je n'ai pu faire que des photos anodines et quelconques. Comme si pour échapper à cette sensation bizarre, il n'y avait d'autre issue que de s'ancrer au réel dans ce qu'il a de plus ordinaire. Mais qui sait si demain cet ordinaire là n'aura pas la consistance d'un rêve évanoui ?

lundi 22 novembre 2010

Vitrine


Voilà
je n'ai jamais osé rentrer dans cette boutique. Mais elle provoque en moi le même transport que les vieux calendriers de l'avent de mon enfance... J'y retrouve un je-ne-sais-quoi de merveilleux et de chaleureux, l'inaccessible confort bourgeois, peut-être... Parfois, aussi, l'envie d'être une de ces figurines au premier plan, et de céder comme je ne sais plus quel poète, à la croyance que les objets inanimés ont une âme...

samedi 20 novembre 2010

la photo qui fait parler


Voilà
je ne sais ce qui me lie à cette femme à cet homme et à son ombre. Ces trois figures ne me sont pas étrangères, bien que je ne les connaisse pas. C'est tout de même mon regard qui les a réunies. Ne me serais-je pas attardé, ne resteraient sans que je m'en souvienne que l'homme et son ombre cadrés dans l'image prise par la femme. Mais je crois que c'est cela qui précisément m'a incité à  figer cet instant : une femme photographie un homme et son ombre. Ou peut-être même seulement son ombre. La femme pense-t-elle, que l'ombre est le négatif du corps ? Met elle en relation la silhouette et ce qui s'en projette sur cette espèce de porte ? Comme si l'homme interrogeait son ombre par exemple et constatait qu'il n'était somme toute que cela, ou même qu'il consentait ou se résignait à n'être que cela dans le regard de cette femme. En tout cas, qu'une femme s'intéresse à la fois à un homme et à son ombre, voilà qui m'a intrigué. J'ai passé un certain temps à les épier à une distance raisonnable, mais encore trop lointaine pour obtenir des  informations tangibles. Peut-être l'homme était-il comédien et posait-il pour ajouter des photos à son book ? Ou bien était-ce là femme photographe qui avait proposé  une séance de pose à l'homme qui, ainsi répondait à son désir ? Oui c'est ça sans doute qui me plaisait : l'homme acceptait d'être tout entier dans le regard de cette femme. Et sans doute à ce moment là, ai-je eu envie d'être l'homme dans le regard de cette femme, l'homme dans le désir d'une telle femme. Mais il y a l'ombre. Ce que suggère aussi la photo, c'est que l'homme accepte de s'exposer face à son ombre qui est à la fois une forme d'inscription du corps et d'effacement de l'identité, car une ombre, la photographie d'une ombre ce n'est pas rien, depuis un certain jour d'Aout 1945 où l'une d'entre elles est restée comme une empreinte sur un mur d'Hiroshima. Et si la femme s'intéressait plus à la trace que laisse l'homme qu'à l'homme lui même ? Et si dans ce trio, à cet instant l'homme n'était qu'un pourvoyeur d'ombre ? Peut-être est ce la femme qui pour son projet demande à l'homme de se tourner vers l'ombre : que signifie alors la photo qu'elle cadre ? Qu'est ce qui l'intéresse dans cette relation entre l'homme et son ombre ? Et si l'homme, comme me l'a suggéré une amie, est en train de téléphoner, s'adresse-t-il à la part obscure et indistincte de lui-même ? Mais quoiqu'il en soit, il le fait pour une femme, qui par le truchement de son appareil l'installe dans son regard et donne une forme à son propre fantasme, qui en grec signifie tout à la fois fantôme, spectre, apparition, vision, une forme particulière d'ailleurs, puisque le regard de l'homme en est absent (il lui tourne le dos) et que c'est l'ombre qui fait face à la femme.
Peut-être tout cela suscite-t-il ma curiosité parce qu'au fond ce qui est au principe de cette image est juste l'acte de photographier et la signification de cet acte. D'ailleurs, par essence la photographie qui rend l'absent présent et l'éphémère durable n'a-t-elle pas à voir avec les spectres et les ombres et aussi avec le deuil et la mélancolie ?
Et si en somme, je n'avais pris cette photo simplement parce que je voulais y voir tout autre chose ?




mercredi 10 novembre 2010

Tentative d'explication


Voilà
à la Fondation Cartier-Bresson, où est présentée une exposition de Harry Callahan, passant d'un étage à l'autre je fais des photos avec mon Iphone pour expliquer à ma fille de neuf ans ce qu'il aurait pu faire s'il avait visité cet endroit. C'est une tentative d'explication de l'attrait des motifs géométriques dissimulés dans la réalité qui caractérise le travail de cet artiste. C'est juste pour lui montrer qu'il suffit de regarder un peu attentivement pour en trouver. Elle me répond simplement que oui peut-être, il aurait pu le faire en effet, mais qu'on ne peut vraiment pas en être sûr et que c'est juste moi qui imagine qu'il aurait pu le faire et qu'en vérité il aurait pu tout aussi bien photographier autre chose. Je lui réponds que c'est son point de vue, elle me répond que non c'est sa pensée et que c'est moi le point de vue puisque je prends la photo. Parfois je me demande à quoi ça sert de vouloir expliquer les choses.

lundi 8 novembre 2010

trompeuse image

Voilà
il y a ce début de film étrange... des paysans quelque part dans un pays d'Asie du sud-est mangent ou font la sieste dans une clairière. Non loin un zébu est attaché par une corde à un arbre. Si je me souviens bien, il ne se passe rien. On entend les bruits de la nature. Mais voyant cela je pense immédiatement à un autre film où des gens pique-niquent sous des arbres quelque part dans une campagne turque.  Les enfants s'ennuient pendant que les parents tiennent des propos acrimonieux sur quelqu'un d'autre. Seul le grand père semble sympathique... Eux aussi bientôt vont piquer un petit roupillon. Puis sans qu'on ne comprenne comment le zébu parvient à se libérer du lien qui l'entrave et s'échappe. Les enfants du film turc rôdent dans des cimetières pour se distraire. Les souvenirs lointains remontent. L'enfance, la vie au bord de mer, les dimanches après midi chips poulet bien rôti (mmh ce qui est bon c'est quant la peau est noire) les tupperware (c'est tout nouveau) la nappe en plastique posée sur les aiguilles de pins  et la couverture militaire qui gratte et sur laquelle on s'allonge après le repas, car bien sûr il est hors de question d'aller se baigner tout se suite, il faut digérer avant d'aller à l'Océan, et puis de tout façon, il faut attendre que la marée soit complètement basse, car c'est quand la mer se retire qu'elle est la plus dangereuse.




Oui là maintenant alors que dehors l'automne devient froid et pluvieux, moi je rajeunis et retourne vers les étés de mon enfance, vers cette parenthèse enchantée de Biscarrosse. J'avais alors l'âge que vient d'avoir ma fille aujourd'hui, et déjà tant de souvenirs, de paysages et de frayeurs en moi. Et là c'était la paix,  la joie solaire et l'éternité retrouvée, celle de la mer alliée au soleil. Pourtant regardant cette image, je sais aussi ce qu'elle a de trompeur. Mon père déteste sa mère, il la trouve pénible et égoïste. Il lui reproche secrètement de l'avoir abandonné quand il était enfant. Il déteste les pique-nique le dimanche, il préfèrerait faire ses maquettes dans son coin à la maison, et sa sieste aussi. La photo semble témoigner d'un moment idyllique, mais cette image c'est disons 1/125 ème de seconde. Elle ne peut raconter cette image, ce que le père dit quand il regarde les actualités à la télévision, ces choses effrayantes et morbides,  ni que cette femme, ma grand-mère donc était drôle et fantasque, et que c'était sa façon à elle d'enfouir un souvenir atroce. Pourtant c'est elle qui semble un peu boudeuse sur le cliché.  

samedi 6 novembre 2010

見性 (kensho)


Voilà
par une paisible et douce fin d'après-midi d'automne, marcher silencieux sur des tapis de feuilles jaunies. S'abandonner dans un périmètre peuplé d'absences au tendre éclat de la lumière. Un instant, pour que cette fugitive sensation de ne faire qu'un avec le monde, ne disparaisse pas tout à fait, lui faire confiance .